Il y a des gens exaspérant. Des gens qui ont un talent fou, un touché de velours et qui, comble du bonheur, transforment nos désirs d’anciens collégiens en réalité.
M. Ward fait partie de ces gens là, le cuistre. Premièrement, il a du talent. Et énormément. Ses cinq premiers albums sont de véritables trésors de folk, country et blues songs racées et aux contours usés. Et même quand il vient prêter main forte à des amis (ou pas) comme Alain Bashung (sur ‘Bleu Pétrole’ où il apparaît, sa guitare scotchée à la main) ou Jenny Lewis (sur ses deux albums, mais notamment sur le premier, ‘Rabbit Fur Coat’, où il vient donner de la voix sur Handle With Care, en compagnie de Conor Oberst et Ben Gibbard), il le fait avec classe.
Deuxièmement, il est du genre à batifoler avec une des plus belles femmes de la planète, l’actrice
Zooey Deschanel, brunette au charme ravageur et aux courbes envoûtantes. Tout ceci est pour le moment strictement professionnel (il ne manquerait plus que ça tient) vu qu’ils ont enregistré l’an passé un disque à deux, sous le nom de
She & Him,
‘Volume 1’. Un bel album doux, jazzy et rétro, qui rappelle le duo que formait (feu)
Lee Hazelwood et
Nancy Sinatra.
Bref, énervant. Exaspérant. La sortie de son nouvel album,
‘Hold Time’ allait-elle être l’occasion de dire enfin du mal de ce
M. Ward à qui tout sourit ? Presque. Mais en fait non. Car, et disons le tout de suite histoire de soulager ta nervosité bien légitime ami lecteur, ce
‘Hold Time’ n’est pas le meilleur album de l’américain. Le souci, c’est qu’il reste néanmoins un beau disque, une nouvelle fois.
Sans changer de veine,
M. Ward propose un disque dans la lignée de ses prédécesseurs, avec folk et country songs de haute volée (
For Beginners,
Jailbird) et cette voix toute droit sortie d’un vieux transistor des années 50.
La seule différence notable reste quand même que, contrairement autres albums,
M. Ward semble… heureux. Oui, heureux !
‘Hold Time’ n’est pas aussi noir que
‘Transfiguration of Vincent’ ou
‘Post-War’. Et c’est assez déstabilisant au premier abord.
Histoire de faire les choses bien, il a aussi profité de l’occasion pour inviter quelques ami(e)s à venir donner de la voix : on retrouve notamment
Jason Lytle (ex-
Grandaddy) sur
To Save Me,
Lucinda Williams sur
Oh Lonesome Me (le plus beau titre de l’album, sombre et envoutant à la fois) et bien sûr la belle
Zooey Deschanel sur le rugueux
Never Had Nobody Like You où le mélange de leur deux voix fait merveille.
Au final donc,
M. Ward reste donc exaspérant. Si
‘Hold Time’ n’a pas la classe de ses prédécesseurs, s’il lui manque un je-ne-sais-quoi pour en faire un grand disque marquant (même si les 20 dernières minutes sont de très haut niveau), il faut avouer que cet album est quand même une belle réussite. Une de plus. Je l’aurai un jour, je l’aurai ! (sortie: 16 février 2009)
Son :
Myspace (un seul titre de ‘Hold Time’ en écoute)
Site officiel
En écoute, deux titres : le sublime duo avec Lucinda Williams, tout en cordes, Oh Lonesome Me (une reprise d’un standard country, écrit par Don Gibson et Chet Atkins en 1958) et Epistemology, déjà un classique de sa discographie (malheureusement plus en écoute).
Et pour finir, le clip (au diapason) du premier single extrait de ‘Hold Time’, Hold Time le bien nommé (un choix de single surprenant d’ailleurs) :
M. Ward - Hold Time