Quand sort en novembre 2011 'Twin Fantasy', Will Toledo n’a que 19 ans. Et pourtant, ce disque est déjà son 6è (auquel il faut ajouter un Ep et une compilation de raretés qu’il met à jour depuis) sous le nom Car Seat Headrest (qui, rappelons le, signifie « appui-tête de voiture ») . Un disque qui fera trembler d’émoi toute la fan-base qui ne cesse de grossir et qui a vu, bien avant beaucoup de monde, de Matador à l’auteur de ces lignes, le talent de cet américain à - grosses - lunettes.
Juillet 2016. Pour les ignorants dont je fais partie, 'Teens of Denial' est une révélation. Premier album de Car Seat Headrest signé sur un label (Matador donc, excusez du peu), la claque est immense (lire ici). Voilà donc un jeune homme de 24 ans, qui met un coup de pied formidable dans un rock qui tourne plus souvent en rond qu’à son tour, en y apportant une grande fraîcheur.
Février 2018. Alors qu’on attend un nouvel album de sa part, Will Toledo sort 'Twin Fantasy', qu’il affuble entre parenthèses de « Face to Face ». Non pas un simple re-pressage de son album de 2011, mais un ré-enregistrement complet. Comme il le dit dans un court documentaire de Tidal "I Haven't Done Sh*t This Year" (voir au bas de ce papier), 'Twin Fantasy' est le premier bon album de Car Seat Headrest. D’où l’intérêt de le ré-enregistrer, surtout depuis que Car Seat Headrest est passé de projet solo à groupe à part entière (ils sont désormais six à entourer Will Toledo).
La première version de 'Twin Fantasy' (désormais sous-nommé « Mirror to Mirror ») est un disque excellemment lo-fi, fait à l’arrache mais où les chansons sont déjà là. En ré-enregistrant le tout, Will Toledo a bien modifié quelques structures, mais cela reste à la marge. Il en a bien changé quelques paroles (il en parle sur le tout dernier morceau Twin Fantasy (Those Boyes)), mais toujours de façon assez fine - en 2011, sur Cute Thing, Will Toledo souhaitait qu’on lui donne la voix de Dan Bejar (Destroyer) et la présence scénique de John Entwistle (The Who). En 2018, il ne rêve que d’avoir la voix de Frank Ocean et la présence de James Brown-. Mais, globalement, on est sur le même matériau de base.
Sauf qu’accompagné de six comparses, il lui donne une ampleur insoupçonnée et une profondeur impressionnante. Portées par sa voix toujours trainante et qu'on sent pleine de morgue, les mélodies bien plus mises en valeur qu’en 2011 et donc bien plus marquantes. Les chansons à tiroir ont désormais une justesse et une logique implacable. Et les paroles pas particulièrement enjouées (peur d’être quitté, peur de la mort, peur de voir les autres mourir) prennent une autre dimension.
Certains critiques (notamment de fans) reprochaient à Will Toledo d'avoir choisi la facilité en ré-enregistrant un ancien album plutôt que de sortir de nouvelles compositions. Très sincèrement, elles sont nulles et non avenues. Car 'Twin Fantasy (Face to Face)' est un vrai nouvel album, pas une resucée quelconque. Il est même la version adulte de 'Mirror to Mirror'.
Mieux, malgré sa longueur (71 minutes pour 10 chansons), ce disque n’est en aucun cas ennuyeux et ne s’étire pas plus que de raison. Alternant balades (sublime High to Death) et purs moments de rock'n'roll, il est surtout un album d’une grande unité, cohérence et homogénéité, qui balaye tout le spectre de la musique rock des années 60 à nos jours, pour mieux l’assimiler voire la synthétiser (les différentes influences des membres de Car Seat Headrest n’y sont sans doute pas étrangères).
Sorti dans une édition proposant la version 'Face to Face' et la version 'Mirror to Mirror' (une sorte de réédition anticipée, avec l’album et les démos) en février dernier, ce 'Twin Fantasy' de Car Seat Headrest a désormais neuf mois. Et depuis neuf mois, il revient invariablement dans mes oreilles et s’affirme à chaque nouvelle écoute comme un disque absolument brillant et essentiel. J’ose même le dire, il est au rock ce que furent en leur temps 'Late Registration' de Kanye West et 'Speakerboxxx/The Love Below' d’Outkast à la musique noire : un album synthèse. Et plus que l’album de l’année à mes oreilles, il pourrait être l’album d’une vie. A une autre époque, nul doute qu’il aurait même été l’album d’une génération. (Sortie : 16 février 2018)
Trois chansons de 'Twin Fantasy' de Car Seat Headrest en écoute aujourd’hui. Commençons par Bodys, le tube évident de l'album et son riff implacable(en écoute également dans les playlists Spotify et Deezer dans la colonne de gauche de ce blog). Puis Cute Thing, chanson qui se relance par un break imparable (à partir de 3'22") et où Will Toledo rêverait d'avoir la voix de Frank Ocean. Enfin, la balade sublime qu'est High to Death :
Pour finir, voilà le clip de Nervous Young Inhumans, l'autre tube de 'Twin Fantasy (Face to Face)' de Car Seat Headrest. Et unique single sorti à ce jour :
Tidal a sorti un court documentaire (17 mns) sur Car Seat Headrest en studio, répétant avant de partir en tournée. Alternant répétitions et discussions sur l'histoire du groupe ou de l'intérêt d'un concert, ce 'I Haven't Done Sh*t This Year' est à voir ci-dessous :
EDIT 17 novembre 2018 : Tidal vient de sortir la partie 2 de son documentaire sur Car Seat Headrest, qui se concentre sur le concert du groupe à The Fillmore à San Francisco (avec notamment une version live complète de Beach Life-in-Death) :
Alors oui, je sais, on vous a sûrement déjà ressassé les oreilles avec cet album là. A quoi bon donc en parler dans ces pages alors que 2017 a ouvert ses bras et que 'Teens of Denial' est sorti en juillet 2016 ? Parce qu'il mérite qu'on en dise à nouveau le plus grand bien. Et parce que des albums comme cela, on n'en trouve pas à tous les coins d'un label.
Mais qui sont donc les Car Seat Headrest ? Avant tout, ce groupe est le projet d'un seul homme Will Toledo, jeune et prolifique américain de 24 ans, qui a enregistré en l'espace de 3 ans pas moins de 11 albums dans son coin (et tous en écoute sur bandcamp, voir plus bas). Des disques lo-fi et brinquebalant, entre bedroom pop et garage-car (oui, certains de ces disques ont été enregistrés dans sa voiture, d'où Car Seat Headrest, littéralement « appuie-tête de voiture »), évidemment très Do It Yourself.
Repéré par Chris Lombardi de Matador Records (excusez du peu), Will Toledo signe en 2014 sur le label des Yo La Tengo, Liz Phair et autres Pavement. Mais Matador veut faire les choses bien et croit beaucoup en son nouveau poulain - et il y a de quoi. Ainsi, plutôt que brûler tout le potentiel du bonhomme et histoire de présenter à un plus large public, il le laisse ré-enregistrer à l'automne 2015 certaines de ses premières compositions. 'Teens of Style' parait, le disque ne souffre pas d'avoir perdu son côté DIY et le garçon se fait un nom. Car Seat Headrest s'enrichit alors de trois membres pour donner plus de corps à sa musique et à ses ambitions et embraye un an plus tard avec son premier album pour un label, 'Teens of Denial'.
Prévu en mai dernier, il voit sa sortie repoussée à cause d'un Rick Ocasek (leader de The Cars) pas vraiment complice qui lui reproche un sample non-clearé de son titre Just What I Needed (et ce n'est pourtant pas faute à Matador et à Car Seat Headrest d'avoir fait les démarches en ce sens, de longs mois avant). Rappel de tous les disques déjà envoyés à travers tout le pays, destruction de ceux-ci, réenregistrement et changement de titre pour la chanson incriminée (de Just What I Wanted/Not Just What I Needed, elle devient Not Just What I Needed, même si l'influence reste manifeste). Deux mois plus tard, 'Teens of Denial' voit officiellement le jour. Et met une baffe à beaucoup, et en premier lieu à l'auteur de ses lignes.
En 12 titres, Car Seat Headrest, porté par une production moins lo-fi que ses précédents enregistrements et particulièrement bien vue, assène dès les premières secondes de l'album un riff diabolique qui donne le ton (Fill in the Blank). La suite ne dévie pas de la trajectoire. Étirant ses morceaux comme jamais sans pour autant les rendre ennuyeux ou sans arriver à leur trouver une porte de sortie, Car Seat Headrest affiche ses ambitions, rappelle à lui Pavement (Destroyed by Hippie Powers notamment mais pas que), Nada Surf (la construction de Drunk Drivers / Killer Whales et cette façon d'amener et d'hurler le refrain), Sebadoh et autres groupes du genre. Il en profite même pour piquer aux Doors la guitare de leur L.A. Woman (Connect the Dots (The Saga of Frank Sinatra)).
Contant avec une voix trainante des histoires d'une jeunesse désabusée, qui s'ennuie, qui s'emmerde, qui se foire et qui ne trouve même plus son remède dans l'alcool et la drogue, Car Seat Headrest compose ici aussi bien des hymnes rock (Drunk Drivers / Killer Whales) que des balades à fredonner à tue-tête (fameux « drugs are better, drugs are better with friends are better, friends are better with drugs... » sur (Joe Gets Kicked Out of School for Using) Drugs With Friends (But Says This Isn't a Problem) ou tout simplement tuantes (les 11mns parfaites de The Ballad of Costa Concordia qui rappelle Okkervil River dans sa première partie).
Brillant album, à tous les niveaux, 'Teens of Denial' est une vraie révélation pour votre serviteur. Sans doute le disque le plus écouté 2016, cet album de Car Seat Headrest pose toutefois quelques questions : ce projet restera t-il celui de Will Toledo qui, tel un Eels, ferait tourner les membres autour de lui ? Intitulera t-il tous ses prochains albums Teens quelque-chose ? Quand reviendra t-il ? Après 12 albums et une compilation, a-t-il encore des choses à dire ?
Une chose est sûre cependant : quoi qu'il en dise sur les derniers mots de Joe Goes To School qui cloture ce 'Teens of Denial', Car Seat Hedarest n'est en aucun cas une simple « tourist attraction ». J'ai même comme l'impression qu'on vient d'en prendre pour un moment. Tant
mieux. (Sortie : 20 mai 2016)
Enfin, pour en savoir plus sur l'histoire de Car Seat Headrest, pré 'Teens of Denial', cet article de Rolling Stones US est à lire.
Beaucoup de choses à écouter aujourd'hui et à voir de ce 'Teens of Denial' de Car Seat Headrest. Tout d'abord, Drunk Drivers / Killer Whales, hit en puissance (en écoute également dans les lecteurs Spotify et Deezer à gauche). Ensuite, Vincent et son intro parfaite.
Pas plus de titres de disponibles sur le bandcamp de Car Seat Headrest ? Rabattons nous donc sur les clips. Tout d'abord Fill in The Blank qui ouvre parfaitement ce 'Teens of Denial' (ah ce riff) :
Ensuite, le clip de Drunk Drivers / Killers Whales, longue balade sur le bitume et sur l'eau :
Enfin, le clip de Vincent, évidemment édité (l'originale fait 7'45'', voir plus haut) :
Cela faisait longtemps que je n'avais pas eu ni pris de nouvelles de Will Toledo et de ses furieux Car Seat Headrest. Il est revenu dans mes radars par la petite porte dernièrement tout d'abord avec la - excellente - reprise de We Looked Like Giants de Death Cab For Cutie, reprise qu'on retrouve en face-B du 45-tours sorti récemment par Sub Pop, et sur lequel The Beths faisaient des merveilles de Brand New Colony de Postal Service.
Et dans la foulée, voilà-t'y pas que Matador Records annonce la sortie pour le 8 décembre prochain de 'Faces From the Masquerade', album live de la tournée 2022 de Car Seat Headrest enregistré au Brooklyn Steel de New-York. Une tournée qui avait du être écourtée, Will Toledo ayant connu quelques complications post-Covid. Un disque de treize morceaux (quatorze si vous prenez le vinyle) qui va piocher essentiellement dans les trois derniers albums du groupe : 'Making a Door Less Open' (cinq titres, dont Deadlines (Hostile)), 'Twin Fantasy' (« seulement » trois titres de cet immense chef d'oeuvre) et 'Teens of Denial'(trois titres également).
Pour le moment, un seul extrait est disponible, celui de Bodys (un des mastodontes de 'Twin Fantasy'), à l'énergie encore plus contagieuse que sur disque. Une version très nerveuse, aux « whouhou » remplacés par quelques notes de synthés, et avec une foule qui n'en finit plus de sauter sur place. Difficile de ne pas être très enthousiaste à son écoute, quand bien même les albums live ne sont pas forcément ma tasse de thé. Tout ceci promet sacrément.
Album : Faces From the Masquerade Année : 2023 Label : Matador Records
Après deux disques adorés dans ces pages ('Teens of Denial' et surtout 'Twin Fantasy (Face-to-Face)'), qui à une autre époque seraient devenus des « instant classics » comme disent les anglo-saxons, Will Toledo a semble t-il voulu changer d'air musical et d'orientation. On en sait assez peu sur 'Making A Door Less Open', ce nouvel album à venir le 1er mai prochain, mais à en croire la longue description qu'il en fait sur son site, on devrait être surpris.
Plus qu'un pur album de Car Seat Headrest, nous aurons droit ici à une collaboration entre CSH et 1 Trait Danger, un projet parallèle de Andrew Katz, le batteur du groupe, et de l'alias masqué et bizarre de Will Toledo, Trait. Il sera donc question ici de beaucoup de choses, et pas forcément que du rock'n'roll (pour la faire courte) : Will Toledo promet qu'il y aura aussi bien de l'electro, du hip hop, de la soul et même du doo-wop.
Pour l'instant, deux chansons de 'Making A Door Less Open' ont été dévoilées, dont Martin hier, un titre pop d'apparence simple mais à la texture sonore à plusieurs couches et à la fin duquel vient se poser une trompette du meilleur effet.
Si à l'écoute de 'My Head Hz' de Naked Days vous entendez un peu de Car Seat Headrest, ne vous en étonnez pas : vous êtes dans le vrai. Car derrière cet album se trouve Degnan Smith, un ami de Will Toledo, qu'il a régulièrement accompagné sur ses si nombreux albums et notamment sur le toujours aussi fantastique 'Twin Fantasy'. Est-ce que cela suffit à en faire une influence si prégnante ? Non. Mais la réponse devient positive dès que l'on précise que Andrew Katz, Seth Dalby (respectivement à la batterie et à la basse chez Car Seat Headrest) et Amanda Schiano di Cola (au chant et à la trompette et qui a déjà joué sur les albums de... Car Seat Headrest), sont de la partie. Et carrément évidente quand on ajoute que Will Toledo, en plus de chanter et jouer sur le disque, en est le producteur.
Pourtant, ne résumons pas cet album de 'My Head Hz' à Car Seat Headrest. Beaucoup plus folk dans l'esprit (mais pas exempt d'envolées rock), Naked Days ne manque ni de talent pour composer des mélodies qui s’immiscent doucement mais surement dans l'oreille, ni de doigté pour faire progresser ses chansons. La preuve avec Old Woods, sans doute le sommet de ce très beau disque, qui commence comme une balade folk, avant que la mélancolie ne prenne un peu plus de coffre et l'instrumentation de l'ampleur. La production change alors de braquet, met en lumière tout ce beau monde et voit Degnan Smith remiser sa timidité et ses premiers couplets chantés comme avec effacement au placard pour mieux s'affirmer, et laisser la mélodie faire le reste. Superbe.
Album : My Head Hz Année : 2021 Label : 569826 Records DK
En tournée actuellement en Europe pour donner vie sur scène à son formidable ‘Teens of Denial’ sorti l’an dernier, Will Toledo aka Car Seat Headrest, compositeur compulsif, vient de faire paraître sur son compte youtube une reprise de That Joke Isn't Funny Anymore des Smiths, magnifique chanson initialement parue sur le ‘Meat is Murder’ des mancuniens en 1985, et, c’est à noter, unique single tiré de cet album.
Loin des arrangements des Smiths, Will Toledo reprend That Joke Isn't Funny Anymore en version acoustique, mais en y mettant beaucoup de cœur. La force des paroles - déprimantes - de Johnny Marr et Morrissey (« when you laugh about people who feel so very lonely, their only desire is to die. Well I'm afraid it doesn't make me smile ; I wish I could laugh but that joke isn't funny anymore ») ne perd en tout cas aucunement de sa force dans cette relecture. Quel talent ce gamin.
Album : - Année : 2017 Label : -
Indisponible sur Spotify et Deezer, la reprise de That Joke Isn't Funny Anymore des Smiths par Car Seat Headrest est uniquement disponible sur le compte youtube du groupe, et ci-dessous :
La version originale de That Joke Isn't Funny Anymore par les Smiths est en écoute ici :
A lire l'histoire de Cloud Nothings et de son meneur Dylan Baldi, on ne peut s'empêcher de penser à Will Toledo, l’homme derrière Car Seat Headrest. Comme lui, Dylan Baldi a enregistré ses premières chansons dans la cave de ses parents, en jouant de tous les instruments. Et comme lui, il a décidé de s'entourer pour passer un cap.
La comparaison s’arrête là, car Cloud Nothings ne me semble pas avoir, sur la durée, le talent ou l'avenir de Car Seat Headrest et de son remarquable dernier album 'Teens of Denial'.
Révélé à mes oreilles par un réussi 'Attack on Memory' en 2012, mais perdu d'écoute depuis, Cloud Nothings continue sa route et a sortie fin janvier son quatrième album 'Life Without Sound'.
Un disque plutôt réussi et qui prend le contre-pied de son titre tant ses 9 titres regorgent de guitares et de son lourd. Pour autant, il faut bien admettre que l'ensemble tourne assez vite en rond. Semblant hésiter entre un punk à roulettes débridé (Yellowcard, le violon électrique en moins) et un grunge-rock plus assumé, Cloud Nothings balance sur un pied tout du long de l'album. Pas de quoi crier au scandale vu que l'ensemble, en plus d'être bien produit, a le mérite d'avoir quelques vrais bons moments (Sight Unseen, en écoute aujourd'hui, Modern Act, Up to the Surface ou Realize My Fate) mais pas non plus de quoi crier au génie ou à l'album remarquable.
Mais, à l'instar des Trent Reznor, Pere Ubu, Lebron James, Mark Price et autres Ted Mosby, Cloud Nothings met à nouveau la lumière sur Cleveland, cette ville que j'ai toujours entendue raillée depuis que je m'intéresse aux États-Unis. Et qui ne semble donc exister que grâce à la pop-culture.
Album : Life Without Sound Année : 2017 Label : Carpark
Mardi 26 décembre. Je crois qu'il est plus que l'heure de mettre un terme à cette année 2023 qui, si je ne l'effacerai pas totalement de mon esprit comme 2022 et 2021, ne restera pas dans mes annales. Musicalement par contre, il y a des choses à dire. Beaucoup même. Alors tirons-en le bilan, en quatre temps comme le veut la tradition dans ses pages. Tout d'abord en listant les 45-tours, 12", Ep et autres rééditions ou compilations qui auront rythmé mes oreillles. Puis en classant les quarante albums qui auront animé mon année (en deux papiers, histoire que ce ne soit pas trop indigeste). Avant de finir, le jour de l'an, par les cinquante chansons 2023, toujours selon mes oreilles.
Toutefois, avant de s'épancher et de lancer la machine, allons jeter un oeil, là aussi comme le veut la tradition, chez les voisins pour voir ce qu'ils ont pensé eux de l'année musicale 2023 : - Les meilleurs albums selon la rédaction d’Addict Culture - Les Bilans individuels 2023 de Pop News - Les
10 meilleurs albums de l’année selon Mind Riot Music - La cuvée 2023 de Pinkushion - La playlist de l’année de Sound of Violence
Première partie donc, consacrée aux formats hors-albums. Avec cette année de l'Ep, tu en veux tu en as, du 45-tours racés, des singles qui aurait mérité de connaître une version physique (mais qui sont tout de même comptabilisés dans la discographie des groupes concernés), des inédits de Sufjan Stevens, une réédition qui prouve à quel point Daniel Johnston était un sacré songwriter et enfin une compilation de chutes de studios d'un chef d'oeuvre. Les treize disques dont il est question ici sont à découvrir ci-dessous. Mais comme lire de la musique c'est bien mais que l'écouter c'est encore mieux, au bas de ce billet se trouvent des lecteurs Spotify et Deezer compilant une
chanson de chacun des disques présentés (ainsi qu'un lecteur pour une chanson de Sufjan Stevens, introuvable ailleurs). Bonne lecture et bonne écoute !
The Beths / Pickle Darling / Car Seat Headrest - Brand New Colony / We Looked Like Giants 7" [Sub Pop] En 2003, Ben Gibbard sortait avec ses Death Cab For Cutie 'Transatlanticism', formait avec Dntel l'éphémère The Postal Service et publiait 'Give Up', chef d’œuvre absolu (et accessoirement un des disques de ma vie). Vingt-ans plus tard, Sub Pop célèbre ces deux albums avec un 45-tours qui voit The Beths et Car Seat Headrest (accessoirement deux de mes groupes préférés actuels) reprendre une chanson de chacun de ces disques. Et c’est évidemment parfait. En savoir plus Acheter
Nina Nastasia - This Is Love b/w You Were So Mad [Temporary Residence Limited] N'ayant pas eu le succès qu’elle méritait avec l’album de son retour, Nina Nastasia continue de faire vivre 'Riderless Horse'et ses chansons. La preuve avec ce 45-tours numérique où elle reprend This Is Love et You Were So Mad
avec Marissa Paternoster, guitariste et chanteuse des désormais feu
Screaming Females. En s’éloignant de la version d'origine et en
l'agrémentant d'une guitare électrique, de quelques légers larsen, d'un
piano et donc de leur deux voix, le résultat est sincèrement sublime et
pourrait toucher ceux que l'austérité de 'Riderless Horse' pouvait rebuter. En savoir plus Acheter
The Telephone Numbers - Weird Sisters 7" [Meritorio Records / Prefect Records] Deux
chansons absolument parfaites, où la mélancolie se dispute avec une
indie-pop et une jangle-pop d’excellente facture : ce 45-tours de The
Telephone Numbers est impeccable de bout en bout. Il va falloir qu’on
commence à parler beaucoup plus de ces jeunes gens. En savoir plus Acheter
Weird Nightmare - She’s The One [Sub Pop]
Les mois
passent et Alex Edkins (via son moniker de Weird Nightmare) continue son
sans faute. Après un premier album très réussi, il enchaine les
singles, dont cette reprise de She's The One de The Ramones à
laquelle il donne un verni très sixties avec une prodcution comme
d’époque et un piano clinquant. Une formidable reprise, qu’on dirait
sortie du catalogue des Beatles. Son seul défaut ? N’exister qu’en
digital. En savoir plus Acheter
12"
Animal Collective - Defeat 12" [Domino Records] En amont de la sortie de 'Isn’t It Fun?', Animal Collective a publié Defeat
en single. Enfin, « single » plutôt. Vingt-deux minutes (beaucoup de
groupes sortent des Ep moins longs) de folk psychédélique et
expérimental, absolument prenant et qui résume toutes les facettes de ce
groupe incroyable. Et comme si cela ne suffisait pas, en face-B, nos
quatre amis déposent The Challenge, un morceau improvisé qui ouvrait les concerts de la tournée de 'Time Skiffs'. Dément lui aussi. Décidément, ces gens là ne feront jamais rien comme les autres. En savoir plus Acheter
Sufjan Stevens - 5 Unreleased Songs 12" [Asthmatic Kitty Records] En marge de 'Javelin'
(on y reviendra), Sufjan Stevens et Asthmatic Kitty Records ont publié
(en exclusivité pour « Rough Trade ») un disque de cinq chansons
inédites en bonus, dont le magasin anglais vient de sortir la version
vinyle (en édition limitée évidemment). Sans doute tirées des sessions
de l’album, ces cinq morceaux, folk, acoustiques et moins travaillés
sont d’une grande beauté, qui se termine par le sublime The Kiss of Niobe (en écoute exceptionnellement plus bas). Acheter
EP
A7PHA - Many Headed Ep [Handsmade Records] 2023
aura signé le retour dans mes oreilles de toute la clique d’Anticon que
j’avais délaissée depuis des années. Premier exemple, cet Ep de A7PHA,
acronyme curieux derrière lequel on retrouve Mestizo et doseone. Pour
bien faire, les deux ont invité sur les deux premiers titres d’anciens
comparses Buck 65, Aesop Rock et WHY. Le résultat est aussi puissant que
détonnant pour une sorte de grande messe abstract. Histoire de bien
faire les choses, A7PHA finit ce 'Many Headed Ep' par un nouveau morceau, lui aussi parfait. En savoir plus Acheter
FIDLAR - That's Life Ep [-] A la sortie de 'Too' et surtout du
formidable single 40oz on Repeat (dont le clip, s’il était sorti vingt
ans plus tôt, serait resté dans toutes les mémoires), tous les feux
étaient au vert pour FIDLAR. Le trio aurait du devenir énorme. Et puis non. Alors le
groupe a continué, avec quelques Ep par ci, beaucoup de singles par là et
quelques albums. Rien de bien transcendant à dire vrai, mais 'That's
Life Ep' est un inattendu retour de flammes, punk (à roulettes aussi) et crétin à souhait, plein d’éclats de voix et de
guitares. En savoir plus Acheter
Le collage de France - Rue des Boulets Ep [Les Disques Pavillon]
Nouvelle
itération de Rémi Nation, l’homme derrière Orouni : Le collage de
France. Un groupe fourni, des chansons pop classieuses et léchées où
cordes, claviers et autre flûte virevoltent sur quelques volutes
synth-pop. Un ensemble jamais dans le clinquant, toujours beau et
extrèmement prometteur (l’album est déjà dans les tuyaux).
Dominique A - Reflets du monde lointain Ep [Cinq7 / Wagram] Ecartées du tracklisting de 'Le Monde Réel', son album de l’an passé, les chansons de 'Reflets du monde lointain' ne sont pourtant pas de simples face-B. Des morceaux comme Les vagues et les regrets ou Chaque enfant dans son monde
sont des chansons que n’importe quel auteur-compositeur rêverait
d’écrire. Plus consistant que 'Le Monde Réel', cet Ep prouve comme s'il
était besoin que Dominique A est un artiste incroyable, que nous prenons
trop pour acquis.
Legss - Fester Ep [The state51 Conspiracy] Post-punk empreint de post-rock, pas exempt de balade mélancolique et de rage noise-rock/grunge, 'Fester' est
un Ep (le troisième) plus que recommandable de la part Legss, encore un
groupe londonnien qui est une énième preuve de la vivacité de la scène
anglaise actuelle.
Various Artists - I Killed the Monster: The Songs of Daniel Johnston [Shimmy] Publiée en 2006 et rééditée cette année, cette compilation hommage à Daniel Johnston est bien plus qu’une très belle curiosité. Vingt-une chansons de l’américain sont au programme, de certaines de ses plus célèbres à d’autres plus obscures - comme une bonne partie du roster ici, même si on notera tout de même les présences d’un certain Sufjan Stevens ainsi que de Kimya Dawson, Jeffrey Lewis et Jad Fair d’Half Japanese). Dans une grande majorité, rien de lo-fi mais plutôt des versions amples, orchestrées et travaillées des chansons originales. Un disque de reprise tout à fait délicieux et qui prouve à quel point Daniel Johnston était un songwriter incroyable. En savoir plus En savoir plus 2 Acheter
COMPILATION
Bob Dylan - The Bootleg Series Vol. 17: Fragments – Time Out of Mind Sessions (1996–1997) [Columbia Records] Bob
Dylan a eu plusieurs vies. Et en a profité pour parsemer sa carrière
d'innombrables chefs d'oeuvre. Le dernier en date est sans doute 'Time Out of Mind',
disque noir sorti en 1997. Il était temps que les Bootleg Series que
son label de toujours Columbia s'occupe de son cas. Le résultat est à la
hauteur du disque en lui-même. Et à la hauteur des tous meilleurs
Bootleg Series publiés jusque là (notamment 'The Bootleg Series Vol. 12: The Cutting Edge 1965-1966', 'The Bootleg Series Vol. 14: More Blood, More Tracks'ou 'The Bootleg Series Vol. 5: Live 1975 - The Rolling Thunder Revue').
Cinq disques, dont un premier qui propose un nouveau mix de l'album
original. Et ensuite - et surtout !- quatre autres qui proposent des
versions démos, des chutes de studio et d'autres versions alternatives.
C'est absolument passionnant, ébouriffant la plupart du temps même, avec
des versions délaissées que d'aucuns rêveraient avoir pu enregistrer.
Décidément, cette collection "Bootleg Series" est un sans faute jusque
là. En savoir plus Acheter
Ci-dessous, une chanson de chacun des disques présentés dans les lecteurs Spotify et Deezer. Et donc un lecteur (chinois) pour pouvoir écouter The Kiss of Niobe de Sufjan Stevens (la chanson est indisponible ailleurs) :
Disque dont je connais tous les recoins, tous les bips, toutes les inflexions
de voix, dont je sais quand et où je l'ai découvert, 'Give Up' de The Postal Service, unique album du duo Ben Gibbard / Dntel est à mes yeux - et mes oreilles - un immense chef d'oeuvre et un des albums de ma vie. Et je n'ai jamais douté une seule seconde que toutes (je dis bien toutes) ses chansons étaient d'immenses chansons. Et sans avoir rien demandé, je viens d'en avoir une nouvelle confirmation.
Sans crier gare, cet album de Postal Service vient de fêter ses 20 ans. Ca semble fou, mais oui, vingt piges, rien que ça. Comme le veut désormais l'industrie musicale, chaque anniversaire est bon pour les affaires et propice à une réédition augmentée de quelques inédits. Sauf que Sub Pop avait déjà fait le boulot en 2013. Alors, plutôt que rééditer une réédition, le label vient de publier un 45-tours de reprises pour célébrer ces deux décennies d'existence.
Au programme, deux reprises : en face-B, une reprise par Car Seat Headrest de We Looked Like Giants, une des chansons de Transatlanticism' de Death Cab For Cutie, LE groupe de Ben Gibbard, qui fête lui aussi cette année ses vingt ans. Et en face-A, Brand New Colony, l'avant-dernière chanson de l'album de Postal Service,
repris par les chouchous de The Beths. Ici, les néo-zélandais, avec l'aide de leur compatriote Pickle Darling, ont
remisé leur power-rock et leurs guitares électriques au placard pour mieux la jouer pop/twee-pop lumineuse, loin de l'indietronica etl'anxiété qu'on pouvait ressentir à l'écoute de l'originale. Une très belle réinterprétation, qui prouve une nouvelle fois que les Beths de Liz Stokes ont du talent, et à quel point Brand New Colony est une immense chanson.
Album : Brand New Colony / We Looked Like Giants 7" Année : 2023 Label : Sub Pop Records
En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, la reprise de Brand New Colony de The Postal Service par The Beths et Pickle Darling est également en écoute ci-dessous :
Comme il n'y a pas de mal à se faire du bien, voilà Brand New Colony, dans sa version originale, par The Postal Service :