Découvert grâce à Pierre (With A Messy Head, Carton Sonore) et repéré par le toujours debout et essentiel Hidden Bay Records qui sort le disque, voilà Swash, quatuor danois venu de Copenhague, et leur premier album après quasiment dix ans d'Ep et de singles épars. Un disque qui se nomme 'Powers of Ten' et qui ne compte que… neuf chansons - titre ironique sur la session d'enregistrement où, au bout du compte, un des dix morceaux enregistrés n'a pas réussi à passer le cut final.
En résulte un disque assez court (27 minutes), au son massif, nerveux et exalté, qui se balade de plage en plage dans le rock des années 90, qu'il soit indie, slacker, noise ou power (superbe Clay), le tout avec des élans grunge, des guitares puissantes et fuzz et même du Dinosaur Jr. tout craché (Surface Tension). De la belle ouvrage bruyante où les mélodies ne sont pas prises pour quantité négligeable et ont leur mot à dire. Un des meilleurs albums - et pas que rock - de l'année, sans l'ombre d'un riff.
Après la Nouvelle-Zélande hier, faisons place aujourd'hui au Canada avec Mock Media, quatuor originaire de Vancouver, et à 'Rat Bastard', leur troisième album sorti le 17 juillet dernier chez Mac's Record Label (le label de Mac Demarco) et Meat Machine. En tout cas à toute la partie clairement influencée par le post-punk fin 70s/début 80s et moins celle qui va chercher ses influences dans le reggae.
Ainsi, zappons City's of Fire ou Fell From The Top (mais qui séduiront à coup sûr tous les fans du genre), laissons de côté la bossa pop de White Lion et même Straight Line dont l'introduction me fait penser à Sinsemilia (si si) pour mieux nous concentrer sur les six autres chansons, et notamment ce triptyque d'ouverture Mock City Rock / Take It / Rat Bastard très séduisant, aux mélodies qui savent grandir, des guitares qui post-punk, un chant à plusieurs voix, entre Clash (Mock City Rock et son petit hommage à London Calling, que je ne peux croire autrement que volontaire), Television, Gang of Four et guitares eighties. Un trio très avenant pour débuter ce 'Rat Bastard' de Mock Media, disque qui, pour peu qu'on aime le reggae et ses affidés, devrait largement séduire son monde.
Album : Rat Bastard Année : 2026 Label : Mac's Record Label / Meat Machine Records
Derrière cette silhouette en contre-jour sur fond d'orange flamboyant portant beau le chapeau de cowboy et ce nom d'Hemi Hemingway, ne se cache pas un artiste de country alternative venu du grand ouest américain mais un certain Shaun Blackwell, originaire de Wellington en Nouvelle-Zélande.
L'album habillé par cette bien trompeuse pochette est son second et se nomme 'Wings of Desire'. Un disque écrit avec l'encre des années 80, celles des productions massives qui flirtaient souvent à la limite du bon goût. Il y a un peu tout cela dans ce deuxième album de Hemi Hemingway : un disque moins épique que grandiloquent, qu'aucuns diraient ampoulé, et qui ne brille pas toujours - musicalement en tout cas - par sa finesse. Pour autant, le disque s'ouvre par Wings of Desire (en écoute aujourd'hui), formidable chanson titre qui semble être tout droit sortie de l'esprit de Pulp et/ou de Jarvis Cocker - et pas seulement pour ses accents vocaux - et qui déborde tant de générosité et de classe que même un saxophone typique de l'époque n'arrive pas à la gâcher (et en devient même essentiel).
Album : Wings of Desire Année : 2026 Label : PNKSLM Recordings
Quel intérêt y a-t-il en 2026 à écouter le nouvel album des Rolling Stones, qu'on annonce être, comme à chaque fois d'ailleurs, leur meilleur depuis [insérer ici le dernier Stones qui vous a marqué] alors que la réalité est tout autre (il faut d'ailleurs absolument relire à ce propos le fabuleux papier de Fabrice Pliskin dans le Nouvel Obs en septembre 2023, voir plus bas) ? Pire, pourquoi chroniquer, encore plus dans ces pages, une chanson ou un album des Rolling Stones en 2026 ? Parce qu'il y a un côté malaisant qui s'en échappe.
'Foreign Tongues' donc, dernier album en date (voire dernier tout court, ces messieurs ne rajeunissant pas) de la bande à Jagger, soixante-quatre ans après leurs débuts - ce qui, ne nous mentons pas, force le respect. Un disque enlevé, qui sonne bien, qui sonne juste, avec quelques mélodies satisfaisantes (pour ne pas dire marquantes) et enjouées. Du rock'n'roll pas le plus finaud certes, mais moins old'n'roll que ce que l'on aurait pu croire, et qui a du caractère. Certes. Mais - car il y a un mais - tout ceci semble bien trop parfait pour un groupe d'octogénaires dont les chansons intéressantes depuis quarante ans se comptent sur les phalanges du pouce. Il flotte comme un air de tromperie sur la marchandise.
Il y a déjà la durée : une grosse heure, pour douze compositions originales et deux reprises (de Amy Winehouse et Chuck Berry, sans aucun intérêt l'une comme l'autre), soit dans le top 5 des albums les plus longs de leur discographie. Étonnant ce regain d'inspiration non ? Il y a aussi la voix de Mick Jagger, qui vient de fêter ses 83 ans, qui sonne comme s'il en avait trente de moins ; le jeu de Keith Richards, qui entame pourtant sa dix-septième vie à 82 ans, qui ne semble pas avoir pris une ride ; et celui de Ron Wood, 79 printemps, qui se porte comme un charme. Ces gens là auraient-ils trouvé un élixir de jeunesse pour retrouver si ce n'est la verve de leurs vingt ans, au moins le dynamisme de leurs quarante ?
Mais plus globalement, il y a quelque chose de dérangeant à l'écoute de ce 'Foreign Tongues'. Tout sonne trop propre, trop juste, trop parfait, trop carré, trop énergique, trop sémillant et finalement, trop jeune, pour croire que ce ne soit que l'œuvre d'octogénaires. Alors on n'ira pas trop sur la partie intelligence artificielle, nouvelle donne qui commence déjà à infester la production actuelle entre des artistes peu scrupuleux prêts à tout pour retrouver le haut des charts, et des anonymes qui se croient (et se disent !) artistes juste parce qu'ils savent écrire un prompt : Jagger et Richards se défendent que l'IA ait été
d'une façon ou d'une autre intégrée au processus de création (j'ai personnellement beaucoup de mal à y croire, mais bon, laissons leur le bénéfice du doute). Jetons alors un coup d’œil aux crédits de l'album. Et là, le constat est implacable : le personnel qui a œuvré en
coulisse, que ce soit en studio ou derrière la console, est imposant. Et cela explique une bonne partie de ce sentiment de malaise à l'écoute du disque, tant on comprend que chaque chanson a du être décortiquée pour être ajustée au mieux, pour ne pas ternir l'image des Rolling Stones et de leurs 64 ans de carrière.
Bref, c'est tout cela qui m'empêche de prendre trop au sérieux ce 'Foreign Tongues', possible disque de chant du cygne d'un des grands groupes de l'histoire. Un album à la première écoute épatante mais qui très vite devient dérangeante (voire gênante) tant il me semble moins être des Rolling Stones que celui de techniciens de studios - très - doués. Et quand bien même la formidable chanson qu'est Divine Intervention (en écoute aujourd'hui), morceau que je n'arrive pas à ne pas adorer, enregistré avec le concours de Robert Smith (à la guitare)
et Steve Winwood (au piano), qui est d'une efficacité folle (que voulez-vous, je ne suis pas à un paradoxe près). C'est dommage de ne pas accepter de vieillir.
En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Divine Intervention de The Rolling Stones, avec la participation de Robert Smith de The Cure à la guitare et de Steve Winwood au piano est également en écoute ci-dessous :
Dans le dernier album en date de Nothing, vous trouverez tout ce qui a fait le succès jusque là du groupe de Philadelphie : du shoegaze à la sauce goth et indie rock, le tout saupoudré de noise pop, quelques balades rêveuses aussi. Enfin, tout ça, à partir de la plage deux. Car avant, il y a never come never morning (en écoute aujourd'hui), la chanson d'ouverture. Et c'est une incongruité, autant sur ce 'a short history of decay' que dans la discographie de Nothing.
Un morceau rarement (voire pas ? pour être honnête, je n'en ai pas le souvenir) vu chez eux, pop, ample (cette rythmique !), à la mélodie mélancolique, extrêmement aguicheuse, belle et efficace, où la voix de Domenic Palermo ressemblerait presque à un murmure. Une chanson étonnante donc pour Nothing mais magnifique, marquante aussi. Les fans les plus hardcore y trouveront sans doute à redire, voyant là
un premier galop d'essai grand public pour ouvrir sa musique au plus grand
nombre. D'autres, comme moi (on est pop ou on ne l'est pas après tout) y verront
comme un excellent prologue à ce nouvel album, s'il était besoin de le préciser, réussi évidemment. never come never morning ou une chanson étonnante qui ne ressemble pas à Nothing mais qui leur va pourtant très bien.
Album : a short history of decay Année : 2026 Label : Run For Cover Records
Pendant très longtemps, un label de musique avait une couleur musicale qui lui était propre. Certes, il lui arrivait épisodiquement d'en dépasser les frontières (difficile de passer à côté d'un artiste marquant) mais fondamentalement, chacun restait dans sa sphère. Ce temps là, je ne vous apprends rien, est désormais révolu - et depuis quelques années déjà. Aujourd'hui, les maisons de disque ne s'embarrassent plus d'étiquettes et vont là où leurs coups de cœur leur disent d'aller.
Dernier exemple en date, Stones Throw Records. Ce n'est pas la première fois que le label de Peanut Butter Wolf, de Madlib, Aloe Blacc et autres de J Dilla quitte les sentiers hip-hop qui l'ont façonné. Vendredi dernier, la maison de disque angelinos a publié le premier album d'un certain Josh da Costa, californien lui aussi. Le disque s'appelle 'New Wave Graveyard' et navigue entre synth-pop, jangle-pop, post-punk et pointe de shoegaze, le tout avec une patine totalement eighties. Bref, loin de 'Madvillain' ou 'Champion Sound' et plus proche en vérité d'un Benny Sings.
Et ce n'est pas un mal. Car 'New Wave Graveyard' est une grande réussite, sorte de capsule synthétique tout à fait réjouissante dans laquelle les réussites ne manquent pas (Skygirl, Slip By, 96 Year Old Girl). Mais comme il faut bien choisir (après tout, il s'agit de la rubrique "Track of The Day"), partons aujourd'hui sur Shireen, une chanson d'amour qui raconte, comme l'explique Josh da Costa lui-même, « le sentiment de soulagement qui vous envahit après avoir failli rompre avec quelqu'un », sur fond de jangle-pop un peu mutante, aux guitares comme saoules. Un énorme coup de cœur de cet été 2026 et, surtout, un très grand morceau de pop.
Album : New Wave Graveyard Année : 2026 Label : Stones Throw Records
Jeudi dernier. Alors que la saison des concerts est terminée pour cause d'été, le Sonic Lyon prolonge le plaisir avec la venue des anglais de Ulrika Spacek, leur dernier album 'EXPO' sous le bras (disque séduisant qui confirme tout le bien que l'on pensait d'eux), comme dernière date avant la rentrée de septembre. Et, le lyonnais étant semble-t-il plus aoutien que juillettiste, le concert est complet, la péniche comble. Et comme la canicule a décidé de prendre quelques jours de repos afin de récupérer, toutes les conditions sont réunies pour avoir une belle soirée.
Et ce fut le cas. Déjà donc avec Ulrika Spacek, déroulant un set pas loin d'être parfait, très juste, sonnant sur beaucoup de morceaux étonnamment (ce n'est pas vraiment le cas sur disque) comme Radiohead (deuxième génération) mais, si je puis me permettre et au risque de me mettre à dos les fans, en un peu moins prétentieux. Un concert d'une heure, juste le temps de confirmer que les anglais sont de sacrés musiciens et ont définitivement quelque-chose, en plus de bien belles chansons à leur actif (et pas que I Could Just Do It ou The Sheer Drop).
Mais Ulrika Spacek n'est pas la seule raison de cette belle soirée : Sharon Tate Modern y a également grandement participé - en ouverture. Un groupe lyonnais au nom pas loin d'être génial (comme le fera remarquer un ami, « un concert avec une première partie qui s'appelle Sharon Tate Modern ca me suffit pour y aller »), mené sur scène par grand échalas habillé en marcel, aussi gringalet que musculeux, dont la posture et la dégaine ne sont pas vains, ne tombent pas dans la pose outrancière et donnent au contraire un charme supplémentaire à la prestation d'ensemble. Sorte de mélange entre Magazine et Wire auquel on aurait rajouté un peu de Bowie par-ci, de Nick Cave des débuts par là et de Joy Division dans le fond, la musique de Sharon Tate Modern est en tout cas de haute tenue, carrée, cadrée, bien écrite, pleine de noirceur et pour autant enthousiasmante. Une petite révélation qu'on va commencer à suivre de très près. Cela tombe bien d'ailleurs, Sharon Tate Modern devrait sortir son deuxième album dans les prochains mois. Un disque jusque là sans nom mais sur lequel on devrait retrouver Parachute (en écoute aujourd'hui), chanson noisy et torturée aux guitares aiguisées et au texte aussi halluciné que désabusé.
J'ai une théorie (sans doute fausse d'ailleurs) : à chaque fois qu'un groupe n'est pas satisfait de la qualité de son dernier album, il publie rapidement un nouveau single et/ou disque dans la foulée, comme pour le faire oublier et passer à autre chose. Est-ce le cas pour Get Well Soon ? Konstantin Gropper est revenu aux affaires fin mai dernier avec 'Minus the Magic', disque pas honteux loin de là mais trop en pilotage automatique et au final assez fallot pour enthousiasmer son monde - en tout cas le mien. Et il vient d'annoncer un neuvième album, 'SÉANCE', pour le 30 octobre prochain, soit moins de six après. Étonnant pour un artiste plus que discret depuis quatre ans.
Ce disque, que notre homme promet comme son « album gothique », se dévoile par un premier single, Goth 101 (en écoute aujourd'hui). Une chanson à l'ambiance sombre, à la production puissante qui rend la rythmique autant métronomique qu'organiques, où la mélodie, par sa beauté, et les chœurs sur la fin, arrivent à faire passer quelques bribes de lumières, quand bien même Get Well Soon répète comme un mantra « We, we can not escape ». Prometteur.
Album : SÉANCE Année : 2026 Label : Scarlet Beast Records
A l'écoute de 'Total Dive' de Brown Horse, une chose est certaine : ils ont beaucoup beaucoup - et sans doute encore un peu plus d'ailleurs - écouté certes Neil Young mais surtout Songs: Ohia. Tout au long des dix chansons de ce troisième album des anglais (ils viennent de Norwich), les fantômes du regretté Jason Molina et de ses comparses sont en effet présents à chaque recoin, sur chaque guitare qui fuzz, sur chaque reverb qui déploie son écho, sur chaque pedal qui steel, sur chaque mélodie mélancolique et pleine de noirceur qui emplit la pièce, sur chaque riff acéré. Et le résultat est plutôt épatant. Car bien que très influencé, tout ici sonne juste et personnel. Bon. Puissant. Rageur aussi. Naviguant entre alternative-country-rock et indie-rock racé, porté par la voix pleine d'émotion de Patrick Turner, des mélodies marquantes et des chansons fortes comme Heart of The Country, Sorrow Reigns en ouverture ou encore Twisters (en écoute aujourd'hui), cet album de Brown Horse est une sacrée réussite. Et sans doute le plus américain d'un groupe anglais écouté cette année.
Album : Total Dive Année : 2026 Label : Loose Records
Parmi la liste de groupes récents qui ont un peu fait le buzz mais à côté desquels je suis passé, je voudrais The New Eves. Un quatuor féminin originaire de Brighton en Angleterre qui fait dans le freak-folk, le folk-punk (quand il n'est pas avant ou post), dont le premier album avait du charme mais auprès duquel je ne suis finalement pas revenu.
Un an presque pile après la sortie de 'The New Eve Is Rising', voilà qu'une des membres s'émancipe déjà et annonce son premier album solo, 'Wild Love' pour le 14 août prochain, là aussi chez Transgressive Records. Cette membre, c'est Nina Winder-Lind (qui s'occupe notamment du violoncelle chez The New Eves) et à l'écoute de Girls (en écoute aujourd'hui), un des singles déjà disponible, cette affaire semble plutôt bien embarquée. Une chanson folk, punk et presque orchestrale à la fois, qui martèle comme s'il était besoin (et parce qu'il y a besoin justement) que toutes les filles du monde aspire à faire ce qu'elles veulent de leur vie, n'en déplaise à nos sociétés actuelles (qui, si elles avancent sur le sujet, ne le font pas encore assez vite). Une chanson faussement de guingois mais vraiment belle comme tout, ouvragée qu'elle est, et fondamentalement féministe. Sans doute que Jennifer Finch, bassiste des L7, décédée mardi, aurait adoré.
Album : Wild Love Année : 2026 Label : Transgressive Records
Perdus de vue depuis leur cinquième album en 2008 (le curieusement nommé '4'), les Dungen ne m'ont pas attendu pour continuer leur petit bonhomme de chemin. Certes, les disques des suédois sont bien plus espacés que par le passé (six entre 2001 et 2010, bientôt quatre depuis), mais ils sont toujours bien là. Leur prochain (le onzième donc) sera publié le 25 septembre prochain. Il s’appellera 'Vidrig Vår' (littéralement « un printemps dégoûtant » en français) et s'annonce par En Gång I Timmen (en écoute aujourd'hui). Une chanson complètement Dungen dans l'esprit, au psychédélisme et au prog rock mené par un piano tout à fait lumineux, qui n'est pas sans rappeler Gruff Rhys.
Non, ce n'est pas un bug d'affichage. Non, je n'ai pas décidé d'un coup d'un seul d'écrire dans une police ubuesque. Comme je n'ai pas décidé de désormais composer les billets de ce blog en sumérien ou tout autre langue morte. Rien de tout cela. Derrière ces caractères bizarres se cache un des nombreux avatars de Four Tet / Kieran Hebden, producteur et musicien anglais de génie. Pourquoi ? Comment ? Un délire sans doute - particulier mais un délire quand même - pour casser les codes ? Mettre derrière lui, le temps de quelques albums, son nom de scène le plus célèbre pour mieux se réinventer et voir la réaction des gens à sa musique, sans forcément savoir que c'est lui aux manettes ? Un pied de nez à l'industrie musicale dont il n'a jamais été le plus grand fan ? Sans doute un peu des trois en même temps.
Quoiqu'il en soit, son dernier album en date (je vous épargne son nom, il est plus bas et est encore plus absurde), sort donc sous le nom de ⣎⡇ꉺლ༽இ•̛)ྀ◞ ༎ຶ ༽ৣৢ؞ৢ؞ؖ ꉺლ, que les fans appellent « The Wingdings alias » (le nom étant composés de quelques caractères de la police en question). Et il tout à fait délicieux. De l'électro pleine de downtempo, de la house aux contours ambient, de la folktronica cornaquée à la techno, fait de différentes textures sonores qui s'emboitent merveilleusement bien les unes aux autres, le tout sublimé par le savoir et le touché mélodique à nulle autre pareille de notre homme. Un grand album donc, hypnotique et onirique, torturé mais tout à fait lumineux dont on ressortira notamment (je vous fais grâce du titre original) le morceau 2 (en écoute aujourd'hui), qui, en six minutes, résume à lui seul tout le talent et la carrière de Four Tet.
En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, le morceau 2 du nouvel album de Four Tet sous son alias tarabiscoté ⣎⡇ꉺლ༽இ•̛)ྀ◞ ༎ຶ ༽ৣৢ؞ৢ؞ؖ ꉺლ est également en écoute ci-dessous :
Autre morceau à écouter, voilà le numéro 4, toujours avec cette touche mélodique imparable :
Il y a encore quelques heures, la chanson du jour aurait été parfaite pour décrire mon état d'esprit : oui, « partir mourir » était une solution tout à fait envisageable après ces jours de canicule (la troisième et sans doute pas la dernière de cet été infernal qui s'offre à nous - le premier d'une série infinie), cette chaleur qui s'insinue partout et qui n'a pas envie de sortir de ce foutu appartement. Oui mais voilà, entre temps, mes prières d'athée ont été entendues : les nuages se sont amoncelés, l'horizon s'est couvert de nuances sombres, le ciel s'est mis à tonner et l'orage est tombé, comme un sourd, la pluie en première ligne.
La fraîcheur est donc de retour. Mais au contraire de celle-ci qui va partir aussi vite qu'elle est venue, la chanson du jour est, elle, là pour rester. Elle s'appelle Going Off To Die et est extraite de 'Speculative Fiction', le troisième album de Smirk, projet
mené par un certain Nick Vicario, californien de son état seul aux manettes mais accompagné par
d'autres musiciens dans sa démarche. Un morceau aussi immédiat qu'efficace, entre post-punk et grunge, qui a tout d'un hymne qu'on se verrait bien à gueuler à tue-tête, marchant dans la rue quelques verres dans le nez, pendant que s'abat une pluie continue et qui n'a pas l'air de vouloir s'arrêter. Sans conteste mon coup de cœur de ce début d'été insupportable.
Il y a dans 'Hors Monde', le dernier album d'Autour de Lucie paru il y a quelques semaines, une chanson qui parlera sans doute à beaucoup, qu'ils aient laissé leur adolescence derrière eux depuis plus ou moins longtemps : Mars 85. Un morceau où, sans jamais donner de piste et en étant volontairement ambiguë (parle-t-elle d’un amour incandescent pour un garçon ou d’un artiste pour qui elle brûle intérieurement?), Valérie Leulliot décrit ce ou ces moments où l'on se révèle au monde, où peu à peu on sort du carcan familial, on découvre la vie, la musique, l'émotion et, si ce n'est l'amour, au moins le sentiment amoureux. Un morceau synthétique, mélancolique et nostalgique très juste sur les affres de la fin de l'adolescence, sa confusion, son exagération, ces émotions naissantes qu'on ne comprend pas ni ne contrôle, la timidité et les hésitations qui en découlent.
Album : Hors Monde Année : 2026 Label : Microcultures
Dix-huit mois après 'Southern Belle Raisin' Hell', premier album étonnant autant que brillant qui révélait une compositrice talentueuse et qui a des choses à dire, Willow Avalon est de retour avec la suite, 'Pink Pocket Pistol'. Un disque beaucoup plus ancré dans une country traditionnel et sixties, presque rétro, et bien moins country-pop et enlevé que son prédécesseur.
Cela étant, cela ne l'empêche pas d'être un bel album et qui confirme que la fille de Jim White (à l'enfance compliquée que je racontais ici) a de vrais talents de composition. Car s'il est sans doute trop classique pour emballer totalement, il y a toujours ces jolies mélodies et surtout ces textes piquants et grinçants, plein de morgue et d'ironie, parlant d'amour raté, de relations foirées à cause de mecs inconséquents et qui semblent toujours se comporter comme des gens d'une époque heureusement révolue - avec en point d'orgue Hypothetically Speaking (en duo avec Kaitlin Butts) où l'histoire d'une femme qui assassine son mari violent et qui demande à son amie comment faire disparaitre le corps sans laisser de traces (« Hypothetically speaking, You'll cut him into little pieces, I'm talking real little pieces, And then you feed 'em to the gators »). Pourtant, on partira aujourd'hui sur la chanson titre, Pink Pocket Pistol, où Willow Avalon raconte l'histoire d'une femme qui, là aussi, assassine son mari violent avec son pistolet de poche rose. Le tout, sur une ambiance western-country que n'aurait sans doute pas reniée Lee Hazlewood.
Le clip d'une des autres chansons marquantes de 'Pink Pocket Pistol' de Willow Avalon, Hypothetically Speaking, que Willow Avalon chante en duo avec Kaitlin Butts :
A l'écoute de SWEAT, leur premier single pour Rough Trade Records il y a de cela un an, on aurait pu croire que The Sophs n'était rien de plus qu'une sorte de résurrection de The Strokes (ou d'ersatz pour leurs contempteurs). De bons faiseurs mais sans doute pas bien plus.
A l'écoute cette fois de leur premier album 'GOLDSTAR' (ces jeunes californiens aiment les majuscules), il n'en est finalement rien, tant il est beaucoup plus divers que ne pouvait le laisser croire SWEAT (la seule chanson qu'on peut d'instinct relier à la bande de Casablancas), allant autant chercher des influences chez Queen que les Doors, Pixies ou Muse (pour ne citer qu'eux). Certes, le disque n'a pas une cohérence folle, certes il se perd en cours de route mais ce premier effort de The Sophs mérite d'être salué comme il se doit, tant il se tient et qu'il a quelques singles de haute volée (GOLDSTAR, en écoute aujourd'hui, BLITZED AGAIN, qui débute comme du Muse des débuts et se termine en presque confrérie pop). Preuve une nouvelle fois Geoff Travis et Jeannette Lee ne se sont pas trompés.
Album : GOLDSTAR Année : 2026 Label : Rough Trade Records