Février 2022 ou la vie et la mort d'un groupe qui commençait à se révéler vraiment passionnant : c'est un peu comme cela que l'on pourrait résumer le début d'année de Black Country, New Road, septet londonien qui affole les gazettes depuis trois ans.
Douze mois tout pile après un premier album 'For The First Time' qui voyait le groupe prendre ses marques et charmer son monde (mais pas spécialement votre serviteur tant le disque, sorti d'une
ouverture magistrale (Instrumental, morceau qui ne mentait pas sur la
marchandise et au free rock réjouissant), s'étirait en longueur et
partait un peu trop dans tous les sens pour se révéler au final assez anecdotique), les Black Country, New Road venaient de revenir avec un disque autrement réussi, 'Ants From Up There'. Un album ambitieux, superbement composé et qui délaissait les guitares de 'For The First Time' pour mieux exposer un côté folk-pop, aussi arty, orchestral que post-rock.
Un album sur lequel planait la voix de Isaac Wood au format montagnes russes, presque Bowie-esque par moment, et pas pour rien dans la qualité folle de ce disque. Mais patatras : à peine l'album sorti, le même Isaac Wood annonçait sa volonté de quitter le groupe, non pas pour des raisons conflictuelles avec ses six acolytes (il le dit lui même : « six of the greatest people I know, who were and are wonderful in a sparkling way »), mais pour un besoin de prendre du recul, pour mieux assumer cette situation et ne pas devenir fou. Black Country, New Road annonçait dans la foulée que la tournée était annulée et qu'en l'état, le groupe ne jouerait pas 'Ants From Up There' sur scène, tant le disque était lié à Isaac Wood.
Voilà donc un disque dont les merveilleuses chansons (Chaos Space Marine, Bread Song, en écoute ce jour, Basketball Shoes, ce genre de petits bijoux) ne connaîtront pas de résonance live. Et voilà un groupe qui va devoir se réinventer. A six ou en remplaçant son chanteur. Dans tous les cas, le Black Country, New Road que nous connaissions est mort et 'Ants From Up There' est son épitaphe. A eux de trouver leur nouvelle route.
Album : Ants From Up There Année : 2022 Label : Ninja Tune
En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Bread Song de Black Country, New Road est également en écoute ci-dessous :
Autre excellente chanson de 'Ants From Up There' de Black Country, New Road, voilà Chaos Space Marine, et son côté presque cabaret où David Bowie semble être de la partie :
Le clip de Concorde, une des chansons extraites de 'Ants From Up There' de Black Country, New Road :
Si comme moi, vous avez été dépités de la tournure qu'ont pris les Black Country, New Road depuis le départ d'Isaac Wood, alors jetez-vous sur The Orchestra (For Now), nouveau venu sur la scène musicale anglaise. Un septet (tiens, comme Black Country, New Road) originaire de Cambridge mais relocalisé à Londres, qu'on rattache à la Windmill Scene (cette scène née autour d'un bar de Brixton, qui mêle post-punk, rock expérimental, post-rock et que sais-je encore, que des groupes comme Black Country, New Road donc, black midi, Tapir!, Treeboy & Arc ou Heartworms représentent fièrement) et qui vient en six mois et deux Ep d'enthousiasmer son monde. Et accessoirement de se faire un nom.
Deux disques aux facettes finalement assez différentes : 'Plan 75 Ep' (sorti en mars dernier), romantique et lumineux à bien des égards mais où le feu couvait sous la glace, et sa suite publié le 31 octobre, 'Plan 76 Ep' qui reprend les mêmes éléments mais les triture, les torture et y ajoute une touche post-hardcore, rendant une grande partie du disque beaucoup plus tendue, nerveuse et furieuse. Et si Deplore You / Farmers Market en conclusion (qui laisse entrevoir de nouveaux horizons pour le groupe) aurait fait une très belle Track of The Day, le cœur (on ne se refait pas) ira toutefois vers Amsterdam - seconde chanson (sur neuf !) du répertoire de The Orchestra (For Now) à évoquer le nom d'une ville après Escape From New-York, beauté de 'Plan 75 Ep' - qui oscille entre art-rock, post-punk, indie-rock, orchestration grandiloquente et ruptures brutales. Un grand morceau de la part d'un groupe dont on devrait assurément reparler en 2026 : vu leur productivité, on imagine sans mal que leur premier album est déjà dans les tuyaux.
Continuons notre petite revue d'effectif des albums de 2022 dont je n'avais pas encore pris le temps de parler et arrêtons nous aujourd'hui sur Jockstrap, duo anglais composé de Georgia Ellery et Taylor Skye - et qui n'a rien à voir avec le « suspensoir » (sorte de slip servant à protéger les testicules lors d'activité physique) que son nom signifie.
Un groupe que l'on pourrait presque qualifier de side-project de Black Country, New Road vu que la première est une membre pleine et entière du - désormais - sextet de Cambridge où elle officie au violon (j'apprends même qu'elle était au violon sur 'B-Sides & Rarities: Volume 1', le très conseillé premier album d'Ethan P. Flynn). Et et que le second était présent sur 'What a Time To Be Alive', une compilation de seize chansons d'amis du groupe que Black Country, New Road offrait aux plus rapides acheteurs de 'For The First Time' leur premier album.
Mais Jockstrap est une autre histoire, à deux cette fois (Georgia Ellery au chant, qui ne manque d'ailleurs pas de lyrisme, et Taylor Skye à la production qui fourmille d'idées). Et 'I Love You Jennifer B', leur entrée dans le grand monde. Une entrée pleine d'avant-garde, d'art-pop, de glitch-pop (si tant est que ce terme existe), de balades sublimées, de r&b et d'électronica. Un album savamment mijoté, joliment troussé, plutôt fourre-tout mais à la cohérence remarquable, qui ne manque pas de tubes (Greatest Hits, Glasgow ou encore Concrete Over Water tout de même) et qui n'oublie jamais, c'est essentiel, les mélodies dans ses compositions.
Album : I Love You Jennifer B Année : 2022 Label : Rough Trade Records
Il y en avait vingt. Et voilà les vingt autres. La crème de la crème pour mes oreilles en cette année 2022. Loin de moi l'idée de dire qu'il s'agit là des meilleurs albums de l'année et que cette sentence est irrévocable. Car ce sont uniquement les albums que j'ai le plus écoutés de l'année. Ceux qui m'auront émerveillés, émus, enthousiasmés plus que de raison.
Mais avant d'aller plus loin dans l'exposé des disques en question, continuons notre traditionnel tour pour voir ce qui est ressorti de l'année 2022 chez les voisins - plus ou moins proches : - Le bilan 2022 de Marc d’Esprits Critiques - Les 50 meilleurs albums de 2022 selon The Revue - Des artistes, des réalisateurs, des écrivains donnent leur bilan 2022 : c'est le très cool "Année des VIP" de Pop News - Le best of 2022 de la rédaction de Stars Are Underground - Le bilan de la rédaction d'Another Whisky For Mister Bukowski
Ils sont donc vingt à composer cette deuxième partie de mes albums de l'année. Vingt albums entre pop à chanter à plein poumons, mélancolie à tous les étages, folk bien ouvragé, rock et post-punk épatants, pop en équilibre précaire, quand elle ne voyage pas dans un expérimental cristallin, hip-hop sans frontière, chansons ethérées et vaporeuses, légende du néo-folk, garage à la sauce pop et en haut, tout en haut, un disque à la simplicité folle mais tellement puissant. Et comme à chaque fois, au bas de ce papier se trouvent deux lecteurs Deezer et Spotify dans lesquels vous trouverez une chanson de chacun des albums cités ci-dessous, ainsi qu'un lecteur bandcamp pour le seul morceau absent des plateformes de streaming. Bonne lecture, bonne(s) écoute(s) et à dimanche pour le Top 50 singles (et la bonne année aussi).
20. Courting - Guitar Music [Pias Recordings] Non, Courting n’est pas un énième groupe lambda de post-punk. Comme le laissaient présager leurs premiers singles, ils sont plus que cela. Car 'Guitar Music', son post-punk aux quelques échappées belles vers un rock marqué 90s et sa production maligne, cinglante et métallique, a tout pour leur permettre de s'inviter à la table de la nouvelle génération anglaise.
19. Cloud Cult - Metamorphosis [Earthology Records] Six ans après 'The Seeker', Craig Minowa et ses Cloud Cult ont fait leur retour. Et avec ce qu’ils savent faire le mieux : des chansons qui respirent la pop par tous les pores, les mélodies attachantes, les orchestrations qui s’emballent. Et la mélancolie, toujours cette mélancolie qui s’immisce, s’étend et vous étreint.
18. Micah P. Hinson - I Lie to You [Ponderosa] Micah P. Hinson a toujours l’air aussi malheureux, mais dieu sait qu’il connaît l’art de la belle composition comme personne. 'I Lie to You' est sans doute un de ses albums les plus aboutis de toute sa discographie, un disque très beau où les chansons amples côtoient des titres plus simplement folk - et pas les moins réussis d’ailleurs.
17. Marmalade Mountain - Strange Angels [Magic Nothing] Découvert l’an passé avec un 'Ditties'purement folk, Zack Fischmann sous son alias Marmalade Mountain prend ses aises sur 'Strange Angels' son nouvel album. Un disque bien plus orchestré et produit que le précédent, qu’il n’aborde pas seul et où ses chansons folk sont magnifiées par une joyeuse bande de troubadours autour de lui.
16. Surf Curse - Magic Hour [Atlantic Records] En signant chez les pas vraiment indie Atlantic Records, le duo Surf Curse est devenu un quatuor. Et le résultat est imposant. Porté par quelques titres ébouriffants (Lost Honor ou Fear City notamment), une production qui sait mettre en valeur autant leurs mélodies que l’énergie de leurs compositions, 'Magic Hour' s’avère vite être un de ces petits bonheurs du quotidien, avec sa pop riffeuse, énervée et un rien slacker.
15. Pumice - Phylis [Soft Abuse] Amateurs de pop en équilibre précaire,
le trentième album de Pumice est fait pour vous. Avec sa voix étouffée,
ses instruments qui flemmardent sans jamais s'ennuyer, grincent sans
jamais agacer, enivrent sans jamais étourdir, Pumice crée ici des
structures faites de plusieurs strates et divers niveaux d'écoute pour
un ensemble cohérent dans son instabilité.
14. Porridge Radio - Waterslide, Diving Board, Ladder To The Sky [Secretly Canadian] 'Waterslide, Diving Board, Ladder To The Sky' est le disque qui aurait du faire exploser Porridge Radio. Ce n’est pas encore vraiment le cas (la faute à l’absence d’un titre aussi puissant que Long ?) et pourtant, plus consistant que son prédécesseur (pourtant déjà très réussi), il est un disque d’une grande qualité, plein de passion et de rage, très bien écrit, avec pour tête de proue Dana Margolin, femme aussi incroyable sur disque que sur scène et une future star assurément.
13. Tomberlin - I don’t know who needs to hear this... [Saddle Creek] Merveilleusement produit, 'I don’t know who needs to hear this...' est un disque délicat et touchant, aussi aérien que vaporeux, langoureux et gracile, où la voix de Tomberlin coule, comme lovée dans l'air, sur des mélodies qui semblent sur le point de s'évaporer. « Je ne sais pas qui a besoin d'écouter ça... » se demande-t-elle en une de ce disque. Beaucoup de monde Sarah Beth. Le plus de monde possible.
12. Little Simz - No Thank You [Age 101 Music] Ce qui frappe d'emblée à l'écoute de 'No Thank You', c'est qu'il semble transpirer de colère. Une colère froide, sourde, que Little Simz contient du mieux qu'elle peut pour éviter qu'elle n'explose, mais qu'elle n'hésite pas à afficher clairement dans des textes pugnaces et qui ne transigent pas. Et puis il y a les productions d'Inflo chiadées, les compositions solides et ce flow inimitable. Dix chanson et cinquante minutes qui oscillent en rap, hip-hop, soul/neo-soul qu'elle agrémente de chœurs gospel à faire frissonner le plus sévère des hommes. Si 'Sometimes I Might Be Introvert'était le côté pile de Little Simz, 'No Thank You' semble être son côté face. A la chaleur des compositions du premier, il y a un sentiment plus froid, plus sombre sur le second. A l'image de la pochette : extravagante et pleine de couleur d'un côté, sérieuse et aux tons noir et blanc de l'autre. Mais dans les deux cas, une grande œuvre d'une artiste qui compte. Qui fait ce qu'elle veut. Comme elle le veut. Quand elle le veut.
11. Pascal Comelade - Le non-sens du rythme [Because Music] Sur 'Le non-sens du rythme', Pascal Comelade fait avancer puis reculer (et l'inverse est aussi vrai) ses mélodies, les détourne pour mieux les pousser dans quelques retranchements, leur faire faire un pas de côté pour mieux les voir prendre de longs raccourcis, quand il ne leur fait pas faire la grande traversée. Tout à la fois pop, rock, psyché, il intrigue, épate et parfois même émeut, que ce soit par la constructions de ses morceaux, pleins de couches et sous-couches qui s'empilent, s'emboitent, se répondent et se complètent, ou par ses mélodies sublimes. Le tout sans jamais perdre une seconde l'auditeur. Du grand Art. En savoir plus Acheter
10. Richard Dawson - The Ruby Cord [Weird World] Sur 'Peasant', Richard Dawson posait ses valises dans l’Angleterre du Moyen-Âge. Sur '2020', dans la même Angleterre mais à l’époque actuelle. Avec 'The Ruby Cord',
il clôt son triptyque en se projetant dans un futur lointain. Et comme à
chaque album, il le fait avec un incroyable sens de la composition
folk, qu’elle soit longue et torturée (le premier titre fait plus de 40
mns !), ou qu'il s’engage dans des territoires plus orchestrés - qui
rappelleraient presque par moment Sufjan Stevens - et aux choeurs
majestueux. Une trilogie monumentale.
Très bien construit, évitant la redite et tenant son auditoire par des mélodies souvent cristallines que la voix de Karie Rich habille à merveille, voilà un album souvent minimaliste, plein de langueur et empreint d'expérimentations légères de la part d’un trio pour qui la scène expérimentale, ambiante et d’avant-garde n’a pas de secret. Un disque somptueux, captivant et enchanteur, à l’immédiateté assez folle. En savoir plus Acheter
08. Team Me - Something In The Making [Propeller Recordings]
Avec Into The Wild et surtout Song For a Drummer lancés en éclaireurs l’an passé, il était presque sûr que les Team Me, de retour aux affaires, allaient satisfaire tous les amoureux de pop qui se respectent. Et de fait, avec ses mélodies en pagaille, ses refrains chantés à chœur plein et sa mélancolie doucereuse, 'Something In The Making' a souvent été un refuge pop ensoleillée tout au long de cette année 2022 pleine de grisaille. Un grand album dont il n’est pas facile de se passer. En savoir plus Acheter
07. Panda Bear & Sonic Boom - Reset [Domino Records] Entre titres de leurs compositions et samples à foison (Randy & The Rainbows, Everly Brothers, Eddie Cochran), Panda Bear et Sonic Boom plongent dans la pop et le rock de la fin des années 50 et du début des années 60, où trames répétitives, reverb, loops, clappings et autres touches synthétiques se tutoient, se mélangent, se complètent ou s'évitent tout à la fois, toujours avec justesse, sans que cela ne semble jamais forcé. Avec toujours cette ombre de Brian Wilson qui plane sur les élans vocaux de Panda Bear, en un peu moins de quarante minutes, le duo réussit sa première grande collaboration. 'Reset' est un disque qu'on qualifiera de pudiquement formidable, rétro dans ses fondations mais actuel dans ses finitions. Un album simple, lumineux à bien des égards, superbement produit - et sans doute le plus facile d'accès de la discographie de Panda Bear. En savoir plus Acheter
06. Billy Woods - Aethiopes [Backwoodz Studioz] Avec Preservation derrière la console qui amène autant de boucles répétitives, de samples que de productions venues de tous les continents sans que cela ne soit un frein à l'unité du disque, ramenant en studio quelques invités de prestige ne tirant jamais la couverture à eux (El-P, Quelle Chris), 'Aethiopes' de Billy Woods se révèle vite être un disque de hip-hop, souvent abstract, à la finesse et l'écriture impeccables. Très grand album. En savoir plus Acheter
05. CMAT - If My Wife New I'd Be Dead [AWAL Recordings] Souvent doo-wop, un rien cheesy, rappelant ces girl band des années 60, et avec une voix qui sait monter dans de belles hauteurs, l'Irlandaise CMAT (pour les initiales de son nom: Ciara Mary-Alice Thompson) aura été une des révélations de mon année. Avec son canevas country pop, elle alterne ici tubes, balades country et petites douceurs mélancoliques, avec de belles orchestrations qu'elle agence joliment en y cachant moult détails, des textes bien écrits, pas dénués d'humour (grinçant) et où se cachent souvent beaucoup de souffrances passées. En savoir plus Acheter
04. Current 93 - If A City Is Set Upon A Hill [HomAleph] Perdu de vue depuis 2014 et un 'I Am the Last of All the Field That Fell' sombrement beau et qui m’avait enchanté, Current 93 et David Tibet auront fait un retour remarqué dans mes oreilles en 2022. 'If A City Is Set Upon A Hill'
est un disque somptueux, qui a les atours d’un disque neo-folk mais qui
est bien plus que ça, et où ses mélodies lumineuses sur lesquelles
David Tibet vient raconter ses histoires, font merveille.
03. Weird Nightmare - Weird Nightmare [Sub Pop] Projet solo du leader de METZ, Alex Edkins, Weird Nightmare aura été un des disques qui aura le plus tourné cette année. Loin de la fureur de son groupe d’origine, on est ici entre garage-rock et indie où la pop a son mot à dire. Des compositions soignées, de la guitare en veux-tu, en voilà, des hymnes à chanter à tue-tête (Lusitania), ce premier album est impeccable de bout en bout. Immense coup de coeur.
02. Black Country, New Road - Ants From Up There [Ninja Tune]
Février 2022 ou « vie et mort d'un groupe ». Voilà ce qui pourrait être épitaphe de ce 'Ants From Up There' de Black Country, New Road, deuxième album mais le dernier avec son chanteur Isaac Wood qui, peu de temps après sa sortie, décidait pour des raisons de santé psychologiques de quitter ses six amis. Un choc tant sa voix en forme de montagnes russes, qui rappelle Bowie par moment, se marrie tellement bien avec ces compositions qui ici délaissent les guitares de 'For The First Time' (leur premier album) pour mieux exposer un côté folk-pop, aussi arty, orchestral que post-rock. Disque ambitieux et superbement composé, 'Ants From Up There' est en tout cas la mort d’un groupe. Son épitaphe. A lui de trouver leur nouvelle route pour ses aventures futures.
C'est par quelques simples mots que Nina Nastasia est revenue aux affaires en avril dernier. Un texte pas loin d'être poignant qui explique les raisons de son absence pendant douze longues années. Elle y revient sur ses malheurs et sa très longue relation avec son producteur et compagnon qui n'a fait que de se détériorer au fil des ans, devenir malsaine, la coupant du monde, pour se terminer dans le drame, Nina Nastasia décidant finalement de le quitter, lui, préférant dans la foulée mettre un terme à ses jours.
Deux ans après les faits, l'américaine publie 'Riderless Horse', son septième album, et celui de mon année. Un disque très simple (elle est seule avec sa guitare) mais aux textes aussi touchants que durs, joyeux, tristes, bouleversants à bien des égards ; qui reviennent sur sa vie d'avant autant que sur ce qui s'ouvre devant elle. Comme elle le dit elle même : « Riderless Horse documents the grief, but
it also marks moments of empowerment and a real happiness in
discovering my own capability ».
Produit par son ami de toujours Steve Albini, enregistré dans le plus simple appareil dans un phare, 'Riderless Horse' est l'album le plus dépouillé et à la fois le plus puissant de l'année. Sur Afterwards, le morceau qui clôt l'album, elle finit par ces mots : « Oh, how I wanna live ». Oh oui, vous pouvez madame. Vous devez même. Votre retour est une bénédiction. Bon retour à la vie Nina.
Comme
promis, vous trouverez une chanson de chacun des disques présentés dans les lecteurs Spotify et Deezer et ci-dessous, avec également un lecteur bandcamp pour le morceau extrait de l'album de Current 93, absent des plateformes de streaming (de la place 01 à 20) :
Parce qu'il faut bien finir. Parce que tous ces tops, ça commence à bien faire. Parce que, ça y est, 2022 est très officiellement dans le rétro (et on ne la regrettera pas). Pour tout ça, mettons un point final à cette année avec le traditionnel Top 50 "chansons" (ou morceaux, ou singles, c'est vous qui voyez), ou plus simplement les cinquante titres qui auront fait de ces douze derniers mois
Il est donc question de cinquante chansons aujourd'hui pour conclure ce top 2022 et ouvrir l'année 2023 (que je vous souhaite par ailleurs la plus belle). Cinquante titres qui m'auront autant enthousiasmé que touché. Avec des balades belles à pleurer, des morceaux qui ne demandent qu'à être que des hymnes rock, des chansons françaises sans frontière, de la soul mâtinée de hip-hop, du post-punk d'excellent aloi, du suédois, du grec, de l'algérien avec un zeste gallois, des choeurs fameux, de la power-pop à tomber. Et un numéro un totalement instrumental, à la mélodie et aux cordes merveilleuses. Bonne(s) écoute(s) !
50. Whitney K - Song For a Friend 49. Animal Collective - Strung With Everything 48. Swami John Reis - Ride The Wild Night 47. Lewsberg - Six Hills 46. !!! - Storm Around The World (feat. Maria Uzor)
45. Sports Team - Unstuck 44. Imarhan - Adar Newlan (feat. Gruff Rhys) 43. Lightning In A Twilight Hour - Leaf Fall Is Over 42. Oneida - I Wanna Hold Your Electric Hand 41. Disq - Prize Contest Life
40. Sea Power - Two Fingers 39. Teletype - Everything Everything 38. The Lounge Society - No Driver 37. Body Type - Buoyancy 36. Cloud Cult - One Way Out of a Hole
35. Pete Astor - English Weather 34. MGMT - Tell It to Me Like It Is 33. Black Country, New Road - Bread Song 32. Jockstrap - Greatest Hits 31. Courting - Famous
30. Cheekface - You Wanna Bomb The Middle East 29. Porridge Radio - Birthday Party 28. Pusha T - Dreaming of The Past (feat. Kanye West) 27. Moddi - Tranøy fyr 26. Jane Weaver - Oblique Fantasy
25. Beyonce - Alien Superstar 24. San Fermin - Tired of Loving You 23. Danger Mouse & Black Thought - Belize (feat. MF DOOM) 22. Weird Nightmare - Lusitania 21. Kevin Morby - A Random Act of Kindness
20. CMAT - No More Virgos 19. Surf Curse - Lost Honor 18. La Maison Tellier - Atlas 17. BAMBARA - Little Wars 16. Bill Callahan - Naked Souls
15. The Beths - Knees Deep 14. Crack Cloud - Please Yourself 13. Panda Bear & Sonic Boom - Livin’ In The After 12. Bazooka - Δικιά Μου Αλήθεια (Dikia Mou Alithia) 11. Little Simz - Heart on Fire
10. Hudson Mohawke - Is It Supposed 09. Florent Marchet - Freddie Mercury 08. Anna Tivel - Black Umbrella 07. Team Me - Every Little Dream 06. Sprints - Literary Mind
05. Laurent Bardainne & Tigre d’Eau Douce - Oiseau (feat. Bertrand Belin) 04. Pascal Comelade - Cimetière de la photographie 03. U.S. Girls - So Typically Now 02. Get Well Soon - I Love Humans 01. Nyx Nótt - Docudrama
Vu que lire ce top sans écouter les chansons en question n'aurait qu'un intérêt très limité, ci-dessous, vous trouverez non pas un, non pas deux mais trois lecteurs ! Un chez Spotify, un chez Deezer et un chez Youtube. Bonnes écoutes !
Révélés (comme beaucoup) par Nice Swan Records, les liverpuldiens de Courting, après une flopée de singles (dont l'excellent David Byrne's Badside), viennent d'enfin publier leur premier album. Et son nom, 'Guitar Music', ne ment pas sur la marchandise. Car des guitares, il y en a sur ce disque.
Post-punk aux quelques échappées belles vers un rock marqué 90s, porté par une production maligne, cinglante et métallique, cet album est une belle surprise. Pas dit que cela renverse l'année musicale, mais ce 'Guitar Music' et des chansons comme Famous (en écoute aujourd'hui) et sa sacrée tronche d'indie-hit ou l'épatante balade Uncanny Valley Forever et ses quasi neuf minutes leur permettent au moins de s'inviter à la table de la nouvelle génération anglaise, celle des Shame, Sprints, Black Country, New Road, Black Midi et autre Gilla Band ou Sports Team. Certes en bout de table pour le moment, mais ils ont de quoi faire partie de la relève.
Album : Guitar Music Année : 2022 Label : PIAS Recordings
Cela désormais onze ans que le label Speedy Wunderground s'est fait une spécialité de dénicher les groupes de demain qui feront vibrer ou danser la Perfide Albion. La liste des artistes passés par le label de Dan Carey et ayant ensuite connu une ascension fulgurante sont légions, de Squid à English Teacher, en passant par Black Country, New Road, Black Midi, Kate Tempest sans oublier Treeboy & Arc, Pynch et autres The Lounge Society. Mieux, certaines anciennes gloires viennent toquer à la porte du label londonien (A Certain Ratio début juillet).
Depuis 2013, Speedy Wunderground a publié quarante-neuf 45-tours. Toujours avec le même design, toujours avec une grande ambition artistique, et avec toujours Dan Carey à la production. Le 1er octobre, c'est le quintet londonien de Moreish Idols qui viendra s'ajouter à la liste et être donc le cinquantième single du label avec Pale Blue Dot. Une chanson remarquablement produite, très mélodique, aux belles harmonies vocales, à la rythmique essentielle, et comme construit sur plusieurs strates mais qui s'agencent avec bonheur les unes aux autres. Un morceau qui fait plus qu'honneur à Speedy Wunderground, label ô combien indispensable.
Album : Pale Blue Dot 7" Année : 2024 Label : Speedy Wunderground
Disons le tout de go : on est rarement déçu par Speedy Wunderground, label aux sorties foisonnantes mené par Dan Carey, dont chaque année apporte son lot de singles plus qu'enthousiasmants (en 2022, ceux de Lewsberg et de Jane Weaver sont là pour le prouver).
Difficile donc de passer à côté de la dernière sortie du label londonien : 'Tired of Liberty', le premier album de The Lounge Society, quatuor tout juste sorti de l'adolescence et venu d'Hebden Bridge dans le West Yorkshire. Un disque exaltant de post-punk, sacrément bien produit (tiens tiens, Dan Carey, encore lui), mené tambour battant, qui ne s’embarrasse pas de compromis, et qu'on peut voir comme un juste lien entre Black Midi, Squid et Black Country, New Road, trois groupes découverts et/ou signés le temps d'un single ou d'un Ep chez Speedy Wunderground. Un album dont on ressortira l'évident No Driver (en écoute aujourd'hui), son titre le plus immédiat au gimmick efficace comme nul autre, et qu'on se délecte déjà de découvrir sur scène à l'automne prochain (le 21 octobre à Lyon notamment).
Album : Tired of Liberty Année : 2022 Label : Speedy Wunderground
Passé bien trop rapidement sur leur 'Glueland Ep' de 2021, moi qui avais
adoré leur 'Zero Dollar Bill Ep'l'année précédente, j'en suis pour mon
état d'esprit et mon impatience d'alors. Réécouté dans la foulée de
leur nouveau single Happy Feet (en écoute aujourd'hui) et, on l'espère, annonciateur d'un premier album à
venir, ce disque a une classe folle et pue le post-punk à tous les niveaux. A se demander d'ailleurs s'ils ne sont pas les plus fidèles représentants du genre de toute la joyeuse bande anglaise actuelle.
Et Happy Feet me direz-vous ? Sans doute encore au-dessus de leurs compositions d'avant. Car si le post-punk leur reste plus que jamais chevillé au corps et aux médiators, si la voix de Chris Bailey rappelle toujours un peu plus celle de Paul Smith des Maxïmo Park, ils introduisent ici un peu plus de pop que par le passé, un peu plus de mélancolie aussi pour un résultat épatant. Donc oui, cent fois oui, mettons les Do Nothing au centre du jeu. Le quatuor de Nottingham a beaucoup trop de talent à revendre pour qu'on les laisse à côté.
Ayé, nous sommes en 2022. Pas dit que l'année prochaine soit formidable, loin de là. Elle a même tout pour être de même nature que sa devancière. Pour autant, on ne pleurera pas la disparition dans les limbes de 2021, année affreuse s'il en est et qui aura réussi à faire pire que 2020, ce qui n'est pas rien.
Musicalement en revanche, quelle année ! Comme déclinée sur les trois premières parties de ce bilan annuel, 2021 fut un grand cru à mes oreilles. Des disques absolument merveilleux. Des claques prises plus souvent qu'à mon tour. Et des chansons, mes aïeux, je ne vous en parle même pas.
Mais avant d'aller plus loin et de détailler ce Top 50 des meilleurs morceaux de l'année, regardons une nouvelle fois ce que les copines, copains et autres voisins ont tiré de cette année 2021 :
Nous disions donc 50 chansons. Cinquante morceaux qui auront passé leur temps dans mes oreilles, certains en partant pour mieux y revenir encore plus puissant. Le numéro 1 a été évident du moment où j'ai posé mes oreilles dessus (je vous conseille d'ailleurs de regarder le clip, d'une classe et d'une beauté folle). Le numéro 2 est un titre fou, du post-punk qui finit comme en électro. Quant à la troisième marche du podium, c'est la plus belle chanson française de l'année, sans conteste possible (et qui ouvre un album qui a raté le cut d'un rien de mon top album). Le reste ? Des chansons presque du même acabit, avec beaucoup de guitares, de la pop dans tous les sens, des vieux sur le retour qui font dans le cliché mais qui le font bien, quelques petites douceurs dont je n'arrive pas à me lasser et quelques tubes sur lesquels on dansera encore dans vingt ans. Bref, cinquante titres. Cinquante chansons. A découvrir ci-dessous.
Et évidemment, au bas de ce classement, des lecteurs Spotify, Deezer et Youtube pour écouter - et voir - ces 50 chansons. Bonne lecture et surtout, bonne écoute !
Et vu que lire ce top sans écouter les chansons en question n'aurait pas d'intérêt, ci-dessous, non pas un, non pas deux mais trois lecteurs ! Un chez Spotify, un chez Deezer et un chez Youtube (qui permettra notamment de voir le clip aussi formidable que la chanson d'Introvert de Little Simz). Bonnes écoutes !