De l'importance d'aller jusqu'au bout d'un album, même quand celui-ci vous ennuie : cette antienne n'a peut-être jamais été aussi vraie qu'avec le dernier album de Mercury Rev, 'Born Horses'. Un nouveau disque pour le groupe américain, le premier en cinq ans, et du genre à ne pas laisser indifférent. Chef d’œuvre et miracle incompris pour les uns, disque d'un mauvais goût total pour les autres, avec ce new age sans intérêt sur lequel psalmodie un Jonathan Donahue (n'est pas David Tibet, qui veut), avec en bonus sa pochette à la 'Deserter's Songs' à qui on aurait appliqué un filtre Instagram laid comme tout.
Je fais évidemment partie de la seconde catégorie, celle qui a trouvé 'Born Horses' affreux. Pour ainsi dire, je n'ai même pas réussi à aller au bout lors de ma seule et unique écoute, ennuyé que j'étais par cet album qui ferait passer les musiques d'attente d'un salon lounge rempli de m'as-tu-vu pour le chantre du bon goût.
Sauf que j'ai vu fleurir ici et là beaucoup de commentaires qui s’extasiaient sur la dernière chanson de 'Born Horses', There's Always Been A Bird In Me. Intrigué, j'ai donc écouté rangé ma rancœur et donné une chance à ce morceau. Bien m'en as pris car ces gens là avaient raison. There's Always Been A Bird In Me est une excellente chanson, inspirée et enlevée, à la mélodie implacable où même le chant de Donahue est au diapason du reste. Une sorte de miracle tardif et inattendu, perdu dans un océan de médiocrité échevelée.
Album : Born Horses Année : 2024 Label : Bella Union
Mis en lumière par Sufjan Stevens en 2007 à l’occasion d’un « Concert à Emporter » de la Blogothèque où il reprenait leur Lakes of Canada perché sur un toit (voir plus bas), The Innocence Mission ne semble pas usé, fatigué et à court de mélodies.
Fondé en 1989, le trio (le couple Peris, Karen et Don, et Mike Bitts) malgré ses 30 années d'activité continue de sortir des albums. Et contrairement à pas mal de leurs contemporains, on dirait que leurs nouveaux disques sont encore plus beaux que les précédents.
Dernier exemple en date, 'Sun on the Square', album sorti chez Bella Union et en tous points splendide. Bien sûr, il y a la voix de Karen Peris, presque enfantine, qui fait toujours le charme de leurs compositions. Bien sûr, il y a les textes de la même Karen Peris, aussi tristes que plein d'espoirs. Bien sûr, il y a ces arrangements soignés et soyeux, rendant leur folk pleine d'ampleur.
Mais surtout il y a une chanson : Star of Land and Sea (en écoute ce jour). A la première écoute, j'ai cru que Jonathan Donahue de Mercury Rev avait été invité au micro par The Innocence Mission. Et puis non. En fait, cette voix, c'est celle de Don Peris. Et cette chanson, assourdissante de beauté, c'est le plus bel hommage qui soit au 'Deserter's Songs' de Mercury Rev ; vingt ans après.
En plus des playlists Spotify et Deezer (colonne de gauche de ce blog), Star of Land and Sea de The Innocence Mission est également en écoute ci-dessous :
Autre chanson de ce 'Sun on the Square' de The Innocence Mission, voilà le très beau Shadow of the Pines, dont les quelques notes de piano d'introduction ne sont pas sans rappeler le prélude de Bach :
La reprise de Lakes of Canada de The Innocence Mission par Sufjan Stevens en 2007, lors d'un Concert à Emporter :
Dans le film de Cameron Crowe 'Jerry Maguire', alors que Tom Cruise est en train de déclarer sa flamme à la femme qu'il aime et qu'il essaie de reconquérir, Renée Zellweger le coupe, amoureuse et séduite, et à cette réplique devenue célèbre : « You had me at "Hello" ».
Hé bien pour 'Another Place', Danny George Wilson had me at "Lost Future". En quinze secondes, l'affaire était pliée, entendue. Il a suffi de quelques notes, de cette guitare qui vibre et qui a ce je ne sais quoi de Heroes de David Bowie, pour que j'embarque dans ce bien beau voyage de 40 minutes tout pile, bras dessus bras dessous avec cet anglais à la carrière longue de vingt ans avec les groupes Grand Drive, Bennett Wilson Poole et Danny & The Champions Of The World.
Pour autant, il n'est nullement question des groupes sus-mentionnés. Car 'Another Place' est un album solo de Danny George Wilson - le second de sa carrière et le premier depuis seize ans. Mais avant tout une révélation. Celle d'un sacré songwriter (le mot anglais est très approprié ici) et à la voix belle et stupéfiante. Un timbre et un chant où l'on jurerait entendre Bob Dylan (Heaven For Hiding), Jonathan Donahue de Mercury Rev (I Wanna Tell You) et surtout le regretté Vic Chesnutt - dont l'ombre plane quasiment tout du long.
Naviguant dans un univers pop où divers effets sur la voix l'empêchent d'être lisse et gentillet, où country et folk ne s'en laissent jamais compter, où les mélodies volettent au bras tantôt de guitares électriques nerveuses et de pedal steel chatoyantes, tantôt de guitares acoustiques et délicates, où violoncelle, bruits en tous genres et tout ce qui se rattache de près ou de loin à un piano (piano, piano et clavecin électrique, orgue, mellotron et autre celesta, excusez du peu) sont de la partie, 'Another Place' est un vrai beau voyage qui respire une classe toute anglaise et aux textes à la mélancolie comme sereine.
Sorti chez les toujours délicieux Loose Music - label précieux dont on
oublie trop souvent (et moi le premier) de célébrer les sorties -, aidé dans son œuvre par, entre autres, l'australienne Emma Swift (avec qui Danny George Wilson reprend en duo I Would Be in Love (Anyway) de Frank Sinatra), Gerard Love de Teenage Fanclub et Jeff Tweedy de Wilco (tous deux sur We've Got a Lot to Learn), 'Another Place' est le genre de disque franchement impeccable, aux mélodies soignées, dont les écoutes confirment chaque fois un peu plus la beauté. Et qui donc s'ouvre merveilleusement bien. (Sortie : 15 octobre 2021)
Trois chansons de 'Another Place' de Danny George Wilson en écoute. A tout seigneur tout honneur, débutons par Lost Future, qui ouvre donc parfaitement l'album (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer et Youtube). Puis Right Place, qu'on jurerait chantée par Vic Chesnutt. Et enfin le poppy Heaven for Hiding :
Trois clips de 'Another Place' de Danny George Wilson : We've Got a Lot to Learn (la chanson où viennent dire bonjour Gerry Love et Jeff Tweedy), Heaven For Hiding et I Wanna Tell You et ses faux-airs de Mercury Rev :
Après vingt premiers albums, et avant le top 50 des meilleurs chansons de l’année, comme le veut la tradition le premier jour de l’année, finissons donc d’établir la liste de quarante albums qui auront animé mon année avec, comme disent les anglais, la crème de la crème, en tout cas selon mes oreilles.
Mais avant ça, allons faire un tour du voisinage :
- Pop News a demandé à quelques artistes de marque (Julien Ribot, Pascal Bouaziz, Olivier Rocabois, Maxwell Farrington & Le SuperHomard, Raoul Vignal et d’autres) de venir faire un bilan de l’année écoulée - Les 100 albums de l'année des indispensables The Quietus
Revenons donc à nos moutons. Vingt nouveaux albums. Et assurément les meilleurs que j'ai pu écouter tout au long de cette année très riche. Une année pleine de coups de cœur, de disques mémorables et qui vont m'accompagner longtemps. Vingt disques avec un artiste de plus en plus habitué de ces tops, de belles découvertes pop, un disque merveilleux où l'ombre d'Elliott Smith plane tout du long, du jazz qui s’acoquine à la pop, des disques enregistrés au débotté, des vieux de la vieille de retour et pas pour faire semblant, et l'album de l'année dantesque et foisonnant. Entre autres. C'est tout cela qu'il y aura eu au programme de mon année 2021.
Et pour mieux découvrir ces vingt albums, au bas de ce papier se trouvent deux lecteurs (Spotify et Deezer) vous proposant un morceau de chacun des disques chroniqués. Bonne lecture et bonne(s) écoute(s) !
20. Dummy - Mandatory Enjoyment [Trouble In Mind Records] Premier album du quatuor californien Dummy, 'Mandatory Enjoyment' est un disque épatant, dans lequel on décèlera du Stereolab, mais pas que. Trop Trouble In Mind pour être résumé à cela, il fait aussi la part belle à la noise-pop, à l’indie-pop et au psyché, tout en laissant planer l’ombre de Broadcast. Avec toujours ces guitares qui ne semblent jamais en avoir marre.
19. Clap Your Hands Say Yeah - New Fragility [CYHSY, Inc] Les années passent et Alec Ounsworth continue d’emballer son monde. Désormais seul à la tête du groupe dont tout le monde parlait il y a quinze ans, il aura sorti un des tous meilleurs albums de Clap Your Hands Say Yeah (si ce n’est le meilleur). 'New Fragility' est un disque ambitieux, au chant toujours aussi affecté (mais qui est une des forces et signatures du groupe) très bien arrangé, à la production parfaite, où l’émotion affleure sur chaque chanson.
18. Torres - Thirstier [Merge] Entre tubes pop et rock, bluette irrésistible et balade rock tuante, 'Thirstier' est le genre d’album brillant qui n’aurait pas dépareillé dans la production d’il y a 25 ans. Chansons aux élans mainstream et rock estampillé nineties, le tout saupoudré de pop, la floridienne rend une copie parfaite avec ce disque séduisant de bout en bout.
17. Danny George Wilson - Another Place [Loose Music] Avec un timbre et un chant où l'on jurerait entendre Bob Dylan, Jonathan Donahue de Mercury Rev et surtout le regretté Vic Chesnutt, Danny George Wilson aura réussi son retour pour son deuxième album solo, le premier en seize ans. Pop où country et folk ne s'en laissent jamais compter, 'Another Place' est un vrai beau voyage où les mélodies volettent au bras tantôt de guitares électriques nerveuses, tantôt de guitares acoustiques et délicates, où violoncelle, piano et bruits en tous genres sont de la partie.
16. The Notwist - Vertigo Days [Morr Music] Quatrième album en vingt ans (et le premier pour Morr Music), 'Vertigo Days' voit The Notwist continuer son quasi sans-faute. Un vrai beau voyage, à la diversité certaine et à l'unité impeccable, où les chansons entrelacées s'enchaînent avec une classe folle tout en oubliant ni la mélancolie, ni les mélodies accrocheuses. Un disque mis en orbite par un trio d’ouverture parfait, sans doute le meilleur de 2021.
15. Amyl and the Sniffers - Comfort To Me [Rough Trade Records] Il y aura eu peu de disques aussi immédiats que celui d’Amyl and the Sniffers en 2021. Démarrant pied au plancher, sans jamais ralentir le tempo. A fond tout le temps, du punk dans l'esprit, du garage dans l'exécution, du gabba gabba hey aussi et surtout, des guitares qui n'aiment rien de plus que riffer dans tous les sens, descendre des manches et festoyer avec rage en déballant des tubes par poignées.
14. Middle Kids - Today We’re The Greatest [Lucky Number] Sans doute la face-A la plus réussie de l’année. Tout dans les six premiers titres de cet album des australiens de Middle Kids confine à la perfection avec notamment, deux des chansons de mon 2021, Questions et R U 4 Me. De la pop ultra-efficace à prendre en intraveineuse, avec des cuivres à faire fondre en bandoulière et un rythme souvent échevelé.
13. Painted Shrines - Heaven and Holy [Woodsist] Premier album de Painted Shrines (duo composé de Jeremy Earl de Woods et Glenn Donaldson de The Reds, Pinks And Purples), 'Heaven and Holy' fait dans le folk-rock pysché lové dans les bras d'une indie-pop de belle facture, où les guitares s'en donnent à cœur joie sur un tempo lent et où les élans de voix sont saisissants de beauté. Une sorte de parenthèse enchantée. Un petit délice d'indie-pop. Et un des disques les plus écoutés cette année.
12. Rien Virgule - La Consolation des Violettes [La République Des Granges / Murailles Music / Permafrost / Zamzam Records] Ce
troisième album de Rien Virgule (et le premier sur mes oreilles) est un
voyage dans un monde brinquebalant, inquiétant, où ça craque, ça
crispe, ça martèle et où ça part ici pour mieux finir là. Mais le
(désormais) trio ne laisse jamais les mélodies en chemin ou en retrait,
fussent-elles concassées. Pour ainsi dire, celles-ci sont même
fascinantes de beauté.
11. Arab Strap - As Days Get Dark [Chemikal Underground] Il y a des groupes qui se reforment parce qu’ils sont en manque de liquidités, et préfèrent tabler sur leur passé pour vendre de nouvelles chansons pas abouties mais qui feront mouche en usant de la carte nostalgie jusqu'à la lie. Et puis il y a Arab Strap. Malcolm Middleton avait annoncé que s’ils refaisaient un album, c’est qu’ils auraient les chansons pour. Spoiler alert : ils ont tenu parole. Préparé à être déçu de voir deux idoles se brûler les ailes dans une reformation convenue, j’en suis pour mon argent tant Arab Strap avec 'As Days Get Dark' aura publié un de ses tous meilleurs albums (ce qui n’est pas rien vu leur discographie), influencé par leurs diverses collaborations (Aidan Moffat) et expériences solos (Malcolm Middleton). Quels hommes !
10. Jack Ingram, Miranda Lambert & Jon Randall - The Marfa Tapes [Vanner Records] Trois acteurs phares de la country music américaine actuelle se sont donnés rendez-vous dans un vieux ranch perdu dans le désert, autour d’un feu de camp ou l’arrière d’un pickup pour enregistrer un des albums les plus simples de l’année. Deux guitares, trois voix, des chansons belle à pleurer, et une ambiance incroyable qui s’en dégage. Un disque au temps suspendu et touché par la grâce.
09. Airelle Besson - Try! [Papillon Jaune] Avec la trompette d'Airelle Besson en maîtresse du temps et du tempo, 'Try!' fait partie de ces albums dont la beauté vous explose à l'oreille instantanément. Jazz dans sa couleur et sa conception, il respire la pop par tous les pores. Un voyage gracile et élégant, aérien et sensuel, ardent et allègre. Le genre de disque qui vous fait vous demander pourquoi vous ne mettez pas plus de jazz dans votre vie.
08. Richard Dawson & Circle - Henki [Domino Records]
Richard
Dawson est fan de Circle, groupe finlandais de trente ans d’âge, depuis
longtemps. C’est donc sans doute un rêve d’adolescent qu’il a réalisé en
publiant 'Henki' avec eux. Et quel album ! Baroque, rock et
folk, métal dans l'inspiration, très habillé et porté par des choeurs et
la voix qui part dans tous les sens de Richard Dawson. Un Dawson qui
confirme album après album qu'il est un des artistes les plus
passionnants de ces dernières années.
07. Julien Ribot - Do You Feel 9? [December Square]
Entièrement chanté en anglais, composé autour de la personnalité et de l'histoire d'un certain Neon Juju, 'Do You Feel 9?' est un disque qui va puiser son inspiration chez David Bowie, Air, MGMT ou Foxygen. De la pop orchestrale, léchée et lettrée, du glam-rock, pour un résultat ambitieux et grandiose. Un album majuscule de la part d’un compositeur génial.
06. James Yorkston and The Second Hand Orchestra - The Wide, Wide River [Domino Records] 'The Wide, Wide River' est un disque absolument majestueux. Du genre de ceux qui respirent le talent, évidemment, le plaisir aussi. Et surtout la liberté. Un album incroyablement généreux et vivant, genre de miracle inattendu, enregistré sans idée préconçue, live et au débotté (en trois jours, l’affaire était pliée). Et qui est plein de superbes chansons que The Second Hand Orchestra habille avec un doigté rare. Comme le dit James Yorkston : « this fast-footed, free-wheeling album ». En roue libre. Mais quelle belle roue libre.
05. Tele Novella - Merlynn Belle [Kill Rock Stars] Vintage sans être en rien daté, pas vraiment d'aujourd'hui sans être totalement d'hier, 'Merlynn Belle' du duo Tele Novella est un des disques que j’aurais le plus écouté en 2021. Mélodies pop soignées qui se baladent au bras d’une country-folk de cent ans d’âge quand ce n’est pas à celui de Stephin Merritt des Magnetic Fields ; chant divin de Natalie Ribbons, conteuse et pleine d’harmonies dans la voix ; tout est réuni pour en faire un des disques les plus beaux de l’année. Un album hors du temps et pour autant incroyablement moderne.
04. Floating Points, Pharoah Sanders & The London Symphony Orchestra - Promises [Luaka Bop] Avec pour canevas sept notes de piano jouées et répétées tout du long, comme un mantra, cet album et ses neuf titres n’en formant qu’un est le disque le plus cohérent de tous ceux que j’ai pu écouter cette année. L’alchimie entre le « trio » Floating Points, Pharoah Sanders et The London Symphony Orchestra est évidente et le résultat totalement envoûtant. Une petite merveille onirique et quasiment instrumentale de quarante-six minutes.
03. Sam Forrest - Aeroplane Days [Hidden Bay Records]
Une âme toute Elliott Smith-ienne se promène de par en par de ce 'Aeroplane Days' de l'anglais Sam Forrest. Un album qui aligne les chansons soyeuses, mélancoliques, élancées. En un mot comme en cent merveilleuses. Et même lorsqu'il s’échappe vers des horizons plus synthétiques, Sam Forrest séduit son monde. Sans doute un des plus beaux disques de l’année 2021 et un très grand album.
02. Little Simz - Sometimes I Might Be Introvert [Age 101] Alors qu’il aurait du être écrasé par Introvert, sa chanson d’ouverture, 'Sometimes I Might Be Introvert' arrive à se départir de ce titre majuscule pour mieux s’en servir comme rampe de lancement. Car la suite ne va pas baisser la garde et laisser filer. Entre hip-hop, jazz, soul/neo-soul, r'n'b, pop, rap et afrobeat, le tout sous couvert d’orchestrations chiadées et ambitieuses, et d'un flow puissant, Little Simz tape fort et juste avec cet album grandiose. Pour ainsi dire, même la pochette est splendide ici. Masterpiece, ni plus ni moins.
Sans conteste possible, l’album monstre de l’année. 3h23 de musique au programme. 'Tidibàbide / Turn' s’ouvre et se referme par un chant traditionnel. Au milieu, 34 autres morceaux protéiformes qui balaient tout un pan de la musique (actuelle ou non), du folk shamanique à la pop, du trip-hop à la techno, du spoken-word au jazz, du r'n'b aux chants traditionnels (donc) en passant par l'electro-pop ou d’ambiance plus techno, que Kìzis mêle de voix célestes, de violons qui volettent comme du néo-classique, et d'arrangements soyeux - quand ils ne sont pas bricolés. Alors oui, tenir la longueur sur 3h23 n’est pas que difficile, c’est impossible. Et il faut reconnaître que le cœur de l’album est un peu moins emballant. Pour autant, Kìzis n’en a cure, tient son cap et arrive au final à faire passer les titres plus faibles pour des respirations pour mieux continuer d’embarquer son monde.
Et de toutes façons, cela ne change rien à notre affaire. S'il n'est pas sans défauts, 'Tidibàbide / Turn' est assurément l'album le plus passionnant de l’année, lui qui arrive à ne pas s’écrouler sous le poids de son ambition démesurée. Un disque monde, rien de moins.
Et comme promis, ci-dessous (ou sur les liens ci-contre), vous trouverez dans les lecteurs Spotify et Deezer une chanson de dix-neuf albums chroniqués ci-contre. Le vingtième extrait, celui de 'La Consolation des Violettes' de Rien Virgule (absent des plateformes de streaming), il est disponible via bandcamp :
Nous ne sommes même pas encore en automne, la fin de l'année est toujours un horizon lointain, mais les premiers extraits d'albums à venir en 2024 pointent déjà le bout de leur nez. Je voulais attendre avant d'évoquer les premiers (il y a tellement de belles choses qui sont sorties et qui vont sortie cette année) mais le premier extrait de 'Iechyd Da', le nouvel album de Bill Ryder-Jones prévu pour le 12 janvier prochain, m'a forcé la main.
Il faut dire que le guitariste de The Coral a tout mis dans This Can't Go On pour que mes oreilles et mon cerveau succombent : de la mélancolie de partout, une production ample, aux cordes qui pleurent, aux choeurs qui cajolent et emportent tout sur leur passage, et un ensemble qui rappelle Mercury Rev. Une chanson magnifique pour faire court.
Album : Iechyd Da Année : 2024 Label : Domino Records
2024 est donc terminé. Sans doute pas la meilleure des années mais vraiment pas la pire quand on pense à certaines de ses devancières. En tout cas, musicalement parlant, il y a une nouvelle fois eu de quoi faire. J'en veux pour preuve le bilan des formats courts, les quarante albums qui ont habillé mon année (partie 1 et partie 2). Et niveau chansons, 2024 n'est pas en reste, tant il y en a eu beaucoup qui m'ont marqué, pour plein de raisons et dans tous les styles. Car oui, c'est leur du traditionnel top 50 de mes chansons de l'année, à découvrir le 1er janvier, avec une petite balle qui passe doucement mais sûrement de gauche à droite dans votre crâne (en tout cas, je vous le souhaite).
Cinquante chansons. Et deux en bonus. Il faut dire que Céline Dion qui reprend L'Hymne à L'Amour en haut de la Tour Eiffel et le Parade de Victor Le Masne ne sont pas des morceaux qui m'auront laissé insensibles, l'un m'ayant totalement bouleversé un soir pluvieux de fin juillet en était l'apothéose d'une cérémonie d'ouverture incomparable, l'autre ayant habité mon imaginaire pendant les quinze jours suivants. Comme elles ont définitivement marqué mon année à leur manière, difficile de ne pas les inclure. Quand au reste, ce fut une sélection bien difficile tant il y avait beaucoup de candidats à cette liste dans une année prolifique en très beaux morceaux. Et il y en a beaucoup qui sont restés sur le carreau. Ici, vous trouverez tout ce qui m'a fait vibrer : de l'électro à danser et à chanter à tue-tête, des chansons langoureuses et pleines de riffs, du rock nerveux mais souvent ciselé, de la balade à tomber, quelques vieux de la vieille, de l'arrangement chiadé, de la belle ouvrage et un duo de tête très difficile à départager, qui se tient dans un mouchoir de poche. Évidemment, lire le nom de cinquante chansons aurait peu d'intérêt, donc au bas du billet se trouvent trois lecteurs Spotify, Deezer et YouTube pour écouter chacune d'entre elles. Bonne(s) écoute(s) et bonne année !
50 +2. Victor Le Masne - Parade 50 + 1. Céline Dion - Hymne à l'Amour (Edith Piaf cover - Live aux Jeux Olympiques de Paris 2024)
50. Cola - Pulling Quotes 49. Savage Mansion - Total Colombia 48. Kishi Bashi - Make Believe (feat. Linqua Franqa) 47. The Libertines - Night Of The Hunter 46. OldBoy Rhymes, Sage Francis, Rituals of Mine, Alxndrbrwn - Master Cleanse
45. Antenna - Antenna State 44. Monobloc - Where Is My Garden 43. The Decemberists - Oh No! 42. Ella Thompson - Let There Be Nothing 41. Oneida - Reason to Hide
40. Edna Million - Barking Dogs (feat. Ernst Molden) 39. Lily Seabird - Waste 38. Nap Eyes - Feline Wave Race 37. Bashy - How Black Men Lose Their Smile 36. Beak> - Hungry Are We
35. Phosphorescent - Impossible House 34. Kid Loco - The Crown (feat. Louise Quinn) 33. Adrianne Lenker - Ruined 32. Mercury Rev - There's Always Been A Bird In Me 31. Middle Kids - Highlands
30. Laura Marling - Patterns 29. Sam Lee - Bushes and Briars 28. Metz - Entwined (Street Light Buzz) 27. The Lemon Twigs - My Golden Years 26. Green Day - Bobby Sox
25. Snowy Band - Weeks & Months 24. Moreish Idols - Pale Blue Dot 23. Flower Face - Biblical Love 22. The Vaccines - Another Nightmare 21. The Miserable Rich - Crows
20. Jess Ribeiro - The Trees and Me 19. Chappell Roan - Good Luck, Babe! 18. MGMT - Loss of Life 17. Bill Ryder-Jones - This Can't Go On 16. Joe Goddard - Ghosts (feat. Tom McFarland)
15. King Hannah - Somewhere Near El Paso 14. Omega Violet - Island N°2 13. Mannequin Pussy - I Got Heaven 12. Jamie xx - All You Children (feat. The Avalanches) 11. Laurent Bardainne & Tigre d'Eau Douce - Meilleur (feat. Jeanne Added)
10. Mammoth Penguins - Here 09. Geordie Greep - Holy, Holy 08. Maxwell Farrington & Le SuperHomard - Begging’s Not My Business 07. The Rhythm Method - I Love My Television 06. Corridor - Mourir Demain
05. Junior Varsity - Cross The Street 04. EggS - At The End Of The Road 03. MJ Lenderman - She's Leaving You 02. Lady Blackbird - Like a Woman 01. Father John Misty - I Guess Time Just Makes Fools of Us All
Encensé un peu de partout (et notamment chez nos amis anglais et d'outre atlantique), le premier album d'Insecure Men, nouveau groupe formé de Saul Ademczewski et Ben Romans-Hopcraft (respectivement ex-membres de Fat White Family et Childhood, deux groupes dont je n'ai jamais écouté la moindre production), ne me semble pas être le sauveur de la pop annoncé.
Orné d'une pochette singeant les photos des dirigeants nord-coréens, le disque est un mélange d'influences diverses et variées. Il y a de tout ici : du MGMT (Teenage Toy, I Don't Wanna Dance (With My Baby)) comme du Bill Ryder-Jones (All Women Love Me), du Mercury Rev (Burried in the Bleak), du Casiotone for the Painfully Alone voire du Empire of The Sun ; leur synth-pop va même chercher quelques influences vers Hawai sur Heathrow (où ils semblent revisiter Silent Night).
Le problème c'est que si cela tient la route, les Insecure Men n'arrivent pas vraiment à apposer leur patte, rendant l'ensemble sans véritable identité.
Versant autant dans le cheap que le travaillé, évoquant des sujets délicats, ce premier album des Insecure Men n'est sans doute pas le disque de l'année. Pour autant, il y a des choses à prendre ici. Notamment Burried in the Bleak, superbe chanson qui clôt l'affaire de fort belle manière.
NB : Ce premier album d'Insecure Men a toutefois convaincu énormément de critiques. Citons celle de Pop News et de The Quietus.
Album : Insecure Men Année : 2018 Label : Fat Possum Acheter
En plus des playlists Spotify et Deezer (colonne de gauche de ce blog), Burried in the Bleak de Insecure Men est également en écoute ci-dessous :
Autre chanson tirée de ce premier album d'Insecure Men, voilà Teenage Toy, leur premier single :
Course complètement idiote - pour peu qu'on s'amuse à ce petit jeu, le top des meilleurs albums est une récréation assez jubilatoire à faire, en tout cas pour l'auteur de ces lignes (qui, soit dit en passant, a manqué, faute de temps ou d'envie, deux tops albums).
Pourquoi cette introduction ? Car après de très nombreuses écoutes de 'The Past is not a Flood', quatrième album des Hospital Ships, la question mérite d'être posée : et si nous tenions là le meilleur disque de l'année ?
Hospital Ships est un groupe découvert (pour ma part, cela va sans dire) via la compilation 'Weary Engine Blues', sortie en hommage à Jason Molina, quelques semaines après le décès de ce dernier. Le groupe y reprenait Hammer Down, sorti sur le premier album de Magnolia Electric Co. (le groupe succédant nominativement à Songs: Ohia), 'What Comes After the Blues'.
Quatuor à la base, Hospital Ships n'est plus aujourd'hui le projet que d'un seul homme, Jordan Geiger. Mais pour ce 'The Past is not a Flood', ce dernier s'est adjoint pour l'occasion les services de Thor Harris, percussionniste chez feu les Swans de Michael Gira. Un camarade de jeu qu'il connait vu qu'ils ont tous les deux officiés un temps chez Shearwater de Jonathan Meiburg.
La bonne nouvelle, c'est que bien qu'en comité restreint, Hospital Ships ne limite pas ses ambitions musicales et fait de 'The Past is not a Flood' un ravissement de 37 mns. Six chansons qui prennent leur temps (la plus courte, Long May You, fait tout de même 4.55 mns) et qui étirent des mélodies répétitives (ces trois notes de piano répétées à l'envie sur You and I), des ambiances rêveuses, des synthétiseurs profond (Oh My Light) ou encore le fantôme du 'Spoon and Rafter' de Mojave 3 (Long May You). Un ensemble musical auquel vient se marier la voix de Jordan Geiger, qui n'est pas sans rappeler celle de Jonathan Donahue de Mercury Rev (notamment sur Little Flower).
Ici, pas de quoi danser la gigue, car comme l'explique Graveface Records (label historique d'Hospital Ships) : « 'The Past is Not a Flood' is a product of his dealing with trying to break the cycle of years of mental illness, anxiety and depression.». Tout un programme.
Mais il n'en reste pas moins que cet album est vrai voyage, tantôt en apesanteur, tantôt dans des sphères plus heurtées. La fin d'année nous dira au final si 'The Past is Not a Flood' est aussi marquant que je le pense. Mais au final, ceci n'a que très peu d'importance. Car comme le chantent les Hospital Ships sur All in Time : « We're all going to die... we're all going to die... ». (sortie : 11 mars 2016)
Comme le veut la tradition, trois titres en écoute de cet album d'Hospital Ships : All in Time, LA merveille de ce 'The Past is not a Flood'(en écoute dans le lecteur Spotify à gauche également). Mais également Little Flower et Long May You :
Enfin, et pour finir, la très convaincante version acoustique d'All in Time par Jordan Geiger, l'homme derrière Hospital Ships :
Découverte du jour, bonjour! Thursday vient de m'éclater à la gueule sans crier gare. Et j'en redemande! Combo originaire du New-Jersey, le groupe vient de sortir son cinquième album, 'Common Existence', après un split avec Envy fin 2008.
De retour sur une structure indépendante après un passage dans le monde merveilleux des majors, Thursday sort là un petit bonheur de disque hardcore (tout court ou post), flirtant avec le post-rock de temps à autres (sur la fin de l'album surtout, comme le prouve ce You Were The Cancer en écoute aujourd'hui), efficace comme pas deux, mélodieux juste comme il faut, avec ses passages qui n'inventent pas l'eau chaude et ses parties plus recherchées, le tout produit par Dave Fridmann de Mercury Rev. 'Common Existence' est une grande découverte, un grand coup de pied dans mes oreilles engourdies. Pour ceux qui auraient encore la tête dans le seau en ce vendredi matin, rassurez-vous, ça ne devrait pas durer longtemps.
Album: Common Existence Année: 2009 Label: Epitath