lundi 13 novembre 2017

[Track of The Day] Max Richter - The Waves: Tuesday

L’autre jour, alors que nous étions quelques-uns sur un forum musical à deviser  de Kamasi Washington, cette réflexion à propos de 'The Epic', le disque gargantuesque du saxophoniste américain en 2015, m’a interpellé : « Ce n'est pas qu'il impressionne, c'est qu'il dure près de trois heures, et qui a le luxe de pouvoir écouter trois heures de musique sans être dérangé/interrompu ? ».

Bonne question effectivement. Car dans cette course effrénée où une nouvelle chasse une autre en 30 mns, où l’on semble toujours vouloir en faire plus alors qu'on n'en a pas les moyens, prend-on encore le temps ? Qui n’a pas perdu une heure un soir, pourtant de fatigue avancée, à faire le tour (une énième) fois d’Internet, à lire ou relire des articles inintéressants au possible, à regarder des vidéos de sites-à-clics totalement débiles plutôt qu’aller se coucher ou de plonger dans un roman ? Comme happé par ces objets sur lesquels nous passons déjà une immense partie de notre journée ?

Pire : sommes-nous encore capable de regarder un film à la télévision sans faire des pauses « smartphone », à vérifier twitter, facebook ou les dernières news d’un autre réseau social comme si notre vie en dépendait ? Peut-on encore passer une soirée avec ses amis, sans participer à une conversation whatsapp de personnes absentes ? Sait-on encore lancer un disque (ou ne serait-ce qu’une chanson) sans rien faire d’autre que l’écouter, sans se laisser distraire par quelques jeux mobiles à la con qui occupent nos pauses ou notre ennui ? Je ne suis pas sûr que la réponse à ces questions soit positive. Ainsi, si on prenait aujourd'hui le temps de prendre le temps ? 

La chanson du jour s’y prête. Extraite de ‘Three Worlds : Music From Woolf Works’, elle vient conclure ce nouvel album de Max Richter (ce n’est pas vraiment le dernier vu que l’allemand semble produire des bande-originales de film ou de séries à la chaîne). Elle dure 21'38" minutes et est l’aboutissement d’un disque construit autour de trois livres de l’écrivaine Virginia Woolf.

The Waves: Tuesday (puisque c’est d’elle dont il s’agit) est un océan de douceur mais surtout de langueur. Donnant d’ailleurs sa pochette à l’album, ce morceau est le point culminant de ce disque magnifique qui voit Max Richter revenir à ses premières amours et mélanger musique néo-classique et littérature ('The Blue Notebooks' et  Franz Kafka, 'Songs from Before' et Haruki Murakami). 

The Waves: Tuesday débute doucement, avec la voix de Gillian « Scully » Anderson lisant le dernier texte écrit par Virginia Woolf, juste avant son suicide (et c'est quelque-chose). Derrière, les vagues semblent passer au loin. Quelques notes lumineuses arrivent, discrètes et répétitives. Presque lointaines. Puis la voix s’éteint, la brise musicale commence à se lever et Max Richter amène lentement et délicatement tous les instruments mais aussi cette voix (qui n'est pas sans rappeler son Sarajevo tiré de son premier album en 2002) qui vont permettre à la chanson de décoller de manière magnifique et puissante sur la toute fin. 

The Waves: Tuesday est un morceau qui prend ses aises, qui ne brusque pas les choses, qui laisse le temps suspendre son vol. Beau comme jamais, il s'agit sans doute là d'une des compositions les plus abouties de Max Richter. Et quand les dernières notes s'évanouissent, le choc est tellement fort que la meilleure chose à faire est d'écouter le silence. De ne rien faire. Et de continuer à prendre son temps.

Album :
Three Worlds: Music From Woolf Works
Année : 2017
Label : Deutsche Grammophon

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En plus des playlists Spotify et Deezer (colonne de gauche de ce blog), The Waves: Tuesday de Max Richter est également en écoute ci-dessous :



 

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