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jeudi 20 mars 2008

Tanakh - Ardent Fevers [Alien8]


En cette période de paresse musicale (comprendre: une préférence à plonger dans quelques vieux disques plutôt qu'autre chose), je me suis dit qu'il serait temps de vous présenter (enfin, pour ceux qui ne le connaissent pas) un songwriter que j'aime beaucoup: Jesse Poe.

Américain de son état, Jesse Poe n’est pas quelqu’un qui se laisse aller à la facilité. Jesse Poe n’est pas du genre à perdre son temps à faire deux fois la même chose. Non. Bien au contraire, Jesse Poe est quelqu’un qui a une vision bien singulière de sa passion, tentant de défricher un grand nombre de styles musicaux. Et à chaque fois, il le fait avec classe.

Tanakh, en dépit de nombreuses autres collaborations et d’autres groupes dont il assume le leadership, reste sa principale «créature». Une bête fascinante qui dévoile à chaque nouvel album un visage qu’on ne lui connaissait pas.

De 'Villa Claustrophobia', on se souvient d’un disque plein d’abstraction, de grands espaces d’orients aux contrées occidentales. De son successeur, le splendide 'Dieu Deuil', on a la réminiscence d’un folk planant, très post-rockien. Quant à leur album éponyme sorti en 2004, c'était un grand moment de musique expérimentale, aussi délicat d’accès qu’hypnotique.

En 2006, le bougre a pris tout le monde a revers en osant sortir 'Ardent Fevers', un disque de folk/folk-rock, chez Alien8 (et un dans mon top 3 de l'année). Un disque d’une beauté manifeste et d’une classe folle. Car autant ne pas cacher la fin de l’histoire plus longtemps, 'Ardent Fevers' est un grand album. Indéniablement, le plus beau de folk/folk-rock sorti cette année là. Un album digne des plus grands qui frappe par la force de ses compositions et par une production absolument effarante de précision et de perfection.

En onze titres, Tanakh convie guitares sèches et électriques, batterie soignée, cuivres lyriques, chœurs apaisés et cordes déchirées. Il faut se voir frissonner devant la trompette de Grey Breathes, humer l’air des Etats-Unis des années 50 sur Hit The Ground ou fredonner un Restless Hands très sixties.

Sans s’éloigner des codes traditionnels du folk, Jesse Poe y apporte sa touche, en prenant un malin plaisir à laisser la musique prendre le pas sur le chant, autorisant ainsi l’esprit de l’auditeur à aller vagabonder et se perdre dans des contrées oniriques faites de plaines désertiques ou embrumées, parfois uniquement troublées par quelques accords bluesy d’une guitare acérée (les splendides Still Trying to Find You Home et Takes and Read).

Il y a dans les morceaux de Tanakh ce je-ne-sais-quoi de Neil Young et de Leonard Cohen. Un petit riff pour sublimer un rien, un souffle pour faire frissonner, une phrase pour dérouter. Un grand songwriter qui à chaque nouvel album confirme encore plus tout le bien que l’on pensait de lui. Un artiste assez hors-norme, comme cet album qui reste longtemps en bouche, tel un succulent bonbon que l’on voudrait éternel. (sortie: 4 avril 2006)
Son:
Myspace (4 titres en écoute)

Deux titres en écoute, un tout en douceur (
5 a.m) et un autre qui semble rendre hommage aux années 70 et à ses longs solo qui pourraient (devraient?) en faire hurler quelques uns (Take and Read). (malheureusement, plus en écoute).

lundi 13 octobre 2025

[Track of The Day] Ed Kuepper & Jim White - Swing For The Crime (The Saints cover)

Un jour, on écrira un bouquin sur toute la période COVID. On racontera tous les disques qui ont été détruits par la pandémie, ceux qui n'ont pas pu être défendus sur scène. Mais on évoquera aussi tous ces albums qui sont nés de cet enfermement contraint et forcé, de toutes ses collaborations qui ont vu le jour entre visio et échanges WhatsApp. Et alors, on parlera peut-être de 'After The Flood' de Jim White et Ed Kuepper.

Si le premier est un habitué de ces pages (Dirty Three évidemment, plus récemment The Hard Quartet, mais aussi tous les artistes avec lesquels il a travaillé, de Nina Nastasia à Mark Kozelek, des oubliés Tanakh à Jess Ribeiro ou Phosphorescent), Ed Kuepper mérite quelques mots : né en 1955 en Allemagne, sa famille a vite émigré à Brisbane en Australie où il a grandi, s'est mis à la guitare puis fondé The Saints, Laughing Clowns, The Aints, joué avec The Apartments de Peter Milton Walsh et a même remplacé Mick Harvey lors des tournées de Nick Cave et de ses Bad Seeds au début des années 2010.

De base, 'After The Flood' n'aurait jamais dû voir le jour. Ce n'était censé être qu'une collaboration scénique de deux artistes à qui cela tenait à coeur depuis quelques années déjà. Celle-ci ayant donc tourné court mais étant très prometteuse, Ed Kuepper et Jim White ont finalement, quelques années après, décidé de coucher cela sur bandes.

Au sommaire de 'After The Flood', huit morceaux et aucun original, le duo revisitant ici une partie de l’œuvre de Ed Kuepper (que ce soit en groupe ou en solo) plutôt que de composer de nouvelles chansons. Et le résultat est exaltant. Les relectures sont profondes, beaucoup plus bruitistes que les morceaux originaux, où guitare et batterie s'en donnent à cœur joie. Et si Collapse Board (Laughing Clowns) ou The 16 Days (extrait du deuxième album solo de Ed Kuepper) sont remarquables, on partira ici sur Swing For The Crime (en écoute aujourd'hui), petit bijou pop qui ouvrait 'Prehistoric Sounds' le troisième album de The Saints en 1978, que White et Kuepper transforment en bacchanale fuzz et nerveuse tout à fait jouissive.

Album : After The Flood
Année : 2025
Label : Remote Control Records / 12XU Records

Acheter

En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, la reprise de Swing For The Crime de The Saints par Ed Kuepper et Jim White est également en écoute ci-dessous :

Tiré de 'Rooms of the Magnificent', le second album solo d'Ed Kuepper, voilà The 16 Days dans sa 'After The Flood' :

La version originale 'Swing For The Crime', qui ouvrait 'Prehistoric Sounds' de The Saints en 1978 :

Le clip de la relecture de Swing For The Crime de The Saints par Ed Kuepper et Jim White :

jeudi 26 février 2009

Barzin – Notes to an Absent Lover [Monotreme]

Un soir où chez Jamrek nous tournions en rond, j’avais lancé une petite épreuve de folk nommée 'May The Folk Be With You' où chacun était amené à donner sa définition du genre ainsi que ses titres incontournables. Raoul Lachenay – dont la culture (et pas uniquement musicale) dépasse l’entendement et dont on ne dira jamais assez l’intérêt et la qualité de son ordet blog – avait défini la chose selon les termes suivants:

«Le folk c’est faire avec ses moyens au sens strict, faire avec soi même, faire avec une guitare en bois depuis 100 ans ou aujourd’hui le laptop peu importe, c’est un genre dont la principale moelle est la solitude qui fouille l’intime et ne cherche pas le clinquant,une musique aussi par essence voyageuse, peu importe en fait les moyens il suffit qu’ils soient légers et nomades même si ce sont eux qui définissent le style»

En ce début d’année 2009, un disque répond parfaitement à cette très juste définition : ‘Notes to an Absent Lover’ de Barzin. Un artiste canadien, qui sort là son troisième album. Un homme dont les premières sorties fleuraient bon le slowcore à la Low ou Red House Painters, avec un côté Sparklehorse. Cette fois-ci – et même si l’on sentait déjà le tout venir depuis ‘My Life In Rooms’ – notre homme fait évoluer sa musique vers un folk plus proche d’un Tanakh ou d’un Lambchop.

Plus d’allant dans les compositions, moins de sinistrose que par le passé, Barzin enroule son folk d’un brin de pop, d’un peu d’americana, de jolies cordes et d’une production qui lui sied à merveille. Résultat? Des titres qui résonnent, un folk classieux et gracile et un sacré disque.

Chaque année se doit d’avoir son album de folk lumineux, inspiré, où frissons et larmes se battent en duel. En 2008, c’est ‘We're Becoming Islands One by One’ de The Sleeping Years qui avait remporté haut la main, pour moi en tout cas, ce titre là. Un an pile après celui-ci, voilà donc ‘Notes to an Absent Lover’ de Barzin. Qui prend le même chemin. (sortie : 9 mars 2009)

Son :

Myspace (Un titre de ‘Notes to an Absent Lover’ en écoute)
Site officiel

Deux titres en écoute : un déchirant Nobody Told Me et Look What Love Has Turned Us Into et son côté «tube» évident (et le titre le plus punchy de ce
‘Notes to an Absent Lover’) (malheureusement, plus en écoute).

Et pour finir, le clip de Nobody Told Me, très classe:



lundi 22 septembre 2008

Track of The Day (16-22 septembre 2008)

De beaux titres, de faibles albums. Mais pas que. (et toujours en écoute dans le lecteur deezer à droite)


Lundi 22 septembre 2008:
* Etienne Daho - Le Premier Jour (du reste de ta vie) [Virgin]
Samedi soir, j'ai eu l'occasion de voir 'Le premier jour du reste de ta vie', avec Zabou Breitman et Jacques Gamblin (entre autres). Le genre de film qui sur le papier ne paye pas de mine. Mais qui est en fait un vrai trésor. J'ai tout simplement adoré. J'ai été touché, perturbé par ce beau film choral sur une famille de 3 enfants et son évolution sur 15 ans. Un grand moment. Et quand le tube de Daho, qui sert de titre au film, est partie, j'ai failli me mettre à chialer.
(disponible sur Best-of Singles, 1998)

Dimanche 21 septembre 2008:
* Alicia KeysWhen You Really Love Someone [J]
Peut-être pas le meilleur album de la belle Alicia Keys. Trop long, oui, surement. Et pas forcément extraordinairement inspiré sur toutes les plages du disque, tout comme Timbaland d'ailleurs. Mais ce 'The Diary of' contient quand même quelques jolis passages, comme cette balade 'à la sauce Alicia', perdue à la toute fin du disque, When You Really Love Someone.
(disponible sur The Diary of, 2003)

Samedi 20 septembre:
* Autistic Daughters - Hotel Exeter Dining Room [Kranky]
Très bel album que celui-là. Une sorte d'histoire racontée avec en fond musical une musique expérimentale qui ne l'est pas tant que ça, guidée qu'elle est par une idée directrice et quelques belles mélodies. Un album court (36' pour 7 titres), une ambiance sombre et pesante mais un résultat des plus touchant et enivrant et qui rappelle beaucoup Tanakh par moments. Ce Hotel Exeter Dining Room devrait vous inciter à aller plus loin.
(disponible sur Uneasy Flowers, 2008)

Vendredi 19 septembre 2008:
* Parenthetical Girls - Windmills of Your Mind [Tomlab]
Windmills of Your Mind est un splendide morceau tout en opérette. Un grand titre du dernier album Parenthetical Girls qui, hormis ce titre là, tourne vraiment à vide. Musicalement intéressant (beaux arrangements), il manque le principal à ce disque: des chansons. N'est pas David Ackles qui veut.
(disponible sur Entanglements, 2008)

Jeudi 18 septembre 2008:
* The Automatic - Steve McQueen [B-Unique]
Ce nouvel album est un échec sur presque toute la ligne. Pas de mélodies, des morceaux qui tournent en rond malgré des guitares en plus, et une production à faire fuir les plus conciliant. Deux titres sauvent en partie ce 'This is a Fix', dont Steve McQueen, single peut-être pas du niveau d'un Raoul ou d'un Monster, mais qui a sacrément du chien.
(disponible sur This is a Fix, 2008)

Mercredi 17 septembre 2008:
* Late of the Pier - Focker [Parlophone]
Les Late of The Pier commencent à faire parler d'eux, surtout en UK, mais un peu ici aussi. Et pourtant, il n'y a pas de quoi se relever la nuit: un son brouillon et asséné à coups de pelles, comme pour mieux cacher l'indigence des compositions. Deux seuls morceaux s'en tirent bien. Dont l'efficace Focker, en écoute aujourd'hui.
(disponible sur Fantasy Black Channel, 2008)

Mardi 16 septembre 2008:
* The Shins - Such Great Heights (The Postal Service cover) [Sub Pop]
Tiré d'un bel Ep de 4 titres, sorti quelques semaines avant 'Give Up', la reprise des Shins du tube (enfin d'un DES tubes) des Postal Service We Will Become Silhouettes est toujours un vrai délice. Une belle cover qui s'éloigne bien de l'originale et rend une copie parfaite. Ah, la belle époque où les Shins ne tournaient pas en rond...
(disponible sur Such Great Heights Ep, 2003)

vendredi 27 décembre 2019

[Track of The Day] Dan Oxenberg, Bear Galvin + Friends (Pillow Mt. Conspiracy) - Troubled Waters (Brûler Les Ponts)

Alors que  2019 est sur le point de tirer sa révérence et avant d'en tirer un bilan des plus subjectifs (à partir de lundi dans ces pages), terminons l'année par un dernier billet, consacré au dernier disque découvert en date (qui a dit que les tops de l'année ne servaient à rien ?), celui de Dan Oxenberg, Bear Galvin + Friends (Pillow Mt. Conspiracy), 'Early Abstractions, Vol. 1'. Une sorte de compilation qui regroupe des enregistrements des années 90, des années 2000 et d'autres plus récents, mais qui a surtout tous les beaux atours d'un album tant la cohésion de l'ensemble est épatante.

Un disque à la belle simplicité mélodique, à la production lui donnant un cachet comme venu d'un passé lointain, où chansons folk cabossées, lumineuses, susurrées, aux accents parfois blues, croisent et se mêlent avec des morceaux plus expérimentaux, mais tout autant mélancoliques. Et qui donnent, comme le dit si bien three:four records dans la présentation de ce 'Early Abstractions, Vol. 1', « une raison supplémentaire de croire que les fantômes sont parmi nous et qu'ils n'en finissent plus de mourir d'amour ». 'Early Abstractions, Vol. 1' ou un très beau disque que n'aurait sans doute pas renié publier feu Alien8 Recordings.

Album : Early Abstractions, Vol. 1
Année : 2019
Label : three:four Records


En plus des playlists Spotify, Deezer et SoundsGood (Apple Music, Qobuz, etc), Troubled Waters (Brûler Les Ponts) de Dan Oxenberg, Bear Galvin + Friends (Pillow Mt. Conspiracy) est également en écoute ci-dessous :



Autre chanson de Dan Oxenberg, Bear Galvin + Friends (Pillow Mt. Conspiracy) tirée de 'Early Abstractions, Vol. 1', voilà Under Dark Poplars qui rappelle par moment le formidable Tanakh :



mardi 25 mars 2025

Willow Avalon - Southern Belle Raisin' Hell [Assemble Sound / Atlantic]

Jordi Cruyff fut footballeur professionnel comme son père et joua lui aussi au FC Barcelone. Bronny James est aujourd’hui un joueur des Los Angeles Lakers, comme sa légende de père. Sean et Julian Lennon, Jakob Dylan ont tous suivi les voies tracées par leurs pères. Tous ont - ou font - carrière, sans grand succès, en n’ayant pas le dixième du talent de leurs paternels et en n’arrivant jamais à se départir de leurs écrasantes auras.

Il n’est pas dit que l’histoire se répète pour Willow Avalon, fille de, comme son nom ne l’indique pas, Jim White, musicien américain à ne pas confondre avec son homonyme australien, artiste si ce n'est révéré dans ces pages, tout au moins largement estimé, tant il a joué dans des groupes (Dirty Three, Boxhead Ensemble ou plus récemment The Hard Quartet) ou travaillé avec des artistes (Nina Nastasia, Tanakh, Mark Kozelek, Jess Ribeiro, Phosphorescent, pour n’en citer que très peu) qui ont marqué l’auteur de ces lignes.

Fille d’un musicien indépendant, loin des spotlights et d’un succès colossal, on pourrait croire que la vie de Willow Avalon fut celle d’une enfant de la balle. Il n’en est rien. Comme le raconte très bien "How Jim White Helped His Bluebird Spread Her Wings", un long et excellent article de Max Blau du Sunday Long Read en juin 2020 (donc bien avant que notre héroïne du jour se lance dans le grand cirque musical), la vie de Willow Avalon n’a pas été simple et de tout repos. Une enfance compliquée suite au divorce de ses parents alors qu’elle était très jeune, une famille qui se déchire notamment autour de sa garde, un père au départ absent mais qui fait tout pour être le plus présent possible (sur son album de 2004 'Drill a Hole in That Substrate and Tell Me What You See', Jim White lui chantait tout l’amour qu’il lui portait sur le très beau Bluebird (son surnom) : « And I pulled you close and held you in my arms / Yes, salvation wears a thin disguise 'cause I can see the heaven in your eyes / And I thank God them years I searched were not in vain / Finally found someone to love more than the rain / Bluebird I love you more than the rain »), une adolescence compliquée faite de rebellions, d’incompréhension, de déménagements réguliers et soudains, d’indépendance sans doute prématurée et de choix de vie tendancieux pour subvenir à ses besoins (elle a loué ses services auprès d’hommes généreux pour qu’ils profitent de sa compagnie, sans pour autant, c’est à noter, que cela n’implique de relations sexuelles tarifées).

A l’âge adulte, Willow Avalon a trouvé l’apaisement. Elle a fini par faire la paix avec son père (de son côté, son père a fait la paix avec lui-même) et a pu se lancer dans la musique, chose qui l’a évidemment accompagnée toute sa vie et pour laquelle elle a quelques prédispositions. Quelques singles pour débuter, une signature (excusez du peu) chez Atlantic Records pour un premier Ep 'Stranger' en février de l’année dernière, puis quelques nouveaux singles marquants (Homewrecker, Tequila or Whiskey, Country Never Leaves) qui l’ont mis sur la carte de la country-pop américaine, genre en plein effervescence aux États-Unis, et enfin un premier album début janvier 2025, dont le titre 'Southern Belle Raisin' Hell' semble faire écho à son premier quart de siècle.

Porté par une belle pochette, bien plus naturelle, réelle et moins lisse que celles de ses singles précédents où elle apparaissait comme une poupée fabriquée par une IA lambda, 'Southern Belle Raisin' Hell' s’ouvre par Something We Regret et ces quelques vers : « I love you like sugar, you love me like sex, put us both together, we'll do something we regret ». Des mots et une mélodie endiablée qui posent le décor et résument à eux seuls la teneur de ce premier album : un disque de country, souvent pop, parfois folk, aux relents rock (la chanson titre Southern Belle Raisin' Hell) et mélancoliques, qui ne manque ni de grandes mélodies (les trois singles cités plus haut mais aussi le simple et touchant Want Me Now, The Actor et ses belles guitares et surtout Blue Bird, sans doute la meilleure chanson du disque, à l’amorce d’un classicisme banal mais que la mélodie, imparable et immédiate transcende) ni de textes malins, où Willow Avalon parle d'amour, de ruptures et d'abandon, d'alcool, de conneries de jeunesse, et chante d'une voix belle, lumineuse et un rien kinky.

En 2017, Jim White avait terminé son album 'Waffles, Triangles & Jesus' en enregistrant Sweet Bird Of Mystery, une chanson qu’il avait écrite pour sa fille vingt ans auparavant. Sur l’enregistrement, on peut entendre une très jeune Willow Avalon chanter quelques mots. Sur 'Southern Belle Raisin' Hell', cette dernière n'a pas l'air d'avoir fait appel à son père. Sans doute pour mieux s’émanciper de sa tutelle musicale, sans doute surtout pour garder cette indépendance qu’elle semble avoir chevillée au corps. Mais ce n'est que partie remise, tant il est évident que père et fille chanteront un jour ensemble, leurs univers musicaux et leur histoire personnelle faisant que. Et contrairement à beaucoup d'autres enfants d'artistes, ce jour là, il y a fort à parier que la star, ce sera la fille, Willow Avalon, dont le succès futur ne fait pas vraiment de doute à l'écoute de ce très réussi 'Southern Belle Raisin' Hell'. (Sortie : 17 janvier 2025)

Plus :
'Southern Belle Raisin' Hell' de Willow Avalon est en écoute un peu de partout ici
'Southern Belle Raisin' Hell' de Willow Avalon est à l'achat en vinyle ici
L'article "How Jim White Helped His Bluebird Spread Her Wings" de Max Blau publié sur Sunday Long Read en juin 2020, passionnant de bout en bout, est à lire ici.

Trois chansons de 'Southern Belle Raisin' Hell' de Willow Avalon en écoute aujourd'hui. Baby Blue pour débuter et sa ritournelle qui reste en tête (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis Something We Regret et son « I love you like sugar, you love me like sex, put us both together, we'll do something we regret ». Et enfin The Actor et ses belles guitares :



Le clip de Baby Blue, dernier single extrait de 'Southern Belle Raisin' Hell' de Willow Avalon :

samedi 5 janvier 2019

Bilan 2018 : « Albums » (20-01)



Après le Top 15 « Ep, 7", Compilation & Réédition », après le Top 50 « Chansons » (en écoute ici) et après la partie partie du top albums avec les disques classés de la 40ème à la 21ème place, finissons ce récapitulatif/bilan de l'année 2018 avec les 20 disques qui auront marqué mon année musicale.

Mais avant de se plonger dedans, prenons du temps pour avoir voir ce qu'il se dit du côté des blogs et autres sites amis (ou non) :
Vingt albums donc pour finir l'année. Une excellente année d'ailleurs, rock au possible (qui a dit qu'il était mort ? Parce qu'il avait tort, disons le clairement), particulière car ça doit faire bien longtemps qu'un de mes tops albums ne comporte pas un album de chez Domino.

Une année marquée surtout donc par un album dingue (qui aurait mérité de faire les unes de magazine et qui il y a quelques années auraient enfanté une génération de futurs musiciens), le disque d'un australien qui vit à Berlin auteur d'un album sidérant de beauté, de retrouvailles avec un groupe perdu de vue depuis 15 ans, de l'épitaphe d'un groupe français, brillant comme bruyant, d'un groupe mythique qui se réinvente sans cesse  et autres folk éthérée canadienne. Entre autres, et beaucoup de choses.


Évidemment, lire c'est bien, écouter c'est mieux. Donc au bas de ce papier se trouvent deux lecteurs (un Spotify, un Deezer) proposant - dans l'ordre croissant - une chanson de chacun des albums présentés ci-dessous. Bonne(s) écoute(s) et à très vite dans ces pages !

Bilan 2018 : 
Top « Albums » (40-21)
Top 50 « Chansons »
Top 15 « Ep, 7", Compilations & Rééditions »

20. Dakota Suite, Dag Rosenqvist and Emanuele Errante - What Matters Most [Karaoke Kalk]
De mémoire, la dernière fois que j’ai écouté Dakota Suite ce devait être pour leur 'This River Only Brings Poison' de 2002. Sachez donc que 16 ans plus, au-delà de la surprise de les savoir toujours actifs, leur musique, entre ambiant-pop et drone, est toujours aussi belle et évocatrice. Et rappelle énormément Jesse Poe, l'homme derrière ce fabuleux groupe qu'était Tanakh.


19. Adrian T. Bell - The Navigator [-]
Découvert par le biais de « J’écoute une K7 de la vedette » (dont j’avais parlé ici), ce disque d’un musicien anglais parti vivre à Prague - et accessoirement leader du groupe The Prostitutes - m’aura saisi immédiatement, quand bien même sa production m’a plutôt dérouté. Mais il a pour lui une voix, des mélodies captivantes et de vraies bonnes chansons. Et quand il marie son timbre à une voix féminine (voir ici), ce sont les images de certains des plus beaux duos de l’histoire qui ressurgissent. Pas mal pour un disque aussi confidentiel.


18. The Limiñanas - Shadow People [Because Music]
Après un 'Malamore' décevant, les Limiñanas retrouvent hargne, fougue et une production tout sauf lisse et qui leur va bien - mieux - au teint. Sur ce disque, on trouve plein de superbes chansons, d’invités de marque apportant tous leurs pierres à l’édifice et un tube vénéneux et presque drogué (écouter ici). Plus que jamais, leur psychédélisme sixties (d'aucuns diront yé-yé) est imparable.


17. Soft Kill - Savior [Profound Lore]
Album marqué par le décès prématuré du fils du leader du groupe, il s’en dégage une atmosphère assez mélancolique. Pour autant si l’on est en plein post-punk, shoegaze et tout ce qui peut s’y accrocher, il ressort de ce disque un côté lumineux. Mélancolique certes mais lumineux.


16. Dominique A - La Fragilité [Cinq7]
Grosse année pour Dominique A qui aura sorti deux albums, un « électrique », l’autre plus « acoustique ». Et c’est le second qui nous intéresse, le premier étant un peu décevant. Mais ce 'La Fragilité' rattrape le tout, avec une simplicité et une beauté fascinante. Monsieur Ané à son meilleur.


15. Marissa Nadler - For My Crimes [Bella Union / Sacred Bones]
Huitième album pour la formidable Marissa Nadler. Un disque à la très belle pochette et à la beauté renversante, comme à chaque fois. Mélancolique, blues-folk (ce Blue Vapor !), il confirme que l’américaine est l'incarnation musicale de la beauté.


14. The Innocence Mission - Sun on the Square [Bella Union]
Malgré ses trente années d'activité, et contrairement à pas mal de leurs contemporains, on dirait que les nouveaux disques de The Innocence Mission sont encore plus beaux que les précédents. La preuve avec ce 'Sun on the Square' qui reprend les mêmes recettes, mais en mieux. Toujours la voix de Karen Peris, toujours ces compositions au charme incroyable, toujours ces arrangements soyeux et soignés, toujours ces textes aussi tristes que plein d’espoirs.


13. The Beths - Future Me Hates Me [Carpark Records]
Sans conteste la découverte power-pop de l’année. Un disque pied au plancher de la part de ces néo-zélandais qui tombent l’album le plus efficace de 2018, où derrière l’énergie et les mélodies se cachent parfois des histoires pas si ensoleillées.


12. Iceage - Beyondless [Matador]
Album de rock absolument terrible, 'Beyondless' est d’une justesse et d'une efficacité quasi sans égal cette année : proto-punk, punk-soul, rempli de mélodies marquantes (écouter ici), fortes et évidentes et portées par un chant toujours aussi impressionnant. Le tout sans jamais aucune compromission. On l'oublie souvent, mais Iceage est décidément un des groupes majeurs de la décennie en cours.


11. IDLES - Joy as an Act of Resistance. [Partisan Records]
LA confirmation de l’année, après le très prometteur 'Brutalism'. Que ce soit sur disque ou sur scène, le quintet de Bristol aura plus qu’animé cette année musicale - que ce soit sur disque ou sur scène. Et aura prouvé (avec d’autres) que le rock, dans son assertion la plus large évidemment, est décidément une bien vilaine bête qui ne veut vraiment pas mourir.


10. Thousand - Le Tunnel Végétal [Talitres]
Alors que j'étais totalement passé à côté du premier album de Stéphane Milochevitch, aka Thousand, rattrapage complet avec 'Le Tunnel Végétal', disque de chanson française comme on en fait plus (ou peu). Pop pleine de spleen, parlé plus que chanté, aux textes riches et foisonnants, ce disque s’il évoque aussi Bashung, Murat que La Blanche, est avant tout un disque vraiment unique.


09. The Dead Mantra - Saudade Forever [Cranes Records]
Fin de partie pour les manceaux de Dead Mantra. Mais quelle épitaphe. Un album aussi brillant que bruyant, avec des sonorités maltraités, un shoegaze concassé, une noirceur à tous les étages, pour un résultat puissant, puissant et encore puissant. Incroyable de bout en bout. C'est quand même rageant de tomber fou d'un groupe qui met la clé sous la porte.


08. Fog Lake - Captain [Stack Your Roster]
Découvert grâce à Ninie, derrière Fog Lake, il y a Aaron Powell, canadien de talent (parfois entouré) qui aime la folk éthérée, placer sa voix comme en deuxième rideau et dérouler des chansons poignantes qui rappellent We Are Catchers. Un des plus « beaux » disques de l’année.


07. Tim Hecker - Konoyo [Kranky]
Retour chez Kranky pour Tim Hecker, avec pour une fois une pochette particulièrement laide. Tout le contraire de l’album et ses sonorités cristallines au possible. Un commentaire sur sa page bandcamp résume bien l’affaire : « heartbreaking, mesmerizing, terrifying and beautiful all at once ». Et pour en savoir plus sur ce nouveau très brillant nouvel album, lisez l’excellente chronique ci-dessous.


06. Tony Molina - Kill The Lights [Slumberland]
Quatorze minutes et 30 secondes de musique, 10 chansons. On a vu des Ep plus remplis. Et pour autant, difficile de ne pas tomber sous le charme de ce disque si l’on aime la belle pop, celle des Beatles et d’Elliott Smith, les guitares de Teenage Fanclub et celles de David Gilmour, ou plus simplement si l’on aime les Byrds et Nick Drake. Un medley-album presque frustrant mais passionnant.


05. Smokescreens - Used to Yesterday [Slumberland]
Énième disque de pop à guitares ? Aucunement tant 'Used to Yesterday' s'échappe de la masse du genre par la qualité de son écriture, de ses guitares, de sa basse et de ses mélodies sur lesquelles il serait insultant de ne pas se déhancher.


04. Low - Double Negative [Sub Pop]
Il y a des groupes qui continuent leur carrière dans une indifférence générale, à force de redite et de manque d’inspirations. Et puis il y a Low. Le trio de Duluth au Minnesota n’en finit plus de surprendre. Sur 'Double Negative', ils malmènent leur traditionnel slowcore avec une production lourde et pleine d’aspérités. Un disque étouffant, parfois expérimental. Et absolument brillant.


03. Deafheaven - Ordinary Corrupt Human Love [ANTI-]
Porté par une chanson phénoménale (Canary Yellow, écouter ici), le quatrième album du quatuor de San Francisco est disque remarquable mariant post-rock, black-metal, hard-rock, prog, pop, avec toujours ce « chant » guttural et hurlé. Un album clair-obscur incroyablement mélodieux, à la puissance époustouflante. Jamais guitares et hurlements n’auront été aussi lumineux et mélancoliques.


02. Ned Collette - Old Chestnut [It Records]
Australien vivant à Berlin, Ned Collette est la révélation de cette année. Une révélation qui n'a failli jamais avoir lieu, tant le premier morceau de l'album est déroutant... avant d'enchainer avec un sublime deuxième titre, bouleversant, renversant. De la folk qui démarre de façon basique mais qui prend au fur et à mesure une ampleur insoupçonnée. Soixante-dix minutes pour 14 chansons, notre homme ne fait pas dans la demi-mesure. Mais le voyage musical (et bien plus) qu'il propose est tellement hypnotisant, charmant et vibrant, qu'il est impensable de passer à côté. Et si en plus vous rajoutez qu'il a ce je-ne-sais-quoi de Leonard Cohen, alors là...


01. Car Seat Headrest - Twin Fantasy (Face-to-Face) [Matador]


L’album évident de l’année, c’est lui. Alors oui, on me rétorquera que ce n’est qu’un simple ré-enregistrement de l’album de 2011. Sauf que ces premières versions lo-fi deviennent de simples démos tant les compositions prennent ici une ampleur folle, accompagné qu’est Will Toledo (ils sont six autour de lui). Long (10 chansons, 71 minutes) mais toujours passionnant, 'Twin Fantasy (Face-to-Face)' est un album d’une grande unité, cohérence et homogénéité, qui balaye tout le spectre de l'histoire de la musique rock, pour mieux l’assimiler voire la synthétiser. Alternant balades et purs moments de rock'n'roll, ce disque est absolument brillant et essentiel. Et bien plus qu’un simple album de l’année, il pourrait être l’album d’une vie.  A une autre époque, nul doute qu’il aurait été l’album d’une génération.
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Comme promis, voilà donc un player Spotify et un player Deezer proposant - dans l'ordre croissant - une chanson de chacun des albums présentés ci-dessus. La chanson de The Dead Mantra n'étant disponible sur aucune des plateformes, elle est en écoute via leur player bandcamp. Bonne(s) écoute(s) !