Pendant très longtemps, un label de musique avait une couleur musicale qui lui était propre. Certes, il lui arrivait épisodiquement d'en dépasser les frontières (difficile de passer à côté d'un artiste marquant) mais fondamentalement, chacun restait dans sa sphère. Ce temps là, je ne vous apprends rien, est désormais révolu - et depuis quelques années déjà. Aujourd'hui, les maisons de disque ne s'embarrassent plus d'étiquettes et vont là où leurs coups de cœur leur disent d'aller.
Dernier exemple en date, Stones Throw Records. Ce n'est pas la première fois que le label de Peanut Butter Wolf, de Madlib, Aloe Blacc et autres de J Dilla quitte les sentiers hip-hop qui l'ont façonné. Vendredi dernier, la maison de disque angelinos a publié le premier album d'un certain Josh da Costa, californien lui aussi. Le disque s'appelle 'New Wave Graveyard' et navigue entre synth-pop, jangle-pop, post-punk et pointe de shoegaze, le tout avec une patine totalement eighties. Bref, loin de 'Madvillain' ou 'Champion Sound' et plus proche en vérité d'un Benny Sings.
Et ce n'est pas un mal. Car 'New Wave Graveyard' est une grande réussite, sorte de capsule synthétique tout à fait réjouissante dans laquelle les réussites ne manquent pas (Skygirl, Slip By, 96 Year Old Girl). Mais comme il faut bien choisir (après tout, il s'agit de la rubrique "Track of The Day"), partons aujourd'hui sur Shireen, une chanson d'amour qui raconte, comme l'explique Josh da Costa lui-même, « le sentiment de soulagement qui vous envahit après avoir failli rompre avec quelqu'un », sur fond de jangle-pop un peu mutante, aux guitares comme saoules. Un énorme coup de cœur de cet été 2026 et, surtout, un très grand morceau de pop.
Album : New Wave Graveyard Année : 2026 Label : Stones Throw Records
Non, ce n'est pas un bug d'affichage. Non, je n'ai pas décidé d'un coup d'un seul d'écrire dans une police ubuesque. Comme je n'ai pas décidé de désormais composer les billets de ce blog en sumérien ou tout autre langue morte. Rien de tout cela. Derrière ces caractères bizarres se cache un des nombreux avatars de Four Tet / Kieran Hebden, producteur et musicien anglais de génie. Pourquoi ? Comment ? Un délire sans doute - particulier mais un délire quand même - pour casser les codes ? Mettre derrière lui, le temps de quelques albums, son nom de scène le plus célèbre pour mieux se réinventer et voir la réaction des gens à sa musique, sans forcément savoir que c'est lui aux manettes ? Un pied de nez à l'industrie musicale dont il n'a jamais été le plus grand fan ? Sans doute un peu des trois en même temps.
Quoiqu'il en soit, son dernier album en date (je vous épargne son nom, il est plus bas et est encore plus absurde), sort donc sous le nom de ⣎⡇ꉺლ༽இ•̛)ྀ◞ ༎ຶ ༽ৣৢ؞ৢ؞ؖ ꉺლ, que les fans appellent « The Wingdings alias » (le nom étant composés de quelques caractères de la police en question). Et il tout à fait délicieux. De l'électro pleine de downtempo, de la house aux contours ambient, de la folktronica cornaquée à la techno, fait de différentes textures sonores qui s'emboitent merveilleusement bien les unes aux autres, le tout sublimé par le savoir et le touché mélodique à nulle autre pareille de notre homme. Un grand album donc, hypnotique et onirique, torturé mais tout à fait lumineux dont on ressortira notamment (je vous fais grâce du titre original) le morceau 2 (en écoute aujourd'hui), qui, en six minutes, résume à lui seul tout le talent et la carrière de Four Tet.
En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, le morceau 2 du nouvel album de Four Tet sous son alias tarabiscoté ⣎⡇ꉺლ༽இ•̛)ྀ◞ ༎ຶ ༽ৣৢ؞ৢ؞ؖ ꉺლ est également en écoute ci-dessous :
Autre morceau à écouter, voilà le numéro 4, toujours avec cette touche mélodique imparable :
A l'écoute de SWEAT, leur premier single pour Rough Trade Records il y a de cela un an, on aurait pu croire que The Sophs n'était rien de plus qu'une sorte de résurrection de The Strokes (ou d'ersatz pour leurs contempteurs). De bons faiseurs mais sans doute pas bien plus.
A l'écoute cette fois de leur premier album 'GOLDSTAR' (ces jeunes californiens aiment les majuscules), il n'en est finalement rien, tant il est beaucoup plus divers que ne pouvait le laisser croire SWEAT (la seule chanson qu'on peut d'instinct relier à la bande de Casablancas), allant autant chercher des influences chez Queen que les Doors, Pixies ou Muse (pour ne citer qu'eux). Certes, le disque n'a pas une cohérence folle, certes il se perd en cours de route mais ce premier effort de The Sophs mérite d'être salué comme il se doit, tant il se tient et qu'il a quelques singles de haute volée (GOLDSTAR, en écoute aujourd'hui, BLITZED AGAIN, qui débute comme du Muse des débuts et se termine en presque confrérie pop). Preuve une nouvelle fois Geoff Travis et Jeannette Lee ne se sont pas trompés.
Album : GOLDSTAR Année : 2026 Label : Rough Trade Records
'Maybe Not Tonight' de Lime Garden est un disque de rupture. Non pas stylistique (je découvre ce quatuor entièrement féminin originaire de Brighton) mais sentimentale. Réelles et non romancées. Car les quatre jeunes femmes (Chloe Howard, Leila Deeley, Tippi Morgan et Annabel Whittle) ont toutes connue récemment une séparation. Plutôt que de s'appesantir sur leur sort, les Lime Garden ont préféré en faire un album, comme une sorte d'exutoire pour mieux passer à autre chose. Un disque qui déroule une soirée pleine de joie et de fun avant que les doutes, les regrets et tout le toutim refassent surface.
Court (29 minutes, dix titres) et qui ne perd pas son temps, 'Maybe Not Tonight' est un album solide qui va piocher son inspiration autant à la fin des années 90 que dans les années 2000, qui enchaine les chansons enlevées pleine de dance-punk sacrément efficace et une production qui ne réinvente rien mais leur va bien au teint. De toutes, on retiendra notamment 23 en ouverture, Downtown Lover et surtout Body (en écoute aujourd'hui), aussi direct que torturé, où la mélancolie se cache dans les détails.
Album : Maybe Not Tonight Année : 2026 Label : So Young Records
Eminem pour « M&M » (Marshall Mathers, le vrai nom de l'artiste), N.W.A pour « Niggaz Wit Attitudes », R.E.M. pour « Rapid Eye Movement », FIDLAR pour « Fuck It Dog, Life's A Risk » : l'histoire de la musique regorge d'acronyme dont on ne connait pas forcément le sens et qu'on découvre au fil du temps.
Dernier exemple en date : Cola, trio canadien qui fait dans le post-punk bien fait, presque orthodoxe, auteur de trois albums dont le dernier n'est ni plus ni moins que la signification de leur nom : 'Cost of Living Adjustment'. Un disque éponyme donc. Qui, après bien des écoutes, confirme que dans la scène post-punk, indie-rock et art-rock actuelle, il est un des groupes, si ce n'est à suivre, qui ne déçoit jamais. Ne serait-ce que sur Forced Position (en écoute aujourd'hui), impeccable chanson qui ouvre le ce nouvel album de Cola qui, s'il ne révolutionne pas grand chose et a une production un rien cliché, fait tout bien et avec talent, toujours avec cette intransigeance qu'on leur connait. Si vous ajoutez à cela une pochette magnifique réalisée par Rob Riggs, vous obtenez un bien joli disque.
Album : Cost of Living Adjustment Année : 2026 Label : Fire Talk
Comme percuté par le succès de 'Singing Saw', Kevin Morby avait mis du temps à retrouver si ce n'est la raison (après tout, il publie les chansons qu'il souhaite) au moins l'inspiration qui le caractérisait tant en 2016. Trois albums pour rien - ou presque - et enfin, la lumière au bout du tunnel avec 'This Is A Photograph'en 2022 qui voyait l'américain revenir à ses fondamentaux et retrouver l'allant de ses débuts.
Mais 'This Is A Photograph', disque réussi s'il en est, était loin d'être un aboutissement et ressemblait plus à une rampe de lancement vers des lendemains qui chanteraient encore plus. Des jours attendus qui viennent de se concrétiser sur 'Little Wide Open' sorti vendredi dernier. Un disque de folk-rock et d'americana en forme de renaissance où on peut le dire sans se tromper : Kevin Morby est définitivement de retour. Et en très grande forme.
Produit par Aaron Dessner de The National (et cela s'entend sur la rythmique), ce huitième album de l'américain n'est peut-être pas son plus abouti (trop long, il se perd un peu en route sur sa seconde partie) mais ses chansons comptent sans doute parmi ses meilleures, de l'ouverture de Badlands (avec Justin Vernon de Bon Iver) au lumineux Javelin, de la sublime Natural Disasters (en duo avec Lucinda Williams) à la non moins belle chanson titre en passant par le mélancolique Field Guide For The Butterflies en conclusion. Mais celles-ci ne sont rien à côté de 100,000 (en écoute aujourd'hui), pinacle de 'Little Wide Open', construit autour d'un gimmick à la guitare, et qui prend peu à peu de l'ampleur pour mieux finir dans un fracas électrique inattendu et absolument jubilatoire.
Album : Little Wide Open Année : 2026 Label : Dead Oceans
Si la découverte de 'Pratts & Pain'avait été un très grand coup de cœur où Royel Otis sonnait comme la réponse australienne à Will Toledo et ses Car Seat Headrest, sa suite '(hickey)' à peine dix-huit mois plus tard, avait été une petite douche froide tant il était quelconque, tournait à vide, et n'était même pas sauvé par quelques rares fulgurances bien senties (Say Something et Car).
Est-ce la signature du duo australien sur une major ? Est-ce parce que, toujours sur la route, Royel Maddell et Otis Pavlovic avaient enregistré ce deuxième album à la va vite, entre deux concerts ? Où est-ce juste qu'ils n'avaient tout simplement plus d'inspiration et n'avaient des chansons que pour un album (ce ne serait pas les premiers) ?
Si les deux premières hypothèses sont tout à fait plausibles (notamment la seconde), il semble qu'on puisse d'ores et déjà rayer la troisième. Car leur nouveau single Sweet Hallelujah (en écoute aujourd'hui) montre qu'ils en ont encore sous la pédale. Mieux, il voit le duo de Sydney changer de cap, s'échapper de son indie-rock et indie/jangle pop habituels pour passer à la balade mélancolique et ambitieuse, à la production ample, quasi symphonique, et qui n'est pas sans rappeler MGMT. Rien n'est donc perdu pour Royel Otis, loin de là.
Il n'y a rien de plus frustrant de découvrir un groupe et de se rendre compte que celui-ci se baladait dans les rues de votre ville quelques semaines plus tôt seulement. Énième et dernier exemple en date, les canadiens de Private Lives qui étaient sur la scène du Trokson le 21 mars. Un quatuor originaire de Montréal qui, après un deuxième album publié l'an passé chez les américains de Feel It Records (à qui l'on doit la découverte des Sweeping Promises) s'offre le premier 45-tours de sa carrière, cette fois chez les autrichiens de Bachelor Records - signature qui explique sans doute cette tournée européenne très allemande (douze dates), belge (Bruxelles
comme seul point de chute) et française (Lille, Sorgues étonnamment et
Lyon donc).
Deux chansons au programme, Think I'm Coming Around en face-A, à laquelle il ne manque que « Gabba Gabba Hey », et Television
Faces en face-B (et en écoute aujourd'hui), entre punk et power-rock dont les riffs ne sont pas sans rappeler les Libertines des deux premiers albums. De la belle ouvrage qui fait espérer que ce rapide passage lyonnais des Private Lives n'est pas le dernier.
Album : Think I'm Coming Around 7" Année : 2026 Label : Bachelor Records
Toujours foisonnante, et dans tous les styles, la scène anglaise n'en finit pas de sortir des groupes intéressants, attachants, emballants, quand ils ne sont pas les trois à la fois. Dernier exemple en date, Langkamer, quatuor qui ne vient pas de l'autre pays du fromage mais de Bristol, ville rendue célèbre par le duo Portishead / Massive Attack au mitan des années 90.
Pourtant ici, rien de trip-hop dans la musique de Langkamer, mais de l'indie-rock qui convole en juste noces avec un peu d'alternative country et ambiances slacker. Leur quatrième album, 'No', court (onze chansons pour même pas trente minutes) se tient d'ailleurs plutôt bien, entre titres enlevés (Crows, tube évident, en écoute aujourd'hui, quelque part entre We Were Promised Jetpacks et Frightened Rabbit), superbes balades (The Summer That I Hit The Wall), morceaux plus nonchalants et production qui a du chien. Assez pour imposer du Langkamer avant de faire un malheur.
Derrière le nom Makthaverskan se cache un groupe originaire de Göteborg. Derrière cette pochette un rien horrifique et cette typo qui rappelle les codes du black métal se trouve 'Glass and Bones', leur cinquième album. Et celui-ci n'a strictement rien de métal - et quel qu'il soit d'ailleurs. On est plutôt ici sur un mélange entre post-punk et jangle-pop, qu'on aurait assorti d'ambiances dream-pop et un rien gothiques. Le tout est porté par la voix assez criarde de Maja Milner qui pourrait en épuiser certains sur le chemin. Et cela serait dommage car 'Glass and Bones', sans être exceptionnel, est un disque solide qui a le bon goût de proposer des mélodies soignées, d'où se dégage pas mal de mélancolie, et des morceaux souvent enlevés. Ceci dit, comme Makthaverskan offre en ouverture Pity Party (en écoute aujourd'hui), la meilleure chanson de l'album, ceux qui abandonneront en cours de route n'auront finalement pas tout perdu.
Album : Glass and Bones Année : 2026 Label : Welfare sounds & records
Quatuor originaire de Londres, The Early Years a derrière lui une carrière longue de vingt années. Pourtant, ils n'ont à ce jour publié que deux albums et le troisième est dans les tuyaux pour le 22 mai prochain. Une discographie famélique donc … mais sans doute tout à fait voulue.
En 2006, The Early Years sort chez Beggars Banquet son premier album, éponyme. Succès au moins d'estime, le groupe n'enchaîne pas et attend… dix ans pour publier la suite, sobrement intitulée 'II'. Et puis plus rien… jusqu'à il y a quelques semaines où David Malkinson, Roger Mackin, Brendan Kersey et Phil Raines ont annoncé la sortie de leur troisième album, 'Modern Moonlight'. Trois disques en vingt ans, étalés sur trois décennies : soit The Early Years est le groupe qui compose le plus lentement du monde. Soit ces sorties décennales sont tout sauf une coïncidence.
Quoiqu'il en soit, le quatuor revient et a déjà lancé en éclaireur deux singles en amont de la sortie, dont A New Way of Living (en écoute aujourd'hui), la chanson qui ouvrira 'Modern Moonlight'. Et quel titre dites moi ! Drivé par une basse envoutante, A New Way of Living de The Early Years est à chercher quelque part entre Ceremony de New Order (il jour il faudra qu'on fasse la liste des chansons que ce morceau incroyable a inspiré) et All My Friends de LCD Soundsystem. Un petit régal de la part d'un groupe dont il nous reste à découvrir le troisième album. Et ce que cache cette passion des années en 6.
Album : Modern Moonlight Année : 2026 Label : Sonic Cathedral
Perdue de vue depuis 2020 et son album post-rupture 'Old Flowers'd'où irradiait notamment un bien beau If I Told, Courtney Marie Andrews fait son retour dans mes oreilles à l'occasion de la sortie de 'Valentine', son dixième album - pas rien quand on a seulement 35 ans.
Un disque à la production particulièrement soignée où l'américaine se fait plus aventureuse que dans mes souvenirs ; car si elle ne met pas de côté ses belles balades folk qui ont fait sa notoriété, si americana et country restent la trame principales du disque, Courtney Marie Andrews s'offre quelques escapades plus pop et soft-rock que par le passé. Et ce dès l'ouverture de 'Valentine' avec Pendulum Swing (en écoute aujourd'hui), une balade qui s'ouvre comme une fleur dans sa deuxième partie et qu'on croirait avoir été composée et produite par le Air du début de carrière.
Il y a de jolies choses dans 'Transmitter', le nouvel album de Cut Worms, nom derrière lequel se cache l'américain Max Clarke. De l'indie-rock léger qui tend vers le folk-rock et quelques bribes de country disséminées ici et là. Et surtout de belles inspirations distillées tout du long : un peu du My Sweet Lord de George Harrison sur la chanson d'ouverture Worlds Unknown, pas mal de Elliott Smith dans tout le cœur de l'album - et donc, forcément, un peu de Beatles aussi, quelques essences de Wilco (Jeff Tweedy est à la production). Rien de fondamentalement renversant certes, mais des mélodies
qui restent dans la tête, des compositions qui n'ont pas à rougir et un
ensemble joliment troussé.
Étonnamment, en fin de 'Transmitter', Cut Worms change son fusil d'épaule, décale la guitare, pièce centrale jusque là, au deuxième rang et installe le piano en majesté sur les trois dernières chansons. Et fait passer son quatrième album dans une dimension supérieure. On ne criera pas au génie, mais tout de même, le triptyque Shut In (en écoute aujourd'hui), Out of Touch et Dream, est d'une grande beauté mélancolique, mélodique à souhait et qui rappelle par bien des aspects We Are Catchers (projet disparu trop tôt). Le genre de chansons qui vous font reconsidérer un album dans son ensemble et vous donnent envie d'en découvrir plus en profondeur d'autres facettes auprès desquelles vous seriez passés.
Album : Transmitter Année : 2026 Label : Jagjaguwar
Quelques mois après la sortie de leur remarquable premier album 'Where
we've been, Where we go from here', le duo Friko, qui sonnait comme un
quatuor, avait publié une reprise de très réussie de Weird
Fishes/Arpeggi de Radiohead - du genre à vous donner envie de redonner une chance à 'In Rainbows', c'est dire.
Deux ans plus tard, et alors que Niko Kapetan et Bailey Minzenberger sont désormais à la tête d'un véritable quatuor (Korgan Robb à la guitare et David Fuller à la basse les ayant rejoints), Friko continue de lorgner vers la bande à Thom Yorke avec les premiers extraits de son deuxième album, 'Something Worth Waiting For'. Et notamment sur Still Around (en écoute aujourd'hui), dernier single en date, qui a tout de la bande d'Oxford époque 'The Bends' (surtout) / 'Ok Computer'. Une urgence mélodique (et qui reprend quelques gimmicks de Radiohead d'ailleurs) aux guitares nerveuses autant que lumineuses, et un chant presque habité, qui vit sa chanson comme jamais. J'allais dire « prometteur », mais vu la qualité de leur premier album, ce n'est en rien surprenant. Alors, je me contenterais d'un « épatant ». Vivement le 24 avril prochain.
Album : Something Worth Waiting For Année : 2026 Label : ATO Records
Alors qu'on attend désespérément un nouvel album de la superbe Scout Niblett (treize ans d'attente tout de même and still counting), c'est une autre Scout qui est de retour en ce début 2026 : Scout Gillett. Originaire de Kansas City et désormais établie à New-York, l'américaine vient de publier son deuxième album, 'Tough Touch' chez Slouch Records, après un premier effort chez Captured Tracks.
Un disque pour tous les amoureux de langueur (et de chant un rien affecté) qui se distingue sur deux chansons : Secret Life of Trees, qui retient son explosion finale le plus longtemps possible pour mieux tenir en haleine son auditoire, et Cherry Blossoms (en écoute aujourd'hui), très beau morceau qui prend tout son sens dans sa dernière partie, quand Scout Gillett lâche les chevaux et la joue guitar hero, en duo avec un piano qu'on dirait sorti de chez The Black Heart Procession.
Album : Tough Touch Année : 2026 Label : Slouch Records
En février 1980, alors qu'AC/DC vient de publier Highway to Hell, son plus grand single, et devient un mastodonte du rock'n'roll, Bon Scott s'étouffe dans son vomi et meurt à l'âge de 33 ans. Moins de six mois plus tard, le groupe des frères Young a un nouveau chanteur, Brian Johnson, et publie 'Back In Black', le deuxième album le plus vendu de l'histoire.
En mai 1980, Ian Curtis, jeune homme torturé s'il en est, se pend dans sa cuisine à seulement 23 ans. Incapables de continuer sous le nom Joy Division, Peter Hook, Bernard Sumner et Stephen Morris partent fonder un nouveau groupe, New Order, en se réinventant à coups de new-wave et de synth-pop dansantes, au succès planétaire.
En octobre 1991, un jour seulement après l'avoir annoncé, Freddie Mercury meurt du SIDA. Pendant quelques temps, les rumeurs circulent sur la possibilité pour Brian May, Roger Taylor et John Deacon de continuer l'aventure Queen avec un nouveau chanteur (George Michael et Axl Rose étaient évoqués dans les cours de récréation) mais le trio n'en fera rien, préférant annoncer la fin d'un des plus grands groupes du monde et capitaliser sur leur discographie gargantuesque : une telle voix et une telle personnalité sont irremplaçables.
Trois exemples, parmi beaucoup d'autres, trois façons de rebondir après la mort d'un des membres de son groupe. Trois manières, pas meilleures ou pires qu'une autre, pour savoir quoi faire après. Continuer ? S'arrêter ? Rebooter ?
Les américains d'Injury Reserve ont eu à trancher ce débat en juin 2020. Ce trio établi à Phoenix au début des années 2010, auteur de mixtapes remarquées et d'un album remarquable, a du faire face au décès soudain de Stepa J. Groggs, un des deux MC du groupe. Que faire pour RiTchie et Parker Corey, les deux membres survivants ? D'abord terminer le second album qu'Injury Reserve était en train d'enregistrer à l'époque, puis le publier quelques mois plus tard sous le nom de 'By the Time I Get to Phoenix'. Avant de se mettre en retrait, réfléchir à la meilleure manière de donner une suite à l'aventure et honorer leur ancien compère.
Il aura fallu deux ans à RiTchie et Parker Corey pour trouver la solution. Exit le nom Injury Reserve, trop lié à Stepa J. Groggs, et bonjour à By Storm. Un nom venu de la dernière chanson de 'By the Time I Get to Phoenix', Bye Storm. Pour symboliser cette transition, le désormais duo publie en août 2023 une vidéo de plus de dix minutes, présentant deux clips : celui de Bye Storm, plein d'archives vidéos de Stepa J. Groggs, puis, dans la continuité, celui de Double Trio, le premier vrai single de ce nouveau projet. Et puis plus rien pendant dix-huit mois, jusqu'en février 2025 : By Storm publie alors une nouvelle chanson, Zig Zag, prémices d'un premier album sous cette nouvelle entité, le bien nommé 'My Ghosts Go Ghost'.
Dans ce disque, il est en effet question de fantômes. Celui des productions passées d'Injury Reserve pour commencer. Car si le hip-hop de By Storm est toujours abstrackt et expérimental, le tempo est plus lent, construit sur des arpèges de guitares aux atours folktronica et indus, où glitch et beats se la jouent minimalistes, pendant
que soul et jazz passent une tête de temps à autre.
D'autres fantômes traversent 'My Ghosts Go Ghost'. Ceux de la vie passée de RiTchie, qui raconte qu'il est sur le point de devenir
papa, et tout ce que cela signifie : ces concessions, cette vie moins
contraignante qui lui échappe, voire cette jalousie pour ce
futur enfant à naître (Can I Have You For Myself?) ; ceux d'une industrie musicale qui a totalement périclité et qui ne permet plus aux
artistes talentueux de s'en sortir, de vivre de l'art, obligés qu'ils sont de cumuler
scène et petit boulot pour subvenir aux besoins de leur famille.
Évidemment, le fantôme le plus marquant de 'My Ghosts Go Ghost' est bien celui de Stepa J. Groggs. Mais n'attendez pas que By Storm fasse dans l'évocation pompière ou vienne étaler son chagrin à la face de son auditoire. Non, le duo rend hommage à son ami avec touché et pudeur, évoquant lui ou sa disparition au détour d'allusions sibyllines, métaphoriques voire cryptiques. Et son absence se cristallise merveilleusement sur le morceau In My Town. Une chanson de sept minutes, faite d'une ambiance assez ténébreuse, où RiTchie rappe, percutant et ciselé, son texte fustigeant
l'industrie musicale, Live
Nation et la difficulté de joindre
les deux bouts ; en contrechamp une voix aérienne, comme
évanescente, répète et psalmodie quelques uns de ses vers. Et alors que le refrain vient de se terminer, alors que le deuxième
couplet devrait prendre la suite... rien. Personne au micro. La voix en arrière-plan se
tait, la chanson laisse dérouler sa mélodie, sans qu'une rime ne
vienne la perturber. Comme si By Storm avait conscience que cette
seconde partie aurait du appartenir à Stepa J. Groggs et qu'en son
absence, il valait mieux laisser la musique continuer seule, sans ses mots.
'In My Town' est l'apogée de 'My Ghosts Go Ghost', qui pourtant ne manque pas de grandes chansons : And I Dance, qui transpire de mélancolie mais a tout d'un tube, le lumineux GGG en conclusion, le curieux mais si addictif Zig Zag, Dead Weight et ses boucles hypnotiques, la formidable ouverture Can I Have You For Myself?, Grapefruit et son beat répétitif et obsédant, le taiseux et embrumé Best Interest sur lequel vient rapper sur un couplet Billy Woods, seul invité de l'album, ou Double Trio 2, suite de leur tout premier single, presque grandiloquent.
'My Ghosts Go Ghost' est un disque impressionnant de la part de By Storm, comme construit sur plusieurs niveaux musicaux, plein de strates qui se
superposent ou s'emboitent, le tout produit avec une justesse
folle par Parker Corey. Un album de hip-hop d'avant-garde, d'une écriture, d'une beauté et d'une finesse renversantes. Un disque de catharsis aussi. Et un merveilleux
hommage à leur meilleur ami. La mort, c'est de la merde. Mais ça
débouche parfois sur des miracles. (Sortie : 30 janvier 2026)
Trois chansons de 'My Ghosts Go Ghost' de By Storm en écoute aujourd'hui. A tout seigneur, tout honneur, In My Town pour débuter (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis And I Dance, à la mélancolie superbe et à ses atours de tube. Et enfin, GGG, la chanson de conclusion, presque pop :
A ce jour, quatre clips ont été tirés de 'My Ghosts Go Ghost' de By Storm. En voilà deux, l'immense In My Town et And I Dance. En bonus, la vidéo qui a fait la transition entre Injury Reserve et By Storm. Un clip de dix minutes avec une première partie consacrée à Bye Storm, la dernière chanson de 'By The Time I Get To Phoenix', dont la vidéo rend hommage à Stepa J. Groggs, et une seconde, enchainée avec Double Trio, le premier morceau composé par By Storm :
Derrière ce nom de IST IST se cache non pas un groupe allemand mais un quatuor originaire d'Angleterre. Et plus précisément de Manchester, ce qui n'est sans doute pas anodin vu la musique qu'ils déroulent sur 'Dagger', leur cinquième album en six ans. Un disque de trente-deux minutes au compteur pour dix chansons, faites de post-punk plein de dark-wave, new-wave et synthpop, aussi sombre qu’exubérant, emballé qu'il est dans une production massive et qui ne fait pas dans le détail. Avec quelques chansons très efficaces (Encouragement, en écoute aujourd'hui, Makes No Difference et son côté pompier assez irrésistible, pour ne citer qu'elles), rappelant Editors plus souvent qu'à son tour, 'Dagger' est un tout cas un disque aux mélodies sacrément accrocheuses, que d'aucuns trouveront trop faciles, qui reprend tous les codes du genre (même la voix profonde), ne révolutionne rien mais le fait au final plutôt bien.
Album : Dagger Année : 2026 Label : Kind Violence Records
J'ai une relation ambivalente avec Penny Arcade, le projet solo (mais en groupe) de James Hoare, l'homme - notamment - derrière The Proper Ornaments. D'un côté, son premier album solo 'Backwater Collage'm'avait beaucoup plu en 2024, plein qu'il était de pop fatiguée, de mélodies douces, de rythme langoureux, et d'une production ronde et cotonneuse. De la sunday pop désabusée et de haute tenue en somme.
De l'autre, il y a ce concert du 16 mai 2024, sur la péniche du Sonic, Lyon. Une salle clairsemée, un public absent pour pourtant, un des meilleurs concerts de mon année, le quatuor sur scène présentant une version électrique et nerveuse de 'Backwater Collage', allongeant ses chansons plus que de raison pour un ensemble tout à fait réjouissant. Sauf que ce soir là, je n'avais pas de bouchons d'oreilles. Et que ce soir là, le groupe a joué fort, très fort, en tout cas pour moi. Et que depuis cette soirée, mes acouphènes, résiduelles jusque-là, sont devenues des compagnes stridentes qui partagent ma vie, mes journées, mes heures et mes secondes. Un sifflement ininterrompu devenu supportable par force de l'habitude.
Alors je sais qu'ils n'y sont pour rien - le Sonic, Lyon non plus d'ailleurs. C'est la faute à pas de chance, celle de ma fatigue prononcée de l'époque qui a su créer les conditions propices à tout cela, la mienne surtout de ne pas avoir su protéger mes oreilles comme il se devait. Mais j'ai beau faire, à chaque fois que j'y fais attention, je pense à Penny Arcade.
Pour autant, cela ne m'empêche pas de réécouter régulièrement 'Backwater Collage', parce que c'est un album que mes dimanches matins affectionnent. Cela ne m'empêche pas non plus de m'enthousiasmer à l'annonce de la sortie le 17 avril prochain, toujours chez Tapete Records, de 'Double Exposure', le second album de Penny Arcade, à la très belle pochette. Et encore plus à l'écoute de Rear view mirror (en écoute aujourd'hui), le premier single qui en est extrait. Une bien jolie chanson tout aussi épuisée, à la voix toujours effacée, presque en retrait, de James Hoare, et qui semble amorcer un virage, plus sec, dans les compositions de Penny Arcade. Une chanson à l'os sans l'être en quelque sorte, et qui n'est pas sans rappeler Eels.
Album : Double Exposure Année : 2026 Label : Tapete Records