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lundi 15 juin 2026

[Track of The Day] Cola - Forced Position

Eminem pour « M&M » (Marshall Mathers, le vrai nom de l'artiste), N.W.A pour « Niggaz Wit Attitudes », R.E.M. pour  « Rapid Eye Movement », FIDLAR pour « Fuck It Dog, Life's A Risk » : l'histoire de la musique regorge d'acronyme dont on ne connait pas forcément le sens et qu'on découvre au fil du temps.

Dernier exemple en date : Cola, trio canadien qui fait dans le post-punk bien fait, presque orthodoxe, auteur de trois albums dont le dernier n'est ni plus ni moins que la signification de leur nom : 'Cost of Living Adjustment'. Un disque éponyme donc. Qui, après bien des écoutes, confirme que dans la scène post-punk, indie-rock et art-rock actuelle, il est un des groupes, si ce n'est à suivre, qui ne déçoit jamais. Ne serait-ce que sur Forced Position (en écoute aujourd'hui), impeccable chanson qui ouvre le ce nouvel album de Cola qui, s'il ne révolutionne pas grand chose et a une production un rien cliché, fait tout bien et avec talent, toujours avec cette intransigeance qu'on leur connait. Si vous ajoutez à cela une pochette magnifique réalisée par Rob Riggs, vous obtenez un bien joli disque.

Album : Cost of Living Adjustment
Année : 2026
Label : Fire Talk

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En écoute dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog

En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Forced Position de Cola est également en écoute ci-dessous :
 

mercredi 31 décembre 2025

Bilan 2025 : « Albums » (01-20)


Une première partie consacrée aux formats courts, compilations, rééditions et autres disques oubliés les années précédentes, lundi. Une seconde qui présente vingt premiers albums marquants de mon année, hier. Place aujourd'hui, logiquement, aux vingt albums les plus réussis selon mes oreilles en 2025. Et autant vous dire qu'il y a eu du choix et que l'année a été propice aux grands disques et belles découvertes.

Mais avant de détailler tout cela, comme le veut la tradition dans ces pages, allons faire un tour chez les voisins :
- Les meilleurs albums de l’année pour Raven Sings The Blues
- Les tops individuels de la rédaction de Pop News
- Le classement 2025 de la rédaction de Section 26
- Les disques de l'année par la rédaction d’Addict Culture
- Tous les top musique (et il y en a !) de Possible Music, le nouveau blog de Benoit Richard de Benzinemag


Vingt disques donc. Les vingt meilleurs après classement. Avec beaucoup de hip-hop (quatre albums, rien que ça) dont un patron qu'il est difficile de dépasser, du rock nerveux et de la pop vitaminée venus des États-Unis, un piano sombre mais magnifique, une confirmation et deux immenses coups de cœur français, de jeunes anglais qui confirment, du folk/blues électrique, de la country-pop d'une future star in the making, du jazz cosmique, de la power-pop à la belge, et un duo de tête presque évident, avec d'un côté l'indie-pop à son meilleur, de l'autre un disque ambitieux de pop ample et généreuse, touchant au possible. Tout est à découvrir ci-dessous, avec au bas du billet, comme à chaque fois, des liens vers des players Spotify, Deezer et Tidal pour écouter une chanson de chacun des disques évoqués. Bonne lecture et bonne écoute !


Et n'hésitez pas à suivre le blog le reste de l'année, ici mais aussi sur la playlist quotidienne "Track of The Day" de Spotify, Deezer, Tidal et/ou YouTube



Bilan 2025 :
Top « Albums » (40-21)
Top « 50 chansons »
Top « 7", Ep, Compilation, Réédition et Albums oubliés »



20. Legss - Unreal [-]

Mélange de post-rock, art-rock et post-punk, d'élans noise-rock et de quelques touches slowcore, ce premier album, consistant du début à la fin et remarquablement produit, alterne chaud et froid, calme et tempête, murmures et éclats de voix, et confirme tous les espoirs placés en Legss jusque-là.
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19. Kwoon - Odyssey [-]

Malgré vingt ans de carrière, 'Odyssey' n'est que le troisième album des français de Kwoon, le groupe mené par Sandy Lavallart. Et dont l'écoute me rappelle à quel point j'aime leur beauté et leur flamboyance. A l'instar de ses prédécesseurs, c'est un album magnifique, particulièrement cinématographique, parfois insaisissable, toujours délicat, qui sonne comme un voyage onirique, tout en apesanteur, où l'émotion est à fleur de peau.
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18. Preoccupations - Ill at ease [Born Losers Records]

Post-punk à l'inspiration 80s et plus pop que par le passé, porté par des guitares absolument superbes, un clavier profond, une drum-machine adéquate et un mix très soigné, 'Ill at ease' est un formidable nouvel album, sans doute le plus marquant de Preoccupations depuis qu'ils ne s'appellent plus Vietcong.
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17. Preservation & Gabe 'Nandez - Sortilège [Backwoodz Studioz]

Alors qu'on attend toujours le deuxième des trois albums qu'il a prévu de sortir avec CRIMPEAPPLE, Preservation s'est offert cette année un album de collaboration avec l'américain Gabe 'Nandez : 'Sortiège' (en français oui, avec un accent). Un disque d'abstrackt hip-hop, parfois expérimental, souvent conscient, toujours ambitieux, où les productions travaillées et profondes de Preservation font merveille, bien aidé par le flow de Gabe 'Nandez et les nombreux invités (au premier rang desquels Billy Woods, Armand Hammer et Benjamin Booker).
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16. The Tubs - Cotton Crown [Trouble In Mind Records]

Successeur du remarqué (et tout aussi remarquable) 'Dead Meat' en 2023, 'Cotton Crown' est un disque entre ombre et lumière, qui ne transpire pas de bonheur, avec ses chansons où il est question de relations amoureuses qui tournent à vide, de dénigrement de soi, d'interactions sociales compliquées, d'ennui et de lassitude à peine voilés. Pourtant, si la mélancolie est bien là, la jangle-pop énervée des Tubs, aux accents parfois punk, est toujours aussi savoureuses. Un disque à l’efficacité immédiate, qu'on pourrait situer quelque part au croisement des Smiths et de R.E.M.
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15. Jimi Tenor, Cold Diamond & Mink - July Blue Skies [Timmion Records]

Album qui porte bien son nom (il sied très bien à de longues et douces soirées estivales), 'July Blue Skies' est un disque superbe de la part de Jimi Tenor et de ses compatriotes Cold Diamond & Mink. Une soul soul cosmique et synthétique, de jazz dub, de funk céleste, de flûte légère comme une plume et de groove tout en rondeur, le tout aux contours seventies.
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14. Persica 3 - Beauty in the Noise [Hidden Bay Records]

Mélodies chiadées et psychédélisme lumineux sur fond de production lo-fi, tout est absolument délicieux dans ce deuxième album du parisien Arthur Dubois, qui se produit sous le moniker Persica 3. Sorte de rencontre entre le génie de Brian Wilson (ou Panda Bear, choisissez votre camp), le doigté pop des Fab Four et les girls-group des années 60, avec un travail remarquable fait sur les voix et les chœurs, ce disque est du genre grand.
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13. Model/Actriz - Pirouette [Dirty Hit / True Panther Records]

Sorte de rejeton de toute la scène vibrante et effervescente anglaise actuelle, Model/Actriz est en réalité américain. Et 'Pirouette', leur deuxième album, est tout à fait remarquable, sorte de rock-industriel plein d'electro/dance-(post)punk, mais pas avare d'une bonne dose de pop qui permet aux chansons de faire mouche.
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12. McKinley Dixon - Magic, Alive! [City Slang]

Moins jazz-rap qu’on pourrait nous le faire croire, ce disque produit à la perfection (tout est à sa place et a de la place pour s’exprimer) est une réussite de chaque instant, où se mêlent le flow très sûr de McKinley Dixon et les orchestrations ultra-chiadées pleines de cordes, de cuivres etc, jouées par des musiciens et non par des machines. Un disque génial, dont le sujet ne l’est pourtant pas, et une des révélations de mon année (il était temps)
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11. clipping. - Dead Channel Sky Plus [Sub Pop]

Disque massif, foisonnant d'idées, pas évident de prime abord (comme toujours avec eux), mais qui petit à petit s’immisce dans votre esprit pour se révéler un peu plus passionnant à chaque écoute, le nouvel album des californiens de clipping. est une nouvelle grande réussite. Un disque hip-hop expérimental et indus quand il n'est pas abstract ou hardcore, où breakbeat, beat electro et acid-house sont légions mais où la destructuration est maîtresse de l'ensemble. Un disque dont on préfèrera d'ailleurs cette version, l'augmentée 'Dead Channel Sky Plus', qui ajoute quatre morceaux directement dans le tracklisting original. Et pour le meilleur.
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10. Freshberry - Diamond Files [Si Moiré Disques / Indie or Die Records / Hidden Bay Records]

Premier album absolument épatant de la part de ce duo parisiano-sudcoréen (lui de Paris, elle de Corée du Sud), entre krautrock, post-punk, synth-pop, ambiances hantées et sacrées chansons. La France prouve (une nouvelle fois) qu'elle est capable de sortir des albums inspirés, qui s'inventent tout du long, se réinventent même parfois, imposent un son, un style et proposent des compositions d'une qualité folle. Et qui en remontrent à leurs cousins anglo-saxons.
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09. Lùlù - Lùlù [Howlin Banana / Dangerhouse Skylab / Taken by Suprise]

Deux AVIONS, deux Irnini Mons et un Flathead / Pogy Et Les Kéfars aux commandes d'un des immenses coups de cœur de l'année. Leur credo ? Une power-pop à la française terriblement efficace, qui transpire d'insouciance, de fun et de sincérité. Un disque qui a l'urgence chevillée au corps, le cool en bandoulière, qui file à toute vitesse le long de riffs de guitares déchainées et de mélodies accrocheuses, où les tubes se ramassent à la pelle.
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08. Will Johnson - Diamond City [Keeled Scales]

Country/folk parfois contemplative, blues électrique ténébreux, mélodies enchantantes, fussent-elles déprimées, qui ne cessent se développer et de prendre de l'ampleur, ombre de Jason Molina et de ses Songs: Ohia qui plane tout du long : 'Diamond City' est un disque pas loin d'être merveilleux de la part de l'américain Will Johnson.
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07. Fortitude Valley - Part Of The Problem, Baby [Specialist Subject Records]

Entre inspirations 90s mais auxquelles ils apportent leur touche, power-rock et indie-pop à guitares - avec un zeste de jangle-pop, ce deuxième album des anglo-australiens Fortitude Valley est un disque remarquable, plein d'urgence autant que d'élégance pop où les tubes sont nombreux. Très conseillé, notamment à tous les déçus des derniers The Beths.
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06. Willow Avalon - Southern Belle Raisin' Hell [Assemble Sound / Atlantic]
Fille de Jim White, à la jeunesse compliquée, Willow Avalon surprend et séduit son monde avec son premier album. Un disque de country, souvent pop, parfois folk, aux relents rock et mélancoliques, qui ne manque ni de grandes mélodies ni de textes malins, où l'américaine parle d'amour, de ruptures et d'abandon, d'alcool, de conneries de jeunesse, et chante d'une voix belle, lumineuse et un rien kinky. Future star in the making.
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05. James Felice - The Little Ones [Million Stars]

Enregistré presque en secret lors de chaudes nuit de l'été 2024, 'The Little Ones' est un album intime de la part d'un des deux frères Felice. Un disque construit autour d'un piano délicat qui, sous ses airs jazzy et quelques atours soul, se retrouve à la croisée des chemins de Leonard Cohen, Randy Newman, David Gray, Fiona Apple, Tom Waits et Bob Dylan. Un premier album solo saisissant, touchant, désenchanté et d'une beauté rare. Rien de moins qu'un petit chef d’œuvre noir dont l'immensité prend encore plus de sens la nuit.
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04. Billy Woods - Golliwog [Backwoodz Studioz]

En 2023, pour évoquer de 'Maps' qu’il avait sorti avec Kenny Segal, j’avais écrit « j'ai comme dans l'idée que Billy Woods va devenir un habitué de mes bilans de fin d'année ». Et si l’an passé il n’en a rien été (forcément, il n’a rien publié), revoilà Billy Woods. Avec peut-être son meilleur album solo à ce jour, 'Golliwog' - ou en tout cas au coude à coude avec 'Aethiopes'. Un album aussi sombre qu’ambitieux, politique aussi, à l’ambiance pesante, poisseuse, hantée et dérangeante, où les invités de renoms se succèdent tour à tour auprès d’un des (si ce n’est le) meilleurs rappeurs actuels - comprendre « depuis dix ans ».
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03. Marble Sounds - Core Memory [Mayway Records]

Extrêmement bien construit, sombre autant que lumineux, pas avare de grands moments, rappelant plus souvent qu'à son tour les Postal Service autant que Wolf Parade de 'Cry Cry Cry', 'Core Memory' de Marble Sounds fait partie de ces disques immédiats et parfaits, qui placent les mélodies et la mélancolie au-dessus de tout et s'y tiennent. Un coup de cœur immense, à la très belle pochette, et assurément un des très grands albums de 2025.
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02. The Telephone Numbers - Scarecrow II [Slumberland Records]

Deuxième album des californiens de Telephone Numbers, qui recèle de merveilles, qui n'ont de cesse de se réinventer, comme si elles ne voulaient jamais tomber dans la redite ou l'ennui. Un disque porté par des chansons cinq étoiles comme Pulling Punchlines ou Be Right Down, à la beauté et l'efficacité folle. Je sais qu'on utilise ce mot à tort et à travers - moi le premier - mais 'Scarecrow II' est un vrai chef d’œuvre. De pop. D'indie-pop. De jangle-pop. De power-pop. De The Telephone Numbers. De musique en général. Et de 2025 en particulier.
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01. Richard Sallis - Felix [-]


Le premier coup de cœur de l'année aura donc été le plus fort de 2025. 'Felix', c'est un voyage musical dans la parentalité de l'australien Richard Sallis, qui s'ouvre par le désespoir et se termine par la lumière. Un album ambitieux et qui se donne les moyens de son ambitions, entre grandes et belles orchestrations, des chœurs renversants, une production d'une justesse folle, et une musicalité qui semble traverser toute les strates de la pop comme du rock. Il y a ici autant de Get Well Soon que de Okkervil River, de Black Heart Procession que de Team Me, de The National que du Arcade Fire des débuts ou de Fanfarlo, avec même un rien de Sufjan Stevens. Oui, 'Felix' de Richard Sallis, c'est un peu tout cela à la fois, une sorte de synthèse d'une certaine pop de ce nouveau siècle, qui emporte tout - et avec talent - sur son passage. Un album sublime, souvent bouleversant, habité même. Et celui qui m'a le plus touché en 2025.
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Bilan 2025 :
Top « Albums » (40-21)
Top « 50 chansons »
Top « 7", Ep, Compilation, Réédition et Albums oubliés »


Vous trouverez ci-dessous un lecteur Spotify pour écouter une chanson des vingt albums évoqués ci-dessus. Toute cette sélection est également disponible dans des playlists dédiées sur Deezer et Tidal.
 

 

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vendredi 24 octobre 2025

The Telephone Numbers - Scarecrow II [Slumberland Records]

Une fois n'est pas coutume, évoquons un album déjà discuté dans ces pages. Enfin, « album ». Disons plutôt qu'en juillet dernier, le disque en question, 'Scarecrow II' de Telephone Numbers, n'était qu'un album à venir de plus dans une année encore une fois très chargée en nouveautés. Mais l'annonce avait éveillé mon intérêt. Le premier album du groupe de Thomas Rubenstein, Morgan Stanley (The Umbrellas), Phil Lantz (Chime SchoolNeutrals) et Charlie Ertola m'avait charmé en 2021 ; leur Ep de 2023 encore plus. En bonus, les californiens annonçaient avoir signé chez Slumberland Records, gage de qualité s'il en est. Et cerise sur le gâteau, voilà que leur premier single Be Right Down était du genre « wahou », une chanson racée et incroyablement catchy, indie/jangle-pop infernale que quelques cordes venaient embellir sur le refrain. Un morceau parmi les tous meilleurs écoutés cette année - et même au-delà pour ainsi dire.

Début octobre, 'Scarecrow II' est finalement sorti. Dix titres, 37 minutes. Et ce qui est fascinant avec lui, c'est que Be Right Down n'est même pas sa meilleure chanson. Car oui, les titres majeurs se bousculent au portillon de cet album des Telephone Numbers. De Goodbye Rock n Roll en ouverture avec sa mélodie qui nous ferait presque chanter « I want to see my family, My wife and child waiting for me » tant elle a du Love Vigilantes de New Order en elle, à la douce beauté de The Job Is Killing Me, de la mélancolie comme Velvet-ienne de Falling Dream à Ebb Tide et ses arpèges de guitare dans sa conclusion, il y a des concurrents sérieux. Et le principal est Pulling Punchlines. Positionné en cinquième position de 'Scarecrow II', il a tout ce qu'on attend d'un morceau pop. Une basse en intro qu'on dirait piquée aux Cure, un rythme soutenu, une énergie à revendre et à la fin du deuxième refrain, comme si elle sentait que notre journée manquait de cuivres, voilà que la trompette d'Anna Hillburg envoie la chanson dans une autre sphère. Mieux, plutôt que de s'arrêter là, les Telephone Numbers renchérissent avec la guitare de Tony Molina, venu lui aussi prêter main forte au gang californien. Cela ne suffit pas ? Ajoutons un peu d'orgue d'Andy Pastalaniec de Chime School pour finir dans une sorte d'orgie pop qui ne semble pas jamais vouloir s'arrêter (et qui rappelle le REM des débuts), où les chants de Thomas Rubenstein et Morgan Stanley se croisent, se joignent, se répondent et se renvoient des « wouhou » irrésistibles.

Pulling Punchlines est l'apothéose de 'Scarecrow II', disque déjà inoubliable dont les grands moments ne manquent pas. Si l'on voulait motiver le débat, on pourrait dire Telephone Numbers Theme tranche presque avec ses neuf congénères et sonne plus comme The Umbrellas (c'est d'ailleurs Morgan Stanley qui chante ici) que comme The Telephone Numbers. Mais ce serait ergoter pour pas grand chose, tant la chanson est belle et ne dépareille pas avec le reste. 

Ce qui est sûr et certain, c'est qu'on a ici à faire à de la pop de haute volée, si ce n'est de haute-voltige tant elle est maitrisée de bout en bout, nerveuse comme mélancolique, au touché mélodique incomparable et au chant de Thomas Rubenstein qui rappelle celui de Kip Berman de The Pains of Being Pure at Heart. Un disque qui recèle de merveilles, qui n'ont de cesse de se réinventer, comme si elles ne voulaient jamais tomber dans la redite ou l'ennui. Je sais qu'on utilise ce mot à tort et à travers - moi le premier - mais 'Scarecrow II' est un vrai chef d’œuvre. De pop. D'indie-pop. De jangle-pop. De power-pop. De The Telephone Numbers. De musique en général. Et de 2025 en particulier. (Sortie : 10 octobre 2025)

Plus :
'Scarecrow II' de The Telephone Numbers est à l'écoute sur bandcamp
'Scarecrow II' de The Telephone Numbers est à l'achat sur bandcamp
'Scarecrow II' de The Telephone Numbers est à l'achat et à l'écoute un peu de partout

Trois chansons de 'Scarecrow II' de The Telephone Numbers sont en écoute aujourd'hui. Pulling Punchlines, dont j'ai dit au-dessus tout l'amour déjà que j'avais pour elle (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Ensuite Goodbye Rock n Roll, à sa mélodie qui n'est pas sans rappeler Love Vigilantes de New Order. Et enfin, pour le plaisir, Be Right Down, déjà publié dans ces pages en juillet dernier, et toujours aussi imparable :

lundi 31 mars 2025

[Track of The Day] The Tubs - One More Day

Sur la pochette du deuxième album de The Tubs, on peut trouver une sorte d'oxymore photographique : à l'avant, une femme donne le sein à un bébé. Au second plan, une pierre tombale. Elle, c'est Charlotte Greig, artiste éclectique autant que journaliste musicale. Le bébé, c'est Owen Williams, ex-chanteur de Joanna Gruesome et désormais au micro de The Tubs, qui vient donc de publier le successeur du remarqué (et tout aussi remarquable) 'Dead Meat' en 2023, 'Cotton Crown'.

Un disque qui ne transpire pas de bonheur (et alors même que Charlotte Greig n'est que clairement évoqué sur Strange, la chanson de clôture), où il est question de relations amoureuses qui tournent à vide, de dénigrement de soi, d'interactions sociales compliquées, d'ennui et de lassitude à peine voilés. Pourtant, musicalement, si la mélancolie est bien présente, il y a dans cette jangle-pop énervée (aux accents parfois punk) et qu'on pourrait situer quelque-part au croisement des Smiths (cette guitare !) et de R.E.M., assez de peps et d'envie d'en découdre pour vouloir croquer la vie à pleine dent.

Court et fort de quelques singles à l'efficacité impeccable (l'évident Freak Mode mais surtout One More Day, en écoute aujourd'hui, chanson à l'intro, aux riffs et à l'urgence imparables), 'Cotton Crown' est donc un album curieux, qui joue de l'ombre et de la lumière à tous les niveaux ; et qui prouve (mais qui en doutait ?) que 'Dead Meat' n'était pas qu'un one-shot réussi. The Tubs devraient être dans les parages encore pour un moment.

Album : Cotton Crown
Année : 2025
Label : Trouble In Mind Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, One More Day de The Tubs est également en écoute ci-dessous :

Autre chanson très conseillée de 'Cotton Crown' de The Tubs, voilà l'évident single Freak Mode :

Le clip de Freak Mode de The Tubs :

lundi 30 mai 2022

Oceanator - Nothing's Ever Fine [Big Scary Monsters / Polyvinyl Record / Plastic Miracles]

Oceanator avait bien disséminé quelques promesses. Mais de là à publier un disque comme 'Nothing's Ever Fine' ? Ce n'était tout de même pas écrit. Car si le premier album de l'Américaine, 'Things I Never Said', était plutôt convaincant dans l'ensemble, il ne manquait pas de défauts : des mélodies redondantes, une empathie un peu trop prononcée pour des guitares lourdes, manquant de finesse, et des chansons fortes réduites à la portion congrue (pour ainsi dire deux : The Sky Is Falling et I Would Find You).

'Nothing's Ever Fine' est, donc, d'un tout autre calibre. Et confirme que 'Things I Never Said' n'était qu'une gentille mise en bouche. Elise Okusami a monté son exigence de plusieurs crans, et à tous les niveaux. 
 
Après un instrumental qui donne le ton du disque (Morning) et une première chanson Nightmare Machine, toute de REM vêtue, Oceanator va en effet dérouler un disque aux compositions bien plus solides que par le passé. Bien aidé par un tracklisting cohérent et qui n'aurait pas pu être mieux agencé, 'Nothing's Ever Fine' va ancrer son inspiration et son environnement dans un rock qu'on daterait du début des années 90, mais qui n'hésite pas à faire quelques incursions dans un punk à roulettes des plus efficaces, et qui n'oublie de saupoudrer l'ensemble de pop, comme pour mieux éviter la redite et effacer les défauts de son précédent album.
 
Mais surtout, il y a cette production, assurée par le frère d'Elise Okusami, d'une justesse incroyable, que d'aucuns trouveront typée, mais qui a le mérite de faire ressortir à chaque fois le meilleur des compositions de sa sœur, qui ne sont jamais dénuées d'ambition.

Plein de petits hook pour relancer ses chansons (à tout seigneur tout honneur, nommons ici le pont formidable de Beach Days (Alive Again) qu'on aimerait entendre durer des heures, voir plus bas), malin et jamais passéiste, 'Nothing's Ever Fine' est un disque qui fuzz, qui pop, aux guitares belles comme tout. Finalement, son seul vrai défaut sa pochette, lambda au possible et qui ne rend pas justice à cet excellent album qui dévoile une sacrée artiste dont on n'avait pas soupçonné jusque là tout le talent. (Sortie : 8 avril 2022)

Plus :
'Nothing's Ever Fine' d'Oceanator est en écoute sur sa page bandcamp
'Nothing's Ever Fine' d'Oceanator est à l'achat sur sa page bandcamp
'Nothing's Ever Fine' d'Oceanator est également à l'achat ici
'Nothing's Ever Fine' d'Oceanator est en écoute, notamment, sur Spotify et Deezer

Trois chansons de 'Nothing's Ever Fine' d'Oceanator en écoute. A tout seigneur tout honneur, ouvrons le bal avec Beach Days (Alive Again) (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer et Youtube). Enchaînons avec The Last Summer, l'autre grande chanson de l'album. Et finissons par Summer Rain, belle balade électrique pleine d'écho :
 
 
 
 
Les clip de The Last Summer et Bad Brain Daze, premiers singles extraits de 'Nothing's Ever Fine' d'Oceanator :
 

mercredi 17 novembre 2021

[Track of The Day] Chime School - Wait Your Turn

Annoncé à grands renforts de tweets dithyrambiques par Slumberland, le premier album de Chime School était attendu dans ces pages. Et il ne déçoit pas. En tout cas pour tous ceux qui, comme moi, aiment une indie-pop à guitares des années 80, entre jangle et twee-pop, avec une vibe C86.

Toute l'esthétique musicale autant que visuelle est orientée vers cette période. Il n'y a qu'à voir les clips avec ce grain, si ce n'est sépia, au moins passé. Et on ne tombe pas de notre chaise en voyant Andy Pastalaniec, l'Américain derrière Chime School, dans le clip de Taking Time to Tell You jouer devant une moto qu'on dirait être celle du 'Steve McQueen' de Prefab Sprout.

Entre influence américaine (Wait Your Turn et ce côté REM des débuts, en écoute aujourd'hui) et anglaise, 'Chime School' est en tout cas un disque qui ne se pose pas trop de questions, qui alignent les mélodies sur un rythme échevelé et dont la sincérité ne semble pas une seconde feinte.

Album : Chime School
Année : 2021
Label : Slumberland Records
En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Wait Your Turn de Chime School est en écoute ci-dessous :

Autre chanson réussie de ce premier album de Chime School, voilà Taking Time to Tell You :

Le clip de Wait Your Turn de Chime School :

jeudi 18 juin 2020

[Track of The Day] Michael Stipe & Big Red Machine - No Time For Love Like Now

Avec quelques défauts mais plein de qualités, le premier album - éponyme - de Big Red Machine avait eu son petit effet sur l'auteur de ces lignes. Nous étions en 2018 et le projet de Justin Vernon (Bon Iver) et Aaron Dessner (The National) avait accouché de quelques beautés, dont People Lullaby, une toujours aussi belle chanson.

Deux ans plus tard, le duo est sur la voie d'un deuxième album, qu'ils travaillent depuis quelques mois déjà. Un jour, les Big Red Machine firent écouter quelques démos à Michael Stipe, ancien chanteur de R.E.M.. Emballé par ce qu'il avait entendu, Stipe choisit une des chansons, en composa le texte avant que la crise du COVID-19, avec ses doutes sur le futur et ses légitimes remises en questions, ne lui donne une puissance encore plus forte. No Time For Love Like Now était née.

Et diable, quelle beauté ! Porté donc par un casting - indie - cinq étoiles (Aaron Dessner à la production, Justin Vernon à la guitare électrique, Bryce Dessner à l'orchestration de l'ensemble et Michael Stipe à la voix, sans oublier, tant leur importance est grande ici, Clarice Jensen au violoncelle, Yuki Numata Resnick au violon et l'alto, JT Bates à la batterie, Brad Cook au synthé et Doveman au piano), No Time For Love Like Now est une chanson magnifique, mélancolique, au tempo métronomique qui ne se départit jamais de son rythme initial, où les cordes sont d'une belle justesse et où la voix de Michael Stipe, toujours aussi magnifique, ne semble pas connaître les affres de l'âge tant on dirait qu'il l'a enregistrée il y a 30 ans.

Reste la question : No Time For Love Like Now est-elle une nouvelle chanson de Big Red Machine ou un troisième morceau solo pour l'ancien chanteur de R.E.M. ? Finalement, un peu tout cela à la fois.

Album : -
Année : 2020
Label :  37d03d


En plus des playlists Spotify, Deezer, YouTube et Qobuz, No Time For Love Like Now de Big Red Machine avec Michael Stipe au chant, est également en écoute ci-dessous :


Le clip de No Time For Love Like Now de Big Red Machine et Michael Stipe :



vendredi 10 avril 2020

Kiwi Jr. - Football Money [Mint Records / Persona Non Grata]

Demain nous serons le samedi 11 avril 2020. Nous fêterons alors les 25 ans de 'Wowee Zowee', troisième chef d’œuvre consécutif de Pavement, chose loin d'être anodine, surtout lorsque l'on vient de publier 'Slanted & Enchanted' et 'Crooked Rain, Crooked Rain'.

Autre évènement : aujourd'hui sort 'The New Abnormal', le sixième album de The Strokes, groupe qui m'a perdu depuis très longtemps mais dont il faut reconnaitre l'aura, toujours aussi intacte 20 ans après.

Pourquoi parler de ces deux groupes en ouverture de ce papier ? Parce qu'autant Pavement que The Strokes (mais aussi Parquet Courts voire REM, entre autres) sont au cœur de 'Football Money', premier album de Kiwi Jr., groupe, comme son nom ne l'indique pas, canadien et au sein duquel figure Brian Murphy d'Alvvays. Un disque sorti l'an passé chez Mint Records et qui connaît un écho plus mondial avec sa ressortie début janvier chez Persona Non Grata. Une bonne chose qui d'une part m'aura permis de découvrir le disque, et qui surtout lui aura donné une nouvelle - et meilleure ? - exposition, qu'il mérite amplement.

Il y a sur 'Football Money', en dix titres et 27 mns, tout ce que l'indie-rock et l'indie-pop, qu'elle soit power ou jangle, ont de meilleur : des hymnes à fredonner, des mélodies qui accrochent l'oreille, de l'énergie à revendre, des couplets épatants, des refrains qui le sont doublement, des arrivées impromptues de gimmick qui font repartir chaque chanson encore plus haut. Et puis il y a ces paroles ubuesques, délirantes et brillantes, cyniques et sarcastiques, avec ses références à la pop culture (sans que cela soit forcé), avec un vers d'ouverture drôle, qui donne le ton de l'album (« When the SS crashed the party, my favorite band was setting up onstage») et qui n'est pas sans rappeler les premiers mots de We Dance sur 'Wowee Zowee' (« There is no castration fear »).

'Football Money' est en tout cas un disque plein de personnalité, aussi concis qu'efficace, échevelé et fun, réussi et marquant, autant par la qualité de ses chansons et de ses mélodies que par le côté branleur qui s'en dégage. Et à son écoute, je ne peux m'empêcher de penser qu'avec lui, Kiwi Jr. vient sortir le disque que rêvait d'écrire Stephen Malkmus à la séparation de Pavement. (Sortie : 29 mars 2019 / 17 janvier 2020)

Plus :
'Football Money' de Kiwi Jr est en écoute sur la page bandcamp du groupe
'Football Money' de Kiwi Jr est à l'achat sur la page bandcamp du groupe
'Football Money' de Kiwi Jr est également en écoute sur Spotify et Deezer (notamment)

Trois chansons en écoute de 'Football Money' de Kiwi Jr. Gimme More et son shot de pop culture pour débuter (en écoute dans les playlists Spotify, Deezer et Youtube). Puis Murder in the Cathedral (qui ouvre l'album). Et Swimming Pool où les Kiwi Jr. rendent un hommage à Brian Jones :





Trois clips ont été produits pour ce 'Football Money' de Kiwi Jr : Gimme More, Salary Man et Leslie :