Un quart de siècle d'activité, neuf albums au compteur (dont certains parus chez Yep Records ou Full Time Hobby) et une régularité certaine (tous les trois ans en moyenne), et pourtant, je n'avais jusqu'au week-end dernier jamais posé mes oreilles sur le groupe Fujiya & Miyagi, groupe, comme son nom ne l'indique pas, anglais, originaire de Brighton. Un groupe qui, à en croire un de ses fondateurs David Best, n'était pas destiné à avoir une longue carrière et dont le nom, un peu bêta, est l'association du nom d'une marque japonaise de tourne-disque et de celui du maitre Ralph Macchio dans "Karate Kid".
Et donc, Fujiya & Miyagi vient de publier un nouvel album, 'New Shiny Object' et c'est une découverte saisissante. A tel point que j'ai du l'écouter au bas mot une quinzaine de fois depuis samedi matin, sans un seul moment de lassitude. Il faut dire que son mélange habile d'indietronica, de krautrock et de psychédélisme est assez imparable et que le disque, concis, très bien construit et qui ne manque pas de groove, donne des envies de reviens-y et n'est pas sans rappeler un autre excellent album de l'année, 'Objects, Beings & Parrots' d'Urlaub In Polen. Mieux, si l'on trouve quelques chansons vraiment marquantes (la chanson titre, No Green Light ou encore Manufacturing Delays), 'New Shiny Object' cache à la troisième piste un petit bijou. Il s'appelle simplement 158 (en écoute aujourd'hui), dure près de six minutes et est une longue montée mélancolique, à la basse superbe, entre électro et indietronica, sur laquelle on jurerait que Arab Strap est venu s'égayer dessus. Une chanson entre nostalgie, temps qui passe, hommage à un ami disparu et, comme le chante David Best sur le dernier refrain « This is for anyone, Whose ever lost someone, Just know you’re not the only one ». Un titre superbe. Un tube, rien de moins.
Album : New Shiny Object Année : 2026 Label : Impossible Objects of Desire
En 2024, à la sortie de 'Oyster Cuts', leur premier album chez Merge Records, on avait quitté les australiens de Quivers sous la forme d'un quatuor. Deux ans plus, on les retrouve en formation trio. Mais ne croyez pas que le changement se résume à un départ d'un des quatre premiers membres. Car si Sam Nicholson reste à la barre du projet, il a totalement remodelé le groupe. Exit donc Bella Quinlan, Holly Thomas et Michael Panton de la formation d'origine et bienvenue à Thomas Skalicky et Shauna Boyle (ex Cable Ties). A ce niveau là, ce n'est pas un simple coup de peinture, c'est un ravalement de façade !
Et pour célébrer cette nouvelle formation, le désormais trio Quivers s'offre un premier 45-tours, toujours chez Merge Records. Si l'on ne connaît pas la face-B (Drive Somewhere, qui ne sera disponible que pour les acheteurs du disque), on peut écouter la face-A, Bottle The Nervous (en écoute aujourd'hui). Une sacrée jolie chanson si vous voulez mon avis, entêtante au possible, à la mélodie délicieusement mélancolique, où une production très juste met en valeur autant la belle guitare de Sam Nicholson, la superbe basse de Thomas Skalicky que la batterie (et les choeurs) de Shauna Boyle. Un morceau qui donne vraiment envie d'en entendre plus de cette nouvelle itération. Quivers est mort ? Vive Quivers !
Album : Bottle the Nervous 7" Année : 2026 Label : Merge Records
Nouveau groupe venu de la Windmill Scene, voilà Spanish Horses, quintet formé à Paris, désormais établi à Londres, qui tient son nom d'une chanson d'Aztec Camera, et qui s'apprête à publier son « Debut Ep », comme le dit son label So Young Records - bien qu'ils aient déjà à leur actif un Ep en 2024, allez comprendre.
Un groupe cosmopolite - au sein duquel on trouve à la guitare un certain Albert Cocker, fils de Jarvis - qui n'a certes pas un goût très sûr en matière de design (cette pochette, vraiment ?) mais qui heureusement semble avoir un sens aigu de la mélodie qui fait mouche. Comme sur leur dernier single en dateCity I Believe (en écoute aujourd'hui), chanson courte mais sacrément efficace, au rock riffeur qu'un harmonica qui ne s'en laisse pas compter transcende. En un mot comme en cent : prometteurs.
Album : Small Notions Ep Année : 2026 Label : So Young Records
Si l'on devait donner une définition musicale à « valeur sûre », nul doute que mon choix premier irait à The Notwist. Car depuis son émancipation au tournant des années 2000 qui l'a vu mettre de côté le post-hardcore de ses débuts pour mieux embrasser une indietronica pop qui lui sied à merveille, le groupe allemand aligne, tous les quatre/cinq ans des albums de très haute tenue. Dernier exemple en date, 'News from Planet Zombie', publié au printemps dernier dont l'écho n'a pas été énorme - où en tout cas, je trouve, on n'a pas assez tressé les lauriers.
Pourtant il y aurait de quoi dire sur ce disque, cinq ans après un excellent 'Vertigo Days'. Plus « calme », que les précédents, plus folk et/ou pop, mais v'là la beauté, transcendée par ses mélodies travaillées et la toujours si belle voix de Markus Acher. Très bien construit, comme un vrai petit voyage plutôt délicat, parfois méditatif, pas exempts de tubes énervés (X-Ray, The Turning, en écoute aujourd'hui), il se conclue par deux petites merveilles, Projectors et Like This River, qui l'une comme l'autre aurait été des chansons de conclusion parfaites. Bref, un très grand cru.
Et sans doute un des disques que j'ai le plus écoutés cette année, que The Notwist venaient présenter et défendre sur la scène de L’Épicerie Moderne il y a peu. Et comme à chaque fois avec eux, le concert fut grandiose. C'est un groupe étoffé (ils sont sept) qui prend d'assaut une scène pleine d'instruments et va consacrer la première partie du concert à 'News from Planet Zombie' (Teeth, le pétaradant X-Ray, Propeller, Snow, How the Story Ends, Silver Lines), tout en faisant de la place à l'évident 'Neon Golden', avec pas moins de quatre chansons dont leur tube ultime, Pilot (qui, avouons-le nous, est peut-être le plus grand morceau de scène qui soit tant The Notwist en propose à chaque tournée une nouvelle relecture aussi déstructurée, désincarnée presque, et toujours réjouissante). Ajoutez à cela un morceau de 'Vertigo Days' (Ship), un de 'Close to the Glass'(Into Another Tune) et même Agenda, extrait de leur tout premier album (où la petite bande abandonne le temps du morceau les frères Acher et le batteur Andi Haberl), et la messe est dite pour le groupe, quitte la scène en saluant la foule.
Sauf qu'on sait qu'ils vont revenir. Parce qu'ils le font toujours. Et parce qu'ils n'ont pas encore joué Kong, un de leurs tubes. C'est d'ailleurs lui qui ouvre le bal de ce premier rappel, avant d'enchaîner les deux beautés qui concluent 'News from Planet Zombie', Projectors et Like This River. La salle est en apesanteur, le concert va s'arrêter sur ces deux douceurs, merci, bonsoir.
Mais non, The Notwist n'en a pas totalement terminé avec nous. Tout ce beau monde revient une seconde fois pour un dernier tour de piste, le temps d'un Gravity (seule chanson de 'The Devil, You + Me' du soir) et Consequence (de 'Neon Golden') avant de finir sur 0-4, un bel instrumental tiré de 'Shrink' (leur disque bascule), qui met tout le monde d'accord. Les applaudissement redoublent, les lumières se rallument, les « ils ne déçoivent jamais » se multiplient et le merch est pris d'assaut
Deux heures, vingt-un morceaux, quelques versions étirées, sublimées : fermez le ban, ce concert de The Notwist était merveilleux, grandiose, généreux, et l'œuvre d'un groupe au sommet de son art. Un groupe immense sur disque. Un groupe immense sur scène. Une valeur sûre.
Album : News from Planet Zombie Année : 2026 Label : Morr Music
En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, The Turning de The Notwist est également en écoute ci-dessous :
Exceptionnellement, deux chansons supplémentaires de 'News from Planet Zombie' en écoute aujourd'hui : les deux qui ferment notre affaire, Projectors et Like This River. Parce qu'elles sont indissociables. Parce qu'elles sont aussi belles l'une que l'autre. Parce que je n'arrive pas à choisir :
Si vous allez sur la page bandcamp consacrée à 'Fudge', le nouvel album de Michael Kiwanuka, vous pourrez lire la date de sortie suivante : 23 janvier 2026. Si vous avez suivi l'actualité des sorties musicales, vous savez que 'Fudge' a été finalement publié vendredi 23 octobre dernier, soit neuf mois plus tard. Pourquoi ? Comment ? La raison est tout sauf drôle. Et pour ainsi dire dramatique.
Juillet 2025. Michael Kiwanuka est en pleine tournée des festivals (l'Angleterre, l'Espagne, Jazz à Vienne, etc) pour soutenir son dernier album en date, 'Small Changes', sorti en novembre 2024. Mais à la fin du mois, son management annonce que la tournée estivale est annulée, comme la tournée américaine à l’automne qui devait suivre. Seule explication : « continued illness ». Rien de plus.
Les semaines puis les mois passent sans plus d’explications. Pourtant, un nouvel album est annoncé, 'Fudge'. Prévu pour le début 2026, la sortie est finalement reportée sans plus de cérémonie. Il faut attendre septembre dernier dans un formidable et très touchant article de The Guardian intitulé "Everyone can relate to pain and struggle. So I’m sharing mine’: Michael Kiwanuka on life after his devastating stroke", construit autour de deux interviews d’une demie heure, pour apprendre la réalité : en juillet 2025, Michael Kiwanuka a fait un AVC hémorragique. Un accident vasculaire aux lésions cérébrales sévères, qui a entrainé des mois en soin intensifs avant qu'il puisse être transféré dans un centre de rééducation pour réapprendre, comme il le dit lui-même, à remettre son corps en forme, retrouver sa voix (ses cordes vocales ont été touchées) - et lui même quelque part.
Reste donc ce fameux 'Fudge'. Un disque enregistré avant son accident, dans la foulée de 'Small Changes' en 2024, mais cette fois sans artifice ni grosse artillerie (Inflo et Danger Mouse ne sont pas de la partie, tout comme les invités prestigieux qui peuplaient son disque précédent), juste avec son groupe. Un enregistrement un peu au débotté, entre inspirations sur le moment, idées qui foisonnent, jam sessions qui se transforment en moments de grâce. Comme si Michael Kiwanuka avait souhaité un retour à une certaine simplicitéaprès dix ans à travailler ses chansons en studio avec des maîtres de la console.
Mais ne croyez pas que 'Fudge' soit à nu pour autant. Moins clinquant, moins produit donc (c’est Michael Kiwanuka lui-même qui s’en charge), avec un côté, si ce n'est lo-fi, au moins bedroom qui le traverse, il ne manque pour autant pas de lustre, joliment orchestré qu'il est (il y a entre autres choses un quatuor à cordes). Sa soul-folk teintée de psychédélique aussi, souvent mid-tempo, aux moments prog (Stars, Steve's Paradise, Love In My Heart, aux quelques passages qui rappellent Pink Floyd, pas une première chez lui), aux orchestrations smooth, est d'une beauté sidérante (la doublette California, Just Another Moment pour ne citer qu'elle), diaphane aussi, renversante et souvent mélancolique. Quant à la voix de Kiwanuka, parfois dans un murmure, comme si elle ne chantait que pour nous seuls, qui s'efface régulièrement pour mettre en pleine lumière le jeu de ses acolytes, elle fait merveille, évidemment.
Sans doute inconsciemment influencé par la situation physique de Michael Kiwanuka, difficile de ne pas admettre que 'Fudge' est un album splendide, aérien au possible. Et surtout intensément libre. Un disque qui aurait du être de respiration et qui pourrait être au final "testament", tant l'homme derrière n'est le plus le même à l'heure qu'il est - et ne le sera d'ailleurs peut-être jamais plus.
Suite à son AVC, Michael Kiwanuka a voulu finalement publier 'Fudge'. Parce qu'il ne sait pas quand et s'il pourra rechanter un jour. Parce que si la rééducation prendra du temps, il commence à sortir du tunnel dans lequel il est rentré en juillet 2025. Parce que l'album existe, tout simplement, et qu'il aurait été triste qu'il finisse dans un placard. Comme Michael Kiwanuka le dit à la fin du papier de The Guardian « A stroke can take away a lot of things, but it can’t take those songs away. So I’ve got hope from that. Who I was still exists in those songs and in that music ». (Sortie : 23 octobre 2026)
Trois chansons de 'Fudge' de Michael Kiwanuka. California, la chanson qui m'a saisi à la première écoute de 'Fudge' (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis Just Another Moment. Et enfin, le psychédélique, prog et superbe Steve's Paradise :
Pour finir, deux clips et un documentaire consacré à 'Fudge' de Michael Kiwanuka. Ceux de Summer Clothes et Sing ainsi qu'un making-off de 11 minutes de l'album :
Je dois avouer que, hormis quand il s'agit de post-rock, les albums uniquement instrumentaux ont plutôt tendance à vite m'ennuyer. Que voulez-vous, la voix est un marqueur trop important pour l'amoureux de pop que je suis.
Mais parfois, la magie opère quand même, sans qu'on y prenne garde. Prenez Steven R. Smith, américain de son état, à la carrière longue comme le bras, auteur d'une pelletée de disques depuis le milieu des années 90, que ce soit sous son nom ou les alias Hala Strana ou Ulaan (qu'il a décliné sous toute une collection : Janthina, Khol, Markhor, Passerine). Hé bien son dernier album 'Half-Light Unfolding' a beau être totalement instrumental, il m'a particulièrement emballé. Parce qu'il est inspiré. Parce que Steven R. Smith (où il est le seul maître à bord) sait faire rebondir sa folk pleine de psychédélisme, souvent mélancolique, et la réinventer sur chaque morceau à coups de guitare électrique, de basse, de piano ou d'harmonium, pour ne jamais emmener son auditoire dans l'ennui (avec Sea Grass, en écoute aujourd'hui, comme meilleur exemple). Et si sur quelques morceaux, j'aurais bien vu une voix venir ajouter son grain de sel et relever les compositions, l'univers entièrement instrumental de 'Half-Light Unfolding' se suffit tout à fait à lui même.
Album : Half-Light Unfolding Année : 2026 Label : Eiderdown Records
En écoute aujourd'hui, Long Face People, chanson majeure de 'Year Of The Horse', le troisième de Cor de Lux, quartette originaire de Caroline du Nord et qui vient d'arriver chez Ipecac Recordings, le label de Mike Patton. Long Face People n'est pas la chanson la plus représentative de cet album entre post-punk, noise et éclats post-hardcore. Peut-être parce qu'elle était sortie en single il y a dix-huit mois de cela et qu'elle n'était alors que les prémices de 'Year Of The Horse'. Surtout parce qu'elle joue le chaud et le froid, posée avec sa basse profonde qui ouvre et mène la danse et dans le même temps pleine d'urgence avec le chant très punk de Dawn Moraga. Mais si elle est majeure, elle n'est en rien la seule réussite de 'Year Of The Horse', album tout à fait recommandable, qui ne manque pas de chansons, peut-être plus classiques dans leur écriture et leur exécution mais tout à fait efficaces (The Western, The Cringe).
Album : Year Of The Horse Année : 2026 Label : Ipecac Recordings
Il y a quasiment vingt ans, je terminais la chronique de 'Strength in Numbers' de Calla par ces mots : « Calla est un des (rares?) groupes dont on sait pertinemment que, dans vingt ans, on sera heureux de faire découvrir à ses enfants, en ressortant des cds ou des vinyles tout poussiéreux mais qui n'auront musicalement pas pris une ride ». A la relecture, c'est drôle, car cette phrase sonne comme un adieu à un groupe, alors que celui-ci n'avait pas encore annoncé se mettre en pause. Mieux, deux décennies plus tard, si aucun enfant n'est arrivé, la discographie de Calla n'a pris ni la poussière, ni une ride - pour ainsi dire, les années aidant, elle a même pris de l'épaisseur.
Vingt ans, c'est aussi le temps qu'il aura fallu au groupe mené par Aurelio Valle pour sortir de sa torpeur. Et après avoir annoncé leur retour en 2025, Calla vient de publier 'DeFacto', leur nouvel album, teasé à coups de nouveaux morceaux depuis plus d'un an. Et si le résultat est mitigé, avec ces chansons qui semble alterner entre vieilleries qui n'avaient pas passé le cut de leurs albums passés et nouvelles compositions moins inspirées, il y a de quoi s'enthousiasmer tout de même (Midnight Ride, en écoute aujourd'hui, Paralyzed, relecture de Stand Paralyzed de 'Strength in Numbers', Sneak Attack, Pick Your Battles). Alors oui, l'ensemble manque un peu de folie, mais la voix d'Aurelio Valle est toujours la même, et si leurs parties guitare/basse sont moins marquées (ou ont moins la part belle, c'est selon), elles restent leur marque de fabrique, toujours reconnaissables entre mille. Bref, Calla est de retour. Il serait idiot de vouloir bouder sa joie.
Album : DeFacto Année : 2026 Label : Nuevo Leon Recordings
Will Toledo commença son aventure Car Seat Headrest au fond de sa voiture, laquelle donna un nom à son projet, devint studio d'enregistrement de ses premiers albums qu'il publia à son compte avant d'être repéré et signé par Matador - avec le bonheur que l'on sait.
L'histoire de Asher White est un peu la même. Originaire de Evanston dans la banlieue de Chicago, elle n'a aujourd'hui que 25 ans et pourtant une discographie longue comme une artiste de 65 ans (sauf si vous êtes Aidan Baker ou Robert Pollard) : vingt-trois albums (certains sous le nom de melting wax body), dont les deux derniers sont sortis cette année, tous deux chez Joyful Noise, sa nouvelle maison. 'Jessica Pratt' en février, où, pochette comprise, elle revisite - très bien d'ailleurs - le tout premier album de Jessica Pratt. Et 'Love Aggregates' en aout dernier, sans doute moins réussi, qui se traine un peu en longueur, que quelques arrangements de cuivres essaient, sans grand succès, de relever, mais qui trouve une belle affirmation en plein cœur du disque, sur deux chansons, The eagle is no omen et Nightingale Version (Sailor's Moon) (en écoute aujourd'hui), bedroom pop de belle tenue, charmante au possible, qui n'est pas sans rappeler autant Man at War que We Are Catchers.
Album : Love Aggregates Année : 2026 Label : Joyful Noise Recordings
En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Nightingale Version (Sailor's Moon) de Asher White est également en écoute ci-dessous :
Histoire de bien faire les choses, voilà The eagle is no omen, l'autre chanson tout à fait remarquable de 'Love Aggregates', le dernier album en date de Asher White :
Il y a d'un côté le nom du groupe, School Fair. De l'autre, le nom de son dernier album en date, 'Unexpected Violence'. Avouez qu'on ne pouvait pas faire mieux pour coller à l'actualité française du moment. School Fair donc. Un quatuor néo-zélandais, originaire de la ville de Dunedin (pour les passionnés de géographie, c'est au sud-est de l'île du sud), pas vraiment nouveau sur la scène down-under vu que 'Unexpected Violence' est déjà leur troisième album.
Un disque sorti au milieu du printemps dernier chez nous, mais en plein hiver chez eux, ce qui explique peut-être la pochette avec ce pull en laine - à laver à très haute température donc. Avec au programme, art-rock, noise rock, post-punk, élans grunge et disto, qui a beaucoup de Bar Italia en lui (et un peu de leurs parents éloignés Sonic Youth, version apaisée) avec ses belles guitares, sa jolie basse et son micro qui passe de l'un à l'autre. De la belle ouvrage dont on pourra ressortir pas mal de titres (Old Wound Open, Gussied Up) et dont le point d'orgue est sans conteste Nervous in the Service (en écoute aujourd'hui)
Album : Unexpected Violence Année : 2026 Label : Mutual Records
39'07". Trente-neuf minutes et sept secondes. Voilà la durée de The End of Forgetting, la chanson du jour, évidemment - et de très très (très) loin - la plus longue jamais publiée dans les pages de ce blog en quasiment vingt ans d'existence. 39'07", c'est beaucoup, surtout pour une playlist plus habituée à des titres de trois à cinq minutes, mais elle le mérite, car elle est grandiose, tout comme le disque qui l'entoure d'ailleurs.
Ce disque, c'est 'Newly Sentient Being', le tout dernier album live des Swans de Michael Gira. Cinq morceaux avec trois inédits (dont The End of Forgetting, en écoute aujourd'hui) et deux versions revisitées de The Merge ('Birthing' en 2025) et Paradise Is Mine ('The Beggar' en 2023), pour deux heures quarante de musique. Un live gargantuesque, impressionnant de puissance comme de justesse, et qui s'ouvre par The End of Forgetting (en écoute aujourd'hui), chanson à plusieurs phases, qui rappelle à bien des égards Godspeed You ! Black Emperor - à son meilleur - et qui est absolument phénoménale, renversante, prodigieuse, pharamineuse (je vous laisse le choix de l'adjectif).
Mais au-delà d'être un énième album live (le onzième) de Swans, 'Newly Sentient Being' est surtout l'épitaphe (ou le chant du cygne si vous aimez les bons mots) du groupe dans sa version actuelle, celle ouverte en 2010 avec la reformation et la publication de 'My Father Will Guide Me Up a Rope to the Sky'. Mieux, ce que l'on entend sur 'Newly Sentient Being' est l'enregistrement de l'ultime concert donné par le groupe, le 28 novembre 2025 à Berlin. Où, comme le dit sacrément bien Gira lui même, « l'apothéose de 15 ans d'expressionnisme sonore cosmique, tour à tour céleste et dépravé, viscéral et transcendant ».
Quant à la suite, le taulier prévoit de se lancer dans des aventures plus sobres et plus intimistes. Si elles sont aussi passionnantes que celles des quinze dernières années, j'en suis. Swans est mort, vive Swans !
Album : Newly Sentient Being Année : 2026 Label : Young Gods Records
La musique est pleine de trilogies - souvent mythiques - qui ont rythmé son histoire : l'électrique de Bob Dylan, la berlinoise de David Bowie, celle de The Cure (étalée quasiment vingt ans), la "no-synth" de The Magnetic Fields (dont il a souvent été question dans ces pages à l'époque, voir ici et là) et j'en oublie évidemment.
L'écho de celle que vient de construire Persica 3 ne rivalise sans doute pas (et n'aura jamais l'impact) que celles précitées, pourtant elle mérite d'être écoutée, choyée, aimée. Vous me direz, rien ne prouve que 'Cardinal' est le point final d'une trilogie commencée en 2022 avec 'Tangerine' et magnifiée avec 'Beauty in the Noise' en 2025. Mais à son écoute, il en ressort comme une évidence : toujours publié chez Hidden Bay Records, toujours avec une pochette au style iconographique très identifiable (comme les deux précédents, l'album est disponible uniquement aux formats cassette et numérique), toujours avec un mélange de pop et de psychédélisme très sixties, où si l'ombre de Brian Wilson n'est jamais très loin, celle de Panda Bear s'impose encore un peu plus.
Mais cette fois, pour 'Cardinal', Persica 3 a changé son mode de composition : il est allé fouiller dans les années 60 et 70 pour trouver et chiper des samples sur lesquels construire ses chansons. En résulte un disque solaire, ouaté à souhait, aux textures nombreuses, fourmillant de détails discrets qui ne cessent de se dévoiler au fil des écoutes. Pop psyché aux harmonies vocales aussi généreuses que lumineuses, 'Cardinal' se termine par deux petits bijoux : la chanson titre, où le piaillement d'un cardinal rouge fait office de métronome, et That Life (en écoute aujourd'hui), à la mélodie ample et superbe, que Persica construit autour de trois morceaux américains de la fin des années 60 : Yours Is The Life de Paul Martin, Our Love de The Grasshoppers et I'm a Little Boy de Jerry Solomon. Intemporelle pour le moins.
Il y a une quinzaine d'années, alors que je cheminais avec mon grand père paternel aux abords d'une vieille demeure familiale et que nous remontions une pente herbeuse que quelques mois plus tôt il arpentait encore aisément, celui-ci m'avait dit, le souffle court, « tu sais, c'est vraiment pénible de vieillir ». Cette phrase m'a marqué car c'est la première fois que je prenais conscience que cet homme qui était pour moi un roc indépassable (son passé d'ancien combattant pendant la deuxième guerre mondiale, dont il n'aurait jamais du revenir si les nazis avaient vérifié que la balle qui lui était entrée dans l'omoplate et ressorti au milieu du dos l'avait vraiment tué, sa vie de paysan puis de manard à tout faire, et dans quelles conditions), un homme que j'avais toujours connu fort, qui ne se plaignait jamais, vieillissait. Et qu'il était même déjà vieux. Il approchait des 90 ans, était encore alerte à bien des égards, mais cette pente douce lui faisait mal. Sans m'en rendre compte, il avait vieilli.
A 60 ans, Bill Callahan n'a pas l'âge de mon grand-père d'alors. Pourtant, vieillir le questionne. L'interroge. Sur sa vie d'homme. Sur sa vie d'artiste. Sur ce qu'il en a fait. Sur ses relations passées. Sur le temps qui passe, inexorablement. Et plutôt que garder ses questionnements pour lui même, l'américain a décidé d'en faire un nouvel album, 'My Days of 58' - l'âge auquel il a composé ce disque. Au programme, douze chansons entre folk, folk-rock, americana, country et d'effluves jazz (ces moments presque bancals, comme ivres, qui traversent le disque) que Bill Callahan déploie, dans une ambiance cotonneuse à souhait, à grands coups de guitares, cuivres, cordes, pedal steel, piano et autres saxophones, bien aidé qu'il est par, entre autres, Matt Kinsey, Dustin Laurenzi et le toujours dans le coin dès qu'on parle d'un album majeur, l'australien Jim White.
Un disque autobiographique, sublime, racé, porté par quelques titres majeurs, au premier rang desquels West Texas et son gimmick à pleurer sur le refrain, The Man I'm Supposed To Be, Empathy (discussion avec son paternel décédé), l'entêtant Lonely City ou When Do Men Sing en ouverture qui s'interroge sur le besoin qu'ont les hommes à vouloir chanter et dont Callahan est ses acolytes ouvrent petit à petit les ailes avec grâce et emphase.
Certains esprits chafouins me diront que 'My Days of 58' date de février dernier - soit douze ans à l'échelle de l'industrie musicale actuelle. Certes. Mais nous sommes mi-octobre, la fin d'année approche à grands pas, et il était plus que temps d'évoquer dans ses pages un des plus beaux disques de 2026. Qui prouve qu'après une décennie 2010 quelconque, le texan en a encore sous la pédale, confirmant le déjà excellent'YTILAER' en 2022. Comme si l'âge n'avait pas de prise sur lui. « Tu sais, c'est vraiment pénible de vieillir » m'avait dit mon grand-père à l'orée de ses 90 ans. Bill Callahan n'en est pas encore là, lui qui semble embrasser ces jours qui disparaissent avec philosophie et sérénité, plus inspiré que jamais. Puissions nous tous vieillir comme lui. (Sortie : 27 février 2026)
Plus : 'My Days of 58' de Bill Callahan est à l'achat sur bandcamp 'My Days of 58' de Bill Callahan est à l'écoute et à l'achat un peu de partout Pop News a publié deux chroniques pour avoir un double regard sur 'My Days of 58' de Bill Callahan. Et les deux critiques (et notamment celle de Mathieu de Random Songs) valent la lecture
Trois chansons de 'My Days of 58' de Bill Callahan en écoute aujourd'hui. Why Do Men Sing, le morceau d'ouverture, pour débuter (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis le sublime West Texas. Et enfin The Man I'm Supposed To Be :
Souvent croisé, rarement écouté, Jake Xerxes Fussell vient de se révéler à moi via son tout dernier album 'The Old Beloved Path', récemment publié chez Fat Possum. Et ce pour deux raisons : déjà parce qu'il ramène un peu de folk dans mon quotidien. Surtout, il me permet de découvrir un artiste au songwriting singulier. Car Jake Xerxes Fussell, au contraire de l'immense majorité de ses contemporains (ou non d'ailleurs), ne compose pas les morceaux qu'il chante. Ou disons, pas vraiment. Il va piocher dans l'immense répertoire de la musique folklorique des chansons qui ont traversé, si ce n'est les âges, au moins quelques générations, prend tout ou partie des paroles, puis les habille de mélodies bien à lui, toujours folk, toujours soignées.
Avec du fingerpicking par ci, quelques réminiscences de Johnny Cash par là, et de jolis arrangements (le groupe qui l'accompagne est particulièrement doué), 'The Old Beloved Path' se révèle épatant, souvent sublime, et même touchant. Parce qu'il prouve que ces chansons, souvent sans auteur connu, étaient de sacrées compositions. Et que redonner corps et vie à des morceaux écrits il y a parfois plus de trois cent ans (Early Early in the Spring, en écoute aujourd'hui, folksong anglaise dont on remonte la création autour de 1690 et que Jake Xerxes Fussell reprend dans une version écourtée, à la mélancolie superbe) n'est pas la moindre des choses quand on y pense. Et n'est pas donné à tout le monde.
Album : The Old Beloved Path Année : 2026 Label : Fat Possum Records