Annoncé à grands renforts de tweets dithyrambiques par Slumberland, le premier album de Chime School était attendu dans ces pages. Et il ne déçoit pas. En tout cas pour tous ceux qui, comme moi, aiment une indie-pop à guitares des années 80, entre jangle et twee-pop, avec une vibe C86.
Toute l'esthétique musicale autant que visuelle est orientée vers cette période. Il n'y a qu'à voir les clips avec ce grain, si ce n'est sépia, au moins passé. Et on ne tombe pas de notre chaise en voyant Andy Pastalaniec, l'Américain derrière Chime School, dans le clip de Taking Time to Tell You jouer devant une moto qu'on dirait être celle du 'Steve McQueen' de Prefab Sprout.
Entre influence américaine (Wait Your Turn et ce côté REM des débuts, en écoute aujourd'hui) et anglaise, 'Chime School' est en tout cas un disque qui ne se pose pas trop de questions, qui alignent les mélodies sur un rythme échevelé et dont la sincérité ne semble pas une seconde feinte.
Album : Chime School Année : 2021 Label : Slumberland Records
Si comme moi, Julien Ribot est un nom qui ne vous dit rien, commençons par le commencement et présentons le bougre. Sachez donc que Julien Ribot, en plus d'être né le 19 mai 1973 à Nice, « est le trisaïeul de Théodule Armand Ribot, créateur de la Revue Philosophique (1876) et auteur de l'Essai sur l'imagination créatrice (1900) ». Voilà pour le point Wikipédia.
Plus prosaïquement, Julien Ribot est surtout un artiste aux multiples facettes, ce qui est peu de le dire vu qu'en plus d'être un auteur-compositeur pour lui ('Do you feel 9?' est son cinquième album) et arrangeur pour les autres, il réalise des films, des clips (dont celui de Son of Mystery d'Orouni) ou encore monte des pièces de théâtre. Tout un programme.
Et donc, quasiment dix ans après 'Songs for Coco', Julien Ribot s'est remis à composer et sort 'Do you feel 9?' chez December Square. Et autant le dire tout de suite, cet album est un petit bijou de pop orchestrale très bien orchestrée et qui n'a pas oubliée ses années 70.
Entièrement chanté en anglais (sauf les quelques mots de la fin du dernier morceau prononcés par une enfant), composé autour de la personnalité et de l'histoire d'un certain Neon Juju, 'Do you feel 9?' est un disque qui va puiser son inspiration chez David Bowie (et pas que sur We Obi Diva, évidente ode à l’œuvre du Thin White Duke), Air ou MGMT, tout en faisant de l’œil aux dernières aventures plutôt symphoniques des Foxygen. On a droit ici une certaine idée de la pop des 70s, léchée et lettrée. On pense aussi aux Polyphonic Spree dès que les choeurs, qu'ils soient d'enfants ou d'adultes, se taillent la part du lion (Hey You Know Wonderland!, Time Is A Fruit et Neon Juju).
Peu d'écoutes (en fait une seule) sont nécessaires pour se rendre compte à quel point Julien Ribot a composé là un album majuscule et ambitieux, aux neuf chansons immédiatement irrésistibles. 'Do you feel 9?' est un disque sidérant de beauté, de classe, qu'il distille entre pop baroque et glam-rock, aidé par quelques invités de marque (Fred Frith à la guitare sur quatre titres ; Jimi
Tenor, croisé au mitan des années 2000 et son époque Kitty-Yo,
qui ramène sa flûte sur Annabelle (Part. I) ; Olivier "O" Marguerit, Barbara Carlotti et Rémi Antoni
d'Orouni qui viennent faire les backing-vocals de Neon Juju ; to name a few...) qui apportent tous leur écot à l’œuvre géniale d'un compositeur génial. D'ailleurs, arrêtons de tourner autour du pot, et ne mentons ni sur la
marchandise ni à nous même : ce disque de Julien Ribot n'est ni plus ni
moins qu'un chef d’œuvre. (Sortie : 29 octobre 2021)
Trois chanson de 'Do You Feel 9?' de Julien Ribot en écoute. Hey You Know Wonderlandet ses choeurs à tomber pour ouvrir le bal (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer et Youtube). Puis, We Obi Diva, chanson hommage à David Bowie (dont le titre est presque l'anagramme). Et enfin la chanson d'ouverture, Do You Feel 9? :
Deux clips tirés de 'Do You Feel 9?' de Julien Ribot. La chanson titre Do You Feel 9? et Hey You Know Wonderland! :
Silencieux depuis six ans, il aura fallu une pandémie mondiale pour voir débarquer les écossais d'Admiral Fallow se remettre à composer et sortir une suite 'Tiny Rewards'. L'album (leur quatrième) s'appelle 'The Idea of You' et vient de sortir chez leurs compatriotes de Chemikal Underground (avec donc, et sans surprise, Paul Savage à la production). Un disque qui prend son temps et déroule de belles mélodies mélancoliques.
Pour autant, de cet album, on retiendra surtout Dragonfly, chanson poussée (et calibrée) comme single en amont de la sortie. Et à raison : chanson la plus enflammée du disque, elle ferait presque regretter le calme (certes relatif) qui règnent dans les huit autres compositions. Car avec son énergie et ses « la lalalalala » communicatifs, ce titre embrasse une pop enlevée, et qui, s'il ne réinvente pas la roue, est sacrément efficace à tout le moins.
Album : The Idea of You Année : 2021 Label : Chemikal Underground
L'arrivée d'Internet a été une malédiction pour l'industrie du disque. Et une bénédiction pour tous ces artistes oubliés qui, il y a vingt, trente ou quarante ans, n'avaient pas su gagner le cœur des auditeurs dans des époques remplies de groupes et d'albums mémorables.
Margo Guryan fait partie, à l'instar de Rodriguez, de cette clique d'artistes dont on aura découvert le talent sur le tard, au tournant du siècle, au détour d'un téléchargement soulseek (c'est mon cas) ou d'une chronique dithyrambique sur un blog spécialisé. Les carcans explosaient et on pouvait enfin se pencher sur tout ce que nous, et nos parents avant nous, avions raté.
Margo Guryan est américaine et auteure d'un seul et unique album, 'Take A Picture', sorti en 1968 en pleine effervescence musicale. Une femme dont le refus de spotlights, et par la même de jouer le jeu de la promotion, lui ont couté une carrière qu'elle ne désirait sans doute pas vraiment. Et pourtant, il y aurait à dire sur ce très beau disque, bien dans son époque, pop autant que baroque, élégant, aux soupçons de jazz et de musique classique et à la mélancolie chantée d'une voix d'ange. Un album pas très loin du merveilleux, superbement mis en musique et grande œuvre de Margo Guryan, qui vient de s'éteindre à 84 ans, de la même manière qu'elle a vécu : en toute discrétion.
Jusque-là, j'avais catalogué le label grec Inner Ear Records dans la catégorie label punk/rock, la faute aux formidables (et aimés dans ces pages) Bazooka et à leurs albums de furieux, dont le dernier était sorti sur le label de Patras. Et puis j'ai découvert Rosey Blue, jeune grecque qui, elle, n'a pas le punk chevillé au corps et l'envie de martyriser des guitares électriques. Rosey Blue préfère plutôt les belles mélodies joliment orchestrées.
'Swans' est son premier disque. Un album assez court (neuf titres, 35 minutes), avec un instrumental à chaque extrémité (le malignement nommé Interlude et sa musique de chambre en ouverture, le fantasque The World en clôture). Entre ces deux morceaux, sept chansons qui naviguent entre pop-rock à l'américaine, quelques brins d'americana, un rien d'acoustique, un titre seventies à souhait (sublime Swans, le seul chanté en grec), quelques cordes pour soutenir la belle voix de Rosey Blue, des passages plus ouvragés ; et deux duos, dont The Moon avec Panos Birbas, membre du groupe hellène Dustbowl. Une chanson comme les deux faces d'une pièce, Rosey Blue chantant en pleine lumière, Panos Birbas restant dans l'ombre à marmonner comme un crooner, pour un résultat charmant et charmeur, où les deux voix se marient de façon évidente et où orgue et trompettes ne font pas que de la figuration. Une très belle chanson d'amour, aux paroles bien trouvées (« And swear with a lie before you go ») et sommet de ce réussi premier album, très bien produit et qui ne manque pas d'ambition.
Album : Swans Année : 2021 Label : Inner Ear Records