Quelle beauté que voilà ! Adar Newlan ou la chanson qui clôt le troisième et nouvel album des touareg algériens d'Imarhan, 'Aboogi'. Un disque réussi et plutôt emballant à mes oreilles de profane, moi qui m'étais arrêté aux disques de Tinariwen. Mais la question n'est pas là. Revenons à Adar Newlan.
Une beauté disais-je, qui voit là l'étonnant mariage entre musique touareg et voix occidentale, celle du talentueux Gruff Rhys. Adar Newlan c'est au départ une légère et superbe mélopée (qu'on jurerait être jouée à la kora) que l'ancien
Super Furry Animals habille de son chant en gallois. Puis, la chanson prend un tour plus pop (cette petite guitare
hispanisante) tout en restant très traditionnelle dans le fond, avec clappings légers, chœurs et chant en arabe, que la voix de Gruff Rhys rejoint inévitablement. Magnifique.
Février 2022 ou la vie et la mort d'un groupe qui commençait à se révéler vraiment passionnant : c'est un peu comme cela que l'on pourrait résumer le début d'année de Black Country, New Road, septet londonien qui affole les gazettes depuis trois ans.
Douze mois tout pile après un premier album 'For The First Time' qui voyait le groupe prendre ses marques et charmer son monde (mais pas spécialement votre serviteur tant le disque, sorti d'une
ouverture magistrale (Instrumental, morceau qui ne mentait pas sur la
marchandise et au free rock réjouissant), s'étirait en longueur et
partait un peu trop dans tous les sens pour se révéler au final assez anecdotique), les Black Country, New Road venaient de revenir avec un disque autrement réussi, 'Ants From Up There'. Un album ambitieux, superbement composé et qui délaissait les guitares de 'For The First Time' pour mieux exposer un côté folk-pop, aussi arty, orchestral que post-rock.
Un album sur lequel planait la voix de Isaac Wood au format montagnes russes, presque Bowie-esque par moment, et pas pour rien dans la qualité folle de ce disque. Mais patatras : à peine l'album sorti, le même Isaac Wood annonçait sa volonté de quitter le groupe, non pas pour des raisons conflictuelles avec ses six acolytes (il le dit lui même : « six of the greatest people I know, who were and are wonderful in a sparkling way »), mais pour un besoin de prendre du recul, pour mieux assumer cette situation et ne pas devenir fou. Black Country, New Road annonçait dans la foulée que la tournée était annulée et qu'en l'état, le groupe ne jouerait pas 'Ants From Up There' sur scène, tant le disque était lié à Isaac Wood.
Voilà donc un disque dont les merveilleuses chansons (Chaos Space Marine, Bread Song, en écoute ce jour, Basketball Shoes, ce genre de petits bijoux) ne connaîtront pas de résonance live. Et voilà un groupe qui va devoir se réinventer. A six ou en remplaçant son chanteur. Dans tous les cas, le Black Country, New Road que nous connaissions est mort et 'Ants From Up There' est son épitaphe. A eux de trouver leur nouvelle route.
Album : Ants From Up There Année : 2022 Label : Ninja Tune
En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Bread Song de Black Country, New Road est également en écoute ci-dessous :
Autre excellente chanson de 'Ants From Up There' de Black Country, New Road, voilà Chaos Space Marine, et son côté presque cabaret où David Bowie semble être de la partie :
Le clip de Concorde, une des chansons extraites de 'Ants From Up There' de Black Country, New Road :
Et vous vous souvenez de votre premier baiser ? Simple question rhétorique tant j’ai du mal à imaginer que ce souvenir là disparaisse dans les tréfonds de nos mémoires. Moi, elle s'appelait Mélanie. La fille d'amis de mes parents. On s'était embrassés sans vraiment savoir pourquoi un samedi après-midi d'ennui pendant que nos parents et leur bande de potes étaient partis se remplir la panse au restaurant 'Chez Georges'. J'avais 15 ans, il faisait beau et je n'en revenais pas qu'une fille aussi jolie puisse s'intéresser à un gamin à peine sorti de l'enfance et pas encore rentré dans l'adolescence, et dont la puberté tardait à venir (elle mettra encore un an cette conne). On était allés se planquer des autres derrière la maison. On s'était bien bécotés pendant 10 minutes, elle m'apprenant les rudiments de la pelle, moi essayant de répéter les conseils que j'avais pu glaner ici et là (« tourne ta langue doucement », « lui aspire pas la bouche, c'est pas un biberon »). Tout plein d'émoi, nous étions rentrés, comme si de rien n'était, rejoindre les autres ados qui occupaient leur ennui enfermés devant la télévision alors que le temps était si doux dehors. Elle était partie débriefer avec sa cousine et ses copines avant qu'on me rapporte quelques heures plus tard que j'embrassais très bien. Je ne sais pas si c'était vrai, mais vous pouvez imaginer la fierté pour le gamin de troisième à la voix de fausset que j'étais.
Le premier baiser de Lucy Dacus a eu lieu bien plus tôt que le mien. Et il y avait un peu moins de passion et beaucoup plus d'envie de savoir comment faire. Elle avait demandé à son ami Rachel, un an plus vieille qu'elle, de l'aiderdans cette entreprise. « To win my man » comme elle dit. Ce premier baiser, l'américaine la raconte dans Kissing Lessons, son dernier single en date, court et nerveux, où elle prouve une nouvelle combien elle sait raconter des histoires. Et alors que la chanson se termine presque abruptement et sans demander son reste, Lucy Dacus questionne « And wonder if she thinks of me as her first kiss ». A dire vrai, ne nous posons nous pas tous la même question ?
Album : Kissing Lessons / Thumbs Again 7" Année : 2022 Label : Matador Records
Les projecteurs braqués ailleurs, Animal Collective continue son petit bonhomme de chemin, loin des playlists, des sélections « Best New Music » et autre effervescence qui accompagnaient chaque sortie de leurs albums au mitan des années 2000. La preuve en est que moi-même, fan inconditionnel d'une grande partie de leur discographie, j'ai raté leurs deux derniers.
Pourtant, leur nouvelle sortie 'Time Skiffs' prouve à quel point le groupe, s'il ne fait plus le buzz, a toujours ce petit truc en plus de composition, cette folie qui n'appartient qu'à eux - quand bien même beaucoup se sont inspirés de leurs travaux. Un album qui est une sorte de retour aux sources, un melting pot de 'Spirit They're Gone Spirit They've Vanished', 'Sung Tongs', 'Feels' et 'Strawberry Jam'. De la folk-pop sous acide, que l'on imagine dirigée par un Panda Bear, réel patron de l'organisation animale, d'où s'échappent encore des petits bijoux si ce n'est bricolés au moins tordus dans tous les sens.
Et si 'Time Skiffs' n'est sans doute pas leur chef d'oeuvre, on retiendra beaucoup de choses de ce douzième album, et notamment Strung With Everything, sorte de véritable condensé de sept minutes de leur début de carrière. Une chanson qui démarre doucement par quelques sons ambiant, quelques instruments effleurés, idéal introductif pour une mélodie d'acid-folk qu'on jurerait avoir été enregistrée à Hawaï. Mais c'est sur la fin du morceau que le quatuor de Baltimore emporte tout sur son passage, tel un Brian Wilson de 26 ans : deux dernières minutes dingues comme dans l'esprit d'un jeune Brian Wilson, entre piano martelé, respirations éphémères et chants extatiques. Quelle folie !
Album : Time Skiffs Année : 2022 Label : Domino Records
Tellement de disques sortent chaque semaine ou même chaque jour qu'il est, au-delà de tout écouter (encore heureux), parfois difficile de persévérer sur un album qui ne nous a pas marqué après une ou deux écoutes. C'est le cas de 'Archive Material', troisième et nouvel album des irlandais de Silverbacks, dont les précédentes sorties m'avaient plutôt indifféré. Un disque dans lequel je ne trouvais pas de quoi m'extasier et où j'avais du mal à trouver des chansons qui tiennent la route, sorti de I'm Wild, chanson de clôture d'une qualité indéniable, dont les grands riffs du refrain me rappelaient le Neil Young de Cowgirl in the Sand.
Pour autant, vu l'enthousiasme partagé par quelques unes de mes connaissances, je lui ai redonné une chance. Et il s'avère que j'ai bien fait car sans crier gare, cet album est en train de petit à petit s'imposer comme un de ceux qui rythment, si ce n'est mon quotidien, au moins mes semaines. Oui, 'Archive Material' a de sacrées bonnes chansons. Oui, le fait qu'ils soient deux à se partager le micro selon les morceaux rajoute de la profondeur au disque. Oui, 'Archive Material' ne se perd pas dans un post-punk lambda - et en profite même pour faire quelques jolis clins d’œil à l'histoire du rock de ces 50 dernières années. Alors certes, on n'en fera sans doute pas l'album de l'année ni même du mois, mais il y a ici largement de quoi passer l'hiver au chaud.
Album : Archive Material Année : 2022 Label : Full Time Hobby