Peut-on écouter une chanson ou un disque de Noël quand, justement, Noël est derrière nous ? Grande question, peut-être pas philosophique certes mais qui mérite d'être posée. Car tout de même, ce genre est très circonscrit à une période plutôt courte et devient désuet une fois le 25 décembre passé. Que fait-on alors quand on découvre une chanson de haute volée après les fêtes, quand foie gras, huitres et autres papillotes ont été digérées et que la routine a repris le pouvoir ? Hé bien, on s'en émerveille quand même.
Le morceau en question est Tchotchkes et est l’œuvre de Tchotchke, un trio féminin de New-York, et du duo des frères D'Addario The Lemon Twigs, groupe qui semble avoir retrouvé une nouvelle jeunesse depuis sa signature chez Captured Tracks. Deux groupes qui ne sont pas des inconnus l'un pour l'autre, loin de là : Tchotchke a déjà ouvert la scène aux Lemon Twigs ; ces derniers ont produit et joué sur les deux albums de ces dames ; et, histoire de faire un point gossip, la bassiste Eva Chambers fréquente Michael D'Addario tandis que la batteuse Anastasia Sanchez est, elle, en couple avec Brian D'Addario. Une affaire d'amour et d'amitié donc.
Et Tchotchkes dans tout cela ? Bien qu'elle parle de Noël, de ces moments où on tient à acheter le plus beau et le plus cher
cadeau du monde à celle/celui qu'on aime alors qu'il/elle ne souhaite
rien de plus qu'un bibelot qui lui correspond, c'est avant tout une merveilleuse chanson pop, à la veine formidablement Beach Boys (la voix de Michael D'Addario sonne de plus en plus comme celle de Brian Wilson jeune), aux arrangements soignés, pleine d'harmonies vocales magnifiques - si propres aux auteurs de 'Pet Sounds' -, et à la mélodie emballante qu'on a envie de chanter à tue-tête. Aussi bien un 13 janvier, un 20 mars qu'en plein milieu de l'été. Des morceaux comme cela, ça se déguste tous les jours.
Si 'It's Only A Love Song', le nouvel album de l’écossais C
Duncan, n'a pas toute mes faveurs à cause de son trop plein
d'orchestrations, de son manque de finesse et du sentiment qu'il tourne trop vite en rond, on y trouve tout de même Lucky Today. Elle y occupe la deuxième position, et, n'y allons pas par quatre chemins, dans le genre beauté rare, elle se pose là.
Dans Lucky Today, rien n'est superfétatoire, tout y est à sa place, tout y est juste, de sa basse discrète mais câline, à
la voix de C Duncan d'une grande vérité, de ses arrangements fournis mais jamais larmoyants qui débarquent toujours au bon moment, de son emphase contrôlée qui vient et qui va, à ces
quelques « wouhou » qu'aurait aimé Brian Wilson. Une véritable beauté clinique qu'on dirait tirée d'une bande originale de film et qu'auraient parrainé les Beach Boys. Superbe de bout en bout.
Album : It's Only A Love Song Année : 2025 Label : Bella Union
On savait qu'il était fatigué. On savait qu'il n'était plus vraiment parmi nous depuis bien longtemps, sans doute depuis la fin des années 60 et l'enregistrement inachevé de 'SMiLE', le disque de sa vie qu'il avait dans sa tête mais qu'il n'a jamais su entièrement mettre sur bandes. On savait que la mauvaise nouvelle n'allait pas tarder à tomber, surtout à plus de 80 ans, surtout après le décès de sa femme l'an passé. On y était préparé.
Et pourtant, l'annonce du décès de Brian Wilson m'a ému. Beaucoup ému. Il faut dire que dire un adieu définitif à un des deux plus grands génies de l'histoire de la pop a de quoi toucher. Un homme responsable d'avoir écrit un des plus beaux disques de l'histoire de la musique, considéré par des générations entières comme un chef d’œuvre absolu (lisez ce qu'en disait ?uestlove hier soir), disque qui a peut-être fait des Beatles ce qu'ils sont devenus, qui a influencé plus qu'une époque, et dont les versions « a cappella » des 13 chansons (sur le coffret 'The Pet Sounds Sessions')est une des choses les plus merveilleuses au monde.
Un compositeur qui a élevé au rang d'art la pop music comme personne d'autre avant lui. Et le seul artiste qui peut s'asseoir à la table de tous les autres (pop ou non) des soixante dernières années et dire « qui a écrit une plus belle chanson que God Only Knows ? ». Personne, évidemment. Merci pour tout génie, car Dieu seul sait où la musique serait et où nous serions si nous n'avions pas croisé votre route.
« Beauty in the Noise » annonce et promet le deuxième album du parisien Arthur Dubois, l'homme qui se cache derrière le projet Persica 3. Et soyons clairs, il ment éhontément. Car si de beauté il est beaucoup question ici, peu ou pas de bruit à proprement parler. Non, ici, tout est absolument délicieux, de ses mélodies chiadées à son psychédélisme lumineux, de cette ambiance sixties à souhait à cette production lo-fi d'une grande justesse, en passant par ce travail sur les voix et les chœurs, comme démultipliés.
Il y a dans cet album autant de Beach Boys que de Panda Bear (à moins que ce ne soit l'inverse) et de Beatles, autant de pop, de soupçon de soul que de chansons diaboliquement mélodique et psyché. Avec en point d'orgue, une doublette tout à fait irrésistible en tout fin de 'Beauty in the Noise' : Angel Falls, chanson de clôture, pleine de cordes merveilleuses, et surtout sa prédécesseure Teach Me (en écoute aujourd'hui), sorte de rencontre entre le génie de Brian Wilson, le doigté pop des Fab Four et les girls-group des années 60.
Album : Beauty in the Noise Année : 2025 Label : Hidden Bay Records
Je ne sais pas trop quoi penser de 'Loss Of Life', le nouvel album de MGMT. Grand cru en devenir ou disque joliment exécuté mais qui rejoindra leur 'MGMT' de 2013 au rang des albums mineurs d'un groupe pourtant majeur des quinze dernières années ('Oracular Spectacular', 'Congratulations', 'Little Dark Age') ? L'avenir nous le dira tant la musique et les compositions du duo Benjamin Goldwasser / Andrew VanWyngarden ne se dévoilent pas toujours aux premières écoutes (je fais partie de ces gens qui n'ont pas saisi le génie de 'Congratulations' immédiatement).
Quoiqu'il en soit, 'Loss of Life' est un de prime abord un disque réussi. MGMT va chercher son inspiration dans les années 80, pour le meilleur (Nothing Changes qu'on pense longtemps être une balade à la Cure, le parfait People In The Streets) comme pour le pire (le duo sans grand intérêt avec Christine and The Queens Dancing In Babylon, toutes ces guitares dégoulinantes marquées du sceau d'une époque un peu trop pompière et qui a plutôt mal vieilli, que Brian May n'aurait pas reniées) ; mais aussi dans les années 90 (évident Bubblegum Dog, le brit-pop Mother Nature, sorte de rencontre entre Oasis et Sophia).
Pas dénué de grands moments, c'est pourtant à la toute fin de l'album que MGMT vient composer un véritable miracle : Loss of Life. La chanson qui clôture le disque du même nom, alors que sa partie 2 l'ouvrait ; comme si l'album ne devait être qu'une boucle infinie. Un morceau sur notre impréparation à la mort d'un être cher (« You can sail off the edges of the earth, greet the workers of the universe, still nothing prepares you for loss of life »), qui sonne comme du Beach Boys époque 'Pet Sounds' qui aurait été produit par Air. Un titre somptueux et qui voit des cuivre s'avancer peu à peu, prendre de la place et de l'ampleur, qui ont moins à voir avec les trompettes de l'Apocalypse du Nouveau
Testament qu'avec les trompettes de la déesse Pheme dans
la mythologie grecque, qui déifiait les héros par ses chants de Renommée et qui sonnent ici comme une sorte de célébration du défunt et d'une porte d'entrée vers le Monde d'après.
Je ne sais donc pas si 'Loss Of Life' de MGMT va s'imposer dans mes oreilles cette année. Si chaque écoute va lui faire prendre une autre dimension. Ce qui est sûr par contre, c'est qu'il n'est pas dit qu'on écoute une chanson de clôture plus belle et plus touchante que Loss Of Life en 2024. (Sortie : 23 février 2024)
Trois chansons de 'Loss Of Life' de MGMT en écoute aujourd'hui. A tout seigneur tout honneur, ouvrons le bal avec le sublime Loss Of Life dont j'ai beaucoup parlé au-dessus (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Enchaînons avec People In The Streets. Et terminons par le très brit-pop Mother Nature :
Les clips de Bubblegum Dog et de Nothing To Declare, deux des singles extraits de 'Loss Of Life' de MGMT :
Cela fait vingt ans que je crie dans ces pages mon amour pour Animal Collective. De l'importance qu'ils ont eu sur les productions de leur époque et les suivantes. De leurs albums qui sans cesse se renouvelaient. Des idées foisonnantes que Panda Bear, Avey Tare, Geologist et Deakin apportaient sur chaque disque. Et si les années ont passé, si leur importance et leur aura ont baissé, le constat ne change pas.
Plutôt que de recommencer et de me répéter à nouveau, faisons vite, faisons bien : leur nouvel album 'Isn't It Now?', s'il ne révolutionnera pas de prime abord leur discographie est en réalité une drogue à l’accoutumance. Un disque brillant, extrêmement bien produit, à la première partie très Animal Collective, presque classique (tout de même Soul Capturer, quel morceau d'entrée) mais qui dès Defeat (chanson pivot merveilleuse de 22 minutes) renvoie beaucoup de monde à ses chères études en faisant des pas de côtés, en explorant à nouveaux d'autres territoires et en ravivant plus que jamais leur flamme (Gem & I, All The Clubs Are Broken).
En point d'orgue, on trouve Stride Rite, sublime chanson, sorte de rencontre entre les Beach Boys et les Fleet Foxes, qui démarre sur un simple piano conduit par Deakin, tandis que des cymbales s’époumonent à l'arrière et que les voix se doublent et se complètent tout du long sur une ambiance de plus en plus psychédélique. Sans aucun doute une de leurs meilleures compositions des dix dernières années.
Album : Isn't It Now? Année : 2023 Label : Domino Records
Après les Ep, 45-tours et autres rééditions, continuons à dérouler les disques qui auront fait mon année 2022 en passant par la case albums. Comme chaque année, ils sont quarante au programme publiés en deux temps : ceux classés de la place 40 à 21 et vendredi, les vingt premiers.
Mais avant de plonger la tête la première dans ces albums là, comme le veut la coutume, voilà quelques liens à cliquer pour aller voir ce que d'autres ont tirés de 2022 :
Vingt albums disais-je donc. Vingt disques brillants, avec de vraies découvertes, des coups de coeur gros comme ça, du revenant, des chansons cachées depuis 11 ans, des réponses australienne au buzz du moment, des collaborations de légende, entre autres. Des disques de qualité qu'il a été difficile de ne pas classer plus haut (pour autant que ceci ait une quelconque importance) et qui m'auront accompagnés de longs moments en 2022 - et même quotidiennement pour certains. Et comme lire c’est bien mais écouter c’est mieux, en bas de ce papier se trouvent deux lecteurs Deezer et Spotify dans lesquels vous trouverez une chanson de chacun des albums cités ci-dessous. Bonne lecture, bonne(s) écoute(s) !
40. Swami John Reis - Ride The Wild Night [Swami Records] Swami John Reis, sa carrière longue comme le bras comme leader d'une pelleté de groupes post-hardcore et rock, a décidé de se lancer en solo. En résulte un disque de trente minutes qui ne s'embarrasse pas de détails entre garage et power-rock, plein d’énergie, de fougue et de tubes à la pelle (la chanson titre pour ne citer qu’elle). Un album « continue à fond, on freinera quand on pourra toucher le virage du doigt », aussi immédiat qu'addictif. En savoir plus
39. Peel Dream Magazine - Pad [Slumberland Records / Tough Love Records]Il y a dans les quinze chansons de 'Pad' un peu de Kings of Convenience pour la délicatesse de la voix, pas mal de pop des 60/70s (la pochette étant là pour le confirmer) et beaucoup de Beach Boys. Un très bel album aux airs d'un Burt Bacharach minimaliste, et qui évoque une sorte de sunshine pop rêveuse de fin d'été, quand le soleil tape moins fort, que les jours commencent à raccourcir et les soirées à rafraîchir
38. A Place to Bury Strangers - See Through You [DedStrange] 'See Through You' est le sixième album d’A Place to Bury Strangers et voit le trio de Brooklyn redevenir on ne peut plus intransigeant et bruyant au possible, avec une production au couteau, mais sans délaisser totalement ses élans « pop » récents. Un grand cru, noisy à souhait, évidemment.
37. Animal Collective - Time Skiffs [Domino Records] Loin de la hype de leurs débuts, Animal Collective prouve avec 'Time Skiffs' à quel point le groupe a toujours ce petit truc en plus de composition, cette folie qui n'appartient qu'à eux - quand bien même beaucoup se sont inspirés de leurs travaux. Un album qui est une sorte de retour aux sources, un melting pot de 'Spirit They're Gone Spirit They've Vanished', 'Sung Tongs', 'Feels' et 'Strawberry Jam'. De la folk-pop sous acide, que l'on imagine dirigée par un Panda Bear, réel patron de l'organisation animale, d'où s'échappent encore des petits bijoux, si ce n'est bricolés, au moins tordus dans tous les sens.
36. Nyx Nótt - Themes From [Melodic Records] Voilà un énième disque brillant par une des deux têtes pensantes d’Arab Strap. Un concept album totalement instrumental, centré autour de la télévision, où les huits morceaux retranscrivent l'idée qu'Aidan Moffat se fait des génériques d'émissions ou de films de télévision. Un ensemble de qualité, presque d'une autre époque, dont le meilleur résumé vient d’Aidan Moffat lui-même : « a walk through a neon Soho after a few cocktails ».
35. Field Medic - Grow your hair long if you’re wanting to see something that you can change [Run For Cover Records] Sans conteste la plus belle « touche » (comme on disait quand j’étais ado) de l’année. Un très joli disque de folk, de pop et de folk-pop, bien achalandé (c’est la première fois qu’il a un groupe avec lui), triste mais beau, beau mais triste.
34. Jockstrap - I Love You Jennifer B [Rough Trade]
Premier album pour le duo Ellery/Skye et première réussite. Un disque d'avant-garde, d'art-pop, de glitch-pop (si tant est que ce terme existe), de balades sublimées, de r&b et d'électronica, plutôt fourre-tout mais à la cohérence remarquable.
33. Marie-Flore - Je sais pas si ça va [6&7] Totalement inconnue à mes oreilles jusque là, beau coup de coeur que la découverte de la parisienne Marie-Flore et de son troisième album. Difficile de résister à cette voix qui semble autant désabusée, trainante que sûre de ce qu’elle exprime, de ces mélodies mélancoliques et aux atours déprimés, et de ces textes souvent amers sur l’amour, les relations, la vie.
32. Steph Green - Thanks for That [Mashed Potato Records] Une des très belles pochettes de 2022 pour ce disque qui a tout du mini-album (9 chansons, quelques 20 minutes) de la part de l’américaine Steph Green. Un 'Thanks for That' entre folk et rock à l'aura lo-fi délicieuse et qui rejoint le haut de la scène de songwriteuse qui ne cesse d’exploser depuis quelques années.
31. The Mountain Goats - Bleed Out [Merge Records] Avec pour pierre angulaire les films d’actions en tout genre et de toute époque qu’il a consommé en grande quantité au moment des confinements, John Darnielle a écrit un nouveau disque brillant pour ses Mountain Goats. Un concept-album sur les anti-héros, qui voyage entre pop joliment troussée, balades belles à pleurer et élans rock sacrément efficaces.
30. Hudson Mohawke - Cry Sugar [Warp] De l'électro-trash à des sonorités qu'on dirait composées par Vangelis tout en faisant plus que flirter avec le rap, 'Cry Sugar' vous trimballe dans tous les sens, passe du tout au tout constamment, et n'en reste pas moins passionnant à bien des égards tout au long de ses 73 minutes et 16 morceaux. Un disque qui ne vous met jamais dans le confort et vous prend à défaut à chaque titre.
29. Pusha T - It’s Almost Dry [Def Jam Recordings / Getting Out Our Dreams] Hip-hop, soul, funk sont au programme de cet album de Pusha T, disque incongru par sa durée (35 minutes, aucun remplissage) mais tellement délicieux de bout en bout. Un 'It's Almost Dry' venant avec son lot de featuring cinq étoiles (Kid Cudi, Jay-Z, Clipse) et une chanson majuscule, Dreaming of The Past, qui utilise un sample de la reprise de Jealous Guy de John Lennon par Donny Hathaway en 1972 et sur lequel Pusha T et Kanye West (compositeur du morceau) viennent rapper.
28. Bill Callahan - YTI⅃AƎЯ [Drag City] Si les disques de Bill Callahan sont souvent de bonne facture, cela faisait presque dix ans que l’ancien Smog ne m’avait pas retourné à ce point. Un disque sublime, sans doute un de ses meilleurs, parcouru de titres majuscules (Naked Souls !), aux orchestrations léchées et à la poésie vibrante.
27. Body Type - Everything Is Dangerous But Nothing's Surprising [Poison City Records] Power-indie-pop aux accents punk, 'Everything Is Dangerous But Nothing's Surprising' est une sorte de réponse australienne à Wet Leg, de la part d’un quatuor féminin actif depuis six ans et qui ne s’en laisse pas compter. Gros coup de coeur.
26. Oceanator - Nothing's Ever Fine [Big Scary Monsters / Polyvinyl Record / Plastic Miracles] Plein de petits hook pour relancer ses chansons, malin et jamais passéiste, 'Nothing's Ever Fine' est un disque qui fuzz, qui pop, aux guitares belles comme tout. Finalement, son seul vrai défaut sa pochette, lambda au possible et qui ne rend pas justice à cet excellent album qui dévoile une sacrée artiste dont on n'avait pas soupçonné jusque là tout le talent.
Troisième volet de la série 'King’s Disease', cet album de Nas est en quelque sorte mes retrouvailles avec celui qui aura ambiancé ma fin d’adolescence. Un disque où tout est net et précis, où le flow est percutant et les productions classieuses, engageantes et même jubilatoires.
24. Rosalía - Motomami [Columbia Records] Pas vraiment la cible première de ce genre d’albums, j’ai été totalement happé par la folie Rosalía. Il faut dire qu’il y a de quoi dans ce 'Motomami' où se mêlent autant de r&b que de hip-hop, de trap, de reggaeton que de flamenco revisité et servi à la sauce 2022. Un album pas loin d’être gigantesque et qui est brillant de bout en bout.
23. Sea Power - Everything Was Forever [Golden Chariot Records] Sans doute un peu zappé par tout le monde en cette période de bilan car sorti très tôt en 2022, ce retour des désormais Sea Power (ils ont abandonné le « British ») est pourtant grandiose. Nerveux à souhait, mélancolique comme jamais, aux deux voix toujours aussi complémentaires, 'Everything Was Forever' est un des meilleurs album du groupe jusque là. Quel retour !
22. Danger Mouse & Black Thought - Cheat Codes [BMG] Une association qui sur le papier faisait rêver : d’un côté Danger Mouse, producteur touche à tout. De l’autre Black Thought, patron avec ?uestlove de The Roots. Le résultat est sans appel : c’est évidemment brillant, produit à la perfection, au flow précis de Black Thought et aux invités de prestige (A$AP Rocky, Raekwon, Run the Jewels, Michael Kiwanuka, Joey Bada$$) dont MF Doom pour un featuring venu de l’au-delà.
21. MGMT - 11•11•11 [MGMT Records] Les disques « live » font rarement recettes chez moi. Et quand ils le font, ils n’atterrissent pas dans cette partie là du bilan. Sauf que ce live de MGMT y a toute sa place - et c’est dire sa qualité tant la réputation des new-yorkais est plutôt piteuse en matière de concert. Enregistré il y a onze ans, il ne contient QUE des inédits du groupe, jamais rejoués depuis, et composés spécialement pour une rétrospective consacrée au plasticien italien Maurizio Cattelan. Psyché, souvent hallucinatoire, '11•11•11' est un voyage aérien - parfois sous psychotropes que l'on prendrait par plaques de douze - que l'on ferait affalés dans des nuages douillets.
On appelle ça faire un pas de côté. Découvert via 'Agitprop Alterna' en 2020 qui sentait bon le shoegaze et les guitares fuzz, Peel Dream Magazine est revenu aux premières lueurs de l'automne avec 'Pad', un disque à mille lieues de son prédécesseur. Exit guitares noisy et bonjour délicatesse, pop légèrement ensoleillée, arrangements délicats et voix susurrée.
Oui, Joe Stevens, au sortir de la période COVID, a décidé d'aller découvrir de nouveaux horizons. Imaginant qu'il était viré par son groupe (alors qu'il est, contrairement à ce que je pensais, le seul maître à bord de Peel Dream Magazine), il va raconter ses déboires et ses malheurs, ses doutes et ses coups de moins bien tout au gré d'une sunshine pop rêveuse de fin d'été, quand le soleil tape moins fort, que les jours commencent à raccourcir et les soirées à rafraîchir.
Il y a dans les quinze chansons de 'Pad' un peu de Kings of Convenience pour la délicatesse de la voix, pas mal de pop des 60/70s (et une magnifique pochette qui rappelle cette époque là) et beaucoup de Beach Boys - notre homme est fan et cela s'entend sur bon nombre de mélodies et d'effets de voix. Un très bel album, qui ne conviendra sans doute pas à toutes les saisons, mais dont l'allure aux airs d'un Burt Bacharach minimaliste saura transporter en temps voulu.
Album : Pad Année : 2022 Label : Slumberland Records / Tough Love Records
Nous sommes le 26 décembre, 2021 est sur le point de tirer sa révérence et si je suis ravi de la voir disparaitre, je ne suis pas pour autant sûr d'avoir hâte de découvrir 2022 tant celle-ci devrait être, vu les dernières nouvelles assommantes qui se répètent, un copié-collé pas forcément enviable. Pour autant, si 2021 vu à bien des égards détestables, elle n’en reste pas moins une bien formidable année musicale. On le verra dans ce premier papier et les trois qui suivront, elle aura même été de très haute volée, avec des albums mémorables, des découvertes incroyables, des confirmations implacables et des disques que je sais d’ores et déjà entrés dans mon panthéon personnel.
Mais revenons en à nos moutons et démarrons donc ce bilan musical 2021 par, comme le veut la tradition, les formats courts, les rééditions et autres compilations. Un sacré cru comme je le disais plus haut, avec son lot d’Ep épatants, ces compilations qu’on poncera jusqu’à plus soif et ces rééditions d’albums incroyables et jusque là passés sous mon radar. Tout est à lire, brièvement, ci-dessous. Et pour bien faire les choses, en bas de page se trouve des lecteurs Spotify et Deezer pour écouter un morceau de chacun des disques présentés. Bonne lecture et bonne écoute !
Il n’aura suffit que d’un 45-tours pour que le trio Pale Blue Eyes séduise son monde - et surtout ses compatriotes de Full Time Hobby chez qui ils vont poursuivre leurs aventures discographiques. Et ce deux titres en dit beaucoup sur le talent de ces anglais de Totnes : une envie de dream-pop aux guitares shoegaze sur Chelsea et un Motionless en face-A, indie-pop aérienne, catchy au possible, aux touches synthétiques et qui ne cesse de monter en puissance pour mieux éclater sur un refrain qu'on dirait robotique.
Emma Tricca - It Don't Bother Me / Good Morning Diner 7" [Dell'Orso Records]
Italienne désormais domiciliée à Londres, Emma Tricca aura été un de ces immenses coup de cœur qui arrivent sans crier gare. La faute à une composition magnifique en face-B et à une reprise splendide de It Don't Bother Me de Bert Jansch, à la relecture ample et à la belle orchestration (et où, pour info, Steve Shelley officie derrière les fûts).
A Place to Bury Strangers - Hologram Ep [Dedstrange]
Si les new-yorkais d’A Place to Bury Strangers ont perdu de leur jusqu'au boutisme des débuts, s'ils ont mis un peu de pop dans leur moteur, leur intransigeance et leur talent restent intacts. Preuve en est avec ce 'Hologram Ep', qui ne manque ni shoegaze, de noise ou de disto et encore moins de tube (Playing The Part, où A Place to Bury Strangers sonneraient presque comme Blonde Redhead).
Premier Ep du duo canadien Bestfriend, composé à distance, à la bedroom pop synthétique, touchante et nostalgique, comme une rencontre entre A Weather et The Postal Service. Très prometteur. Et heureusement, la suite serait déjà dans les tuyaux (et le titre tout trouvé : 'Places I've Left').
Cub Scout Bowling Pins - Heaven Beats Iowa Ep [Guided By Voices Inc. / Rockathon Records]
Si à l’écoute de ce premier Ep de Cub Scout Bowling Pins vous entendez beaucoup de Guided By Voices, pas d’inquiétude, c’est tout à fait normal : c’est bien la bande à Robert Pollard qui est derrière. Nouvelle itération pour ce groupe plus que prolifique, et une sacrée réussite pour une première sortie, courte, nerveuse, aux relents 70s et qui se conclue par la chanson titre, le genre de chansons qui vous font une année.
Kishi Bashi - Emigrant Ep [Joyful Noise Recordings]
Deux reprises (une de Dolly Parton, une des Regina Spektor) et quatre nouvelles compositions, qui n’auraient pas dépareillées sur son 'Omoiyari' de 2019 : Kishi Bashi ne se sera pas foutu de nous pour faire patienter pour son prochain album. Un artiste qui prouve qu’il semble savoir mieux que beaucoup comment composer des chansons pop mélancoliques et aux arrangements délicats.
Lumer - Disappearing Act Ep [Beast Records / Bleakhaus Records]
Quartet originaire de Leeds, aux quelques Ep disséminés ici et là, aura sorti sans doute - jusque là - son coup de maitre avec 'Disappearing Act Ep', disque à la grande efficacité et au post-punk certes, mais qui ne se départit pas d’un certain côté pop. Et au-dessus plane un chant so british et que l’on aura du mal à ne pas aimer.
Après un épatant 'Patience' en 2019, les américains de Mannequin Pussy n’auront pas fait de détail avec ce 'Perfect Ep', indie-rock marqué du sceau des nineties jusqu’au bout des ongles et portés par deux chansons qui en d’autres temps auraient connu un bien autre succès : Control et To Lose You.
Daniel Fox, le bassiste des furieux ex-Girl Band et nouveau Gilla Band, ce premier Ep des irlandais de Sprints est une grosse claque, punk en diable et à l'urgence revigorante. Le genre de disque qui ne pouvait que sortir chez les toujours aussi parfaits Nice Swan Recordings.
Au début des années 2000, à l'époque où je passais mes journées sur les forums Internet, j'étais arrivé sur le forum de La Caverne, une formidable communauté amoureuse des Arts en général et de musique en particulier. Là, grâce à un des membres éminents des lieux (Piezo pour ne pas le nommer), j'avais découvert Karate, groupe alors inconnu à mes oreilles, dont le dernier effort 'Some Boots' avait eu plus que ses faveurs. De là, j'avais plongé dans la discographie des bostoniens et j'étais tombé amoureux de 'Karate', leur premier album, réédité par Numero Group cette année, vingt-six après sa sortie. Et sachez le, l'effet n'a pas changé : leur slowcore matiné de post-hardcore reste toujours aussi irresistible. Le rock indé à son sommet.
A l’époque des balbutiements d’Internet, l’album d''In The Afternoon' de L’Atra a sans doute été un des premiers albums que j’ai téléchargé sur Soulseek. En moins d’une écoute, je savais que j’allais chérir ce disque pendant des années. Et vingt ans plus tard, cet album des chicagoans continue régulièrement de tourner sur ma platine CD. Et sans doute bientôt sur ma platine vinyle, vu que Talitres a eu l’excellente idée de le rééditer en LP, et en ajoutant quatre très belles chansons au tracklisting d’origine. Pour les amoureux de 2002, rassurez-vous : ce chef d’oeuvre est toujours un chef d’oeuvre.
My Own - Non Wake Up Clocks [Greed Recordings / Zéro Egal Petit Intérieur / Araki / Pied de biche / Day Off]
Ils se seront mis à cinq labels pour rééditer 'Non Wake Up Clocks' de My Own, rien que ça. Et la pépite oubliée (vendue comme telle par Michel Malégeant de Greed Recordings) méritait bien ça. Car quelle découverte ! Groupe français à la carrière courte ('Non Wake Up Clocks' sera son unique album), My Own aime le noise, les ruptures, les élans presque post-rock et autant Sonic Youth que le Blonde Redhead des débuts. Un disque fracassant et en tous points passionntants.
Martin Newell - The Off White Album [Captured Tracks]
Sorti en 1995 chez Humbug, il aura fallu une réédition de Captured Tracks vingt-six ans plus tard pour découvrir, totalement par hasard, 'The Off White Album'. Lors d’une première écoute à l’aveugle, pensant qu'il s'agissait d'un album de 2021, et sans connaître ni l’auteur, ses accointances avec la poésie ou avant d’apprendre qu’il avait été formidablement produit par Louis Philippe, je m’étais dit au bout de quelques chansons que si le niveau de la deuxième partie de l’album était du même acabit de la première, alors je tenais indubitablement mon album de l’année. Il n’en est rien donc, mais avec ses chansons pop, romantiques, psyché, lettrées et très Beatles-ienne, 'The Off White Album' est autant la réédition que la découverte de l’année
The Beach Boys - Feel Flows: The Sunflower & Surf's Up Sessions 1969–1971 [Capitol]
A l’instar de Bob Dylan et de son 'Springtime In New-York' (voir plus bas), cette réédition ne plonge pas dans la période faste des Beach Boys, celle dans laquelle ils assommaient le monde de leur voix et du talent de leur génie de meneur, Brian Wilson. Pour autant, la période 'Sunflower' et 'Surf’s Up' est tout sauf anodine et mérite vraiment qu’on s’y attache. Ne serait-ce que pour 'Sunflower', disque diablement aimé par l’auteur de ces lignes. Ce coffret a le bon gout de plonger la tête la première dans les sessions d’époque et de prouver, à qui en doutait encore, que même dédaigné par tout le monde à l’époque, les Beach Boys étaient quand même un groupe hors du commun.
Bob Dylan - Springtime In New York: The Bootleg Series, Vol.16 (1980-1985) [Columbia]
A chaque année son Bob Dylan. Alors oui, entre 1980 et 1985, nous ne sommes pourtant plus dans l’âge d’or de Dylan qui l’a vu enchainer les chef d’oeuvres comme d’autres enchainent les chansons oubliables. Pourtant, cette compilation, si elle n’est - peut-être - pas aussi passionnante que ses devancières ('The Bootleg Series Vol. 12: The Cutting Edge 1965-1966', 'The Bootleg Series Vol. 14: More Blood, More Tracks' ou 'The Bootleg Series Vol. 5: Live 1975 - The Rolling Thunder Revue', pour n’en citer que trois), ce 'Springtime In New York' n’est pas avare de grands moments, de chansons oubliées. Un coffret qui prouve que même dans sa décennie maudite, il était encore un sacré songwriter. Et qu’on a eu à l’époque un peu trop tendance à l’oublier.