Le saviez-vous ? Talib Kweli n'a pas encore fêté ses 49 ans. Alors je ne sais pas vous, mais pour ma part, j'étais persuadé qu'il approchait largement des soixante - comme quoi, certains des acteurs de notre fin d'adolescence n'étaient pas beaucoup plus âgés que nous en fait, la célébrité d'alors les rendant plus vieux.
Mais son - relatif - jeune âge explique peut-être pourquoi son nouvel album 'The Confidence of Knowing', enregistré avec son vieux compère J. Rawls (il était de l'aventure du premier Black Star en 1998) sonne si frais. En tout cas, Breath, Eyes, Memory, le morceau qui ouvre le disque. Une chanson courte (moins de 3mns) mais à la production classieuse et à l'orchestration chiadée, au sample délicieux d'une voix féminine sur le refrain et aux scratchs à l'ancienne mais bien venus sur la fin. Le reste de l'album ? Il m'a semblé un rien trop long mais tout à fait recommandable, avec une flopée d'invités et pas mal d'ambiances soul et distinguée. Mais pour être honnête, j'ai encore du mal à m'y intéresser tant ce Breath, Eyes, Memory est formidable et tourne en boucle chez moi.
Album : The Confidence of Knowing Année : 2024 Label : Javotti Media / Fat Beats
Il est parfois des coïncidences surprenantes. Il y a quelques jours à peine, alors que j'étais au volant, essayant de mettre de l'ordre dans mes idées et un projet professionnel qui aura pris beaucoup de mon temps et de mon énergie ces dernières semaines, mon vieil auto-radio cd a lancé Unless I'm Led, une de mes chansons préférées d'un groupe si ce n'est méconnu tout au moins sous-estimé, Mates of State. Pas écouté depuis longtemps, je me suis immédiatement demandé ce que devenait le couple Kori Gardner / Jason Hammel, lui qui s'est fait discret depuis la publication il y a quatorze ans de son ultime album 'Mountaintops'.
La réponse ne s'est pas faite attendre vu que ce lundi après-midi, Mates of State a publié un
nouveau single, Somewhere, le premier en plus de neuf ans. Un morceau totalement inattendu, et dans la lignée de leurs productions précédentes qui les avaient vus abandonner un peu plus encore le chiche de leurs débuts pour
des compositions plus amples - mais pas moins réussies (Unless I'm Led,
cette petite merveille donc). Et si en quatorze ans, sans doute les corps se sont épaissis, les
cheveux se sont mis à griser et les rides à se creuser, les voix de Kori Gardner et de Jason
Hammel, elles, n'ont pas bougé. Somewhere est du Mates of State pur jus, de la synth-pop de premier ordre et, si l'on en croit les réponses du groupe aux commentaires de leurs fans sous la vidéo YouTube du single, la première pierre d'un nouvel album à venir en 2025.
Il y a tellement de disques à écouter et tellement d'albums dont on a envie de parler qu'on oublie parfois d'en évoquer certains alors que ceux-ci font votre année. Alors essayons de réparer les erreurs et les oublis en cette rentrée de septembre. Et commençons par Friko, duo venu de Chicago mais qui sonne comme un quatuor. Aux manettes, Niko Kapetan, chanteur et guitariste et la batteuse Bailey Minzenberger, qui ont publié en début d'année 'Where we've been, Where we go from here', un solide premier essai. Très solide même. Du genre qui a plus des allures de deuxième ou troisième album.
Entre son superbe morceau d'ouverture Where We've Been qui part sur une balade mélancolique et qui se termine dans le fracas le plus total, et Cardinal, petite douceur quasi acoustique qui clôt notre affaire sur quelques sifflements légers, Friko fait montre d'un talent assez incroyable de composition.
De Chemical (ses quelques notes lointaine et pleine d'écho
avant qu'un « Avé Maria » comme lyrique mette sur orbite une guitare
agressive et pleine d'allant) à Crashing Through, plein de
distorsion, en passant par le magnifique For Ella ou la balade Until I'm With You Again, 'Where we've been, Where we go from here' est un disque exigeant autant que léger, sombre autant que lumineux, discret autant que bruitiste, qui navigue tout à la fois entre pop, noise, rock et même chamber pop, avec le souci de la mélodie chevillé au corps,
S'il est évidemment bien trop tôt pour savoir ce que l'avenir
réserve à Friko (une signature chez Sub Pop ?)
ou s'ils ont plus de neuf chansons dans leur besace, difficile
de ne pas se dire que ces jeunes gens pourraient aller très loin. Besoin d'une preuve supplémentaire ? En juin dernier, ils ont publié une reprise
très réussie de Weird Fishes/Arpeggi de Radiohead. De sacrées
chansons, un excellent premier album, une reprise qui me donnerait
presque envie de redonner une chance à 'In Rainbows' : oui, les Friko pourraient être à l'orée d'une belle carrière. (Sortie : 16 février 2024)
Plus : 'Where we've been, Where we go from here' de Friko est à l'achat sur leur bandcamp 'Where we've been, Where we go from here' de Friko est à l'écoute sur leur bandcamp 'Where we've been, Where we go from here' de Friko est à l'achat et à l'écoute un peu de partout
Trois chansons de 'Where we've been, Where we go from here' de Friko en écoute aujourd'hui. Chemical (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog) et son intro imparable. Where We've Been, la chanson d'ouverture et véritable résumé de l'album. Et le superbe For Ella :
En bonus, la reprise de Friko Weird Fishes/Arpeggi de Radiohead, qui n'est pas sur 'Where we've been, Where we go from here' mais qui a sacrément de la gueule
:
Cela désormais onze ans que le label Speedy Wunderground s'est fait une spécialité de dénicher les groupes de demain qui feront vibrer ou danser la Perfide Albion. La liste des artistes passés par le label de Dan Carey et ayant ensuite connu une ascension fulgurante sont légions, de Squid à English Teacher, en passant par Black Country, New Road, Black Midi, Kate Tempest sans oublier Treeboy & Arc, Pynch et autres The Lounge Society. Mieux, certaines anciennes gloires viennent toquer à la porte du label londonien (A Certain Ratio début juillet).
Depuis 2013, Speedy Wunderground a publié quarante-neuf 45-tours. Toujours avec le même design, toujours avec une grande ambition artistique, et avec toujours Dan Carey à la production. Le 1er octobre, c'est le quintet londonien de Moreish Idols qui viendra s'ajouter à la liste et être donc le cinquantième single du label avec Pale Blue Dot. Une chanson remarquablement produite, très mélodique, aux belles harmonies vocales, à la rythmique essentielle, et comme construit sur plusieurs strates mais qui s'agencent avec bonheur les unes aux autres. Un morceau qui fait plus qu'honneur à Speedy Wunderground, label ô combien indispensable.
Album : Pale Blue Dot 7" Année : 2024 Label : Speedy Wunderground
J'avais quitté l'américaine Pearl Charles en 2021 alors qu'elle venait de publier son troisième album 'Magic Mirror'. Un disque joliment troussé, tout en rondeur et qui sentait bon les seventies. Depuis, plus rien ou presque. Et arriver à trouver des informations quant à son dernier single relève de la gageure.
Si l'on en croit le copyright qui se trouve sur chaque plateforme, celui-ci sortirait chez Taurus Rising Records, label inconnu à mes oreilles et surtout introuvable sur le net. Un nouveau label pour la californienne donc et un départ de Kanine Records ? Difficile à dire vu que le label new-yorkais la compte encore dans son roster et annonce même les dates de sa tournée automnale. Allez comprendre.
Quant au dit single, c'est encore pire. Celui-ci s'appelle Does This Song Sound Familiar? mais est affublé d'une parenthèse dans laquelle on peut lire « 7" version ». Cela signifierait donc que Pearl Charles s'apprêterait à publier un 45-tours. Pourtant, aucune trace d'une telle annonce nulle part (madame étant très peu disert sur les réseaux sociaux, quels qu'ils soient). Et puis avec quelle face-B ? La balade Smoke In The Limouse sortie au printemps ? Peut-être. Peut-être pas. Bref, l'actualité de l'américaine mène rapidement vers des impasses.
Heureusement, il reste Does This Song Sound Familiar? (en écoute aujourd'hui) et c'est ça le plus important au final. Une chanson très réussie, seventies, solaire et californienne à souhait, menée par une basse ronde comme une balle et où les guitares prennent peu à peu une grande et belle confiance.
Album : Does This Song Sound Familiar? 7" Année : 2024 Label : Taurus Rising Records