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dimanche 1 janvier 2023

Bilan 2022 : Top 50 « Chansons »


Parce qu'il faut bien finir. Parce que tous ces tops, ça commence à bien faire. Parce que, ça y est, 2022 est très officiellement dans le rétro (et on ne la regrettera pas). Pour tout ça, mettons un point final à cette année avec le traditionnel Top 50 "chansons" (ou morceaux, ou singles, c'est vous qui voyez), ou plus simplement les cinquante titres qui auront fait de ces douze derniers mois 

Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, un petit tour chez les copines et copains (ou pas) :
- Les 100 chansons de l’année selon Said The Gramaphone
- « La maison et le monde : le Top 2022 de Jean-Marie Pottier »
- Les 50 chansons de l’année selon The Quietus
- Les 20 albums de 2022 par l'essentiel For The Rabbits
- Le bilan de Ben Laredo en une playlist de 30 chansons pour 30 albums

Il est donc question de cinquante chansons aujourd'hui pour conclure ce top 2022 et ouvrir l'année 2023 (que je vous souhaite par ailleurs la plus belle). Cinquante titres qui m'auront autant enthousiasmé que touché. Avec des balades belles à pleurer, des morceaux qui ne demandent qu'à être que des hymnes rock, des chansons françaises sans frontière, de la soul mâtinée de hip-hop, du post-punk d'excellent aloi, du suédois, du grec, de l'algérien avec un zeste gallois, des choeurs fameux, de la power-pop à tomber. Et un numéro un totalement instrumental, à la mélodie et aux cordes merveilleuses. Bonne(s) écoute(s) !

 

50. Whitney K - Song For a Friend
49. Animal Collective - Strung With Everything
48. Swami John Reis - Ride The Wild Night
47. Lewsberg - Six Hills
46. !!! - Storm Around The World (feat. Maria Uzor)

45. Sports Team - Unstuck
44. Imarhan - Adar Newlan (feat. Gruff Rhys)
43. Lightning In A Twilight Hour - Leaf Fall Is Over
42. Oneida - I Wanna Hold Your Electric Hand
41. Disq - Prize Contest Life

40. Sea Power - Two Fingers
39. Teletype - Everything Everything
38. The Lounge Society - No Driver
37. Body Type - Buoyancy
36.  Cloud Cult - One Way Out of a Hole

35. Pete Astor - English Weather
34. MGMT - Tell It to Me Like It Is
33. Black Country, New Road - Bread Song
32. Jockstrap - Greatest Hits
31. Courting - Famous

30. Cheekface - You Wanna Bomb The Middle East
29. Porridge Radio - Birthday Party
28. Pusha T - Dreaming of The Past (feat. Kanye West)
27. Moddi - Tranøy fyr
26. Jane Weaver - Oblique Fantasy

25. Beyonce - Alien Superstar
24. San Fermin - Tired of Loving You
23. Danger Mouse & Black Thought - Belize (feat. MF DOOM)
22. Weird Nightmare - Lusitania
21. Kevin Morby - A Random Act of Kindness

20. CMAT - No More Virgos
19. Surf Curse - Lost Honor
18. La Maison Tellier - Atlas
17. BAMBARA - Little Wars
16. Bill Callahan - Naked Souls

15. The Beths - Knees Deep
14. Crack Cloud - Please Yourself
13. Panda Bear & Sonic Boom - Livin’ In The After
12. Bazooka - Δικιά Μου Αλήθεια (Dikia Mou Alithia)
11. Little Simz - Heart on Fire

10. Hudson Mohawke - Is It Supposed
09. Florent Marchet - Freddie Mercury
08. Anna Tivel - Black Umbrella
07. Team Me - Every Little Dream
06. Sprints - Literary Mind

05. Laurent Bardainne & Tigre d’Eau Douce - Oiseau (feat. Bertrand Belin)
04. Pascal Comelade - Cimetière de la photographie
03. U.S. Girls - So Typically Now
02. Get Well Soon - I Love Humans
01. Nyx Nótt - Docudrama


 

Vu que lire ce top sans écouter les chansons en question n'aurait qu'un intérêt très limité, ci-dessous, vous trouverez non pas un, non pas deux mais trois lecteurs ! Un chez Spotify, un chez Deezer et un chez Youtube. Bonnes écoutes !

lundi 26 septembre 2022

[Track of The Day] Bazooka - Δικιά Μου Αλήθεια (Dikia Mou Alithia)

Toujours en grec, toujours avec plein de guitares au programme, revoilà les Bazooka, le quintet originaire de Volos en Thessalie et responsable d'émois non-feints de l'auteur de ces lignes. La faute à deux albums brillants, 'Άχρηστη Γενιά' ('Useless Generation' en anglais) et 'Zero Hits', blindés de tubes à chanter en yaourt et à l'énergie éclatante.

Bazooka revient donc aux affaires avec 'Κάπου Αλλού' (ou 'Somewhere Elsewhere' en anglais), leur quatrième album à venir le 21 octobre prochain. Un disque entièrement - à nouveau - chanté en grec et qui s'annonce avec Δικιά Μου Αλήθεια (que l'on prononcera « Dikia Mou Alithia » et qu'on traduira en français par « Ma propre vérité »), superbe chanson teaser, placée en fin de face-A, et qui déborde de guitares et d'énergie, que les Bazooka relancent à chaque fois où le rythme va pour s'éteindre. Décidément, ces gens là ne sont jamais décevants.
 
Album : Κάπου Αλλού (Somewhere Elsewhere)
Année : 2022
Label : Inner Ear Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Δικιά Μου Αλήθεια de Bazooka est également en écoute ci-dessous :
 

mercredi 10 novembre 2021

[Track of The Day] Rosey Blue - The Moon (feat. Panos Birbas)

Jusque-là, j'avais catalogué le label grec Inner Ear Records dans la catégorie label punk/rock, la faute aux formidables (et aimés dans ces pages) Bazooka et à leurs albums de furieux, dont le dernier était sorti sur le label de Patras. Et puis j'ai découvert Rosey Blue, jeune grecque qui, elle, n'a pas le punk chevillé au corps et l'envie de martyriser des guitares électriques. Rosey Blue préfère plutôt les belles mélodies joliment orchestrées.
 
'Swans' est son premier disque. Un album assez court (neuf titres, 35 minutes), avec un instrumental à chaque extrémité (le malignement nommé Interlude et sa musique de chambre en ouverture, le fantasque The World en clôture). Entre ces deux morceaux, sept chansons qui naviguent entre pop-rock à l'américaine, quelques brins d'americana, un rien d'acoustique, un titre seventies à souhait (sublime Swans, le seul chanté en grec), quelques cordes pour soutenir la belle voix de Rosey Blue, des passages plus ouvragés ; et deux duos, dont The Moon avec Panos Birbas, membre du groupe hellène Dustbowl. Une chanson comme les deux faces d'une pièce, Rosey Blue chantant en pleine lumière, Panos Birbas restant dans l'ombre à marmonner comme un crooner, pour un résultat charmant et charmeur, où les deux voix se marient de façon évidente et où orgue et trompettes ne font pas que de la figuration. Une très belle chanson d'amour, aux paroles bien trouvées (« And swear with a lie before you go ») et sommet de ce réussi premier album, très bien produit et qui ne manque pas d'ambition. 

Album : Swans
Année : 2021
Label : Inner Ear Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, The Moon de Rosey Blue et Panos Birbas est également en écoute ci-dessous:

Autre belle réussite de cet album de Rosey Blue, voilà le très beau Swans :

dimanche 5 janvier 2020

Bilan 2019 : « Albums » (20-01)


Alors que l'année 2020 démarre sur les chapeaux de roue avec certains qui se la jouent Masters of War, il est décidément plus que temps d'en finir avec 2019. Et donc, après le bilan des formats courts et des rééditions, après le Top 50 des chansons de l'année, après 20 premiers albums qui auront marqué mon année 2019, terminons donc tout ceci avec les 20 meilleurs albums de 2019.

Les meilleurs albums de l'année, vous en trouverez beaucoup ici également :
Le bilan de 2019 de beaucoup de "VIP" chez Popnews
Le top album chez The Quietus
Le bilan en 3 tops et un podcast chez Rock It To The Moon
Le bilan de l'année rap 2019 chez l'abcdr du son
Le bilan d'IndieRockMag par Elnorton

Un classement évidemment subjectif de 20 albums, dont les deux premières places sont occupées par des disques bouleversants. Mais aussi quelques habitués de ces bilans de fin d'année (on ne se refait pas), des vieux pas croisés depuis 15 ans, du rock furieux (ou non), de l'ambiant toujours épatant, du folk lumineux et à deux. Et derrière tout ça, et sans forcément le vouloir - mais c'est ainsi - beaucoup de mélancolie. Que voulez-vous, on ne se refait pas là non plus.
Et pour rappel, au bas de ce papier, vous trouverez un lien vers des « players » pour écouter une chanson de chacun des albums chroniqués ci-dessous. Bonne lecture et bonne(s) écoute(s) !

Bilan 2019 :
Top 50 « Chansons »
Top 40 « Albums » (40-21)
20. Bazooka - Zero Hits [Inner Ear Records]
Dans la lignée de 'Useless Generation', 'Zero Hits' voit les Bazooka rendre leur musique plus touffue voire complexe, mais tout aussi énergique ; et y intégrer cor, saxophone, trombone et trompette en se faisant tantôt proto-punk, ska, garage, pop que psyché, et parfois tout ceci à la fois. Produit avec soin, doté d'un mix délectable, il est gorgé de tubes potentiels (quoiqu'en dise son titre), qui ne demandent qu'à faire bouger les foules.
19. Pan American - A Son [Kranky]
De Pan American, je me souviens de 'Quiet City', sublime album contemplatif et ô combien rêveur. Les retrouver 15 ans après sur 'A Son' est une surprise autant qu’un bonheur élégiaque. Un disque d’une délicatesse folle, merveilleusement produit, où les voix se mêlent à ces ambiances folk/slowcore qui n’hésitent pas à flirter avec le post-rock.
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18. Surf Curse - Heaven Surrounds You [Danger Collective]
Groupe de Reno aux États-Unis, le duo Surf Curse fait dans l'indie-pop, parfois jangle, et compose des morceaux mélancoliques et mélodieux qui, s'ils ne révolutionnent rien, tapent très juste (les chansons Hour of The Wolf et Opera me retournent complètement), avec toujours une tension qui ne cesse de s'immiscer. Superbe découverte.

17. Froth - Duress [Wichita]
Ensemble moins clinquant que claquant, 'Duress' aligne guitares de haute volée, riffs qui ne recherchent jamais la facilité, boucles instrumentales et mélodies implacables. Noisy, shoegaze, post-punk, électronique brinquebalant également, faisant penser parfois à Wilco, Froth apporte au disque une production des plus soignée, qui laisse avant tout à la musique être maîtresse d’œuvre de l'ensemble.
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16. Swans - Leaving Meaning. [Young Gods Records]
Retour de la (nouvelle) bande de cygnes de Michael Gira, pour un album somptueux, entre lumière et langueur, aux quelques atours pop, qui rappelle plus que tout Angels of Light (mais aussi 'The Glowin Man') et est porté par deux chansons incroyables, It’s Coming, It’s Real et What is This?.
15. The Gotobeds - Debt Begins at 30 [Sub Pop]
Sous ses faux-airs de concept album (un invité différent sur chaque titre), ce disque des Gotobeds garde une ligne directrice entre punk, post-punk, lo-fi et indie-rock très marqué US - évidemment - où les guitares sont à la fête, tout en s’échappant un peu de partout, pour aller piocher l’inspiration chez les Pixies (2:15), Parquet Courts (Poor People Are Revolting) et Pavement, sous le saint patronage de Sonic Youth et Wire.
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14. Nick Cave & The Bad Seeds - Ghosteen [Bad Seed]
Conclusion d’une trilogie peut-être pas pensée comme ça au départ, voilà le disque le plus douloureux de l’année. Écrit après la disparition de son fils Arthur, 'Ghosteen' est un album où il est plus que jamais question de mort, d’absence, de douleur, le tout sur nappes de synthés, de mélodies évanescentes et de la voix de Nick Cave qu’on n'a sans doute jamais entendue si sincère et bouleversée.
13. Mannequin Pussy - Patience [Epitath]
Et Mannequin Pussy décida d'étirer ses chansons, de s'éloigner du punk et du garage de ses premières amours pour mieux se lover dans un grunge mélodique du plus bel effet, en rappelant aussi bien les Dinosaur Jr. que les Screaming Females. Et vous savez quoi ? Cela leur va très bien au teint.


12. Tim Hecker - Anoyo [Kranky]
Complément acoustique de 'Konoyo' de l’an passé plus que son opposé, ce nouvel album de Tim Hecker est, comme souvent avec le canadien, onirique à souhait et fait la part belle aux mélodies. Et s’il s’échappe parfois vers des contrées plus expérimentales, il le fait sans jamais perdre son auditeur. Artiste chouchou de ces pages depuis quasiment ces débuts. Mais surtout artiste majeur.
11. Guided By Voices - Warp and Woof [Guided By Voices Inc.]
Suite échevelée de chansons très courtes, comme un medley ou un mix haletant et efficace, cet album des Guided By Voices est sans doute le meilleur des trois sortis cette année par la bande à Pollard. Power-rock quand il n'est pas psychédélique, garage quand il n'est pas simplement pop, il regorge de mélodies soignées que le groupe ne fait jamais tourner en rond.
10. Josienne Clarke - In All Weather [Rough Trade Records]
Deuxième album de Josienne Clarke, 'In All Weather' est le diamant caché de l’écurie Rough Trade Records qui aura eu un très beau retour de flamme cette année. Un disque où l’écossaise est très bien entourée (harpiste, batteur, pianiste de jazz notamment) et où chaque mélodie, chaque arrangement semble avoir été délicatement pensé pour mieux mettre en valeur sa voix (elle chante merveilleusement bien) et ses paroles, pleines de remises en questions et de traits à tirer sur le passé. Un disque à écouter souvent. Par tous les temps.
09. The Stroppies - Whoosh [Tough Love]
Sous ses atours anodin, le premier album des australiens de The Stroppies est un disque qui se dévoile lentement. Et rapidement, le mélange slacker/lo-fi couplé à une version pop de Sonic Youth fait son effet. Sans conteste le grower de 2019.
08. Elva - Winter Sun [Tapete Records]
Nouveau projet d'Elizabeth Morris, chanteuse de feu Allo Darlin', Elva est un duo qu’elle partage avec son mari. Balades folk, moments pop, 'Winter Sun' ne révolutionne rien. Mais tout ici est d'une telle justesse, sensibilité et sincérité que cela en devient une des choses indispensables de cette année 2019.
 07. Kishi Bashi - Omoiyari [Joyful Noise]
Avec pour toile de fond ces camps d'internement japonais suite à l’attaque de Pearl Harbor en 1941, 'Omoiyari' est un très beau disque de pop, parfois flamboyant, souvent touchant et surtout empreint d'une douce mélancolie qui ne tombe jamais dans une tristesse surjouée et fabriquée.
06. The Murder Capital - When I Have Fears [Human Season Records]
Nouveau phénomène de la scène rock irlandaise, The Murder Capital aura fait très fort avec ce premier album, en tous points parfait, mariant balades crépusculaires, post-punk furieux et élans post-rock. Le tout avec une musicalité intense et une très grande maturité. Impressionnant premier album, finalement assez loin de l'étiquette post-punk qu'on veut uniquement leur attribuer.

 
05. Mount Eerie with Julie Doiron - Lost Wisdom pt. 2 [P.W. Elverum & Sun]
Suite d’un album de 2008, ces retrouvailles entre Mount Eerie et Julie Doiron est un ravissement folk de chaque instant. D’une élégance simple, le mélange des deux fait merveille, rendant le moindre accord dénudé d’une grâce folle. Sans conteste le plus bel album folk de l’année.
04. Lankum - The Livelong Day [Rough Trade]
Quatuor irlandais, Lankum fait dans le folklore traditionnel. Mais pas du genre plan-plan, à réciter ses gammes et à tomber dans les clichés. Des reprises de traditionnels, quelques chansons originales et surtout un son, une ambiance noisy-parfaite. Comme si un drone menait la barque tout du long, et sur lequel venaient se greffer des instruments plus classiques, pour former un tout très mélodique, très langoureux, très sombre aussi, et assez lancinant.
03. Entracte Twist - Entracte Twist [Requiem Pour Un Twister]
Disque court, entièrement chanté en français et d'une classe à en faire pâlir plus d’un. Du rock et du punk d’obédience new-yorkaise, de la wave aussi dans un coin, du synthé par-ci, des lignes de basses profondes et classieuses par là, beaucoup de riffs diaboliques, des répétitions mélodiques et textuelles pour appuyer le propos et, pour mieux enfoncer le clou, une production chiadée sur laquelle viennent se poser des paroles aussi cryptiques qu’hypnotiques. Avec un côté dandy certain et un certain côté branleur, les Entracte Twist réussissent là un démarrage des plus éclatant, symbiose ambitieuse de visions rock finalement plus que jamais actuelles. Depuis combien de temps n'avions-nous pas eu entre les oreilles un disque de rock « à la française » d'une aussi grande qualité ?
02. Purple Mountains - Purple Mountains [Drag City]
Passé à côté de chacun des disques de Silver Jews, il aura fallu que je rate aussi celui de Purple Mountains, avant que David Berman ne passe de vie à trépas et que je m'y plonge enfin, interloqué par la tristesse infinie qui semblait tomber sur toutes les personnes ayant eu l'occasion d'écouter sa musique. Et j'ai compris pourquoi. Disque indie-pop aux accents country d'une beauté transcendante, 'Purple Mountains' est plein d'histoires de désespoir et de fatalisme. Un disque qui préfigure en quelque sorte les évènements futurs, sans que nous ne nous en rendions vraiment compte sur l'instant. Le genre de révérence sublime, à la 'You Want It Darker' de Leonard Cohen.  Et qui fait de David Berman un artiste pour lequel on ressent rapidement un amour immodéré. Album somptueux et majeur.


01. Joseph Fisher - Chemin Vert [-]
Trente-cinq minutes, neuf chansons, un trio guitare, basse, batterie, plutôt brut, parfois ascète, d'où s'échappent de belles compositions, montées sur des structures qui de temps à autre s'extirpent judicieusement du carcan traditionnel de la chanson : Joseph Fisher livre avec 'Chemin Vert' un panorama intense de l'amour et des relations qui lui ont trait, plein de doutes, d'espoirs, de renonciations, de souvenirs, de manque de courage aussi, le tout porté par de très belles mélodies qui n'arrivent pas à ne pas être mélancoliques. On n'a jamais aussi bien décrit et chanté les affres de l'amour. Sans conteste le disque le plus marquant de cette année 2019, et celui auquel je me suis le plus identifié.

Comme promis, voilà quelques players vous permettant d'écouter une chanson issue de chacun des vingt disques présentés ci-dessus : Spotify et Deezer. Bonne(s) écoute(s) ! 





Bilan 2019 :
Top 50 « Chansons »
Top 40 « Albums » (40-21)

vendredi 1 mars 2019

Bazooka - Zero Hits [Inner Ear Records]

Les années passent et quelques choses ne changent pour les grecs de Bazooka :
- adoré dans ses pages pour son 'Άχρηστη Γενιά' ('Useless Generation') de 2016, il a toujours un nom à la con.
- Il a beau nommer son nouvel album (le troisième) 'Zero Hits', il continue de chanter dans sa langue natale (et c’est tout à son honneur), manquant sans doute une plus grande reconnaissance internationale.
- Il jouera dans la cave du Trokson le 12 avril prochain (ça c'est pour le détail lyonno-lyonnais). D'ailleurs, il semble qu'une bonne tournée française est sur le point d'être bouclée.

Pour autant, le groupe ne stagne pas. Hébergé chez les grecs d'Inner Ear Records depuis un Ep en 2017, les Bazooka ont mis un brin d'eau dans leur ouzo. Oh, pas grand chose, mais juste ce qu'il faut pour rendre leurs compositions encore meilleures et sans conteste plus ambitieuses.

Si le démarrage de 'Zero Hits' est dans la droite lignée de 'Useless Generation' (Έλα (Come) et Φυλακή (Prison), une très belle entrée en matière), le reste voit les Bazooka rendre leur musique plus touffue, presque plus complexe, mais toujours aussi énergique. Intégrant cor, saxophone, trombone et trompette, le groupe se fait tantôt proto-punk, ska, garage, pop, psyché - et parfois un peu tout ça à la fois -, rappelle aussi bien les Libertines, les fameux Flaming Sideburns que tant d'autres ; le tout dans un ensemble particulièrement cohérent.

Car sur un disque aussi long (49 mns), cela aurait pu être un frein. Mais rien de ça ici. Que les guitares soient incisives ou plus longues en bouche (mais sans jamais tomber dans l'effet de manche), que le rythme soit plus calme (notamment sur la fin) ou diablement enlevé, 'Zero Hits' se révèle très vite comme un disque très maîtrisé, finement composé, de la part d'un groupe qui semble, derrière une posture de branleurs, savoir où il va. Mieux, produit avec soin (une production moins brute que 'Useless Generation'), et doté d'un mix délectable, il est gorgé de tubes potentiels (quoiqu'en dise son titre), qui ne demande qu'à faire bouger les foules.

Alors évidemment, on ne comprend pas un traître mot à ce qu'ils racontent. Mais qu'importe (cela permet en outre d'avoir quelques hallucinations auditives plutôt drôles), l'essentiel est ailleurs. Car on tient ici un des très bons disques de l'année qui vient de s'ouvrir. Et la confirmation que Bazooka n'était pas un groupe éphémère et coupable d'un one shot réussi. (Sortie : 18 janvier 2019)

Plus :
'Zero Hits' de Bazooka est en écoute sur leur bandcamp
'Zero Hits' de Bazooka est à l'achat sur leur bandcamp
'Zero Hits' de Bazooka est également (et notamment) en écoute sur Spotify et Deezer

Trois chansons de 'Zero Hits' de Bazooka en écoute aujourd'hui. Tout d'abord, Σουλτάνα (Soultana) (également en écoute dans les playlist Spotify et Deezer dans la colonne de gauche de ce blog). Puis  Βραδυνή Βάρδια (Night Shift). Et enfin Τα Σπάω Όλα (I Break Everything).







Et pour finir, le clip de Φυλακή (Prison) de Bazooka, avec sa banlieue grecque où on deale une drogue spéciale et d'une autre époque :



jeudi 15 décembre 2016

Action Dead Mouse - Cascata [Fallo Dischi / To Lose La Track / Screamore/ È Un Brutto Posto Dove Vivere]

Nouvel album pour les furieux d'Action Dead Mouse et toujours peu de bruit par chez nous. Et pourtant, les italiens énervés - et qui chantent dans leur belle langue natale - auraient de quoi plaire au plus grand nombre.

Bon, d'accord, plus grand nombre est peut-être légèrement excessif. Il n'est pas en effet dit que leurs guitares math-rock ou parfois hardcore séduisent tout le monde. Mais quand même ! Surtout que leur dernier album 'Cascata' (« cascade » ou « chute » en italien), dans la lignée de leurs efforts précédents ('Revenge of Doormats and Coasters' et 'ä' pour ne citer qu'eux, deux albums chéris de ces pages), est un sacré disque, une nouvelle fois.

Si j'en crois ce que j'ai pu trouver (mon italien remonte au lycée), 'Cascata' est sorti via... 4 labels différents :  Fallo Dischi, To Lose La Track, Screamore, È Un Brutto Posto Dove Vivere, sans que je sache vraiment pourquoi. Pour autant, le groupe n'a donc pas changé. Il aime toujours les pochettes arty, les albums courts (8 chansons ici) et les chansons aux noms débiles (Ginnastica nell'acqua (Gymnastique dans l'eau), Unghie (Ongles) ou encore Come lavare i vestiti puliti (Comme laver ses vestons propres).

Mais, et c'est le plus important, les Action Dead Mouse sont toujours aussi nerveux et n'en oublient jamais les mélodies ('Cascata' est d'ailleurs sans doute le plus mélodique de leurs albums). Alternant (et souvent dans le même morceau) calme - relatif - et longues chevauchées furieuses (et la voix entre chant et cris est du même acabit), mélangeant allégrement post-punk, math-rock (même s'ils continuent peu à peu de s'en éloigner) et indie-rock (si cela a le moindre sens), le groupe de Bologne enfonce une nouvelle fois le clou à grands coups de guitares, de rythmiques folle et de changements de direction. Comme quoi, entre les italiens d'Action Dead Mouse et les grecs de Bazooka, le rock européen se porte plutôt bien ! (sortie : 19 avril 2016)


Son :
'Cascata' est à l'achat sur la page bandcamp d'Action Dead Mouse
'Cascata' d'Action Dead Mouse est également en écoute complète sur cette même page bandcamp
'Cascata' d'Action Dead Mouse est en écoute sur Spotify et Deezer


Trois titres en écoute de ce 'Cascata' d'Action Dead Mouse. È un disgelo o un corso di nuoto?  (en écoute également dans les lecteurs Spotify et Deezer à gauche), Alluvioni et enfin Unghie :






Pour terminer, le clip de Cantieri, cinquième chanson de ce 'Cascata' des Action Dead Mouse. Un plan fixe...uhm... humide dirons-nous :



mardi 29 novembre 2016

Gaye Su Akyol - Hologram Ĭmparatorluğu [Glitterbeat Records]

Après les grecs de Bazooka, continuons nos pérégrinations musicales encore plus à l'est et posons nous quelques minutes pour parler de Gaye Su Akyol, une artiste turque, fille d'un célèbre peintre (Muzaffer Akyol), qui vient de sortir son deuxième album, 'Hologram Ĭmparatorluğu' (soit Empire Hologrammique en français).

Un disque découvert via cet article de The Quietus (dont la qualité des articles ne se dément pas) et finalement assez surprenant. Apparaissant de prime abord comme de la musique traditionnelle turque ou moyen-orientale, il s'avère très vite comme un mélange de celle-ci et de sonorités plus occidentales.
Influencé par les années 80, que ce soit stylistiquement (la pochette, affreuse, faite de collages criards, le clip totalement Do It Yourself de Eski Tüfek) ou par la musique de ces années là (celle de par chez nous s'entend), Gaye Su Akyol n'hésite pas à ramener guitares, basses et post-punk de cette époque là et de les distiller tout au long de ces compositions (les guitares de Fantastiktir Bahti Yarimin ou de Eski Tüfek, le sombre Dünya Kaleska, les basses de Nargile ou de Berduş, en écoute aujourd'hui).

Difficile de comprendre un traitre mot de ce que chante Gaye Su Akyol vu qu'elle le fait dans sa langue maternelle, mais il semble que ses paroles aient une vraie visée politique (et les sujets ne manquent pas en Turquie depuis quelques mois), tout au moins sur quelques morceaux.

Je n'en dirais pas plus histoire de ne pas évoquer quelque-chose de rapporté et insisterais plutôt sur le fait que que 'Hologram Ĭmparatorluğu', tout « difficile » d'accès qu'il est pour le français que je suis (et qui n'a pas un engouement particulier pour les musiques du monde), est pourtant un album sur lequel je me suis surpris à revenir plus que régulièrement. Il y a ici une belle osmose qui s'opère entre deux univers musicaux sur le papier assez distant et au final plus proche que cela. Sans doute cela la marque des grands disques en somme. (Sortie : 11 novembre 2016)


Son :
'Hologram Ĭmparatorluğu' de Gaye Su Akyol est à l'achat sur le bandcamp de Glitterbeat Records
Le site de Gaye Su Akyol, tout aux couleurs de 'Hologram Ĭmparatorluğu'
'Hologram Ĭmparatorluğu' de Gaye Su Akyol est en écoute sur Spotify et Deezer

Trois titres en écoute : Berduş, en écoute également dans les lecteurs Spotify et Deezer à gauche, et qui clôt de belle façon 'Hologram Ĭmparatorluğu' de Gaye Su Akyol ; Eski Tüfek (je vous conseille le clip plus bas également) et enfin Kendimden Kaçmaktan :




Et comme ci cela ne suffisait pas, voilà le clip entre DIY et WTF de Eski Tüfek, premier single tiré de 'Hologram Ĭmparatorluğu' de Gaye Su Akyol :

jeudi 27 octobre 2016

Bazooka - Useless Generation (Άχρηστη Γενιά) [Slovenly Recordings]

Si on faisait un petit calcul statistique rapide - et au doigt mouillé -, je pense qu'en Europe, 90% des disques appréciés, écoutés, chroniqués et classés dans un top musical de l'année viennent des États-Unis, du Royaume-Uni et du Canada. Les 10% d'albums restant venant sans doute du pays d'origine de l'auditeur, avec parfois quelques disques scandinaves (mais chantés en anglais) qui arrivent à s'immiscer en timides joker de luxe.

Ces pages ne font évidemment pas exception, vu qu'à quelques disques italien, russe ou japonais, toutes mes écoutes se concentrent sur la chanson française mais surtout sur les productions anglo-saxonnes.

Prenons donc le contre-pied pour une fois en parlant d'un disque qui aurait du faire parler de lui depuis bien longtemps dans nos contrées : 'Useless Generation' (ou 'Άχρηστη Γενιά' en version originale) de Bazooka.

Bazooka est un groupe grec, originaire de la ville de Volos en Thessalie. Une cité fondée par Créthée et qui serait le point de départ de l'aventure de Jason et des Argonautes, partis chercher la Toison d'Or ; c'est également la ville qui a vu naître Vangelis. Le point wikipédia étant terminé, retournons à nos moutons - noirs.

Bazooka est un quintette rock qui n'a qu'un seul défaut : son nom. Car Bazooka est un patronyme peu avenant et surtout déjà utilisé à de multiples reprises depuis 40 ans par de nombreux groupes (Rate Your Music compte à lui seul une quinzaine d’occurrences).

Mais à part cela, il n'y a rien de négatif à dire sur ce combo hellène qui compte deux (!) batteries en son sein et qui chante dans sa langue natale (ce qui, pour l'auditeur français que je suis, est une nouveauté). Car leur 'Useless Generation' est un disque épatant, formidable, incroyable et qui, j'ose le dire, s'il venait de Brooklyn ou de Los Angeles, aurait déjà été monté au pinacle par tous les Pitchfork, Stereogum ou Inrocks du monde.

Car bien que chanté dans la langue - mise à jour - d'Aristote, 'Useless Generation' va piocher ses influences aussi bien dans le garage-rock américain que le punk anglais, le blues-rock ou le psychédélisme le plus fameux. Il y a de tout ici, des Stooges (formidable Lie (Ψέμα en version-originale) en écoute aujourd'hui) aux Clash (Magic Fingers (Μαγικά Δάχτυλα)) en passant par Led Zeppelin ou les Flaming Sideburns (et leur bien trop méconnu 'Hallelujah Rock'n'Rollah').

Alors évidemment, il est difficile de comprendre un traitre mot de ce que racontent les Bazooka quand on ne connait pas le grec - et c'est mon cas, ma mère étant plus latiniste à l'époque de mon adolescence. Il se peut donc que tout au long des 37 minutes de cet album, les Bazooka alignent poncifs gênants, vulgarité misogyne, propos homophobes, racistes ou reprises de chants nazis. Il se peut oui. 
Mais entre son titre 'Useless Generation', sa pochette (un ours en peluche éventré au sol et recouvert de confettis), la situation grecque de ces 5 - au moins - dernières années et les quelques traductions de paroles glanées ici et là, j'ose à croire et espérer qu'il est profondément engagé, intelligent et revendicatif. Ce qui en relèverait encore plus le caractère implacable et parfait (on confirmera en tout cas tout cela en se procurant la version physique de l'album, vinyle ou cd, qui contient les paroles traduites en anglais).

Car c'est cela qui ressort des dizaines d'écoute de 'Useless Generation' : un disque brillant, très bien produit, à la construction parfaite, aux chansons impeccables, aux riffs et à la fougue implacables. Oui, cela fait beaucoup de superlatifs mais cet album des Bazooka le mérite amplement. Depuis dix jours, je n'ai quasiment plus que ça dans les oreilles, mon air-guitare en bandoulière et ma voix de fausset qui hurle du yaourt. Sauf que pour la première fois de ma vie, ce yaourt sonne grec. (sortie : 4 mars 2016)


Son :
'Useless Generation' ('Άχρηστη Γενιά') de Bazooka est à l'achat sur le bandcamp de Slovenly Recordings (20€ le LP, livraison comprise en France, pour info)
Le même bandcamp de Slovenly Recordings met justement quelques chansons de ce 'Useless Generation' de Bazooka en écoute (6 sur 11 pour être précis).
Ce deuxième album de Bazooka 'Useless Generation' ('Άχρηστη Γενιά') est également en écoute chez Spotify et Deezer.


Comme le veut la tradition, trois titres de 'Useless Generation' ('Άχρηστη Γενιά') de Bazooka en écoute aujourd'hui. A tout seigneur tout honneur, le très Stooges Lie (Ψέμα en vo), également en écoute dans la playlist Spotify à gauche. Suit ensuite le punk Repetition (ou Επανάληψη). Enfin, pour clôturer l'affaire, They Travel (Ταξιδεύουν) aux faux-airs pop et aux guitares tonitruantes :





Histoire d'être complet, les deux clips issus de ce deuxième album de Bazooka. Tout d'abord, celui de la chanson d'ouverture et qui porte le nom de l'album, Useless Generation (Άχρηστη Γενιά) :


Enfin, leur deuxième single, intitulé The Screen (Oθόνη) :