Malcolm Middleton n’est pas un homme têtu. Et c’est tant mieux. Sinon 'Bananas' serait sorti sans avoir jamais existé ; la faute à notre façon d’écouter de la musique. Mais rembobinons.
Il y a quelques mois de cela,
Malcolm Middleton annonce qu’il va sortir son septième album. Celui-là s’appelle
'Bananas' donc, et fait suite à
'Summer of '13', un disque de 2016, sans doute le moins bon de sa discographie, sauvé tout de même par le bien joli
Like John Lennon Said.
Les annonces se multiplient, mais rien de précis à se mettre sous la dent. Quand la date de sortie arrive, on ne trouve rien et nulle part : ni sur les plateformes de streaming traditionnelles, ni sur bandcamp ou soundcloud. Youtube ? Rien, non plus. Quelques rares critiques s’enthousiasment pour ce 'Bananas'. Mais impossible de confirmer la chose en écoutant le disque. Quid donc ?
Quelques temps après m’être étonné sur twitter de l’absence du disque, Malcolm Middleton m’écrit et m’explique que oui, ne pas mettre son disque en écoute sur internet est un vrai choix. Comme il le dit lui-même : « the album was made with vinyl in mind. It’s like making a vase, rather than a photo of a vase » (l'analogie est jolie).
Un choix artistique aussi rare qu’intransigeant (tous les groupes ne sont pas sur Spotify et compagnie, mais mettent au moins leurs disques en écoute sur bandcamp ou soundcloud) et qui renvoie à une époque révolue où on achetait souvent un album les yeux fermés, conseillés par la presse ou notre disquaire.
Le problème, c’est qu’aujourd’hui, cette époque est totalement révolue. Et que commercialement parlant, cette stratégie est du suicide. Et pour un artiste comme Malcolm Middleton, certes pas tout en haut de la vague de la hype mais pas le premier venu non plus, j'ai rarement vu aussi peu de retours.
Depuis, et même s’il l’avait précisé (
« I’ll do cd and digital later to keep everyone happy though »), le disque est disponible de partout ! Et vous savez quoi ? C’est une bonne chose tant il est réussi. Après s'être essayé à plusieurs choses, avec plus ou moins de réussites (le réussi projet
'Human Don't Be Angry' et le disque du même acabit avec
David Shrigley 'Music and Words', le plus dispensable
'Summer of '13' donc), Malcolm Middleton retrouve ses premières amours, ses mélodies pop pleines de rock et
accouche avec 'Bananas' du petit frère de 'Waxing Gibbous', disque adoré
dans ces pages s'il en est.
Il y a ici tout ce qui m'a toujours plu dans la carrière solo de l'ex-Arab Strap : des mélodies marquantes, des balades tuantes (
il reste un des maîtres en la matière dès qu'il s'agit de composer des chansons belles mais à pleurer, la preuve avec
Salamander Gray), du piano, une double-basse, des chansons qui finissent rarement là où elles ont démarré, des chemins de traverses, des tiroirs, des relances de ritournelles lorsqu'on sent qu'elles sont prêtes de s'éteindre, cette façon si délicieuse de dire « fuck-off », des textes aussi drôles que mélancoliques et emplis de peine, ces voix (notamment celle de Kenny Anderson, aka
King Creosote) qui viennent sublimer l'ensemble, la production de
Paul Savage (ex-Delgados), toujours à la production. Il y a un peu tout cela dans cet album de Malcolm Middleton. Un artiste on ne peut plus attachant à tous les niveaux. Et un putain de
songwriter.
Hasard (?) du calendrier, un papier sur un ex-Arab Strap succède donc à
un papier sur un ex-Arab Strap dans ces pages. C'est toujours bon à prendre. Encore plus quand, au détour d'une excellente interview (voir plus bas),
j'apprends que Aidan Moffat et Malcolm Middleton, sont en train de travailler à un possible nouvel album d'Arab Strap :
« so we’re writing at the minute, with a view to recording next year and releasing in 2020. We’ve no idea if it’s going to work, or if it’ll fit with the band or just be myself and Aidan ». Si c'est pas de la news ça.
(Sortie : 28 septembre 2018)
Plus :
'Bananas' de Malcolm Middleton est également en écoute chez, notamment, Spotify et Deezer
Trois chansons de ce 'Bananas' de Malcolm Middleton en écoute. Tout d'abord, Salamander Gray (également en écoute dans les playlists Spotify et Deezer), le père Middleton se pose là. Puis, Love Is A Momentary Lapse In Self-Loathing, sans doute le tube de l'album. Et pour finir Buzz Lightyear Helmet, longue de plus de 8mns :