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lundi 29 décembre 2025

Bilan 2025 : Top « 7", Ep, Compilation, Réédition et Albums oubliés »


A trois jours de la fin d'année, il était temps, enfin, de tirer dans ces pages le bilan de 2025. Parce que c'est une tradition. Parce que si cela prend du temps (réécouter, choisir, trancher, écrire, mettre en page), c'est un exercice que j'affectionne : il est toujours intéressant de faire un point sur ce qui nous a marqués, emballés, touchés. Avec toujours dans l'idée d'essayer, peut-être, de faire passer le message pour que d'autres, à leur tour, ressentent les mêmes choses.

A tout seigneur tout honneur, commençons ce traditionnel bilan annuel en quatre parties par tous les formats hors albums : les 45-tours, les Ep, les compilations, les rééditions et, nouveauté cette année, les albums oubliés. Tous ces disques récents ou non, à côté desquels je suis passé les années précédentes et que j’ai découvert sur le tard, grâce, le plus souvent, aux top de l’année qui essaiment un peu partout. Et ces disques m’ont tant renversé qu'il fallait que j'en parle.

Mais avant de déflorer cette liste, comme le veut la tradition, quelques petits liens ci-dessous vers des sites amis (ou non) qui eux aussi ont tiré leur bilan annuel :
- Les meilleures rééditions de l’année pour Raven Sings The Blues
- Les meilleures rééditions de l’année pour Treble
- Les Ep de 2025 pour For The Rabbit
- Les 25 meilleurs Ep de l'année pour Rosy Overdrive
- Le top 20 des disques de l’année chez Sonne Qui Peut de Sami

Il y a dans la liste ci-dessous dix-sept disques. Du 45-tours dont les chansons se retrouveront sans doute dans mon top singles, des Ep qui ne payent pas de mine mais qui sont imparables, une compilation d'un groupe essentiel à mes yeux, deux rééditions à tomber et quatre albums « oubliés » donc, qui auraient sans doute fini très haut dans mon classement 2024 si je les avais découverts plus tôt. Je ne sais pas s'il y en a pour TOUS les goûts, mais pour beaucoup de goût tout de même.

Avec, évidemment, des lecteurs Spotify, Deezer et Tidal pour écouter une chanson de chacun des disques chroniqués. Bonne lecture et bonne écoute !

Et n'hésitez pas à suivre le blog le reste de l'année, ici mais aussi sur la playlist quotidienne "Track of The Day" de Spotify, Deezer, Tidal et/ou YouTube


Bilan 2025 :
Top « 50 chansons »
Top « Albums » (20-01)
Top « Albums » (40-21)


 
7"


King Hannah - This Hotel Room 7" [City Slang Records]

Porté par la chanson This Hotel Room (sublime balade hantée aux accointances mélodiques country mais à la saveur blues-électrique, qui voit Hannah Merrick et Craig Whittle mêler leurs voix tandis que les guitares, tapies dans l'ombre attendent leur heure pour venir finalement vrombir en pleine lumière - noire), ce 7" du duo King Hannah est sans doute mon préféré de l’année. Et leur reprise de Look At Miss Ohio de Gillian Welch en face-B est tout aussi recommandable.
Library Card - Art School 7" [At Ease Records]

Découvert au tout début janvier dernier par leur Ep de l’an passé (voir plus bas), les néerlandais de Library Card confirme tout leur potentiel sur ce 45-tours, à considérer comme une double-face A tant la chanson Days of Clay, fausse balade rock qui joue le froid et le chaud, n'a strictement rien d’une face-A, bien au contraire.
MEMORIALS - In The Weeds 7" [Fire Records]

Alors que le deuxième album serait dans les tuyaux, MEMORIALS, duo composé de Verity Susman d’Electrelane et Matthew Simms de Wire (en tout cas dans sa formation la plus récente), s’offre un 45-tours ultra-limité mais pas piqués des hannetons, sorte de grande messe pop gourmande mais turbulente, pleine de strates, aux claviers comme des orgues et à la batterie motorik.
Chronophage - Musical Attack: Communist + Anarchist Friendship Ep [Post Present Medium]

Anciens héros de ces pages, les texans d'Austin auront sorti un très bel Ep cet album, comme enregistré pied au plancher, qui partage son temps entre rock à la Guided By Voices, post-punk qui s'ignore, pop - quand elle n'est pas jangle - qui s'illumine d'un coup ou se met à sautiller, le tout enrobé d'une production lo-fi qui leur va bien au teint. Un disque qui transpire de tant de sincérité, ne lésine pas sur les mélodies et est si jouissif qu'il est difficile de ne pas en tomber fou.
doseone & Height Keech - Wood Teeth [Hands Made Records]

Sorti un 4 juillet, jour de l’indépendance américaine (ce qui est loin d’être anodin), court (12 mns) mais puissant Ep que celui de doseone (à la productivité assez dingue dernièrement) et Height Keech. Un disque hargneux où doseone (bien aidé par Height Keech) balance ses textes engagés de sa voix et de son flow si uniques, sur fond de rock et de funk tout droit venus des 70s. 
Living Dream - Absolute Devotion Ep [Inscrutable Records]

Derrière ce nom un peu paresseux se cache un quintet originaire d'Indianapolis dont le dernier Ep en date est une petite merveille de quatre chansons de jangle-pop psychédélique à laquelle on aurait mis quelques gouttes de garage-rock, et qu'on aurait emballée dans une production do-it-yourself aux atours sixties du meilleur effet. Un combo qui a tout pour devenir votre nouveau groupe préféré.
Midding - Nowhere Near Today Ep [Tough Love Records]

Premier Ep qui fait montre de sacrées promesses pour ce quintette gallois, signé Tough Love (gage de qualité). Un disque aux contours psyché, noise-rock et même indus où reverb et disto se taillent la part du lion et qui s'ouvre par le remarquable Clem's Crime, sorte de rencontre entre Joy Division et My Bloody Valentine.
The Orchestra (For Now) - Plan 75 [-]
The Orchestra (For Now) - Plan 76 [-]

Deux Ep pour le prix d’un de la part de The Orchestra (For Now), septet de Cambridge. Et deux disques aux facettes finalement assez différentes : 'Plan 75 Ep' (sorti en mars dernier), romantique et lumineux à bien des égards mais où le feu couvait sous la glace, et sa suite publié le 31 octobre, 'Plan 76 Ep' qui reprend les mêmes éléments mais les triture, les torture et y ajoute une touche post-hardcore, rendant une grande partie du disque beaucoup plus tendue, nerveuse et furieuse. A suivre de très très près, leur premier album ne saurait tarder.
 

COMPILATION


Bob Dylan - The Bootleg Series Vol. 18: Through the Open Window, 1956-1963 [Columbia Records]

Huit CD, 139 chansons dont 48 enregistrements jamais entendus (et le même nombre de versions très rares) : voilà ce qui nous attend dans ce dix-huitième volume des Bootleg Series de Bob Dylan, consacré cette fois à ses tous débuts, quand il arrive à New-York, à Greenwich Village et qu’il joue ici et là, dans des clubs minuscules, dans des appartements ou sur des scènes improvisées. Mieux, le huitième disque de l’édition Deluxe propose le fameux 'Concert at Carnegie Hall' du 26 octobre 1963. Columbia continue sa série d'exhumation avec toujours autant de pertinence et de perfection. Ah qu’il est bon d’être fan de Bob Dylan.
The Pains of Being Pure at Heart - Perfect Right Now: A Slumberland Collection 2008-2010 [Slumberland Records]

Ils n’arrêtent pas de tourner, à tel point qu’on dirait qu’ils sont sur le point d’annoncer un nouvel album. Mais avant cet hypothétique retour, The Pains of Being Pure at Heart se seront rappelés à notre (ou en tout cas au mien) bon souvenir avec 'Perfect Right Now: A Slumberland Collection 2008-2010', disque qui compile les face-B des singles extraits de leur premier album ainsi que l’EP qui a suivi ('Higher Than The Stars'). Un disque évidemment parfait qui montre à quel point la bande à Kip Berman était essentielle dans les années 2000.
Bill Fay - From the Bottom of an Old Grandfather Clock (A Collection of Demos and Outtakes 1966-70) [Dead Oceans]

Sans doute ma réédition de l’année, couplée à ma compilation de l’année. Originellement sorti en 2004, à une époque où le monde n’avait pas encore redécouvert Bill Fay, publié sur le petit label anglais Wooden Hill, et indisponible depuis bien quinze ans, 'From the Bottom of an Old Grandfather Clock (A Collection of Demos and Outtakes 1966-70)' est une compilation absolument renversante de face-B, d’outtakes et de démos de futures chansons du compositeur anglais. Il y a ici, et quasiment à toutes les plages, des chansons imparables, d’une beauté folle. Vingt-cinq morceaux mémorables d’un homme qui se cherche encore et qui, à l’écoute, semble déjà s’être trouvé. Dead Oceans ne pouvait faire mieux que rééditer cette compilation majuscule pour rendre hommage à Bill Fay, mort en février dernier. 
Sufjan Stevens - Carrie & Lowell (10th Anniversary Edition) [Asthmatic Kitty Records]

Étonnamment, on n’a pas trop parlé de cette réédition d’un des (si ce n’est le) meilleurs albums des années 2010, et autre chef d’œuvre de Sufjan Stevens. Pourtant, qu’elle est merveilleuse, du packaging aux démos offertes en bonus. Elles sont au nombre de sept (dont une de Mystery of Love du film 'Call Me By Your Name' et une de Wallowa Lake Monster, une des chansons qui n’avaient pas passé le cut du tracklisting final et qu’on avait pu retrouver sur 'The Greatest Mix' deux ans plus tard) et sont toutes plus sublimes les unes que les autres, avec notamment une version incroyable de 4th of July de près de 14 minutes - qui préfigure 'The Ascension'. A pleurer tout du long et qui prouvent que les chansons de 'Carrie & Lowell' sont faites du bois des immenses chansons.
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LES OUBLIES
Nouvelle rubrique dans ces bilans annuels, avec tous les disques, récents ou non, à côté desquels je suis passé les années précédentes et que j’ai découvert sur le tard, grâce, le plus souvent, aux top de l’année qui essaiment un peu partout. Et ces disques m’ont tant renversé que je me devais d'en parler.


Julie Christmas - Ridiculous and Full of Blood [Red Creek Recordings] - 2024
Si j’avais découvert 'Ridiculous and Full of Blood' de Julie Christmas dans le courant de l’année 2024, nul doute qu’il aurait terminé très haut dans mon top de l’année passée. Il fallait donc réparer cette injustice. Car ce disque, enregistré (notamment) avec Johannes Persson de Cult of Luna, est absolument renversant. Post-metal, post-hardcore, soupçons de grunge comme de rock, chant hurlé, doucereux parfois, écorché souvent, il y a tout cela dans cet album cinq étoiles.
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Library Card - Nothing, Interesting Ep [At Ease Records] - 2024
Sorti en 2024, ce premier Ep des néerlandais de Library Card était totalement passé sous mon radar, qui ne l'a détecté qu’en janvier dernier. Et quelle claque ! Ouvert par un Well, Actually, superbe chanson rock, pertinente autant qu'incroyablement addictive, pleine de rage et de morgue, l’Ep fait montre d’un sacré talent de composition chez ce quatuor de Rotterdam qui, s’il était anglais, serait déjà tout en haut des listes « Next Big Thing ».
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Prostitute - Attempted Martyr [-] - 2024
Derrière ce nom provocateur et cette pochette trompeuse se cache un quintette du Michigan, auteur d’un premier album dingue, mélange de noise-rock, de post-hardcore, de post-punk, aux ambiances arabisantes, enragé mais plein de nuances. Un disque intense de bout en bout, sorti sans label et qui va connaitre une deuxième vie au printemps prochain, Prostitute venant de signer chez Mute Records. Mérité, cent fois mérité. Quel premier album !
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Puts Marie - Pigeons, Politicians & Pinups During the End Time of Mankind [YagwudsRecords] - 2024
Découvert à la toute fin d’année, 'Pigeons, Politicians & Pinups During the End Time of Mankind' faisait une entrée fracassante dans mon top 2025, bousculant le classement que j’avais commencé à travailler. Mais patatras, après de nombreuses écoutes et quelques recherches, l’album a en fait été publié en octobre 2024. Il a donc toute sa place ici. Post-rock apocalyptique, crépusculaire et habité, ce nouvel album des Suisses est un disque absolument envoûtant, plein de mélancolie noire. Et indéniablement remarquable.
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Bilan 2025 :
Top « 50 chansons »
Top « Albums » (20-01)
Top « Albums » (40-21)



Comme le veut la tradition, vous trouverez ci-dessous un lecteur Spotify pour écouter une chanson de chacun des dix-sept disques évoqués ci-dessus. Pour les non-abonnés Spotify, cette sélection est également disponible sur Deezer et Tidal dans des lecteurs dédiés !
 
 

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lundi 24 juin 2024

[Track of The Day] Sufjan Stevens - I Went Dancing With My Sister

Les rééditions ne sont pas l'apanage des gros labels. Beaucoup d'ailleurs en ont pris leur parti depuis quelques années. Notamment Asthmatic Kitty Records. Et difficile de leur en vouloir quand on a comme figure de proue un artiste majeur (et accessoirement son co-fondateur) comme Sufjan Stevens et quelque-uns de ses albums (tout aussi majeurs) dans son back catalogue.

Un an après la réédition de 'Michigan' et un an avant celle d''Illinoise' (que je vais évidemment commander, comme à chaque fois), Asthmatic Kitty Records vient de publier une Deluxe Edition de 'Seven Swans'. Un très bel objet semble-t-il mais musicalement sans grande nouveauté par rapport aux rééditions précédentes (oui, vous imaginez bien qu'il y en a eu d'autres). Notons juste que deux des chansons bonus Waste of What Your Kids Won't Have et I Went Dancing With My Sister (sauf erreur, toujours pas de Borderline, face-B de The Dress Looks Nice On You, sorti à l'époque) sont désormais disponibles pour la première fois en digital et également sur flexi disc (après avoir été un gravées en 45-tours lors d'éditions précédentes, ce qui avait tout de même plus de gueule vous en conviendrez). Pas de nouveauté à proprement parler donc, mais nous sommes lundi, il y a du banjo, il s'agit de Sufjan Stevens et en ces temps troublés, ça ne peut pas faire de mal.

Alors, comme en septembre 2007, j'avais déjà mis à l'honneur Waste of What Your Kids Won't Have dans ces pages, faisons place aujourd'hui à I Went Dancing With My Sister, autre chanson bonus et face-B tout à fait délicieuse.

Album : Seven Swans (Deluxe Edition)
Année : 2024
Label : Asthmatic Kitty Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, I Went Dancing With My Sister de Sufjan Stevens est en écoute ci-dessous :

Autre « bonus » de cette Deluxe Edition de 'Seven Swans', voilà Waste of What Your Kids Won't Have de Sufjan Stevens :

samedi 30 décembre 2023

Bilan 2023 : « Albums » (01-20)


Après les 45-tours et tous les disques hors formats, après vingt premiers albums, passons donc aux vingt meilleurs, ceux qui auront plus que squatté mes journées, mes soirées et mes longs trajets en voiture. Mais avant de dévoiler tout cela, allons comme d'habitude voir ce que les voisins, français ou étrangers, ont pensé de cette année 2023 :
- Le top 50 des albums 2023 pour la rédaction de Stars Are Underground
- Les meilleurs albums de 2023 selon Raven Sings The Blues
- Le toujours épatant bilan d’Aquarium Drunkard
- Le Top des rédacteurs de Benzine et de ses lecteurs 
- Les 20 albums de l’année de Sonne Qui Peut
 
Vingt albums donc. La crème de la crème selon mes oreilles. Une année particulièrement faste à mon sens, avec des disques pour certains pas loin d'être prodigieux et notamment un sextet difficile à départager. Au programme donc, du drone hypnotique, du post-punk furieux, des voix merveilleuses, de la pop dépressive ou seventies, de la pop ensoleillée, de la songwriteuse divine, de l'électro-soul de très haut niveau, le retour d'un vieux de la vieille, un disque écrit avec des larmes, un autre disparu depuis 25 ans, une formidable confirmation hip-hop,  le meilleur parolier et le meilleur groupe de rock français, du jazz arabisant, la révélation de l'année, de l'anglais qui a du tube plein sa besace ou le merveilleux hommage de deux légendes à un des plus grands groupes de l'histoire. C'est à peu près tout cela qui aura fait mon année. Dont voici donc le meilleur. Ou en tout cas, mon meilleur.

Et comme le veut la tradition, au bas de ce papier se trouvent des players Spotify et Deezer proposant une chanson ou un morceau de chacun des disques présentés juste après. Bonne lecture. Et bonne écoute !





20. Kali Malone – Does Spring Hide Its Joy [Ideologic Organ]
Je n'aurais pas cru qu'un tel disque pouvait autant me charmer. Pourtant, ce 'Does Spring Hide Its Joy' (qui n'a strictement rien de printanier) et ses 3h de drone est hypnotique au possible. Kali Malone et ses deux invités (Stephen O'Malley de Sunn O))) à la guitare électrique et Lucy Railton au violoncelle) font évoluer leurs notes au travers de textures épaisses. Un disque dont l'écoute est tout à fait fascinante - et encore plus sur un bon matériel hi-fi.
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19. ANOHNI and the Johnsons – My Back Was A Bridge For You To Cross [Rough Trade Records]

Beaucoup moins soul que veulent bien le dire certains, 'My Back Was A Bridge For You To Cross' est un album splendide à bien des égards de la part d'ANOHNI and the Johnsons. Un disque d'une classe folle qu'ANOHNI porte sur ses épaules, par ses textes touchants et sa voix renversante.
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18. Benny Sings – Young Hearts [Stones Throw Records]

Ce qui n'aurait du être qu'un coup de coeur estival comme il y en a plein s'est avéré au final être un disque refuge. 'Young Hearts' est un album de pop qui se serait accoquiné avec quelques légers beat hip-hop. Un disque fun et sans prétention, aux mélodies chatoyantes quand elles ne sont pas entraînantes.
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17. Bonnie 'Prince' Billy – Keeping Secrets Will Destroy You [Drag City / Domino Records]

'Keeping Secrets Will Destroy You' est sans doute un de ses plus beaux disques récents de Bonnie 'Prince' Billy. Un album simple, aux atours country-folk, avec sa voix et sa guitare au centre de tout, la voix de Dane Waters en soutien, quelques arrangements légers et léchés (quelques cordes par-ci, un orgue ou un cuivre par-là), qui savent toujours embellir sans jamais alourdir. Un album au dénuement partiel mais délicat, souvent touchant et qui s'ouvre par une chanson tout à fait remarquable, Like It or Not.
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16. Deeper – Careful! [Sub Pop Records]

Plein de guitares racées et qui claquent, de basses profondes, de synthés dansant et d'une voix aux contours eighties, cet album de Deeper navigue dans les eaux troubles d'un post-punk circa-1980 et de waves qui ne veulent pas dire leurs noms. Partant dans beaucoup de sens tout en gardant une unité impeccable, 'Careful!' est une réussite de chaque instant et un des disques du genre les plus réussis de 2023.
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15. Billy Woods & Kenny Segal – Maps [Backwoodz Studioz]

Après l'immense 'Aethiopes' l'an passé, revoilà Billy Woods flanqué cette fois de Kenny Segal à la production, pour des retrouvailles. Un disque puissant où il est question de voyages, au tempo lent et pas bégueule en ce qui concerne les invités (Quelle Chris, Aesop Rock, Danny Brown, Armand Hammer et même Sam Herring, le chanteur de Future Islands). Découvert uniquement en 2022 (alors qu'il a vingt ans de carrière derrière lui), j'ai comme dans l'idée que Billy Woods va devenir un habitué de mes bilans de fin d'année.
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14. Sufjan Stevens – Javelin [Asthmatic Kitty Records]

Trois ans après le magnifique (mais décrié) 'The Ascension', revoilà Sufjan Stevens, avec 'Javelin' sous le bras. Un disque écrit à l’encre des larmes versées à la perte de l’homme de sa vie quelques mois plus tôt. Et cela se ressent dans cette nouvelle petite merveille, perclue de chansons bouleversantes (Will Anybody Ever Love Me?, la reprise de There's a World de Neil Young), de folk lumineux et d’arrivées bruitistes, étouffantes et délirantes comme pour mieux pouvoir hurler sa douleur discrètement. Un disque qui, a l’instar de sa pochette, est une sorte de condensé de 'All Delighted People Ep' et de quelques bribes de 'The Age of Adz'.
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13. Protomartyr – Formal Growth In The Desert [Domino Records]

'Formal Growth In The Desert' est le sixième album du quatuor de Détroit et sans doute pas le moins réussi. Un disque sombre , aux guitares profondes, aux gimmicks pop et mélancoliques et au post-punk qui préfère plus souvent le tempo lent et la langueur à une furie plus anecdotique. Un album qui prend une encore plus grande ampleur sur scène.
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12. The Lemon Twigs – Everything Harmony [Captured Tracks]

Après des années à faire dans la surenchère et à écrire des chansons à l’intérieur de chansons à l’intérieur de chansons, 'Everything Harmony' voit les Lemon Twigs réduire la voilure, faire plus simple, plus sobre, sans pour autant oublier d’où ils viennent. Et le résultat est plutôt saisissant, tant cet album est beau, touchant, bien orchestré et surtout très juste, ne partant jamais dans des excès qui auraient pu gâcher bon nombre de compositions. Sans doute leur meilleur album.
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11. Fenne Lily – Big Picture [Dead Oceans]

Originaire de Bristol, Fenne Lily a commencé à écrire cet album (son troisième) au moment de sa rencontre avec son petit ami et a en fini l'écriture lors de leur séparation. Il y a un peu tout cela dans ce disque où la jeune femme déroule sa pop teintée de folk, à la vibe qui rappelle Laura Veirs, dans une ambiance duveteuse et d'une voix douce qui ne s'égare jamais dans des éclats superflus.
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10. Stéphane Milochevitch – La Bonne Aventure [Talitres]

Après trois albums (dont les deux derniers, 'Le Tunnel Végétal' et 'Au Paradis', sont révérés dans ces pages) sous le nom de Thousand, Stéphane Milochevitch a pris cette année son envol sous son propre nom. Mais rassurez-vous, le changement n'est qu'administratif tant les qualités de compositeur et de parolier de notre homme n'ont pas bougé. 'La Bonne Aventure' est un disque merveilleux de pop à la française, où se côtoient mélodies accrocheuses et arrangements fins et léchés (à l'exception de la chanson d'ouverture Le clou dans le bois de la croix, sublime en tous points), sur lesquels vient se poser cette voix presque éraillée et éteinte, qui parle plus qu'elle ne chante des textes toujours riches et lettrés, d'où émane une belle poésie.
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09. Soft Water – Middle Ground [-]

A l'image de sa pochette aux tournesols brûlés, 'Middle Ground' n'est pas un album qui respire la joie, le bonheur et la félicité ; à l'image de ses deux compositeurs, Family Video et Fog Lake, pas connus pour être les plus rigolos de la bande. Mais leur indie-pop élégiaque et dépressive, lorgnant parfois vers le slowcore, est touchante car elle raconte des histoires que nous tous avons vécues, celles pleines d'amours perdues et de solitude infinie.
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08. Buck 65, doseone, Jel – North American Adonis [A Purple 100 / Handsmade Records]

Vu son histoire folle (album enregistré en 1998 et perdu suite à un crash), voir débarquer 'North American Adonis' dans les bacs vingt-cinq ans plus tard est en soi un petit miracle. Réenregistré en se basant sur le peu qu'il restait des sessions originelles, ce disque est immense autant que captivant. Et s'il n'est pas passéiste pour un sou, il est comme une capsule temporelle qui nous ramène au tournant des années 2000, au meilleur d'Anticon, quand ce label était une référence et que ses membres étaient les meilleurs agents hip-hop de l'époque.
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07. Pynch – Howling At A Concrete Moon [Chillburn Recordings]

Enfants de toute une scène rock anglaise des années 2000, les Pynch ne sont pour autant pas des rejetons qui font dans la redite fadasse et réchauffée. Leur premier album 'Howling At A Concrete Moon' est un disque très attachant et sacrément emballant, porté qu'il est par des mélodies qui font mouche, des tubes un peu de partout, des riffs longs en bouche mais classieux, et des textes plein de spleen et de nostalgie autant que de sarcasme ou de cynisme.
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06. Special Friend – Wait Until the Flames Come Rushing In [Hidden Bay Records / Howlin Banana Records / Skep Wax]

Minimal sans l’être, moins bruitiste que son prédécesseur tout en étant plus affirmé et ambitieux, ce deuxième album de Special Friend est un disque plein de certitudes, où les mélodies rock langoureuses et mélancoliques, le noise-pop et ce parfum de slowcore qui flotte un peu partout se tiennent dans un équilibre tout sauf instable tant on sent une vraie certitude émaner des chansons du duo. Formidable album.
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05. Le Cri du Caire – Le Cri du Caire [Les Disques du Festival Permanent / Airfono / L'Onde & Cybèle / Big Wax Distribution]

Porté par la voix de Abdullah Miniawy, le violoncelle de Karsten Hochapfel, le saxo ténor de Peter Corser et la trompette d'Erik Truffaz, 'Le Cri du Caire' est le genre du disque où les univers se confondent, où l'alchimie est évidente, où la symbiose est totale entre ces six mains et cette voix, et surtout où la beauté l'emporte toujours, même quand elle n'est pas bouleversante.
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04. Bar Italia – Tracy Denim [Matador Records]

Moins post-punk qu'indie-rock, aux lignes de guitares absolument superbes - sans doute les plus belles entendues cette année - et qui trouvent en la basse et la batterie (pas là pour jouer les faire valoir et à la vraie plus-value) de bien adéquats compagnons de jeu, rappelant plus souvent qu'à son tour le Blonde Redhead des débuts voire un Sonic Youth apaisé, 'Tracey Denim' est un disque époustouflant et qui fait déjà figure d'instant classic (avec en bonus une pochette qui va bien à ce qualificatif). Sans conteste la révélation rock de 2023.
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03. Pascal Comelade / Ramon Prats / Lee Ranaldo – Velvet Serenade [Staubgold / Cougouyou Music]
 
'Velvet Serenade' n'est rien d'autre qu'un des plus grands disques hommage à l’œuvre du Velvet Underground jamais sortis. Mais attention : il n'est pas ici de reprises banales ou « à la manière de ». Non. En 35 minutes, le trio Pascal Comelade, Ramon Prats et Lee Ranaldo réinvente les chansons du Velvet, les fait passer par d'autres états et montre à quel point elles sont intemporelles et d'immenses compositions. Avec une pochette splendide, 'Velvet Serenade' est un album immense, merveilleux, qui déborde d'idées et de beauté.
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02. Róisín Murphy – Hit Parade [Ninja Tune]

Il faut peu d'écoutes pour se rendre compte à quel point 'Hit Parade' est un disque absolument époustouflant, symbiose si parfaite entre Róisín Murphy et DJ Koze que leurs deux noms auraient mérité de figurer à son fronton ; elle chantant divinement bien, jouant avec les productions de son acolyte, tantôt taquine, tantôt profonde. Soulful et funk à souhait, house ou simplement électro, cet album plein de tubes potentiels est sans doute l'album que j'ai le plus écouté de l'année.
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01. Juni Habel – Carvings [Basin Rock]


Avec cette voix doublée, ces chœurs feutrés, ces petits bruissements d'instruments ou de plancher en fond, il y a tout au long de 'Carvings' cette sensation que des fantômes bienveillants volettent de partout, lui apportant une aura presque mystique. Enregistré dans la maison familiale, accompagnée de son mari, de son frère et de son oncle et où il est souvent question de la jeune sœur de la norvégienne, disparue tragiquement dans un accident de la route, ce magnifique album folk de Juni Habel transpire de sincérité.

Évoquant Nick Drake et surtout Vashti Bunyan, 'Carvings' est un petit miracle poétique, mélancolique autant que lumineux, où les accompagnements léchés mais discrets ne tirent jamais la couverture à eux, préférant être au service de la mélodie et des textes de Juni Habel. Un disque apaisé, à l'image de sa pochette, aux chansons d'une beauté rare, qui aura accompagné beaucoup de mes fins de soirée.
Surtout, mon tout premier coup de coeur de 2023. En mars dernier je finissais d'ailleurs ma chronique de l'album par ces mots : « Je ne sais pas ce que nous réserve cette année 2023, mais il va falloir faire très fort pour supplanter la majesté de cet album ». Personne n'a été aussi fort justement. 'Carvings' ne m'a pas quitté de toute l'année. Un chef d'oeuvre. Un grand.


Comme à chaque fois, ci-dessous deux lecteurs (Spotify ou Deezer, choisissez votre camp) présentant une chanson de chacun des vingt disques ci-dessus. Dans l'ordre croissant. Bonne écoute !