Affichage des articles triés par date pour la requête danger mouse & jemini. Trier par pertinence Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par date pour la requête danger mouse & jemini. Trier par pertinence Afficher tous les articles

lundi 1 janvier 2024

Bilan 2023 : Top 50 « Chansons »


Ca y est : 2024. Mon moi de 2005 n'y croit toujours pas. 2024. C'est quand même dingue quand on y pense. C'est donc vrai : la veillesse n'est donc pas que l'apanage des autres. Très bien, c'est noté. Alors faisons style de rien. Après le top listant les 45-tours et autres compilations de l'année, après le top album en deux parties (ici et ), voilà donc, pour fêter la nouvelle année, les cinquante chansons qui n'auront pas arrêté de tourner chez moi. Peut-être pas les meilleures (ça je n'en sais rien, c'est à vous de juger) mais en tout cas, celles qui m'auront le plus marqué. Le tout en ayant une pensée pour tous ces disques trop vite écoutés, trop vite catalogués « ratés » ou « pas intéressants » et qui à un autre moment se seraient peut-être révélés comme essentiels.

Mais avant de dévoiler ce Top 50 traditionnel, allons visiter les voisins. Et cette fois, pas cinq mais pas moins de dix liens à découvrir. Au cas où vous manqueriez de chansons à écouter !
- La playlist 2023 du toujours de très bon goût La Discothèque de l’Amateur (à retrouver ici ou )
- Les 75 chansons de 2023 selon The Quietus
- Les 50 chansons de Barlch (qu’on retrouve ici ou )
- Le traditionnel mix « Rewind » de Starsky
- Le mix 2023 de Rom
- Le traditionnel et toujours indispensable Top 100 chansons de Said The Gramophone
- Les 100 titres essentiels de l'année selon Stars Are Underground
- La playlist 2023 de la globetrotteuse Beatrix (à retrouver ici ou )
- L'année vue par les invités "VIP" de Pop News
- Le mix 2023 de Matthieu Gandin de Random Songs

Cinquante chansons donc. Un quintet totalement féminin (ou quasiment). De l'électro par un pape du genre, de la pop échevelée, du jazz venu d’Égypte, une reprise parmi les plus belles que j'ai pu écouter, une des meilleures chansons par un groupe ô combien essentiel, du post-punk tu en veux, t'en as, de la pop achalandée comme il faut, des chansons touchantes comme jamais, du blues délectable, des chansons pop jazzy à faire fondre le coeur le plus endurci, des morceaux à hurler à tue-tête, un banger absolu en première position, j'en passe et sans doute des meilleures. Tout est à découvrir ci-dessous.

Et évidemment, un top singles n'aurait aucun sens s'il ne pouvait pouvait pas être écouté. Donc, forcément, au bas de ce billet, trois players pour écouter les cinquante chansons en question : un YouTube, un Spotify et un Deezer. Bonne écoute !



 
 
50. Jana Horn - The Way It Was
49. Shame - All The People
48. Loverman - Who’s Going to Love You
47. Caleb Nichols - The Absolute Boy
46. Hot Chip - Fire of Mercy (feat. Yunè Pinku)

45. Angel Olsen - Nothing’s Free
44. Orval Carlos Sibelius - Vinyle
43. Death Cab For Cutie - The Plan (Low cover)
42. Juan Wauters - Milanesa al Pan (feat. Zoe Gotusso)
41. Animal Collective - Stride Rite

40. Hayden - On a Beach (feat. Feist)
39. English Teacher - Nearly Daffodils
38. Miley Cyrus - Flowers
37. Danger Mouse & Jemini - Brooklyn Bazquiat
36. Ulrika Spacek - The Sheer Drop

35. Do Nothing - Happy Feet
34. Benny Sings - Pyjamas (feat. Remi Wolf)
33. Gaz Coombes - Don't Say It's Over
32. Treeboy & Arc - Human Catastrophe
31. Protomartyr - We Know The Rats

30. The Lemon Twigs - What Happens to a Heart
29. Squid - Swing (In a Dream)
28. boygenius - Not Strong Enough
27. The Murder Capital - Return My Head
26. Guided By Voices - The Race Is On, The King is Dead

25. Team Me - Return to the Riverside
24. Pynch - Maybe
23. Kieran Hebden / William Tyler - Darkness, Darkness
22. Sufjan Stevens - Will Anybody Ever Love Me?
21. Califone - Ox-Eye

20. The Mountain Goats - Clean Slate
19. It It Anita - Don’t Bend (My Friend)
18. Laurent Garnier - In Your Phase (feat. 22Carbone)
17. Le Cri du Caire - Sadiya (Purple Feather)
16. Jonathan Wilson - The Village is Dead

15. The Tubs - Wretched Lie
14. FACS - When You Say
13. Mull Historical Society - 1952
12. Jay-Jay Johanson - Finally
11. Young Fathers - I Saw

10. Lucas Santtana - La Biosphère
09. Girl and Girl - All I See
08. Tele Novella - Eggs in one Basket
07. RVG - Nothing Really Changes
06. Pascal Comelade / Lionel Limiñana / Marie Limiñana - Fin Du Monde

05. Róisín Murphy - You Knew
04. Melenas - Bang
03. Jessie Ware - Freak Me Now (feat. Róisín Murphy)
02. Isolde Lasoen - Douce Mélancolie (feat. Bertrand Burgalat)
01. En Attendant Ana - Wonder


Il va de soi qu'un top 50 chansons ou singles sans pouvoir écouter les dits morceaux n'auraient pas beaucoup d'intérêt. Alors comme promis, ci-dessous trois lecteurs, selon vos préférences et/ou vos abonnements : un player YouTube, un player Spotify et un player Deezer. Bonne écoute !

 

jeudi 28 décembre 2023

Bilan 2023 : « Albums » (40-21)


Après tous les disques "hors album" (7", 12", Ep, Réédition et Compilation), place à la deuxième partie de ce bilan annuel. Un second billet consacré à vingt premiers albums qui auront rythmé mon année et qui auront durablement habité mes oreilles.

Mais avant cela, allons voir les choix et autres coups de coeur des voisins :
- Le bilan 2023 de Marc d'Esprits Critiques 
- Le classement de la rédaction de Section 26
- Le toujours essentiel top 100 de l’année de The Quietus
- Les meilleurs albums de 2023 selon Daily Bandcamp
- La playlist 2023 d’Addict Culture
 
Vingt albums disais-je. Ceux classés de la 21è à la 40è place. Avec des confirmations, des habitués (que voulez-vous, on ne se refait pas), des français à l'électro-math-rock chevillée au corps, des revenants, un disque oublié dans des cartons depuis vingt ans, quelques premiers albums prometteurs, de la pop, du hip-hop, du folk et même de la musique brésilienne.

Les vingt disques sont à découvrir ci-dessous. Et, comme à chaque fois, histoire que vous puissiez mettre des chansons sur ces quelques mots, au bas de ce billet se trouvent des lecteurs Spotify et Deezer présentant une chanson de chacun de ces vingt albums. Bonne lecture et bonne écoute !
 



40. En Attendant Ana – Principia [Trouble in Mind Records]

Porté par un single fantastique (Wonder, genre de banger absolu qu'on rêve de vivre en live), 'Principia' est peut-être (sans doute ?) le meilleur album d'En Attendant Ana à ce jour. Plus sûr que jamais de ses compositions aux mélodies très attachantes, le plus américain des groupes français actuels fait fort et continue de s'imposer outre-Atlantique (il est dans les dix meilleurs albums de 2023 de Time Magazine), attendant de recevoir la reconnaissance qu'il mérite dans nos contrées.
Acheter


39. Sam Burton – Dear Departed [Partisan Records]

Saveurs sixties/seventies, orchestrations soyeuses et léchées, basses ronde à faire décoller du sol, ambiances cotonneuses qui cajolent et rassurent (et qui rappellent par moments Rodriguez) et production ouatée : 'Dear Departed' est un disque charmant aux cordes enveloppantes et dans lequel on aimera s'abandonner.
Acheter

 
38. Melenas – Ahora [Trouble In Mind Records]
Changement de direction pour les quatre filles de Melenas qui s'éloignent de l'indie-rock/garage-rock de leurs débuts pour mieux embrasser une synth-pop qu'elles semblent maitriser comme personne. 'Ahora' est un disque catchy à souhait et assez bien composé pour ne pas être écrasé par Bang, ce qui n'est pas rien tant ce single répétitif et hypnotique est incroyable.
37. Gaz Coombes – Turn The Car Around [Hot Fruit Recordings]

Porté par le somptueux Don't Say It's Over, ce quatrième album solo de Gaz  Coombes est sans contestation possible le meilleur de l'ancien Supergrass. Un disque qui transpire la pop par tous les pores et contient son lot de mélodies à fredonner plus que de raison.
Acheter


36. Animal Collective – Isn't It Now? [Domino Records]

Oui, Animal Collective est un habitué de mes tops de fin d’année. Mais que voulez-vous, ces (plus si) jeunes gens m’impressionnent à chaque fois. Et c’est encore le cas avec 'Isn't It Now?'. S’il ne révolutionnera pas de prime abord leur discographie, cet album est en réalité une drogue à l’accoutumance. Un disque brillant, extrêmement bien produit, à la première partie classic Animal Collective mais qui dès Defeat renvoie beaucoup de monde à ses chères études en faisant des pas de côtés, en explorant d'autres territoires et en ravivant plus que jamais la flamme du groupe.
Acheter


35. Parquet – Sparkles & Mud [Carton Records]

Toute dernière découverte de l’année, voilà les français de Parquet et leur premier album qui sonne comme une beigne qu’on prendrait en pleine tronche sans avoir rien demandé. Savant mélange de rock/math-rock et électro, 'Sparkles & Mud' est d’une puissance et d’une irrésistibilité folle. Et ce, tout du long de ses 1h07, ce qui n’est pas rien.
Acheter

 
34. Beirut – Hadsel [Pompeii Records]
Dans un anonymat certain, Zach Condon est revenu cette année, après quelques albums bien peu inspirés et loin du talent qu’on l’avait vu étaler à ses débuts. 'Hadsel', c’est du Beirut pur jus, comme on se le rappelle et comme on se l’imagine, avec de belles mélodies, de la mélancolie qui imprègne chaque chanson, le tout avec sa voix si reconnaissable et si touchante à la fois.
Acheter
 
 
33. Califone – Villagers [Jealous Butcher Records]

Disque qui se cherche autant qu'il essaie de nous perdre, 'Villagers' est un nouveau bel album de la part des chicagoans de Califone, aux compositions qui ne font jamais dans la facilité mais toujours dans le beau, et sur lesquelles plane la voix de Tim Rutili, reconnaissable entre mille.
Acheter
 

32. Treeboy & Arc – Natural Habitat [Clue Records]
A chaque année son groupe de post-punk anglais prometteur. Faites donc place à Treeboy & Arc, quintet de Leeds qui aura mis quatre ans pour peaufiner ce premier album, post-punk dans l'âme donc et qui laisse entrevoir quelques sacrées promesses, avec des compositions sûres et de qualités et dont la gestion des deux guitares est un petit régal.
Acheter


31. Lucas Santtana
O Paraíso [No Format]
Entre musique brésilienne, pop, électro pas envahissante, jazz et belles orchestrations, 'O Paraíso' de Lucas Santtana m'aura accompagné toute l'année. Un album plein de doigté et de légèreté, qui se sera avéré un peu plus délicieux à chaque nouvelle écoute.
Acheter


30. boygenius – The Record [Interscope Records]
Le bien nommé 'The Record' est le premier album de boygenius, attendu depuis cinq ans et un premier Ep prometteur. Un disque dont l'évidence ne saute pas aux oreilles à la première écoute, mais qui se révèle être rapidement fait du bois des grands albums. L'alchimie entre Julien Baker, Phoebe Bridgers et Lucy Dacus est évidente, chacune se partageant les compositions (dans leurs styles reconnaissables), le chant (les deux autres en soutien) et les mélodies. Un album qui ne déçoit pas et qui aligne les très beaux moments. Quelles reines.
Acheter


29. Danger Mouse & Jemini – Born Again [Lex Records]

Enregistré dans la foulée de 'Ghetto Pop Life' en 2003, 'Born Again' avait été remisé au placard, la faute à 'The Grey Album' de Danger Mouse et de toutes les poursuites qui s'en étaient suivies. Vingt ans plus tard, le disque a enfin vu le jour. Un disque dans la droite lignée de son prédécesseur, qui voit Danger Mouse ciseler quelques productions pas piquées des verts (Brooklyn Bazquiat, World Music) sur lesquelles Jemini vient poser ses mots et son flow, tantôt calme, tantôt frénétique, mais toujours juste.
Acheter


28. Pascal Comelade / Lionel Limiñana / Marie Limiñana – Boom Boom [Berreto Music / Because Music]

Disque quasi exclusivement instrumental, 'Boom Boom' sonne une nouvelle fois comme une récréation pour Pascal Comelade, Lionel et Marie Limiñana (qui apparaissent ici sous leur vrai nom et non sous celui de The Limiñanas) mais que les trois comparses ne prennent pour autant pas par dessus la jambe. Guitares électriques et fuzz, cordes, palanquée de claviers (piano, orgue électrique, melodica, cymbalum) sont au programme de ce disque tout à fait séduisant dès les premières écoutes, et carrément éblouissant sur quelques passages, notamment dès que Comelade est au centre du jeu.
Acheter

 
27. Sweeping Promises – Good Living Is Coming For You [Feel It Records / Sub Pop]

Le duo formé de Lira Mondal et Caufield Schnug continue donc son petit bonhomme de chemin aux virages faits de post-punk, d'art-rock, de production cabossée et de "single mic technique" comme marque de fabrique sur ce nouvel album, encore plus radical que le précédent. Mais pas de méprise : les Sweeping Promises ne cachent pas un manque de talent derrière de la reverb et une production brute. Ce sont avant tout de sacrés compositeurs. Sauf que sonner propre, les Sweeping Promises s'en foutent. Ils restent intransigeants. Qu'ils en soient remerciés.
Acheter


26. Hayden – Are We Good [Arts & Crafts]

Malgré des décennies de carrière derrière lui, Hayden est toujours là, sa guitare sous le bras, ses chansons en bandoulières. Pour son neuvième album (le premier en huit ans) il a écrit certaines de ses plus belles chansons (Are We Good, Miss Fort Erie, Window Washer Blues) et même un vrai grand tube (On A Beach, en duo avec Feist), apogée parfaite d'un disque délicieux.
Acheter

 
25. Tele Novella – Poet's Tooth [Kill Rock Stars]

Avec toujours à l'esprit cette ambiance d’hier et d’aujourd’hui, le duo Tele Novella aura donné naissance en 2023 au petit frère du merveilleux 'Merlynn Belle' de 2021. Un disque qui en suit les mêmes tracés et les mêmes contours, avec des mélodies pop soignées qui prennent souvent à bras le corps une country-folk que Natalie Ribbons n’hésite pas à cajoler de sa si belle voix.
Acheter


24. The Sprouts – Eat Your Greens [Tenth Court]

Quatuor de Melbourne, The Sprouts aura sorti en 2023 son premier album, 'Eat Your Greens', disque qui a les atours d'un Ep (dix chansons, 28 minutes) et qui fait dans l'indie-pop un rien jangle, pleine de mélodies à fredonner, le tout dans une ambiance lo-fi délicieuse. Ces Australiens quand même...
Acheter


23. Joanna Sternberg – I've Got Me [Fat Possum Records]

Naviguant dans les eaux de l’anti-folk comme de celle d’une indie-folk joliment arrangée où le piano prend une place bienvenue, ce deuxième album de la folkeuse new-yorkaise Joanna Sternberg est un des bonbons de l’année 2023. Un disque très bien écrit, pas dénué d’humour où fleurent bon la mélancolie et les coeurs brisés.
Acheter

 
22. Flyying Colours – You Never Know [Poison City Records / Club AC30]

Sur ce disque extrêmement bien construit, produit avec soin, mené par des motifs de guitares répétitifs et des gimmicks irrésistibles, sans doute pour la première fois, les Flyying Colours trouvent l'équilibre parfait entre leurs amours shoegaze (qui imprègnent leurs chansons depuis leurs débuts) et une pop engageante et mélodique. Délicieux album.
Acheter
 
 
21. The Tubs – Dead Meat [Trouble In Mind Records]

Pour peu que vous aimiez les chansons pleines de guitares qui débaroulent et s'enroulent les unes autour des autres, la jangle qui s'acoquine avec de la power-pop, l'indie-pop à guitares des années 80, un rythme échevelé, alors ce premier album de The Tubs est fait pour vous.
Acheter


 
Comme promis, ci-dessous deux lecteurs (Spotify ou Deezer, choisissez votre camp) présentant une chanson de chacun des vingt disques ci-contre. Dans l'ordre croissant. Bonne écoute !

lundi 11 décembre 2023

Buck 65, doseone, Jel - North American Adonis [A Purple 100 / Handsmade Records]

Cette année 2023 aime faire ressurgir le passé dans nos vies un peu trop établies. Après avoir vu ressortir des cartons l'album oublié de Danger Mouse & Jemini au cours de l'été dernier, voilà qu'un autre disque, mythique pour certains, refait surface. Ou plutôt fait surface. Et son histoire est folle. Je vous la résume ici.

Nous sommes en 1998, à Cincinnati. Buck 65 retrouve doseone dans l'appartement qu'il partage avec Why?. Les deux ont l'ambition, en plus de participer à "Scribble Jam" (un évènement annuel hip-hop où se retrouvaient les meilleurs rappeurs, dj et autres graffeurs américains du moment), d'enregistrer un disque ensemble, avec Jel à la production. Deux jours plus tard, le tout est en boite, l'album a un nom ('North American Adonis') et une pochette (confiée à Nic Klein, illustrateur qui débute et ami de Buck 65). Ne reste plus qu'à Jel à mixer et éditer l'ensemble avant de balancer tout ça dans les bacs.

Et puis... rien. La machine sur laquelle tout a été enregistré rend l'âme, sans que personne n'ait pu sauvegarder quoique ce soit. Ou si peu : les premiers enregistrements ont été faits sur un 4-tracks appartenant à Odd Nosdam (toute la clique Anticon de l'époque est décidément impliquée dans ce disque) mais le trio est très vite passé sur une autre machine, qui a donc crashé.

Rapidement, ces quelques bribes finissent par arriver sur Internet. Une qualité très moyenne, un son étouffé mais quelques fulgurances qui laissent entrevoir ce que cela aurait pu donner. Et c'est tout. Buck 65, doseone et Jel continuent leur petit bonhomme de chemin et lancent véritablement leurs carrières respectives, pendant que le temps s'occupe de créer la légende - underground - autour de ce disque mort-né.

Il y a un an, sur son blog, Buck 65 publie un billet où il raconte l'histoire de ce 'North American Adonis' (d'où est tiré ce résumé). Il revient longuement sur les différentes étapes de sa création, explique que c'est le seul album de toute sa carrière qu'il a perdu et finit par ces mots : « I honestly think it would have been an underground classic ».

Est-ce ce papier qui a déclenché la suite ? Ou était-elle déjà dans les tuyaux ? On ne le saura jamais mais il y a un mois, Buck 65 a publié un second billet à propos de 'North American Adonis'. Cette fois, pour dire qu'il allait enfin voir le jour. Il raconte ainsi que doseone, Jel et lui-même se sont réunis pour reprendre ce qu'il restait des brouillons de l'époque pour finaliser l'album comme ils l'avaient envisagé. Que Nic Klein, pourtant devenu un célèbre dessinateur pour Marvel Comics, a accepté que le trio utilise sa pochette d'origine tout en insistant pour lui donner un coup de frais. Et que le magasin/label d'Oakland Handsmade Records en a fait presser 300 exemplaires en vinyle (la version digitale étant laissée à A Purple 100 le propre label de doseone). Dix jours plus tard, le disque est disponible de partout et la version physique devient sold-out en moins de temps qu'il ne faut pour le dire (espérons d'ailleurs que nos trois acolytes décideront de sortir une version CD pour combler tout ceux qui sont passés à côté).

A l'écoute, il s'avère très vite que 'North American Adonis' n'est pas un remaster des premiers enregistrements, mais un tout nouvel album, aux fondations et à la structure vieille de vingt-cinq ans. D'époque ne restent que quelques bribes de production et surtout la majorité des beats de Jel, que ce dernier avait eu la prescience de sauvegarder. Le reste ? Rien qui n'avait été entendu jusque là. Le trio a fait appel à ses vieux souvenirs pour reconstituer ce qu'ils avaient créé en deux jours, début juin 1998.

'North American Adonis' est un disque à l'ancienne, construit autour d'un tuner de radio qui parcourt la bande FM et qui s'arrête de temps en temps dès qu'il capte une station. Toute la production est l’œuvre de Jel (sauf deux skits, laissés à Mr. Dibbs, un des fondateurs de "Scribble Jam", évènement à qui l'on doit en partie l'existence de cet album) qui balance ses sons et ses scratchs avec toujours les mêmes fluidité et dextérité, aussi old-school qu'actuels. Les raps sont évidemment l'affaire de doseone et Buck 65 qui se renvoient la balle comme à leurs meilleures années, sur des textes totalement réécrits pour l'occasion, aussi bien pour être plus en phase avec notre époque que parce que les originaux sont, eux aussi, introuvables.

Et tout cela fait de 'North American Adonis' un disque saisissant. Et s'il n'est pas passéiste pour un sou, il est comme une capsule temporelle qui nous ramène au tournant des années 2000, au meilleur d'Anticon, quand ce label était une référence et que ses membres étaient les meilleurs agents hip-hop de l'époque et dominaient, si ce n'est le monde, au moins leur monde. « I honestly think it would have been an underground classic » disait Buck 65. Il avait foutrement raison. (Sortie : 24 novembre 2023)

Plus :
'North American Adonis' de Buck 65, doseone et Jel est en écoute sur bandcamp
'North American Adonis' de Buck 65, doseone et Jel est à l'achat sur bandcamp
'North American Adonis' de Buck 65, doseone et Jel est en écoute, notamment, sur Spotify et Deezer
L'histoire de 'North American Adonis' de Buck 65, doseone et Jel est racontée en deux épisodes sur le blog de Buck 65 (et son résumé dans cette chronique vient évidemment de là) :
"North American Adonis" (partie 1)
"25 Years In The Making : The North American Adonis rises!" (partie 2)

Trois morceaux de 'North American Adonis' de Buck 65, doseone et Jel en écoute aujourd'hui. Ouvrons le bal avec le dark Not Weird (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Continuons avec Purist. Et finissons avec Alive In a Landfill :

Pour les curieux, voilà le 'North American Adonis' « original », soit le peu de ce qui a été sauvé d'avant le crash. Et qui traine sur internet depuis 25 ans :

lundi 9 octobre 2023

Danger Mouse & Jemini - Born Again [Lex Records]

C'était il y a 20 ans. Lex Records était encore une entité de Warp Records - sa version hip-hop en quelques sortes, n'avait que deux ans d'existence et commençait à publier des albums après quelques 12" et autres Ep. Sûr de ses choix et de son ambition artistique, les londoniens avaient tout juste dans tout ce qu'ils sortaient et comment il le sortaient (ah, ces belles pochettes cartonnées, stylisées voire en relief pour certaines).

Ma découverte du label date de cette époque. Et de la publication de 'Ghetto Pop Life' de Danger Mouse & Jemini, disque parmi mes préférés dès qu'on parle de hip-hop, aux prod sûres, entre pop et beat, au flow excité et aux grandes chansons (la chanson titre et son intro, Born-A-Mc, The Only One, j'en passe et pas des moindres).

Vingt ans plus tard, et alors qu'on fête son anniversaire, Danger Mouse & Jemini viennent d'enfin donner une suite à 'Ghetto Pop Life'. Il était temps. Le disque s'appelle 'Born Again'. Et à son écoute, on dirait qu'il est d'époque : les prods sont dans la même lignée, le flow de Jemini n'a pas bougé d'un iota... Tout ici fait office de capsule temporelle qui nous ramène au mitan des années 2000. Comme si Danger Mouse et Jemini avait repris le travail sur l'ouvrage là où il l'avait laissé il y a deux décennies.

Après recherches, rien de surprenant à tout cela : il s'avère en fait que 'Born Again' a été enregistré dans la foulée de 'Ghetto Pop Life' à l'époque mais a fini dans un tiroir pour ne jamais sortir. Pourquoi ? Comment ? Pour d'obscures raisons lis-je ici et là. Mais aussi sans doute à cause du succès et de la controverse gigantesque qui a entouré la publication de 'The Grey Album' de Danger Mouse.

Vingt ans plus tard, c'est chose faite. Et cela valait le coup d'attendre et de l'entendre. Dans la droite lignée de son prédécesseur, 'Born Again' enfonce le clou et voit Danger Mouse ciseler quelques productions pas piqués des verts (Brooklyn Bazquiat, World Music, la simplicité d'All I) et où on sent parfois l'influence de MF Doom ou Madlib, prod sur lesquelles Jemini vient poser ses mots et son flow, tantôt calme tantôt frénétique, mais toujours juste.

Et Lex Records, dans tout ça ? Vingt-deux ans après sa création, ils sont toujours là. Je les ai perdus de vue, les retrouve à l'occasion. Mais ils restent responsables de certains de mes plus grands émois hip-hop (ah, cette soirée à Mains d’Oeuvres avec une partie du roster au printemps 2004...).
D'un point de vue plus global, ils auront longtemps eu une discographie impeccable, pleine d'albums (le 'Hope' des Non-Prophets de Sage Francis, les uniques albums d'Hymie's Basement et de Shape of Broad Minds, le premier Subtle), de singles (Thou Shalt Always Kill de Dan Le Sac vs Scroobius Pip, un des meilleurs des années 2000, le New New York de Tes) et/ou d'artistes (Fog, Prince Po, Boom Bip, Dj Signify, DangerDoom) remarquables. Une liste dans laquelle n'aurait eu aucun mal à s'insérer 'Born Again' à l'époque. Disque brillant, inconnu jusque-là, mais qui n'a pas pris une ride. (Sortie : 25 août 2023)

Plus :
'Born Again' de Danger Mouse & Jemini est à l'achat sur leur bandcamp
'Born Again' de Danger Mouse & Jemini est à l'achat sur leur bandcamp
'Born Again' de Danger Mouse & Jemini est également en streaming et à l'achat un peu partout


Trois morceaux extraits de 'Born Again' de Danger Mouse & Jemini. A tout seigneur tout honneur, All I, le morceau qui ouvre l'album
(en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis Brooklyn Bazquiat, sans doute le tube du disque. Et enfin World Music

lundi 10 mars 2008

Track of The Day (04-10 mars 2008)

Un peu de son black (ça faisait longtemps), quelques nouveautés et avant-premières ainsi qu'une reprise des plus délicates. (et toujours en écoute dans le lecteur deezer, colonne de droite).


Lundi 10 mars 2008:

* Sebastien Tellier - La Ritournelle [Recordmakers]
La France a donc choisi Sebastien Tellier pour la représenter à l'Eurovision. On se fout de cette compétition à deux sous certes, mais ça fait quand même plutôt plaisir de voir un gars comme lui sur le devant de la scène. Histoire donc de célébrer l'évènement (et parce que je n'ai toujours pas écouté son tout nouveau 'Sexuality'), replongeons nous dans sa Ritournelle qui l'a rendu (presque) célèbre. Toujours aussi délicieux.
(disponible sur Politics, 2003)

Dimanche 9 mars 2008:
* The Kills - Black Balloon [Domino]
Sur leur nouvel album, 'Midnight Boom', The Kills y sont surprenant et s'écartent de ce qui a fait leur succès avec leur deux premiers opus. Il n'empêche que Alison Mosshart (dit VV) et Jamie Hince (aka Hotel) y sont très convaincants. La preuve avec ce Black Balloon, tout en douceur.
(disponible sur Midnight Boom, 2008)

Samedi 8 mars 2008:
* Feeder - Miss You [Echo]
Alors que le trio est toujours en studio, ce premier titre du prochain album (prévu pour cette année) vient de faire son apparition sur le net. Un Miss You nerveux et concis, tubesque à mort, qui devrait enfin faire de Feeder un des groupes à succès des prochains mois.
(disponible sur leur futur nouvel album, 2008)

Vendredi 7 mars 2008:
* The Herbaliser - Serge (feat. Katerine) [Ninja Tune]
En 2005, The Herbaliser rendait hommage à Serge Gainsbourg avec ce titre sobrement intitulé Serge, sur lequel Katerine vient poser sa voix dans un déluge de cordes à la Melody Nelson. Grand moment.
(disponible sur Take London, 2005)

Jeudi 6 mars 2008:
* Danger Mouse & Jemini - The Only One [Lex]
Premier album à faire éclater le talent dingue de Danger Mouse, le 'Ghetto Pop Life' avec Jemini (ce dernier au flow, lui à la prod) s'imposera à la fin de la décennie comme un des meilleurs disques hip-hop de son temps. Fin, pas gling-gling pour un sou, encore moins vulgaire: juste énormément bon.
(disponible sur Ghetto Pop Life, 2003)

Mercredi 5 mars 2008:
* Dub Incorporation - Life (feat. Tiken Jah Fakoly) [Productions Speciales]
Les Stéphanois de la Dub Incorporation invitent Tiken Jah Fakoly sur leur premier album. En résulte ce duo reggae-mais-pas-que Life d'une efficacité sans borne, entre accents africains et chants kabyles.
(disponible sur Diversité, 2003)


Mardi 4 mars 2008:
* Keren Ann - Hallelujah [Delabel]
La belle Keren Ann reprend le Hallelujah de Leonard Cohen (ou plutôt la version de John Cale, à peine différente de l'originale) et la pond à sa sauce. Intimiste, charmante. Comme elle.
(disponible sur Keren Ann (Bonus CD), 2007)

mardi 13 novembre 2007

C-Rayz Walz and Parallel Thought – Chorus Rhyme [Urchin Studios]

Ami poppy/poppeux, ne quitte pas cette chronique qui débute à peine, effrayé que tu es par cette pochette qui appelle tout sauf des balades au piano aux contours de guitares acoustiques. Toi qui n’aimes pas ce qui ressemble de près ou de loin à du hip-hop et à un flow soutenu, ne pars pas. Reste même. Car ce disque est fait pour toi. Et parce que ce disque est grand. Le meilleur en tout cas dans le genre en cette année 2007. De loin. Et qu’il t’ouvrira sûrement les yeux sur le monde merveilleux du hip-hop.

C-Rayz Walz. Le genre d’artiste à côté duquel on passe sans vraiment savoir pourquoi. J’ai dans un coin de ma cédéthèque un album de lui, son deuxième, 'Year of the Beast', récupéré à je-ne-sais-plus-quel destockage. Et bien qu’il soit sorti chez Definitive Jux, label référent dans le genre (certes, avec d’autres, mais quand même), je n’y ai encore jamais posé une oreille. Pas une. Pas l’once d’un lobe. Rien. Je trouvais la pochette hideuse et cela a suffi à briser le peu de curiosité qui m'habitait. Quant à Parallel Thought, je n’en avais pour ainsi dire jamais entendu parler.

Pourtant, quand ce 'Chorus Rhyme' m’a été conseillé par Knight of Ni, j’y suis allé les yeux fermés. Va comprendre Charles. Et je n’ai pas été déçu. Quelles productions ! Quel flow ! Quelles lyrics ! Et quelle intelligence dans la conception du disque!

Reprenons : déjà, au niveau de la production, tout est tellement juste et dans le ton que ça en est stupéfiant. L’album s’ouvre sur une ambiance très soul avec en guise de métronome une trompette répétitive. Le second morceau, Chorus I, s’annonce par quelques notes de guitare acoustique. Et tout au long du disque, c’est la même chose : du hip-hop oui mais qui vit avec son temps, qui se marie avec d’autres rythmes et d’autres influences, comme savent le faire les artistes du genre les plus intéressants depuis quelques années (on pense souvent ici à 'Ghetto Pop Life' de Danger Mouse & Jemini, un des mètres étalon des années 2000).

Mais en dehors de cette ouverture, on retrouve dans ce 'Chorus Rhyme' tout ce qu’on aime dans le hip-hop : ces flows qui se croisent sans jamais se marcher dessus dans une sorte de ballet auditif, ces scratches dans tous les sens (et pour être honnête, cela faisait un moment que je n’avais pas écouté un titre aussi bien scratché que DJ Chorus, voir par ailleurs), ces mouvements musicaux répétitifs (ces passage de violons en boucle) et ces punch-line, ces paroles, ces rimes percutantes. Bref, du grand art.

L’album me plairait déjà assez s’il était dans ce genre là. Sauf qu’histoire d’enfoncer le clou, le duo propose un Chorus Collection dément. Oui oui, d-é-m-e-n-t. Quinze minutes barjots avec plus de trente emcee (et pas les plus mauvais !) qui se succèdent au micro pour, à chaque fois, le même nombre de rimes. Et ce qui aurait pu être LE projet casse-gueule par excellence se révèle être un moment purement génial où chaque featuring est au diapason de son prédécesseur. Un titre grand comme ça, vraiment affolant qu’on se surprend à écouter et réécouter plus souvent que de raison.

Ajoutez à cela que MF Doom est présent sur Vomit Chorus, posant comme à chaque fois avec une classe folle (on n’est pas le meilleur rappeur du monde pour rien) et vous obtenez sans conteste le disque hip-hop de l’année. Et l'un des tous meilleurs disques de 2007. C-Rayz Walz and Parallel Thought ou comment rendre mon mois de novembre plus beau! « I Love My Life I Live My Soul » comme ils disent. (Sortie : 31 juillet 2007)

Nb: pour information, ce disque là n’est que le deuxième opus d’un triptyque, commencé fin 2006 avec 'The Dropping' et qui s’achèvera dans quelques semaines avec la sortie de ‘Angel & Preacher’. Trois sorties, toutes en éditions très limitées (3000 copies monde). Donc pour ceux qui veulent leur copie, jetez-vous là. Histoire de.

Son :
Myspace de C-Rayz Walz (un titre en écoute).

Vu qu'il faut au moins avoir écouté ce titre une fois en 2007, voilà donc ce Chorus Collection (dont voici la liste complète des featurings: Levi, Hykoo, Messiah-J, Icon The Mic King, Kwote Scriptures, MC Caness, Wordworth, Karniege, Double AB, Dusted Dons, Tame One, Glock Rockwell, R.A. The Rugged Man, Stahhr the Femcee, L.I.F.E. Long, Sha-Dula, Marq Spekt, C-Rayz Walz, Thirstin Howl III, KLU Sheisty, Sean Price, Swave Sevah, Poison Pen, Chan, MC Unknown, Kosha Dillz, Block McCloud, Many Styles, Omega Moon, Immortal Technique). Ainsi que Dj Chorus, qui clôt le disque, histoire de. Prenez-en plein la tronche. Ouch (malheureusement plus en écoute).