mardi 23 décembre 2025

[Track of The Day] Haley Heynderickx & Max García Conover - Cowboying

Dès que l'on évoque la musique folk, instantanément, la figure tutélaire de Bob Dylan s'impose. Encore aujourd'hui, tout ce qui sort et sonne folk lui est invariablement comparé (et par moi le premier). Comme si l'on ne pouvait pas se défaire (à raison) de l'aura gigantesque de celui qui a donné ses lettres de noblesse au genre - au moins à un niveau médiatique. Pourtant, il y a un homme qui avant Dylan était la matrice de tout (ou presque) : Woody Guthrie. Un homme né en 1912, mort à seulement 55 ans, mais dont les protest-songs ont inspiré toute une génération de musicien à la fin des années 50 et au début des 60 (Pete Seeger, Joan Baez, même Springsteen, et évidemment Dylan, qui en était fan).

Sur 'What of Our Nature', c'est à ce même Woody Guthrie que Haley Heynderickx et Max Garcia Conover rendent hommage. Non pas en reprenant ses chansons ou celles qu'il a laissées dans un tiroir, mais en essayant de composer « à la manière de », en mettant la politique au centre, le tout saupoudré, évidemment, de folk. Et c'est plutôt très réussi. Sans doute beaucoup moins engagé que le maître en la matière (la chronique de pitchfork l'explique d'ailleurs très bien, voir plus bas), le duo américain n'est tout de même pas en reste, avec notamment des titres comme Song for Alicia, Buffalo, 1981 ou In Bulosan's Words. Mais, à la différence de Woody Guthrie, au folk plus brut et qui va à l'essentiel, Haley Heynderickx et Max García Conover, sans habiller leurs chansons de fioritures, alignent les moments folk de grande beauté, aussi lumineux qu'aériens et dont le mélange de leurs deux voix évoquent (forcément) Bob Dylan et Joan Baez. Bref, en dix chansons et trente-deux minutes de haute tenue, Haley Heynderickx et Max García Conover rendent un très bel hommage à non pas un mais trois des piliers de cette musique à nulle autre pareille.

Bonus : La belle chronique de Pitchfork de 'What of Our Nature' de Haley Heynderickx & Max García Conover est à lire ici

Album : What of Our Nature
Année : 2025
Label : Fat Possum Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Cowboying de Haley Heynderickx & Max García Conover est également en écoute ci-dessous :

Autre chanson remarquable de 'What of Our Nature' de Haley Heynderickx & Max García Conover, voilà Mr. Marketer :

Le clip de Fluorescent Light, un des singles extraits de 'What of Our Nature' de Haley Heynderickx & Max García Conover :

 

lundi 22 décembre 2025

[Track of The Day] Jim White and Trey Blake - Down To The River We Go

Après avoir évoqué par deux fois cette année Willow Avalon, autrice d'un premier album splendide 'Southern Belle Raisin' Hell' (et accessoirement, ma révélation 2025), il était plus que temps de parler de son paternel, Jim White qui, à bientôt 70 ans, a publié en janvier dernier, un disque aussi sombre qu'habité. 

Il s'appelle 'Precious Bane' et a été enregistré avec l'anglaise Trey Blake, une artiste rencontrée au sortir d'un concert de l'américain à Londres, qui lui avait offert le roman... 'Precious Bane', écrit en 1924 par Mary Webb. Intrigué, Jim White va donner suite à cette première rencontre et les deux vont ainsi créer une longue relation épistolaire qui, bien des années plus tard, trouve une concrétisation musicale des plus belles.

Enregistré à distance (lui aux États-Unis, elle en Angleterre), ce disque est un long voyage entre folk et country, où guitare, banjo, flûte, clavier, harmonica et autres marimba se partagent la vedette. Mais ce n'est pas un voyage lumineux et chaleureux. Ici, la balade est sombre, hantée, comme si l'on traversait des plaines désertées et désolées, sous un ciel bas, noir et orageux (la pochette est un bon résumé). Le chant (que les deux se partagent) est à l'unisson, notamment celui de Trey Blake - que Jim White présente comme la « UK's undiscovered Patti Smith » et qui a ce je ne sais quoi d’Édith Piaf - si belle, si particulière, si habitée, si unique plus simplement, comme toutes ces voix qui n'avaient pas envisagé un jour de chanter.

Porté par des titres comme Down To The River We Go (en écoute aujourd'hui), l'ouverture Ghost Song, Rushing In Waves ou His Lady, ténébreux à bien des égards, et rappelant autant Nick Cave que Tom Waits, 'Precious Bane' est un album qui prend son temps pour installer son ambiance funeste, pour mieux raconter ses histoires et élever au plus haut sa noirceur et sa mélancolie. Et qui touche souvent au sublime.

Album : Precious Bane
Année : 2025
Label : Fluff and Gravy Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Down To The River We Go de Jim White and Trey Blake est également en écoute ci-dessous :

Autre très belle chanson extraite de 'Precious Bane' de Jim White et Trey Blake, voilà Rushing In Waves :

Le clip de Rushing In Waves, le single extrait de 'Precious Bane' de Jim White et Trey Blake :

mercredi 17 décembre 2025

Robert Finley - Hallelujah! Don't Let The Devil Fool Ya [Easy Eye Sound]

Au contraire de la doxa qui veut qu'une année musicale ne dure, au plus, que onze mois (donnant d'ailleurs lieu à quelques aberrations du genre l'album de Cameron Winter 'Heavy Metal' qui finit dans le top de pitchfork (et à la 3è place qui plus est) alors qu'il est sorti en décembre 2024... où, à l'époque, le site avait publié depuis belle lurette déjà son bilan de l'année), c'est sans doute ma découverte tardive, un soir de décembre 2004, de 'The Blue Notebooks' de Max Richter qui fait j'attends le dernier moment pour tirer mon bilan musical annuel. Car nous ne sommes jamais à l'abri d'une découverte de dernière minute.

Celle de 2025 s'appelle 'Hallelujah! Don't Let The Devil Fool Ya', le quatrième album d'un certain Robert Finley. En d'autres temps, la carrière de cet américain de 71 ans aurait été plus que singulière. Mais les exemples de Sharon Jones et de Charles Bradley avant lui font qu'on est presque peu surpris désormais de tomber sur une histoire comme la sienne. Pour autant, elle a le mérite de rester improbable et d'être - rapidement - racontée.

Né en 1954 en Louisiane, Robert Finley a toute sa vie eu la musique chevillée au corps. Du genre à s'engager dans l'armée américaine pour servir comme technicien hélicoptère en Allemagne pour au final devenir guitariste du groupe de l'armée et voyager à travers toute l'Europe avec lui. Ou de devenir charpentier tout en étant le leader d'un groupe de gospel Brother Finley and the Gospel Sisters. Et même si au milieu des années 2000 il perd quasiment la vue, l'obligeant à arrêter son métier de charpentier, il continue à chanter, aussi bien dans la rue que dans quelques petits clubs, loin d'un circuit professionnel.

Arrive enfin 2015. Il est repéré par la Music Maker Relief Foundation, une organisation qui aide des musiciens de blues et de roots oubliés et/ou en difficulté. De là, quelques performances live épatent leur monde et Finley sort finalement son premier album en 2016 chez Big Legal Mess Records. Un disque au nom taquin, 'Age Don't Mean a Thing', lui qui vient alors de fêter ses 62 ans. De là, tout bascule : Dan Auerbach des Black Keys - et pas le dernier pour pousser des projets soul - le signe sur son tout juste créé Easy Eye Sound. Robert Finley commence alors la carrière qui lui a toujours échappé et publie pas moins de trois autres albums entre 2017 et 2023 - pour l'anecdote, il participe même en 2019 à l'émission de America's Got Talent.

Aujourd'hui âgé de 71 ans, Robert Finley n'en a évidemment pas fini avec la musique. Dans l'ombre pendant toute sa vie, il n'allait pas s'arrêter en si bon chemin vers la lumière. D'où la sortie en octobre dernier de 'Hallelujah! Don't Let The Devil Fool Ya', son cinquième album. Un disque enregistré sur le tas (en arrivant en studio, Robert Finley n'avait ni musique, ni paroles) et en une journée (!), où se mélange soul et blues-rock, aux accents psyché et funk, le tout teinté de gospel. Très justement produit avec cette sorte de grésillement qui entoure chaque chanson et qui donne l'impression d'écouter un vinyle de l'époque où il est allé puiser ses racines (merci Dan Auerbach à nouveau), 'Hallelujah! Don't Let The Devil Fool Ya' est un album plein de guitares généreuses et à la liberté assez folle, de chœurs délicieux, où les musiciens qui l’entourent (tous impressionnants de justesse) semblent s'encanailler dans une longue session jam cadrée, pendant que Robert Finley déclame ses paroles (empreintes de beaucoup de spiritualité), comme habité, de sa voix grave et rocailleuse qui semble avoir vécue mille vies, bien aidé par sa propre fille, Christy Johnson, venu se mettre dans les pas de son père et le supporter de sa jolie voix.

Et le résultat n'est pas loin d'être magistral, de l'ouverture sublime I Wanna Thank You et son rhythm 'n' blues qui ne cesse de s'amuser et divaguer (en écoute aujourd'hui) à I Am Witness et sa soul 70s en passant par le merveilleux Helping Hand ou le langoureux His Love. Un grand album qui confirme ce que Robert Finley énonçait au fronton de son premier album : l'âge n'a aucune importance. (Sortie : 10 octobre 2025)

Plus :
'Hallelujah! Don't Let The Devil Fool Ya' de Robert Finley est à l'écoute sur bandcamp
'Hallelujah! Don't Let The Devil Fool Ya' de Robert Finley est à l'achat sur bandcamp
'Hallelujah! Don't Let The Devil Fool Ya' de Robert Finley est également à l'écoute et à l'achat un peu de partout


Trois chansons de 'Hallelujah! Don't Let The Devil Fool Ya' de Robert Finley en écoute aujourd'hui. La superbe ouverture I Wanna Thank You (
en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis Helping Hand. Et enfin I Am Witness :

Deux clips des singles extraits de 'Hallelujah! Don't Let The Devil Fool Ya' de Robert Finley : I Wanna Thank You et Helping Hand

 

mardi 16 décembre 2025

[Track of The Day] Lone Deer Laredo - Rambling Fish

Marketée et poussée par des mastodontes qui n'ont pas d'autres solutions que de faire prendre la sauce auprès du grand public sous peine de voir la - leur - bulle exploser en plein vol et créer une crise sans précédent, l'Intelligence Artificielle est devenue incontournable dans le débat public. Mais dans nos vies ? C'est encore à prouver.

Pourtant, le pli a été pris par beaucoup. Les créas IA s'enchainent, toutes plus réalistes les unes que les autres, mais toujours (à l'heure actuelle en tout cas) avec ce grain et cette patine encore reconnaissable et manquant incroyablement d'âme. 

Qu'en est-il de la musique ? Il s'avère que près d'un tiers de la musique mise en ligne chaque jour sur Spotify, Deezer et compagnie (environ 40 000 chansons) est créée entièrement par l'Intelligence Artificielle. Pire, des "groupes IA" connaissent même un certain succès, trompant l'utilisateur alors qu'aucune création humaine n'est derrière (l'exemple de The Velvet Sundown l'été dernier). Désespérant.

D'où désormais une certaine méfiance à chaque découverte d'un groupe dont les informations sont plus que parcellaires. C'est le cas de Lone Deer Laredo. Un duo finlandais composé de Paola Suhonen et Olli Happonen, qui fait dans la folk/americana presque orchestrale au cachet 70s, dont les albums sont disponibles sur les plateformes de streaming… mais pas bien plus (pas de bandcamp, à peine quelques chansons sur soundcloud). Leur label ? Ivana Helsinki Records, une structure lancée et conduite par... Paola Suhonen elle-même, mais qui est avant tout un grand bazar artistique, lorgnant autant vers la mode, le design que le cinéma, qu'une maison de disque.

Heureusement, en fouillant bien les méandres du net, on finit par trouver quelques photos de showcase que Lone Deer Laredo a donné il y a quelques années, des chroniques ici et là de leurs premiers disques. Et c'est à peu près tout. C'est peu, certes, mais c'est déjà ça. Surtout, cela valide donc leur existence réelle. Et cela aurait été dommage que ce ne soit pas le cas. Car leur 'Lone Deer Laredo, Vol. 3 (3/7)' a une belle gueule. Troisième album d'une série de sept, débutée en 2019, toujours enregistré à Nashville, toujours produit par Brad Jones, toujours avec la même pochette où seule la couleur de fond change, ce disque propose une americana très bien ouvragée, joliment corsetée de mélodies soignées et qui sent bon, donc, les années 70. La voix de Paola Suhonen est belle, les arrangements autour d'elle sont plutôt raffinés et la magie opère assez rapidement - il suffit de lancer Rambling Fish (en écoute aujourd'hui) sa flute traversière légère, sa guitare qui slide à ses côtés, pour s'en rendre compte.

Lone Deer Laredo existe donc bien et n'est pas une création uniquement composée de 1 et de 0. Reste à savoir désormais si 'Lone Deer Laredo, Vol. 3 (3/7)' sortira un jour en version physique, comme ses deux prédécesseurs. Peut-être. Peut-être pas. On ne sait pas. Et on ne le saura sans doute jamais. La stratégie du secret est quelque-chose qui m'échappe mais j'imagine que cela participe à la séduction. Et plutôt que se plaindre, on se satisfera avant tout d'avoir d'aussi jolies mélodies à se mettre sous l'oreille.

Album : Lone Deer Laredo, Vol. 3 (3/7)
Année : 2025
Label : Ivana Helsinki Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Rambling Fish de Lone Deer Laredo est également en écoute ci-dessous :
 

lundi 15 décembre 2025

[Track of The Day] Cory Hanson - Bird on a Swing

En 1969, pour ouvrir son deuxième album 'Songs From a Room', Leonard Cohen avait choisi Bird on the Wire. Une chanson destinée à être une de ses plus célèbres compositions, qui marqua son monde à l'époque (Tim Hardin la reprendra et lui donnera même le titre de son album de 1971), à tel point même que Kris Kristofferson, à son écoute, demanda à ce que les trois vers inauguraux (« Like a bird on the wire / Like a drunk in a midnight choir / I have tried in my way to be free ») figurent sur sa pierre tombale le jour il passerait de l'autre côté.

Cinquante-six ans plus tard, Cory Hanson ouvre son quatrième album 'I Love People' par Bird on a Swing. Et il est difficile de ne pas y voir une référence évidente au chef d’œuvre de Cohen. A ceci près que Cory Hanson renverse tout. Musicalement déjà où, à l'ambiance presque austère de Bird on the WireBird on a Swing oppose un folk plein de pop, aux légers accents country, aux chœurs soulful à souhait, mené par une mélodie au piano, certes mélancolique, mais enjouée. Stylistiquement aussi : là où Bird on the Wire voyait un narrateur épris de liberté qui s'excusait de ceux qu'il avait pu blesser en devenant libre, Bird on a Swing est une chanson où le héros vit mal cette libération : le texte est amer (« I can count on my friends / Like I count on my debts »), désabusé (« I'm a lonely bitter soul / I got sadness in my skull / And I'm only kind to strangers / They're the only people I don't know ») voire désespéré par moments (« I rode on the darkest range / I worked a thousand graveyard hours / I have no blood left in my veins »), et l'on se dit très vite que cette liberté gagnée est beaucoup plus contrainte que souhaitée (« That's the cost of being free »).

Et le résultat final est grandiose. Car Bird on a Swing est sans doute une des toutes meilleures chansons d'ouverture de 2025. Vous comprendrez donc qu'à quinze jours de la quille, il était temps pour moi de l'évoquer. Surtout quand on sait que 'I Love People' de Cory Hanson est sorti le 25 juillet dernier.

Album : I Love People
Année : 2025
Label : Drag City

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Bird on a Swing de Cory Hanson est également en écoute ci-dessous :

Le clip de Bird on a Swing, chanson qui ouvre 'I Love People', le nouvel album de Cory Hanson :