Quelques mois après la sortie de leur remarquable premier album 'Where
we've been, Where we go from here', le duo Friko, qui sonnait comme un
quatuor, avait publié une reprise de très réussie de Weird
Fishes/Arpeggi de Radiohead - du genre à vous donner envie de redonner une chance à 'In Rainbows', c'est dire.
Deux ans plus tard, et alors que Niko Kapetan et Bailey Minzenberger sont désormais à la tête d'un véritable quatuor (Korgan Robb à la guitare et David Fuller à la basse les ayant rejoints), Friko continue de lorgner vers la bande à Thom Yorke avec les premiers extraits de son deuxième album, 'Something Worth Waiting For'. Et notamment sur Still Around (en écoute aujourd'hui), dernier single en date, qui a tout de la bande d'Oxford époque 'The Bends' (surtout) / 'Ok Computer'. Une urgence mélodique (et qui reprend quelques gimmicks de Radiohead d'ailleurs) aux guitares nerveuses autant que lumineuses, et un chant presque habité, qui vit sa chanson comme jamais. J'allais dire « prometteur », mais vu la qualité de leur premier album, ce n'est en rien surprenant. Alors, je me contenterais d'un « épatant ». Vivement le 24 avril prochain.
Album : Something Worth Waiting For Année : 2026 Label : ATO Records
Quelques singles pour démarrer chez les défricheurs de Nice Swan Recordings, un premier Ep chez Heist or Hit Records et désormais une signature chez Adventure Recordings, sorte de caution indie de chez Island Records, le tout en même pas dix-huit mois : tout va très vite pour Westside Cowboy, quatuor anglais originaire de Manchester, à qui l'on promet plein de succès. Et ce n'est pas leur deuxième Ep 'So Much Country ‘Till We Get There Ep' qui va infléchir ces prédictions.
Alors certes, ce disque n'est pas fondamentalement renversant, certes il manque sans doute de corps et de personnalité, certes il ressemble plus à une présentation de tous les genres auxquels le groupe peut se confronter (indie-rock, jangle-pop, alternative country, power-pop) qu'autre chose (on est sur une major après tout). Mais il y a quand même quelque-chose chez ces jeunes mancuniens qui attire l'oreille : de belles mélodies, une voix féminine et une voix masculine qui s'échangent le micro pour le meilleur, une production soignée, et surtout deux excellentes chansons : Strange Taxidermy en ouverture (qui n'est pas sans rappeler Porridge Radio) et Don't Throw Rocks (en écoute aujourd'hui) qui, si elle ne réinvente pas le hook, est d'une urgence et d'une efficacité assez dingue. A suivre donc.
Album : So Much Country ‘Till We Get There Ep Année : 2026 Label : Adventure Recordings
Échappée de Sonic Youth suite à son divorce après 27 ans de mariage d'avec Thurston Moore, celui-ci préférant la délaisser pour des femmes beaucoup plus jeunes, Kim Gordon continue son petit bonhomme de chemin et revient avec un troisième effort solo, 'PLAY ME', toujours chez Matador Records.
Un disque dans la lignée du précédent 'The Collective', tout en changeant de vision. Si sa musique est toujours torturée, insaisissable, tumultueuse, no wave par bien des aspects, l'ensemble est plus pop dans toutes ses acceptions actuelles, moins indus et, sans doute, plus accessible. Mieux, la reine Gordon imprime ici plus que jamais une touche urbaine et trap qui font de quelques uns des titres de 'PLAY ME' (dont la chanson titre, en écoute aujourd'hui) des productions hip-hop de haute volée, aux beats puissants, martelés, et auxquels son chant - et son flow finalement - se marrie parfaitement bien. Kim Gordon a beau aller sur ses 73 ans, elle est plus actuelle que jamais.
Album : PLAY ME Année : 2026 Label : Matador Records
Alors qu'on attend désespérément un nouvel album de la superbe Scout Niblett (treize ans d'attente tout de même and still counting), c'est une autre Scout qui est de retour en ce début 2026 : Scout Gillett. Originaire de Kansas City et désormais établie à New-York, l'américaine vient de publier son deuxième album, 'Tough Touch' chez Slouch Records, après un premier effort chez Captured Tracks.
Un disque pour tous les amoureux de langueur (et de chant un rien affecté) qui se distingue sur deux chansons : Secret Life of Trees, qui retient son explosion finale le plus longtemps possible pour mieux tenir en haleine son auditoire, et Cherry Blossoms (en écoute aujourd'hui), très beau morceau qui prend tout son sens dans sa dernière partie, quand Scout Gillett lâche les chevaux et la joue guitar hero, en duo avec un piano qu'on dirait sorti de chez The Black Heart Procession.
Album : Tough Touch Année : 2026 Label : Slouch Records
En 1967, sur 'Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band', Paul McCartney chantait When I’m Sixty-Four en s'imaginant vieillir auprès de son amour du moment, elle tricotant auprès d'un feu de
cheminée, lui arrachant les mauvaises herbes du jardin, eux d'eux
s'occupant de leurs petits enfants.
Soixante-quatre ans, c'est l'âge de trois des quatre membres de Railcard, nouveau groupe qui vient de publier son premier album - du même nom. Et à les écouter, il n'est pas question de retraite et de couler des jours tranquilles dans un petit cottage de l'Île de Wight. Surtout que ces - plus si jeunes - joyeux drilles ne sont pas des inconnus de la scène musicale des trente dernières années : Rachel Love a été membre de Dolly Mixture, Do It Now! et Spelt, Ian Button a fait plus que ses gammes chez une pelletée de groupes et est le nouveau batteur de Heavenly, Peter Momtchiloff a tourné dans une ribambelles de formations (et notamment Heavenly, encore elle, ou Would-Be-Goods). Quant à Allison Thomson, la seule à ne pas être née en 1962, on a pu croiser sa trompette (mais pas que) ici et là, et surtout chez les anglais de Heist au début des années 2000.
Autant dire donc que l'on est plus sur un nouveau super groupe qu'autre chose. Et leur premier album, compilation de leurs deux premiers EP publiés l'an passé et de trois chansons inédites, est du même tonneau. Un disque qui s'ouvre par Narcissus et qui pose le décor : ce n'est
pas le Londres des Clash qui appelle mais la pop, et dans toutes ses acceptions. Et les neuf chansons suivantes ne seront que confirmation, Railcard arrivant à encapsuler en trente-deux minutes autant de pop que d'esprit soul, de hooks irrésistibles que de mélodies
chiadées, de voix qui se complètent ou se répondent en écho, de Beatles, d'Elliott Smith, de Belle and Sebastian que Burt Bacharach - pour ne citer qu'eux. Pas exempts de grandes et/ou de belles chansons (Narcissus, Born in '62, Railcard, Think About That, Revolutionary Calendar) ni de tubes (Northern Soul Dancing, sa production et sa rythmique si sixties, sa trompette divine, Disco Loadout), 'Railcard' est un disque du genre impeccable, délicieux et que bien des groupes, jeunes ou moins jeunes, rêveraient un jour pouvoir écrire. (Sortie : 6 février 2026)
Plus : 'Railcard' de Railcard est en écoute sur la page bandcamp du groupe 'Railcard' de Railcard est à l'achat sur la page bandcamp du groupe 'Railcard' de Railcard est à l'écoute un peu de partout, notamment sur Spotify, Deezer et Tidal
Trois chansons de 'Railcard' de Railcard en écoute aujourd'hui. Northern Soul Dancing pour ouvrir le bal, un des tubes de l'album (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis Narcissus et sa vibeLondon Calling des Clash. Et enfin la bien belle balade Railcard :
Trois clips de 'Railcard' de Railcard : Disco Loadout, Day Dream et Narcissus :
L'histoire commence en juin 2024. Glen Hansard, ancien de The Commitments et de The Frames, est au Zuiderpark Theater de La Haye, aux Pays-Bas. Il vient y lancer sa nouvelle tournée européenne. Le concert débute et après quelques chansons, le ciel se fait de plus en plus menaçant. Par précaution et pour le préserver, il enjoint le public à venir se réfugier sur scène et à entourer le groupe. Dès lors, le concert à la configuration habituelle se transforme en un moment rare qui restera dans la mémoire de ceux qui étaient présents. Mieux, cela donnera des idées à notre irlandais du jour.
Un an plus tard, Berlin. Glen Hansard a amené son groupe et ses chansons au Funkhaus Studio. L'idée ? Enregistrer en public un disque retraçant ses
différentes vies musicales. Le tout sans artifice, sans retouche ni
deuxième prise. De cet enregistrement vont naître deux disques : 'Don+t Settle - Transmissions West' à venir dans le courant de 2026 et 'Don+t Settle - Transmissions East' prévu pour le 24 avril prochain.
Histoire de mettre ce dernier en orbite, Glen Hansard a publié un premier extrait, Didn't He Ramble. Une chanson dédiée à son père et qui, étonnamment, ne se
trouvait pas sur l'album du même nom sorti en 2015 mais sur un Ep
ultérieur, 'A Season On The Line'. Une version studio pas loin d'être emballante mais qui semblait presque timide, comme si elle n'allait pas au bout de son ambition. Pour cette nouvelle mouture, Glen Hansard et son groupe lâchent les chevaux. Puissante, carrée, Didn't He Ramble explose ici comme un immense bœuf rock'n'roll, prend ses aises et fait jaillir, notamment sur le refrain, tout l'éclat qui lui manquait jusque là. Seuls les applaudissements sur la fin nous ramènent à la réalité et nous rappellent que ce qu'on vient d'entendre était une version live. Jouissif de bout en bout. Comme le dit un commentaire sous la vidéo « Je n'aurais pas pu rester assis ! ». Moi non plus.
Album : Don+t Settle - Transmissions East Année : 2026 Label : Plateau / Secretly Distribution
En 1995, l'ONG War Child avait lancé lancé la compilation 'HELP' pour venir en aide aux population en guerre (c'est la guerre en ex-Yougoslavie qui avait déclenché le mouvement). Un disque de vingt morceaux, devenu mythique avec le temps sans doute plus pour son casting (une bonne partie de la britpop de l'époque, Massive Attack, Sinéad O'Connor, The Chemical Brothers) que pour la qualité de ses chansons (seul le merveilleux Lucky de Radiohead, alors totalement inédit, sortait du lot).
Trente ans plus tard, la période actuelle étant plus que jamais désespérante, War Child relance sa belle initiative avec la petite sœur de 'HELP', la simplement - et forcément - nommée 'HELP(2)'. Au générique, un éventail assez large d'artistes d'aujourd'hui (Young Fathers, Wet Leg, Nilüfer Yanya, Big Thief, The Last Dinner Party, Black Country, New Road, Kae Tempest, English Teacher, Fontaines D.C.) ou presque (Pulp, Depeche Mode, Anna Calvi, Bat For Lashes, Foals), dont une bonne tripotée déjà mentionnés dans ces pages.
A l'instar de sa devancière, 'HELP(2)' est alléchante sur le papier, mais le résultat est le même : il y a peu de choses à sauver dans cette compilation qui n'est pas loin d'être un supplice à écouter - un supplice d'ennui, mais un supplice quand même. Ce n'est pas que c'est laid ou raté, c'est juste que c'est insipide au possible, sans âme, sans intérêt. Un éventail de chansons qui ressemblent plus à des face-B à peine potables qu'autre chose (mention spéciale au morceau de Pulp) quand ce ne sont pas des reprises lénifiantes (Sunday Morning du Velvet Underground par Beth Gibbons, Lilac Wine de Jeff Buckley par Arooj Aftab et Beck), portées par une production lourdingue au
possible.
Pas grand chose à sauver donc, à quelques exceptions près (Parasite de English Teacher et Graham Coxon, Sunday Light avec Anna Calvi, Nilüfer Yanya, Dove Ellis et Ellie Rowsell) et notamment la reprise de The Book of Love de The Magnetic Fields par Olivia Rodrigo (en écoute aujourd'hui). Parce que l'originale est merveilleuse (l'américaine prouve une
nouvelle fois son très bon goût), et parce que cette version en
apesanteur, tout en délicatesse, qu'Olivia Rodrigo chante très
justement, est belle comme tout (bien aidée en cela par Graham Coxon à la
guitare et Ed Harcourt au piano). C'est peu mais c'est déjà ça. Ah, qu'on est loin de 'Dark Was The Night' ...
NB : Malgré tous ses défauts, n'oublions pas le but de cette compilation : amasser des fonds pour aider les populations (et surtout les enfants) des pays en guerre. Et c'est plus que louable. On peut aider l'ONG War Child en achetant 'HELP(2)' ou en faisant des dons directement sur le site de War Child.
Album : HELP(2) Année : 2026 Label : War Child Records
En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, la reprise de The Book of Love de The Magnetic Fields par Olivia Rodrigo, avec Ed Harcourt et Graham Coxon à la musique, est également en écoute ci-dessous :
Cela faisait longtemps que je n'avais pas évoqué dans ces pages un groupe australien. Enfin, longtemps, tout est relatif : cela remonte au 26 décembre dernier quand j'avais chroniqué le très recommandable album des Fortitude Valley, 'Part Of The Problem, Baby', un des tous meilleurs disques de 2025. Sauf que trois mois pour une scène aussi foisonnante que celle-ci c'est long.
Voilà donc Swapmeet, groupe venu d'Adélaïde en Australie. Et comme il n'est pas impossible qu'ils fassent parler d'eux prochainement, présentons les : Venus O’Broin est au chant et à la guitare, Joshua Doherty à la basse, tandis que le duo Maxwell Elphick et Jack Medlyn s'occupe aussi bien de guitare, de batterie que du chant.
Après un Ep en 2024, le quatuor vient de signer chez les américains de Winspear Records, signature qui leur ouvre un plus grand horizon, à commencer par une participation au SXSW dès ce week-end à Austin. Nul doute qu'ils joueront sur scène leur nouveau single I Know! (en écoute aujourd'hui), chanson rock et fiévreuse aux contours 90s qui, si elle ne réinvente pas la roue, a le mérite d'avoir une langueur sacrément efficace. Swapmeet ou un groupe à suivre de près.
Derrière cette bien jolie pochette se cachent deux découvertes : The Altered Hours, un quintette originaire de Cork en Irlande dont il va falloir creuser la discographie, et leur troisième album, du même nom. Un disque sorti le 7 novembre dernier et, comme tant d'autres, sacrifié sur l'autel de la fin d'année, où tous les médias d'importance étaient plus occupés à tirer le bilan de 2025 - souvent très consensuel d'ailleurs - plutôt que de s'intéresser à des groupes qui avaient des choses à dire. Mais que voulez-vous, c'est devenu une habitude, chez ces gens là, une année dure dix mois seulement.
Et tout ceci est bien dommage car 'The Altered Hours' est un album extrêmement réussi (et on en reparlera dans ces pages en fin d'année : il aura toute sa place dans la section "Les Oubliés") et tout aussi bien produit, éclectique autant qu'électrique, rock autant que psyché, shoegaze autant que folk-rock, pas exempts d'éclats (superbe TNT), d'ambiances hantées, de balades contemplatives quand elles ne sont pas simplement superbes, comme Such a Steal (en écoute aujourd'hui), chanson au rythme langoureux, à la tonalité mélancolique et qui fait la part belle à des guitares riffeuses qui n'en demandaient sans doute pas tant.
Album : The Altered Hours Année : 2025 Label : Pizza Pizza Records
On n'en sait pas trop sur ce Bullet, nouvelle chanson de Soft Kill apparue sur les plateformes début février : prémices d'un nouvel album ? Quand bien même leur dernier en date est paru en septembre dernier, ce ne serait pas si étonnant : le groupe a prouvé dernièrement qu'il était très productif (quatre albums en autant d'années). A moins que ce ne soit un simple nouveau single ou une chute de studio de - donc - 'Watch It Burn' ? Très possible aussi.
Le groupe a été peu disert sur le sujet, balançant ce nouveau morceau au détour d'un post Instagram. Mais il précise toutefois « some news surrounding that soon ». On va donc être patient et attendre de savoir ce que cela annonce. D'ici là, reste donc Bullet (en écoute aujourd’hui), chanson post-punk mélancolique, où affleure toujours ce côté The Cure/Robert Smith qui tenaille Soft Kill, au gimmick qui ne fait que monter et redescendre.
Ce qui au départ n'avait sans doute pas vocation à être autre chose qu'un one-shot s'est transformé avec les années en une machine de guerre musicale et médiatique, à la discographie conséquente (ce nouvel album est le neuvième) et aux concerts qu'on s'arrache. Revoilà donc Gorillaz, sorte de "Les Enfoirés" de la pop internationale, toujours mené par le Jean-Jacques Goldman anglais Damon Albarn. Au programme de 'The Mountain', pas moins de quinze chansons, plus d'une heure de musique et une pelleté, comme d'habitude, d'invités, triés - ou non - sur le volet : beaucoup de vivants (les Sparks, Jalen Ngonda, Gruff Rhys, Black Thought, Johnny Marr, Paul Simonon des Clash, IDLES, et j'en passe), pas mal de morts (Dennis Hopper, Mark E. Smith, Proof, Bobby Womack, David Jolicoeur de De La Soul, Tony Allen tous avec des enregistrements non utilisés de leurs précédents passages chez Gorillaz) et quelques artistes indiens inconnus à mon bataillon (Ajay Prasanna, Anoushka Shankar, Amaan Ali Bangash, Ayaan Ali Bangash).
Pas étonnant d'ailleurs, car c'est l'Inde qui est la fondation même de ce disque (d'ailleurs, 'The Mountain' n'est que le nom anglais ou commercial de cet album - il n'apparaît pas sur la pochette -, son vrai titre étant पर्वत, mot qui signifie évidemment « montagne » dans plusieurs dialectes indiens), même s'il y beaucoup de choses latino ou arabisante dans le lot. Et c'est plutôt bien vu et surtout plutôt bien fait. Peut-être trop long pour tenir la longueur, mais les mélodies chiadées, l'univers cohérent créé par Albarn, les featuring de qualité (notamment Black Thought, présent sur trois titres et surtout le duo Omar Souleyman/ Yasiin 'Mos Def' Bey sur Damascus, à l'ambiance indo-arabe, en écoute aujourd'hui), tout rend ce 'The Mountain' plus que sympathique, lui qui est sans doute l'album le plus homogène et le plus Gorillaz originals depuis un bail.
Album : पर्वत (The Mountain) Année : 2026 Label : Kong
En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Damascus de Gorillaz avec les featuring de Omar Souleyman et Yasiin Bey est également en écoute ci-dessous :
Autre chanson réussie de 'The Mountain' de Gorillaz, voilà The Empty Dream Machine avec les participations de Black Thought, Johnny Marr et Anoushka Shankar :
Le clip (forcément avec Gorillaz !) de Damascus, avec les featuring de Omar Souleyman et Yasiin 'Mos Def' Bey :
Si je regrette mes années parisiennes pour tout ce qu'elles signifiaient (jeunesse, insouciance, soirées à gogo, rencontres incroyables), je ne regrette pas une seconde de ne plus habiter là-bas, quand bien même je vivais en plein Paris. Pour autant, parfois, j'ai un petit pincement au cœur quand je vois tous les concerts intéressants à côté desquels je passe (et pourtant, on ne peut pas dire qu'on soit mal loti à Lyon).
Prochain exemple en date, le concert de ce vendredi 6 mars, prévu au Petit Bain dans le XXIIIè arrondissement. Parce qu'il présente deux fleurons de la pop anglaise. D'un côté, les petits nouveaux d'Autocamper, originaire de Manchester dont j'avais dit il y a quelques semaines le plus grand bien que je pensais de leur premier album 'What Do You Do All Day?' et de sa jangle-pop aux élans rock. De l'autre, les anciens d'Heavenly. Pas vraiment des petits jeunots vu que leur carrière se limite aux années 90. Enfin se limitait. Car après trente ans de pause suite au décès de leur batteur Mathew Fletcher en 1996, après plein de projets personnels à droite et à gauche, le groupe est de retour avec un cinquième album, 'Highway To Heavenly'.
Un disque qui vient de sortir chez Skep Wax Records, le label créé par Amelia Fletcher et Rob Pursey, respectivement chanteuse/guitariste et bassiste de Heavenly (d'ailleurs, une des chansons de l'album s'appelle tout simplement Skep Wax), qui prouve que si les cheveux blancs sont apparus sur bon nombre des têtes des membres du groupe, ceux-ci n'ont pas pour autant perdu leur talent de composition. Leur indie-pop, plus que jangle que twee, aux contours power-pop/rock voire punk, fait mouche, notamment sur une face-A absolument impeccable (Press Return ! Portland Town !), symbolisée par l'épatant
Deflicted (en écoute aujourd'hui), indie-tube qui s'ignore dont
l’énergie et les claviers aux nappes puissantes sont un régal.
Bref, c'est une affiche entre le passé, le présent et le futur de la pop music à l'anglaise qui s'annonce ce vendredi à Petit Bain. Pas étonnant que ce soit le Paris Pop Fest qui soit derrière tout ça. Gloire à eux !
NB : Plus d'infos sur le concert de Heavenly et Autocamper ce vendredi 6 mars à Petit Bain sont à retrouver sur l'event Facebook ou sur le site de Shotgun
Album : Highway To Heavenly Année : 2026 Label : Skep Wax Records
En février 1980, alors qu'AC/DC vient de publier Highway to Hell, son plus grand single, et devient un mastodonte du rock'n'roll, Bon Scott s'étouffe dans son vomi et meurt à l'âge de 33 ans. Moins de six mois plus tard, le groupe des frères Young a un nouveau chanteur, Brian Johnson, et publie 'Back In Black', le deuxième album le plus vendu de l'histoire.
En mai 1980, Ian Curtis, jeune homme torturé s'il en est, se pend dans sa cuisine à seulement 23 ans. Incapables de continuer sous le nom Joy Division, Peter Hook, Bernard Sumner et Stephen Morris partent fonder un nouveau groupe, New Order, en se réinventant à coups de new-wave et de synth-pop dansantes, au succès planétaire.
En octobre 1991, un jour seulement après l'avoir annoncé, Freddie Mercury meurt du SIDA. Pendant quelques temps, les rumeurs circulent sur la possibilité pour Brian May, Roger Taylor et John Deacon de continuer l'aventure Queen avec un nouveau chanteur (George Michael et Axl Rose étaient évoqués dans les cours de récréation) mais le trio n'en fera rien, préférant annoncer la fin d'un des plus grands groupes du monde et capitaliser sur leur discographie gargantuesque : une telle voix et une telle personnalité sont irremplaçables.
Trois exemples, parmi beaucoup d'autres, trois façons de rebondir après la mort d'un des membres de son groupe. Trois manières, pas meilleures ou pires qu'une autre, pour savoir quoi faire après. Continuer ? S'arrêter ? Rebooter ?
Les américains d'Injury Reserve ont eu à trancher ce débat en juin 2020. Ce trio établi à Phoenix au début des années 2010, auteur de mixtapes remarquées et d'un album remarquable, a du faire face au décès soudain de Stepa J. Groggs, un des deux MC du groupe. Que faire pour RiTchie et Parker Corey, les deux membres survivants ? D'abord terminer le second album qu'Injury Reserve était en train d'enregistrer à l'époque, puis le publier quelques mois plus tard sous le nom de 'By the Time I Get to Phoenix'. Avant de se mettre en retrait, réfléchir à la meilleure manière de donner une suite à l'aventure et honorer leur ancien compère.
Il aura fallu deux ans à RiTchie et Parker Corey pour trouver la solution. Exit le nom Injury Reserve, trop lié à Stepa J. Groggs, et bonjour à By Storm. Un nom venu de la dernière chanson de 'By the Time I Get to Phoenix', Bye Storm. Pour symboliser cette transition, le désormais duo publie en août 2023 une vidéo de plus de dix minutes, présentant deux clips : celui de Bye Storm, plein d'archives vidéos de Stepa J. Groggs, puis, dans la continuité, celui de Double Trio, le premier vrai single de ce nouveau projet. Et puis plus rien pendant dix-huit mois, jusqu'en février 2025 : By Storm publie alors une nouvelle chanson, Zig Zag, prémices d'un premier album sous cette nouvelle entité, le bien nommé 'My Ghosts Go Ghost'.
Dans ce disque, il est en effet question de fantômes. Celui des productions passées d'Injury Reserve pour commencer. Car si le hip-hop de By Storm est toujours abstrackt et expérimental, le tempo est plus lent, construit sur des arpèges de guitares aux atours folktronica et indus, où glitch et beats se la jouent minimalistes, pendant
que soul et jazz passent une tête de temps à autre.
D'autres fantômes traversent 'My Ghosts Go Ghost'. Ceux de la vie passée de RiTchie, qui raconte qu'il est sur le point de devenir
papa, et tout ce que cela signifie : ces concessions, cette vie moins
contraignante qui lui échappe, voire cette jalousie pour ce
futur enfant à naître (Can I Have You For Myself?) ; ceux d'une industrie musicale qui a totalement périclité et qui ne permet plus aux
artistes talentueux de s'en sortir, de vivre de l'art, obligés qu'ils sont de cumuler
scène et petit boulot pour subvenir aux besoins de leur famille.
Évidemment, le fantôme le plus marquant de 'My Ghosts Go Ghost' est bien celui de Stepa J. Groggs. Mais n'attendez pas que By Storm fasse dans l'évocation pompière ou vienne étaler son chagrin à la face de son auditoire. Non, le duo rend hommage à son ami avec touché et pudeur, évoquant lui ou sa disparition au détour d'allusions sibyllines, métaphoriques voire cryptiques. Et son absence se cristallise merveilleusement sur le morceau In My Town. Une chanson de sept minutes, faite d'une ambiance assez ténébreuse, où RiTchie rappe, percutant et ciselé, son texte fustigeant
l'industrie musicale, Live
Nation et la difficulté de joindre
les deux bouts ; en contrechamp une voix aérienne, comme
évanescente, répète et psalmodie quelques uns de ses vers. Et alors que le refrain vient de se terminer, alors que le deuxième
couplet devrait prendre la suite... rien. Personne au micro. La voix en arrière-plan se
tait, la chanson laisse dérouler sa mélodie, sans qu'une rime ne
vienne la perturber. Comme si By Storm avait conscience que cette
seconde partie aurait du appartenir à Stepa J. Groggs et qu'en son
absence, il valait mieux laisser la musique continuer seule, sans ses mots.
'In My Town' est l'apogée de 'My Ghosts Go Ghost', qui pourtant ne manque pas de grandes chansons : And I Dance, qui transpire de mélancolie mais a tout d'un tube, le lumineux GGG en conclusion, le curieux mais si addictif Zig Zag, Dead Weight et ses boucles hypnotiques, la formidable ouverture Can I Have You For Myself?, Grapefruit et son beat répétitif et obsédant, le taiseux et embrumé Best Interest sur lequel vient rapper sur un couplet Billy Woods, seul invité de l'album, ou Double Trio 2, suite de leur tout premier single, presque grandiloquent.
'My Ghosts Go Ghost' est un disque impressionnant de la part de By Storm, comme construit sur plusieurs niveaux musicaux, plein de strates qui se
superposent ou s'emboitent, le tout produit avec une justesse
folle par Parker Corey. Un album de hip-hop d'avant-garde, d'une écriture, d'une beauté et d'une finesse renversantes. Un disque de catharsis aussi. Et un merveilleux
hommage à leur meilleur ami. La mort, c'est de la merde. Mais ça
débouche parfois sur des miracles. (Sortie : 30 janvier 2026)
Trois chansons de 'My Ghosts Go Ghost' de By Storm en écoute aujourd'hui. A tout seigneur, tout honneur, In My Town pour débuter (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis And I Dance, à la mélancolie superbe et à ses atours de tube. Et enfin, GGG, la chanson de conclusion, presque pop :
A ce jour, quatre clips ont été tirés de 'My Ghosts Go Ghost' de By Storm. En voilà deux, l'immense In My Town et And I Dance. En bonus, la vidéo qui a fait la transition entre Injury Reserve et By Storm. Un clip de dix minutes avec une première partie consacrée à Bye Storm, la dernière chanson de 'By The Time I Get To Phoenix', dont la vidéo rend hommage à Stepa J. Groggs, et une seconde, enchainée avec Double Trio, le premier morceau composé par By Storm :
Derrière ce nom de IST IST se cache non pas un groupe allemand mais un quatuor originaire d'Angleterre. Et plus précisément de Manchester, ce qui n'est sans doute pas anodin vu la musique qu'ils déroulent sur 'Dagger', leur cinquième album en six ans. Un disque de trente-deux minutes au compteur pour dix chansons, faites de post-punk plein de dark-wave, new-wave et synthpop, aussi sombre qu’exubérant, emballé qu'il est dans une production massive et qui ne fait pas dans le détail. Avec quelques chansons très efficaces (Encouragement, en écoute aujourd'hui, Makes No Difference et son côté pompier assez irrésistible, pour ne citer qu'elles), rappelant Editors plus souvent qu'à son tour, 'Dagger' est un tout cas un disque aux mélodies sacrément accrocheuses, que d'aucuns trouveront trop faciles, qui reprend tous les codes du genre (même la voix profonde), ne révolutionne rien mais le fait au final plutôt bien.
Album : Dagger Année : 2026 Label : Kind Violence Records