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lundi 30 décembre 2024

Bilan 2024 : « Albums » (20-01)


Après la partie 1 sur les formats courts, compilations et rééditions, la partie 2 consacrée aux albums classés de la 21è à la 40è place, passons au vingt disques qui auront fait chavirer mon petit coeur pendant les 365 jours de cette année pas si pire mais fondamentalement pas vraiment remarquable. Un classement toujours compliqué tant tous les disques présents ici ont tous compté à un moment ou l'autre de l'année.

Mais avant ça, faisons notre traditionnel détour vers le voisinage plus ou moins lointain pour voir les choix des blogs et autres sites, amis ou non :
- Le très complet bilan de Benzine (site, rédacteurs et lecteurs)
- Les 100 albums de l’année de The Quietus
- Le top album de "Sonne Qui Peut" de Sami
- Les meilleurs albums de 2024 selon Raven Sings The Blues
- Le bilan 2024 d’Esprits Critiques de Marc Mineur 

Avant de décliner les vingt albums qui auront fait mon année, je voudrais avoir une pensée d'abord pour tous ces disques à-côté desquels je suis passé, ceux à qui je n'ai pas donné une seconde chance alors qu'ils l'auraient sans doute mérité pendant que j'en donnais dix à certains qui ne le méritaient pas, ceux que je n'ai pas écouté car submergé par trop de sorties, partout, tout le temps ou coincé dans des disques sans intérêt. Mais vingt albums donc. La crème de la crème (selon mes oreilles en tout cas), avec de la prêtresse aux atours de reine, deux albums hip-hop miraculeux, de la soul avec un grand "S", du rock qui fricote avec le post-punk à moins que ce ne soit l'inverse, de la jangle-pop de très haute tenue, un disque français court mais si parfait, un autre à la pop cosmique, de la chanteuse folk à vous hérisser le poil, de l'électro absolument imparable et un numéro 1 absolument évident et le seul album qui m'a bouleversé à la première écoute. Tout est ci-dessous en vingt mini-chroniques avec au bas de ce billet, évidemment, un lecteur Spotify et un lecteur Deezer présentant une chanson de chacun de ces disques. Bonne lecture et bonne(s) écoute(s).



Bilan 2024 :
Top « 50 Chansons
»
Top « Albums » (40-21)
Top « 7", 12", Ep, Réédition & Compilation »


20. EggS - Crafted Achievement [Howlin Banana Records]
Si ce nouvel album d’EggS a de faux-airs d’Ep (24 minutes seulement), il n’en reste pas moins remarquable de bout en bout, enivrant, passionnant, plein de cuivres, de guitares énergiques, de rythmiques imparables, de chœurs qui sonnent comme des cerises sur le gâteau, et de chansons mémorables quand elles ne sont pas des tubes évidents. Un album très américain, au rythme échevelé et sur lequel la présence de nombreux invités (dont deux En Attendant Ana) n’est pas étrangère à sa grande classe.
19. Being Dead - Eels [Bayonet]
Passé la première mésentente (non, il ne s'agit pas d'un nouvel album de Mark Oliver Everett), 'Eels' du duo texan Being Dead s'avère vite être un album comme on les aime. De l'indie-rock un peu bringuebalant, à la vibe surf-rock, aux influences sixties, avec de la pop un peu de partout, dont chaque écoute se révèle meilleure que la précédente. Grand disque qui sonne comme un album de branleurs mais qui ne l'est pas. Reste plus qu'à savoir si, à l'instar d'un Nick Lowe qui avait sorti un 'Bowi Ep' au réponse au 'Low' du grand David Bowie, le prochain album d'Eels s’appellera 'Being Dead'.
18. Penny Arcade - Backwater Collage [Tapete Records]
Formé autour de James Hoare de The Proper Ornaments, Penny Arcade n’aura pas raté ses débuts discographiques avec 'Backwater Collage', disque de pop résolument fatiguée, dont les mélodies, le rythme, la voix comme effacée et une production ronde et cotonneuse vous bercent par leur langueur et leur beauté.
17. Nia Archives - Silence Is Loud [Island]
Album de jungle/drum'n'bass qui aurait pu n'être qu'un disque de genre si l'on n'y avait pas insufflé beaucoup de pop, de r'n'b et même d'indietronica pour lui donner une épaisseur toute autre, 'Silence Is Loud' est un premier album remarquable de la part de l’anglaise Nia Archives. Une sorte de rencontre improbable entre Ms. Dynamite, la britpop et le breakbeat des années 90.
16. Jessica Pratt - Here in the Pitch [Mexican Summer / City Slang]
'Here in the Pitch' est un disque hors du temps où la folk joliment ouvragée de Jessica Pratt, avec ses quelques touches de bossa-nova qui semblent flotter tout du long, fait merveille. Un disque à l’ambiance rétro, presque anachronique, mais d’une beauté immédiate et imparable.
15. Mannequin Pussy - I Got Heaven [Epitaph]
Porté par sa chanson titre et d'ouverture très représentative (construction dichotomique avec des couplets punk à souhait et un refrain entre shoegaze et pop), 'I Got Heaven' voit le gang de Philadelphie faire encore mieux que sur son album précédent 'Patience' (déjà vieux de cinq ans). Du rock, du punk, du hardcore à juste dose, le tout sur trente minutes resserrées : les Mannequin Pussy prouvent qu'ils sont un groupe qui compte.
14. Chelsea Wolfe - She Reaches Out To She Reaches Out To She [Loma Vista]
Produit par David Sitek de TV On The Radio qui lui donne une remarquable identité, 'She Reaches Out To She Reaches Out To She' est un disque gothique et puissant, plein de dark-wave, de trip-hop et de pincées de métal, avec des nappes profondes et des atmosphères industrielles, où flotte des ambiances comme malignes, possédées, d'où ressort - et contraste - la voix de Chelsea Wolfe, parfaitement - et sans doute jamais aussi bien - mise en valeur ici. Grande disque. Immense reine noire.
13. Irène Drésel - Rose Fluo [Room Records / Wagram Music]
Dernier album d'une trilogie voulue comme telle, 'Rose Fluo' est le disque qui m'aura fait découvrir la française Irène Drésel. Et quelle claque ! De la techno et de l'électro d'une efficacité dingue, prompte à faire danser n'importe qui, tout en jouant avec le tempo d'une manière imparable, est entourée d'une élégance et d'un raffinement dingues.
12. Tramhaus - The First Exit [Subroutine Records]
Une vibe Frank Black (plus que Pixies), un côté de Iceage/Bambara et même un soupçon de Swans : ce premier album des néerlandais de Tramhaus est une réussite de chaque instant. Un disque puissant, carré inspiré, avec une férocité sous-jacente qui ne demande qu’à exploser. Sans conteste un des très grands albums post-punk de l’année.
11. Sam Lee - songdreaming [Cooking Vinyl]
Poétique à bien des égards, centré sur la nature et tout ce que nous sommes en train de lui faire subir sans jamais ciller, qui est notamment porté par la chorale transgenre Trans Voices, 'songdreaming' est un album évanescent de folk et d’avant-folk, qui sait respirer et prendre son temps comme être sujet à quelques poussées de fièvre irrésistibles. Aussi enchanteur que touchant.
10. Friko - Where we've been, Where we go from here [ATO Records]
Duo de Chicago qui est sonne comme un quatuor, Friko fait autant dans la pop que dans le noise, le rock et la chamber pop. Des chansons qui commencent comme une balade et qui finissent avec de la disto, des morceaux énervés au possible, une chanson d'ouverture qui résume bien notre affaire et quelques bluettes mélancoliques à tomber. Un sacré premier album qui sonne un deuxième ou troisième. A suivre de près.
09. Godfather Don - Thesis [HHV Records]
Hip-hop à la sauce boom-bap, qui sonne à l'ancienne mais qui ne fait pas daté pour autant, 'Thesis' est un album brillant et inspiré, même souvent imparable, où Godfather Don s'occupe de tout, du flow comme de la production et des samples, avec le touché de celui qui sait, qui a l'expérience de compositeur, de producteur et qui sait aller piocher dans tous les genres pour affirmer son propos. Disque de patron.
08. Jamie xx - In Waves [Young]
Électro et house, samples stylés (Astrud Gilberto, The Moody Blues), invités triés sur le volet (The Avalanches, Panda Bear), 'In Waves' est un disque d'une réjouissance continue et totale qui sonne comme un mix savoureux où tout découle naturellement, pour un résultat aussi dansant qu’euphorique de la part d'un membre de The XX, groupe je n'ai l'habitude pas grand-chose à faire.
07. Kelly Finnigan - A Lover Was Born [Colemine Records]
Guitares et basses savamment jouées, rythmique soyeuse, cuivres euphoriques et langoureux, cordes légères et promptes à soumettre le premier des hésitants, à d'autres plus tendus et aiguisées, piano qu'on aurait piqué à un club de jazz, chœurs propres à venir relever chacun de ses élans vocaux : cet album de l’américain Kelly Finnigan est tantôt Northern, Midwest, Pop, que sais-je encore et même tout ce que vous voulez. Mais c’est avant tout de la très grande Soul. Avec un « S » majuscule, oui.
06. Jess Ribeiro - Summer of Love [Poison City Records / Labelman]
Né dans la douleur, enregistré avec nombre d'artistes, pour la plupart à distance, porté par une excellente production, assez sombre, un rien étouffante parfois, et surtout la belle voix de Jess Ribeiro, presque discrète et qui semble ne vouloir chanter que pour nous, 'Summer of Love' fait partie de ces albums superbes et divinement mélancoliques où la vie n'est pas toujours belle, ni évidente, mais dont les mélodies et les chansons le sont, elles.
05. English Teacher - This Could Be Texas [Island Records]
Auréolé d'une production remarquable qui ne subit pas les chansons mais sait s'adapter à elles, d'un mix méticuleux, de basses terriblement soignées, de guitares qui jouent le feu et la glace, d'une rythmique impeccable, de textes pas anodins et bien dans leur époque, le tout soutenu par la voix toujours plus surprenante et belle de Lily Fontaine qui alterne entre spoken word et chant, 'This Could Be Texas' est un disque immense, aux compositions, à la construction et à l'unité éclatantes. Un album, un vrai, pensé comme tel, écrit comme tel, assemblé comme tel. La marque des très grands.
04. The Blue Herons - Go On [Subjangle]
Avec son indie et jangle-pop circa 80s, qui rappelle les univers C86 et de Sarah Records autant qu'il évoque The Luxembourg Signal, 'Go On' du duo suisso-américain The Blue Herons sonne de prime abord comme un disque de genre. Mais très vite, il transcende tout cela. Un album solaire, romantique, aux mélodies superbes, aux guitares exquises et à la voix toujours d’une très grande justesse. Immense album auquel l'immonde pochette générée par IA ne rend pas du tout justice.
03. Omega Violet - Hic Sunt Leones [Licorne Label]
Sorti au tout début du printemps, 'Hic Sunt Leones' (« Ici Sont Les Lions » en latin), le premier album du trio français Omega Violet est le disque que j'ai le plus écouté en 2024 en streaming (selon le Spotify Wrapped). La faute a une sortie uniquement numérique alors que ce voyage plutôt onirique, envoûtant au possible, fait de guitares et de claviers, où l'on se balade de riffs délectables en nappes superbes, dans un monde de rock progressif, de space pop et de balades toute floyd-ienne, mériterait une version physique. Mais quelle découverte !
02. CRIMEAPPLE & Preservation - El León [Manteca Music / Mon Dieu Music / RRC Music Co.]
Premier album d’une trilogie annoncée entre CRIMEAPPLE et Préservation, 'El Leon' est un disque aux ambiances 70s (la pochette est au diapason), à la production magistrale faite de jazz, de funk, de soul, de samples hispanisant merveilleux et d’un flow percutant. Un disque court, fin et mélodieux, qui respire la classe. Un classique instantané.
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01. Adrianne Lenker - Bright Future [4AD]


Produit à la perfection, 'Bright Future' est un disque qui m'a pris par surprise alors que je n'en attendais rien. Pour tout dire, c'est même le seul disque de 2024 qui m'a totalement soufflé et bouleversé dès la première écoute. Un album qui s'ouvre par Real House (dont il est honnêtement difficile de se remettre) et qui tout du long transpire de sincérité, de textes brillants, de petits vers d'une beauté folle (« You have my heart, I want it back »), de petits détails mélodiques (un violon grinçant par-ci, un piano discret par là, quelques voix en soutien), avant de venir briser notre cœur en mille morceaux, pour peu qu'on ne l'ait pas déjà en miettes après les onze premiers morceaux, avec Ruined, apothéose de ce sublime album. En un mot comme en cent, un chef d’œuvre comme on en voit peu dans une année. Une reine est définitivement née le 22 mars dernier.



Histoire de savoir de quoi l'on parle, vous trouverez ci-dessous deux players (Spotify et Deezer) proposant chacun une chanson des vingt albums chroniqués ci-dessus :

mercredi 29 mai 2024

[Track of The Day] Beth Gibbons - Reaching Out

Dans mon billet sur le dernier album de Chelsea Wolfe, j'évoquais le fait que cette semaine, j'avais rendez-vous avec deux immenses dames. Et après la gothique américaine ce mercredi, c'est avec l'anglaise Beth Gibbons que j'ai pris date, vendredi soir, jour où elle viendra présenter sur la scène de la Bourse du Travail son premier album solo, 'Lives Outgrown'. Premier album oui, car à ma grande surprise, son 'Out of Season' de 2002, co-écrit et enregistré avec Paul Webb, bassiste du Talk Talk de Mark Hollis, n'est pas considéré comme tel.

Il aura donc fallu du temps à Beth Gibbons pour enfin se mettre en selle et en scène seule, vingt-deux après 'Out of Season' et seize ans après 'Third', dernier album en date de Portishead, dont elle est l'éminente voix. Mais l'attente valait n'était pas veine tant ce disque est d'une grande beauté ; et qui a le bon goût de ne pas se dévoiler à la première écoute. Car si les orchestrations chiadées vous agrippent l'oreille immédiatement, si ces violons ivres vous renversent d'un coup d'un seul (sublime Burden of Life), si la voix de Beth Gibbons est caressante et d'une justesse évidente, il y a dans ce 'Lives Outgrown' un ensemble de petits détails qui restent à découvrir, qui se révèlent un à un (notamment l'épatant travail sur la rythmique), à la grâce d'une production très sûre de James Ford et Lee Harris (l'ancien batteur de... Talk Talk, décidément), qui met la voix et les compositions de l'anglaise dans une très belle lumière, un rien tamisée mais à l'effet irrémédiablement doucereux et faussement cotonneux.

Plus : Beth Gibbons était en concert ce lundi 27 mai à la Salle Pleyel, à Paris. Un live à découvrir et écouter sur le site de France Inter.

Edit : Review du concert de Beth Gibbons à la Bourse du Travail de Lyon le vendredi 31 mai 2024

Beth Gibbons était donc hier soir à la Bourse du Travail à Lyon. Salle pleine, public hétéroclite (mais pas très jeune) et à l’écoute de la reine. Pour profiter au maximum, j’avais essayé d’en savoir le moins possible sur son début de tournée, en zappant notamment tout ce qui avait été dit et écrit sur son concert à Pleyel quelques jours avant à Paris (les setlist, évidemment la diffusion du concert sur Inter, etc). Hé bien quelle claque. Mais quelle claque.
Un concert d’une beauté invraisemblable. Elle, réservée, concentrée sur son chant. Et le groupe autour d’elle, absolument merveilleux de justesse et de talent, tout à fait à son service. Tout 'Lives Outgrown' y est passé (quel disque), deux chansons de 'Out of Season' (et évidemment pas les plus laides : Mysteries et Tom The Model). Et en rappel Roads. On me dit dans l’oreillete que le concert diffusé par France Inter ne contient pas Roads car Beth Gibbons et son équipe ne trouvaient pas que la version était satisfaisante. Je ne sais pas ce qu’ils ont pensé de la version d’hier soir, mais ca a été l’apothéose pour moi. Le point de bascule qui fait passer un concert merveilleux en concert exceptionnel.

Au final, ma seule déception c’est de n’avoir payé que « 38.5€
». J’étais placé dans les balcons à droite de la scène et pour la première fois de ma vie, je regrette de ne pas avoir mis les 25€ supplémentaires pour me retrouver au premier rang et pouvoir l’admirer (et son groupe) encore plus.

Certains ergoteront que soixante-dix minutes, c’est court. Mais c’était si intense, si beau, si renversant, que c’était justement parfait. Quel concert. Quel moment. Dieu que les artistes rares sont si précieux.
 

Album : Lives Outgrown
Année : 2024
Label : Domino Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Reaching Out de Beth Gibbons est également en écoute ci-dessous :
 

Autre chanson très (la plus ?) belle de 'Lives Outgrown' de Beth Gibbons, voilà Burden of Life :

 

Le clip de Reaching Out de Beth Gibbons :

lundi 27 mai 2024

[Track of The Day] Chelsea Wolfe - Unseen World

On a beau être lundi, savoir que ces cinq jours vont être longs avec tant dossiers à compléter et de projet à organiser, je sais en ce qui me concerne que la semaine va être belle. Forcément, j'ai rendez-vous avec deux immenses dames.

La première d'entre elles, c'est Chelsea Wolfe, reine gothique qui vient présenter sur scène (ce mercredi au Transbordeur) 'She Reaches Out To She Reaches Out To She', son nouvel album sorti en février dernier ; sans doute le meilleur de sa discographie - pourtant déjà de très haute tenue jusque-là.

Produit par David Sitek de TV On The Radio qui lui donne une remarquable identité, 'She Reaches Out To She Reaches Out To She' est un disque gothique et puissant, plein de dark-wave, de trip-hop (il y a un côté Portishead dans cet album) et de pincées de métal, avec des nappes profondes et des atmosphères industrielles, où flotte des ambiances comme malignes, possédées, d'où ressort - et contraste - la voix de Chelsea Wolfe, parfaitement - et sans doute jamais aussi bien - mise en valeur ici.

A l'exception de House Of Self-Undoing à la batterie diablement urgente, 'She Reaches Out To She Reaches Out To She' est essentiellement construit autour de chansons au tempo lent - quand elles ne sont pas des balades - à l’hypnotique noirceur. Et c'est là que Chelsea Wolfe fait montre, s'il était besoin, d'un talent hors norme ; comme sur la toute fin de l'album, sans conteste son apogée, avec un triptyque d'une beauté folle : Dusk, Place In The Sun et surtout Unseen World (en écoute aujourd'hui), antépénultième chanson avec des nappes à tomber, à l'effet très cinématographique. Grande chanson. Grande disque. Immense reine.

NB : Chelsea Wolfe sera donc en concert ce mercredi 29 mai au Transbordeur de Lyon, le 30 à Biarritz, le 4 juin à Paris, le 27 à Bruxelles et le 29 juin au Hellfest.

Album : She Reaches Out To She Reaches Out To She
Année : 2024
Label : Loma Vista

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Unseen World de Chelsea World est également en écoute ci-dessous :

Autre chanson de 'She Reaches Out To She Reaches Out To She', voilà la sublime balade noire Place In The Sun : 

Le clip de Tunnel Lights, une des grandes chansons de 'She Reaches Out To She Reaches Out To She' de Chelsea Wolfe :

Chelsea Wolfe vient de publier un documentaire d'une petite trentaine de minutes sur la tournée en cours de 'She Reaches Out To She Reaches Out To She' :

vendredi 21 mai 2021

[Track of The Day] Sharon Van Etten & Angel Olsen - Like I Used To

Hier, lors du papier sur le nouvel album de Flock of Dimes, je m'épatais de l'abondance de très bons disques d'artistes féminines en cette année 2021. A y regarder de plus près, une autre tendance est en cours : celle des duos inattendus et qui sont pas là pour faire de l'épate à deux sous.
Après Bachelor (Jay Som et Ellen Kempner) et Chelsea Wolfe/Emma Ruth Rundle, place donc à deux mastodontes du rock indé avec Sharon Van Etten et Angel Olsen qui s'acoquinent le temps d'un Like I Used To brillant - et sans doute appelé à avoir des petits frères.

Une chanson dont l'ambition toute eighties va à merveilles à ces deux reines. Accompagné d'une pochette et d'un clip qui ne démentent l' inspiration et l'envie artistique des autrices, Like I Used est un single ample, mené par un riff à la Born to Run de Springsteen mais joué au ralenti, où Sharon Van Etten et Angel Olsen se répondent puis se rejoignent dans des chants qui ne sont pas sans rappeler celui de têtes d'affiches de la fin des années 70 et du début des années 80, au premier rang desquelles Bonnie Tyler. Très réussi.

Album : -
Année : 2021
Label : Jagjaguwar

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Like I Used To de Sharon Van Etten et Angel Olsen est également en écoute ci-dessous :

Le clip très réussi de Like I Used To de Sharon Van Etten & Angel Olsen :

mardi 2 mars 2021

[Track of The Day] Chelsea Wolfe - Anhedonia (feat. Emma Ruth Rundle)

Savez-vous ce qu'est l'anhédonie ? C'est (et je cite wikipédia) « un symptôme médical qui caractérise l'incapacité d'un sujet à ressentir des émotions positives lors de situations de vie pourtant considérées antérieurement comme plaisantes. Cette incapacité est fréquemment associée à un sentiment de désintérêt diffus (perte de l'élan vital). L'anhédonie, perte de la capacité à ressentir des émotions positives, est fréquemment observée au cours de la dépression et de la schizophrénie. » Tout à fait dans son époque donc.

Anhedonia, c'est également le titre du dernier single de Chelsea Wolfe sur lequel la californienne invite sa compatriote (elle aussi originaire du Golden State) et camarade de label Emma Ruth Rundle (dont j'avais chanté les louanges de son troisième album 'Marked For Death'). Une maladie psychiatrique, deux artistes naviguant dans les eaux troublées du gothique : vous comprenez donc aisément que de rigolade il ne sera point question ici.

Construit sur une base folk, Anhedonia est une longue mélopée noire et torturée (« my sadness has lost its cause and I’m suffocating so don’t come looking for me I’ve got no joy to lend ») où Chelsea Wolfe et Emma Ruth Rundle se partagent les couplets pour mieux se retrouver sur le refrain. Une chanson qui ne cesse de prendre corps au fil de son déroulé, abandonnant sa base folk pour mieux épouser une ambiance plus électrique, nerveuse et hantée, où le mariage final des voix des deux amies est d'une implacable évidence.

Album : -
Année : 2021
Label : Sargent House

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Anhedonia de Chelsea Wolfe et Emma Ruth Rundle est également en écoute ci-dessous :

Ci-dessous, le clip d'Anhedonia de Chelsea Wolfe et Emma Ruth Rundle : 

vendredi 5 février 2021

[Track of The Day] Xiu Xiu - A Bottle of Rum (feat. Liz Harris)

Disparus de mes radars depuis une reprise iconoclaste de Don't Smoke in Bed de Nina Simone, revoilà Xiu Xiu, auteurs d'albums pas piqués des vers mais à la production trop grande pour arriver à la suivre.

Souvent torturés, bigarrés et concassés, les disques de Xiu Xiu (désormais composé de James Stewart et Angela Seo) peuvent, si ce n'est effrayer, au moins rebuter. Mais le prochain album devrait être tout autre. C'est en tout cas ce que penser A Bottle of Rum, le premier single. Une chanson pop par excellence, rêveuse, lancinante, à l'ambiance presque lourde où le mariage des voix de James Stewart et de Liz Harris (la femme derrière Grouper) fait merveille ; elle tenant le micro tout du long, lui laissant sa voix se balader autour, s'évaporer pour mieux réapparaitre.

Et au-delà de ce premier extrait épatant, la suite promet beaucoup également. Car 'OH NO' sera un album de duos où Xiu Xiu a réuni une belle flopée  de Chelsea Wolfe à Sharon Van Etten, d'Owen Pallett à Twin Shadow, en passant par Deerhoof et Liars. Entre autres. Un casting de luxe qui dévoilera ses chansons et ses voix le 26 mars prochain. Pile ce qu'il fallait pour sortir enfin de l'hiver.

Album : OH NO
Année : 2021
Label : Polyvinyl

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, A Bottle of Rum de Xiu Xiu, en duo avec Liz Harris de Grouper, est également en écoute ci-dessous :

Le clip d'A Bottle of Rum de Xiu Xiu et Liz Harris de Grouper : 

lundi 10 septembre 2018

Deafheaven - Ordinary Corrupt Human Love [ANTI-]

Il y a des chansons qui vous font prendre conscience de la force d’un disque. Oh, pas celles qui sont tellement au-dessus qu’elles écrasent le reste des compositions. Non, celles qui subjuguent, celles qui ont ce petit quelque-chose un plus, un rien, ce moment où tout bascule, et qui font passer un album de « réussi » à « mémorable ».

Canary Yellow est de celles-ci. Elle se trouve sur le dernier album de Deafheaven, quatuor de San Francisco, auteur en 2013 de 'Sunbather', disque absolument fascinant, incroyable maelström musical de post-rock, guitares shoegaze, black métal et voix d’outre-tombe.

Canary Yellow est le troisième morceau de 'Ordinary Corrupt Human Love' et le plus long de ce quatrième effort de Deafheaven. C’est surtout une chanson en trois temps. Un début post-rock avec une lente montée progressive qui amène à un déferlement de guitares et de hurlements. Et puis arrive cette huitième minute. La fureur se calme sur quelques accords de guitares ; ce sont ces accords là qui font passer la chanson - et donc l’album - dans une autre dimension. Car si le feu des guitares et le martèlement de la batterie reprennent de plus belle, la mélodie, elle, reste et va mener les 4 dernières minutes à la baguette. Mieux, sur la fin, Deafheaven rajoute encore des couches de guitares, augmente la puissance du son et amène des chœurs inattendus et à faire frissonner d’émoi. Et quand les dernières notes de guitares s’évanouissent, le choc est total. Canary Yellow est sans doute la chanson de l'année. Une sorte de The Pecan Tree mais puissance 10.

C’est donc cette deuxième partie qui envoie 'Ordinary Corrupt Human Love' parmi le sommet des disques écoutés ces derniers temps - et par « derniers temps » je ne parle pas de quelques semaines ou de quelques mois. Car le reste est au même niveau que Canary Yellow. Sans doute plus facile d’accès que ses prédécesseurs, il tranche avec le reste de la discographie de Deafheaven. Post-rock, black-metal, hard-rock, presque prog par moments, limite pop (You Without End qui ouvre notre affaire ou Night People pour un duo avec Chelsea Wolfe tout en retenue) et toujours avec ce « chant » guttural et hurlé, 'Ordinary Corrupt Human Love' est surtout un album clair-obscur incroyablement mélodieux, à la puissance époustouflante. Jamais guitares et hurlements n’auront été aussi lumineux et mélancoliques. (Sortie : 13 juillet 2018)

Plus :
'Ordinary Corrupt Human Love' de Deafheaven est en écoute sur leur bandcamp
'Ordinary Corrupt Human Love' de Deafheaven est à l’achat sur leur bandcamp
'Ordinary Corrupt Human Love' de Deafheaven est en écoute (notamment) chez Deezer et Spotify
Si vous ne deviez lire qu'une seule chronique de 'Ordinary Corrupt Human Love' de Deafheaven, celle de pitchfork est particulièrement conseillée

Trois titres en écoute de 'Ordinary Corrupt Human Love' de Deafheaven, et pas les plus courts évidemment. Forcément, à tout seigneur tout honneur, Canary Yellow et ses 12'17" est essentielle. You Without End, presque pop, est une très belle porte d'entrée pour un album comme celui-ci. Et tant qu'à faire, finissons par Worthless Animal, la chanson qui clôt le disque :




Et pour finir, voilà le clip de Night People, sans doute la chanson la plus calme jamais enregistrée par Deafheaven, et, ce qui ne gâche rien, avec la participation de Chelsea Wolfe. Et premier single de 'Ordinary Corrupt Human Love' :