jeudi 9 novembre 2023

[Track of The Day] Pascal Comelade / Lionel Limiñana / Marie Limiñana - Fin du Monde

Huit ans après un premier album ensemble ('Traité de guitares triolectiques (à l'usage des portugaises ensablées'), tout à fait recommandable), les Limiñanas et Pascal Comelade remettent ça. Enregistré sous le nom de Pascal Comelade / Lionel Limiñana / Marie Limiñana (ces deux derniers intervenant donc en leur nom et non sous celui de The Limiñanas), 'Boom Boom' est la continuité de son prédécesseur, tout en étant plus centré sur le piano de Comelade.

Un disque quasi exclusivement instrumental, qui sonne une nouvelle fois comme une récréation (rien que les titres des morceaux sont un indice : On ne mange pas la choucroute de Veronica, Le Riffifi brille en jaune, Solo de boxe en conserve et autre J’entends des voix qui ont mauvaise haleine) mais que les trois comparses ne prennent pour autant pas par dessus la jambe, faisant se côtoyer guitares électriques et fuzz, des cordes par-ci et une palanquée de claviers (piano, orgue électrique, melodica, cymbalum) par là, avec touché et talent. Un album tout à fait séduisant dès les premières écoutes, même carrément éblouissant sur quelques passages (Le retour de Black Sabata, suite directe de (They Call Me) Black Sabata de 2015, On ne mange pas la choucroute de Veronica) et notamment dès que Comelade est au centre du jeu. 

De toutes les chansons de 'Boom Boom', c'est sans doute Fin du monde (en écoute aujourd'hui) qui est la plus marquante. Une chanson basée sur le poème du même nom de l'expressionniste allemand Jakob van Hoddis, dont Lionel Limiñana déclame les vers avec un phrasé à la Gainsbourg, pendant qu'une mélodie lumineuse à plusieurs couches, menée par le piano de Pascal Comelade, déroule merveilleusement derrière, avant de prendre une ampleur qu'on n'imaginait pas. Immense chanson donc et très bel album de la part d'un groupe qui ne s’appesantit jamais sur ses lauriers en continuant toujours de se réinventer, et un génie, tout simplement.

Album : Boom Boom
Année : 2023
Label : Berreto Music / Because Music

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Fin du monde de Pascal Comelade, Lionel Limiñana et Marie Limiñana est également en écoute ci-dessous :

Autre excellent morceau tiré de 'Boom Boom' de Pascal Comelade, Lionel Limiñana et Marie Limiñana, voilà Le retour de Black Sabata :

Le clip de Hypnose en bas de gamme de Pascal Comelade, Lionel Limiñana et Marie Limiñana, premier extrait de 'Boom Boom' :

 

mercredi 8 novembre 2023

[Track of The Day] FACS - When You Say

Des concerts au Sonic, j'en ai fait en pagaille. Des bons, des moins bons, des aux sets trop courts, souvent avec des groupes à guitares, mais aussi des folkeux de légende seul en scène, des groupes qui ont aujourd'hui disparu, d'autres alors en devenir et qui depuis sont passés à des salles plus vastes. Il y a eu de tout - et il y aura encore de tout.

Pour autant, je ne me souviens pas avoir eu droit à un groupe qui sonnait aussi bien dans cette péniche mythique des nuits lyonnaises que FACS, ce mardi soir. Ces messieurs de Chicago envoient pourtant le bois plus souvent qu'à leur tour avec ce mélange de post-punk (par moments monolithique) et de noise-rock. Mais malgré mes craintes, tout était juste, à sa place, sans que ni la basse, la guitare et la batterie ne se marchent dessus. Comme sur leurs albums.

C'est leur dernier en date 'Still Life In Decay' que le groupe est venu présenter hier. Sorti au printemps dernier, toujours chez Trouble In Mind Records, il méritait d'être découvert sur scène tant il a quelque-chose de viscéral et d’hypnotique. Et le résultat live est encore plus prenant, notamment sur deux des meilleurs morceaux du disque, New Flag et surtout When You Say (en écoute aujourd'hui), excellent single au son très lourd, entre ombre et lumière, à la ligne de basse formidable. Un très bon concert donc, concis et sans fioriture, dans un Sonic pas loin d'être plein. Un mardi soir comme on les aime.

Album : Still Life In Decay
Année : 2023
Label : Trouble In Mind Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, When You Say de FACS est également en écoute ci-dessous :

Le clip de When You Say de FACS, single extrait de 'Still Life In Decay' :

mardi 7 novembre 2023

[Track of The Day] Broken Records - Night Time

C'était en 2008. Quasiment jour pour jour. Au détour d'une balade dans le centre ville d'Édimbourg, j'avais aperçu le nom "Broken Records" imprimé sur des affiches A4 scotchées sur quelques vitrines de magasins de la vieille ville. Je pensais qu'il s'agissait d'un petit label du coin, je l'avais noté dans un coin de ma tête. Quelques jours après avoir flâné dans la campagne écossaise, autour de lacs nombreux et magnifiques sous un chaud soleil automnal, à mon retour en France, j'avais commencé à chercher ce fameux Broken Records. Pour vite me rendre compte qu'il s'agissait nom pas d'un label mais d'un groupe. Un quatuor, originaire, ô surprise, d'Édimbourg qui allait sortir son premier album. Et qui venait de publier un 45-tours sur lequel on trouvait Lies, chanson absolument ébouriffante, romantique à souhait.

Quinze ans ont passé, les rides sont arrivées, les enfants (chez les autres) aussi, les longs week-end entre potes ont plus de mal à s'organiser. Et je suis retombé je ne sais trop comment sur Broken Records, qui à ma grande surprise n'a jamais arrêté de composer, bien qu'espaçant chaque fois un peu plus la sortie de ses albums. 'The Dreamless Sleep of the 1990s' est leur cinquième (le premier depuis cinq ans), un disque qui n'atteint pas le sommet que fut 'Until The Earth Begins To Part', est moins baroque que par le passé mais qui est très attachant, traversé qu'il est par de belles chansons (le groupe fait toujours montre d'un certain doigté pour ce qui est des mélodies qui font mouche) où la mélancolie transpire par tous les sillons. Un album qui prouve surtout que les Broken Records auraient mérité un autre succès et une autre carrière.

Alors certes, on pourra ergoter qu'avec le temps, leur magie s'est étiolée. Qu'avec l'âge, leurs chansons ont perdu en urgence, en folie. Peut-être même pourra-t-on dire que leurs mélodies ont vieilli avec eux. Mais il n'en reste pas moins que cette rencontre belle et impromptue avec le passé fait du bien. Sans nostalgie particulière d'ailleurs, mais elle ramène des souvenirs de balades autour de lacs qui peuplent la campagne autour d'Édimbourg, de chansons débiles braillées à tue-tête au volant d'une Vauxhall pleine de gentils fous qui n'avaient pas encore décidés de grandir.

Album : The Dreamless Sleep of the 1990s
Année : 2023
Label : J. Sharp Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Night Time de Broken Records est également en écoute ci-dessous :
 
 
Autre belle chanson extraite de 'The Dreamless Sleep of the 1990s' de Broken Records, voilà Is There Still Light? :
 
 
Le clip de Night Time, premier single extrait de 'The Dreamless Sleep of the 1990s' de Broken Records :
 

lundi 6 novembre 2023

[Track of The Day] Alamo Race Track - Fight

Voilà un groupe que je ne m'attendais pas à recroiser. Disparu de la scène depuis 2015 et un 'Hawks' sympathique à défaut d'être resté dans les mémoires, Alamo Race Track vient de faire son retour avec un nouvel album, 'Greetings From Tear Valley And The Diamond Ae', cinquième album totalement inattendu (il semblerait que le leader Ralph Mulder ait connu quelques soucis familiaux, qui expliquent sans doute le « Tear Valley » du titre) et toujours publié chez les fidèles Excelsior Recordings.

Moins acide que par le passé, cet album des néerlandais est aussi moins inspiré que ses prédécesseurs (surtout dans sa deuxième partie qui part dans tous les sens avec des chansons bien moins abouties, comme à l'état de démo). Toutefois, si on n'échangera une tonne de ce 'Greetings From Tear Valley And The Diamond Ae' contre leur parfait 'Black Cat John Brown', on se satisfera volontiers ici de quelques compositions de haute tenue, notamment le triptyque d'ouverture : Sally H. (chanson d'ouverture, pop à souhait, franchement sixties et aux choeurs plutôt fameux), Got to Get Home et Fight, morceau tendu comme il faut et à la rythmique très Alamo Race Track-ienne.

Album : Greetings From Tear Valley And The Diamond Ae
Année : 2023
Label : Excelsior Recordings

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Fight d'Alamo Race Track est également en écoute ci-dessous :


Autre chanson réussie de 'Greetings From Tear Valley And The Diamond Ae' d'Alamo Race Track, voilà Sally H. :

mercredi 1 novembre 2023

Deeper - Careful! [Sub Pop Records]

Au grand désespoir de certains (on est underground ou on ne l'est pas) et à la joie de beaucoup (dont je suis), Sub Pop Records continue chaque année de faire ses petites emplettes dans le monde indé (et ils ne sont pas les seuls) pour aller chercher des groupes au potentiel artistique (et commercial, c'est un business) certain et qui en ont assez sous la pédale pour devenir des groupes reconnus et respectés. Les exemples sont légions, les citer tous n'auraient donc pas vraiment de sens (et ils sont d'ailleurs souvent relayés dans ces pages), donc mentionnons-en juste trois parmi les plus récents : Sweeping Promises, Girl and Girl et Kiwi Jr..

Une des dernières signatures en date de Sub Pop vient de Chicago. Originellement trio auteur de deux premiers albums semble-t-il remarqués (mais pas dans ces pages, que voulez-vous ma bonne dame, on fait c'qu'on peut avec c'qu'on a, on ne peut pas avoir les oreilles de partout), Deeper est devenu quatuor en arrivant sur le label de Seattle (Nic Gohl, Shiraz Bhatti et Drew McBride étant rejoints par Kevin Fairbairn).

Et c'est peu de dire que Sub Pop a eu du nez. Car ce 'Careful!' est une réussite de chaque instant. Plein de guitares racées (c'est le mot) et qui claquent, de basses profondes, de synthés dansant et d'une voix aux contours eighties (et mixée fort à propos), cet album de Deeper navigue dans les eaux troubles d'un post-punk circa-1980 et de wave qui ne veulent pas dire leurs noms. Un disque qui part dans beaucoup de sens tout en gardant une unité impeccable.

Il faut dire aussi que 'Careful!' s'ouvre sur Build a Bridge. Le genre de chansons qui vous agrippent l'oreille instantanément pour ne plus la lâcher. Un titre majuscule qui donne le la sur lequel le reste de l'album va s'appuyer. Mais à peine a-t-on le temps de fredonner ce premier morceau que déjà Glare et son post-punk mélancolique sous le bras déboule sans crier gare ; à peint terminé, voilà que Tele, dont on jurerait qu'elle vient tout droit de 1984, prend la suite et dévoile une nouvelle facette de Deeper.

On pourrait comme ça passer en revue toutes les chansons de 'Careful!'. Évoquer la superbe basse de Bite. Parler du désaxé Fame et son saxophone ivre. De l'instrumental impromptu devil-loc. Ou du langoureux Pressure aux atours Strokes-iens. On pourrait oui. Mais on va plutôt relancer l'écoute et dire en guise de synthèse, histoire de gagner du temps, que 'Careful!' de Deeper est une magnifique découverte et un des disques du genre les plus réussis de l'année en cours. (Sortie : 8 septembre 2023)

Plus :
'Careful!' de Deeper est en écoute sur leur page bandcamp
'Careful!' de Deeper est à l'achat sur leur page bandcamp
'Careful!' de Deeper est disponible un peu de partout

Trois chansons de 'Careful!' de Deeper en écoute aujourd'hui. Build a Bridge, superbe chanson d'ouverture (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis Tele, aux forts accents eighties. Et enfin Glare, à la mélancolie certaine.

Histoire d'être le plus complet possible, voilà trois clips tirés de 'Careful!' de Deeper. Ceux de Build a Bridge, Tele et Sub :