Après un premier album plutôt psyché ('Modern Meta Physic'), un second shoegaze ('Agitprop Alterna'), un troisième faisant dans la pop minimaliste ('Pad'), Joe Stevens change encore de direction avec 'Rose Main Reading Room', le quatrième album à venir fin août de son projet Peel Dream Magazine.
C'est en tout cas ce qui est annoncé. Et ce que laissent transparaitre les deux premiers extraits déjà parus. Notamment Wish You Well, courte mais très belle chanson pop à la production nineties, et à l'ambiance qu'on situera entre Air (beaucoup) et Stereolab (et notamment pour cette voix qui a ce je ne sais quoi de Laetitia Sadier). Joliment troussé et qui tombe pile pour affronter ces premières nuits de canicule de l'année.
Album : Rose Main Reading Room Année : 2024 Label : Topshelf Records
En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Wish You Well de Peel Dream Magazine est également en écoute ci-dessous :
Le premier extrait de 'Rose Main Reading Room', le prochain album de Peel Dream Magazine, s'appelle Lie In The Gutter et est tout aussi recommandable que Wish You Well :
Le clip de Wish You Well, second extrait de 'Rose Main Reading Room', prochain album de Peel Dream Magazine :
Vendredi soir, moi qui étais prêt à dézinguer comme jamais ces Jeux Olympiques de Paris 2024 en commençant par cette cérémonie d'ouverture que je présageais, comme toutes ses devancières (ou quasi), chiante et longue comme la pluie, à ma plus grande surprise, je suis tombé des nues. Et j'ai été subjugué par ce moment de plus de 3h30, grandiose, prodigieux, extraordinaire, plein d'allant, de modernité, d'inventivité, de beauté et de classe. Une cérémonie d'ouverture absolument incroyable dont il est difficile de savoir quel moment a été le plus marquant : Aya Nakamura et la Garde Républicaine ? Le tableau « Synchronicité » avec ces danseurs entourés d'or ? Gojira qui fait exploser la Conciergerie ? Les dix femmes en or ? La Marseillaise d'Axelle Saint-Cirel ? Le catwalk transformé en Dj Set de l'Olympe ? L'arrivée du bateau français sur un duo Que Je T'Aime / Lettre à France ? Le cheval qui galope sur la Seine ? La Tour Eiffel qui scintille au son de Supernature de Cerrone ? Les derniers relais ? La vasque d'une beauté folle qui s'élève dans le ciel de Paris après avoir été allumée par deux légendes ? L'apothéose de L'Hymne à l'Amour chantée par Céline Dion à vous donner des frissons comme jamais ? Faites votre choix, moi j'en suis bien incapable tant j'ai succombé à cette cérémonie à nulle autre pareille et qui n'est pas prêt de sortir de ma mémoire.
Pas encore totalement remis pour être tout à fait honnête, c'est, dans un autre genre, un morceau tout aussi fort qui ouvre cette semaine dans ces pages. Il s'appelle How Black Men Lose Their Smile et est l’œuvre de Bashy, rappeur anglais qui après dix ans à faire l'acteur vient de revenir à ses premières amours ce début juillet en publiant son troisième album - le premier depuis 2011. Une chanson puissante (son titre en dit déjà beaucoup) en forme de manifeste qui, sur une prod dub aux trompettes comme ivres, raconte comment nos sociétés occidentales ont réussi à casser les espoirs de la population noire, comment par leur racisme elles ont tout fait pour réduire son histoire à la portion congrue, comment elles ont tout fait pour l'invisibiliser et ne lui donner que peu d'échappatoire et comment elles ont réussi (« That’s how Black men lose their life, the world has made me hate myself, I’m scared of men that look like me, self hatred rooted so deep, him or I, I must protect myself, I’m going grave or I’m going jail, that’s How Black Men Lose Their Smile »). Le flow de Bashy, qui rappelle sur quelques intonations celui de Roots Manuva, est racé, précis, percutant et rend parfaitement justice à ses paroles ciselées et sans faux semblant. Immense chanson et sommet d'un album qui n'en manque pourtant pas.
Album : Being Poor is Expensive Année : 2024 Label : Bish Bash Bosh Music
A trop écouter de disques, à trop balayer d'un revers de la main quelques chansons qui ne nous marquent pas de prime abord, il est assez facile de passer à côté d''Harmonics', le troisième album de Joe Goddard. C'est ce qui a failli m'arriver. Une première écoute assez quelconque, mais avec cette sensation bizarre au final de devoir y retourner.
A l'évidence, 'Harmonics' est du genre à s'imposer dans votre subconscient. Ses mélodies electro-pop, quand elles ne sont pas dance-pop, au vernis house ne payent pas de mine, les très nombreux featuring (quasiment un à chaque piste, de Ibibio Sound Machine à ses copains de Hot ChipAlexis Taylor et Al Doyle) ne bouleversent pas immédiatement, mais tout cela s'immisce, imprègne votre oreille, votre cerveau, votre mémoire. Et très vite, on se rend compte qu'on est à dix écoutes, que Moments Die avec Barrie est une formidable chanson d'ouverture, que Revery (avec le saxophoniste Alabaster DePlume) l'est tout autant en clôture, qu'il y a du Four Tet dans On My Mind ou que le synthétique Summon avec Hayden Thorpe est un bonheur eighties à lui tout seul.
Certes, Joe Goddard perd un peu la main en chemin (une heure, c'est beaucoup trop), s'oublie le temps de quelques longueurs au milieu de l'album, mais c'est toujours pour mieux se reprendre et repartir
de plus belle, avant de finir sur un triptyque épatant, qui s'ouvre par la balade electro-soul Ghosts (en écoute aujourd'hui), chantée par Tom
McFarland de Jungle et qui s'envole vers une ampleur qu'on ne soupçonnait pas.
Album : Harmonics Année : 2024 Label : Domino Records
Trois ans après 'Mandatory Enjoyment', premier album plus que convaincant fait de noise, de psyché et d'indie-pop, les américains de Dummy sont de retour chez Trouble In Mind Records après une rapide escapade chez Sub Pop le temps d'un single.
Prévu pour la rentrée prochaine, 'Free Energy' promet déjà beaucoup à l'écoute des deux premiers singles. Et notamment du plus récent. Car si Nullspace reste dans la veine de 'Mandatory Enjoyment' (avec des guitares qui ont ce je ne sais quoi de Disco 2000 de Pulp), Nine Clean Nails (en écoute aujourd'hui) montre que le groupe semble plus ambitieux. Cette chanson est une des plus carrées composées par Dummy, guidée qu'elle est par une rythmique motorik à souhait, une basse essentielle qui tient l'ensemble et une mélodie efficace autant que dansante. Ces gens là ont tout compris et portent très mal leur nom.
Album : Free Energy Année : 2024 Label : Trouble In Mind Records
En 2022, j'étais passé totalement à côté du premier album de King Hannah, un duo liverpuldien formé de Hannah Merrick et Craig Whittle. Histoire de bien faire les choses, ne répétons pas l'erreur en 2024 avec leur second, 'Big Swimmer', sorti fin mai dernier. Construit autour de deux pièces maitresses (Suddenly, Your Hand et Somewhere Near El Paso, en écoute aujourd'hui) qui naviguent entre slowcore et blues-rock du meilleur effet (chaque chanson sachant lâcher les chevaux sur la dernière partie), ce disque ne manque pas d'ambiances pesantes, de mélodies noires,
pleine de spleen, d’effluves post-rock et de guitares qui ne demandent rien de mieux que de
soliloquer comme jamais.
Mené par la voix d'Hannah Merrick (entre Cassandra Jenkins et le spoken-word de Florence Shaw de Dry Cleaning), aidé par celle de Sharon Van Etten sur deux chansons (et pas les plus laides), 'Big Swimmer' est une belle découverte. Dont au final le seul défaut (en plus de se languir un peu trop parfois) est peut-être sa pochette, même si le duo n'y est pour rien : depuis le 17 juillet dernier, à chaque fois que je la regarde, je pense à la baignade dans la Seine d'Anne Hidalgo et
à la photo qui en a résulté.
Album : Big Swimmer Année : 2024 Label : City Slang