Il fait partie de ces artistes touchés par la grâce. Ceux qui ont pris une plus grosse part du gâteau que les autres. Et qui en ont même privé certains. Ceux sur le berceau de qui de gentilles marraines se sont penchées, l’une lui donnant une oreille parfaite, l’autre un don pour la mélodie, une troisième lui conférant une ouverture d’esprit rare. Bref, un petit génie, totalement insaisissable, exaspérant pour bon nombre de ses coreligionnaires, passionnant pour les autres.
Lui, c'est Kieran Hebden, aka Four Tet. Un artiste digne des
Nick Drake,
John Coltrane,
Bob Dylan,
Paul Mc Cartney,
Miles Davis,
Beethoven,
Brian Wilson et autres
Mozart. Cette accumulation de noms et de superlatifs va en faire sourire ou hurler plus d’un. Mais je pense sincèrement que
Four Tet est de l’acabit de ces gens là. Un homme à l’intelligence et l’éclectisme fou, qui a une idée très large de la musique et de son art, et qui s’échine à toujours à ressortir la quintessence de ses expérimentations.
L’œuvre de
Four Tet est une œuvre en mouvement constant, en perpétuelle mutation. De ses premiers essais en trio avec
Fridge (groupe sur lequel un jour on se recueillera pieusement) à son nouvel album sorti hier
‘There Is Love In You’,
Four Tet n’a pas choisi de chemin tout tracé mais a creusé son sillon. Toujours en suivant son instinct, sans s’appesantir sur ses premiers efforts, en se remettant sans cesse en question et sans jamais se limiter à la seule sphère électronique.
Il est mélodique et aérien sur
‘Rounds’ – album de folktronica somptueux sur lequel plus d’uns auraient fait carrière ? Il enchaine par un
‘Everything’s Ecstatic’, exigeant et brut de décoffrage.
Il s’acoquine le temps de quatre albums (en 3 ans !) avec le batteur de jazz
Steve Reid pour des disques déstructurés, expérimentaux et habités ? C’est pour mieux produire
‘Just Beyond The River’ de
James Yorkston & The Athletes, avant d’aller remixer
Nathan Fake,
Sia,
Born Ruffians ou encore
Madvillain et de collaborer avec le roi du dup-step
Burial, mon enfant.
Nouvel effort discographique,
‘There Is Love In You’ est un nouveau pas en avant dans l’œuvre de
Four Tet. Un disque optimiste (le titre n’est pas une façade) et une remise au cœur de son œuvre des mélodies. Si elles n’avaient pas disparues sur ses derniers albums, depuis
‘Rounds’ il n’avait pas été aussi soigné à ce niveau là.
Qu’il use de boucles ou de samples, qu’ils fassent de la synth-pop (
Circling) ou se replonge dans un folktronica qu’il maitrise à merveille (
She Just Likes To Flight), qu’il augmente les beats et rende les corps lascifs (
Love Cry,
Sing), la parole est toujours donnée à la mélodie, que
Four Tet érige en grand commandeur de ce
‘There Is Love In You’.
Cet album est d’une finesse et d’une délicatesse totale, où chaque morceau est travaillé à l’extrême et composé de couches qui s’emboitent avec un naturel désarmant ; où chaque chanson semble prendre vie et corps (
This Unfolds est à ce propos un bijou organique) ; où
Four Tet fait dans le feutré et dans le ouaté.
En composant
‘There Is Love in You’, premier véritable album en cinq ans,
Four Tet a monté un nouveau pan de mur de la cathédrale sonore qu’il construit depuis le début de sa carrière. Un édifice qui commence à être sacrément imposant, qui semble encore bien loin d’être terminé mais qui a déjà gagné l’intemporalité.
(sortie : 25 janvier 2010) Nb: Très belle chronique de ce 'There Is Love In You' par Berlin2Barcelona chez Chroniques Électroniques, à lire ici.Son :Myspace (Une chanson de ‘There Is Love In You’ en écoute)Site officielDeux chansons en écoute. L’une (Angel Echoes) ouvre l’album, avec cette boucle féminine qui répète « There is love in you », l’autre le ferme avec She Just Likes to Flight, sublime morceau sur lequel les plus popeux craqueront forcément (malheureusement plus en écoute).