Avec sa pochette qui semble autant être un hommage - champêtre - au 'Who's Next' des Who qu'à l'imaginaire folk des années 70, l'écossaise Lavinia Blackwall promet d'emblée une certaine esthétique musicale sur son nouvel album, 'The Making'. Et elle ne ment pas sur la marchandise. A mi-chemin entre une pop orchestrale des 70s (donc), pleine de guitares
aux riffs également d'époque, et 'The Trials of Van Occupanther' de
Midlake (We All Get Lost ou The Will To Be Wild qui pique le piano de
Roscoe), voilà donc un second album très solide pour l'ancienne chanteuse des Trembling Bells, groupe qu'elle a quitté voilà sept ans.
Un disque très réussi, mené par une voix, si ce n'est de tête, particulièrement haut perchée, entre pop, rock et folk, qui multiplie les jolies mélodies, les emballements au piano, les orchestrations fournies, les chansons classieuses (The Damage We Have Done, My Hopes Are Mine avec la voix de Maggie Reilly, la voix du Moonlight Shadow de Mike Oldfield) quand elles ne sont pas tout simplement grandes (The Art of Leaving, en écoute aujourd'hui, sa fougue et ses riffs délicieusement efficaces en conclusion).
Album : The Making Année : 2025 Label : The Barne Society
On ne peut pas dire qu'en tant que lyonnais, on ait à se plaindre niveau programmation musicale. Il faut dire que depuis une vingtaine d'années et, notamment, l'émergence de l'association Grrrnd Zero qui a revitalisé une ville passablement somnolente, l'offre concerts entre Saône et Rhône n'a jamais cessé de progresser et d'être foisonnante, avec des salles de toutes les tailles et de tous les formats (je ne vais pas les lister, elles sont bien trop nombreuses)
Pourtant, tout ceci ne m'empêche pas d'être grognon. La faute à ce vendredi 15 novembre 2024, frustrant au possible pour le lyonnais que je suis. Ce soir là sont programmés deux groupes que je tiens en haute estime et que j'aurais aimé pouvoir revoir sur scène une nouvelle fois. D'un côté, les Beak> de Geoff Barrow qui se produiront à L’Épicerie Moderne. De l'autre, la québécoise Myriam Gendron qui elle sera sur la scène du Sonic.
Deux atmosphères et deux ambiances distinctes. Mais pas moins de talent. Car si Beak> fait évidemment plus parler de lui (Geoff Barrow est « l'autre » de Portishead et il vient d'annoncer qu'il quitterait le groupe à l'issue de cette tournée), Myriam Gendron a elle aussi du talent à revendre. Elle vient sur Lyon pour présenter son troisième album 'Mayday', le successeur du merveilleux 'Ma délire - Songs of Love, Lost & Found' en 2021.
'Mayday', qui se pare d'atours verts, est un très bel album, peut-être pas aussi marquant que son prédécesseur rouge (véritable chef d'œuvre de son temps) mais remplis de petites douceurs, délicates ou électriques (superbe Berceuse), intime, où Myriam Gendron raconte ses histoires en français ou en anglais, le tout saupoudré parfois d'un peu field recordings ici et là. Un disque beau comme tout dont il n'est pas à douter une seconde que les chansons prendront une belle ampleur sur la scène du Sonic ce vendredi soir où le temps devrait se suspendre durant une bonne heure.
NB : Myriam Gendron sera également en concert à Rouen (14/11), Mouans-Sartoux (16/11), Paris (17 et 18/11) et Bruxelles (19/11)
Album : Mayday Année : 2024 Label : Feeding Tube Records / Thrill Jockey
Vendredi 1er novembre, le monde entier n'avait d'yeux et d'oreilles que pour le dernier album de The Cure, 'Song Of A Lost World', leur premier en seize ans. N'étant pas ni un immense fan, ni même un grand connaisseur de The Cure, et mes deux seules écoutes m'ayant laissé sur ma faim, je laisserais les spécialistes évoquer bien mieux que moi ce disque que beaucoup considèrent comme un des meilleurs de la bande à Robert Smith, pour mieux embrayer sur un autre album sorti vendredi dernier : 'Night Palace' de Mount Eerie, le successeur du divin'Lost Wisdom pt. 2' réalisé en compagnie de Julie Doiron en 2019.
'Night Palace' est un disque fleuve (quatre-vingt une minutes pour vingt-six chansons), dense, à la structure exigeante à passer par tant d'états à la fois (Mount Eerie sait se faire autant discret dans une balade folk que noisy et bruitiste dans l'instant suivant) et dont il est difficile de faire le tour en seulement quelques écoutes (même si les avis à son égard sont plutôt dithyrambiques). Alors plutôt que donner un avis tranché que je n'ai toujours pas, écoutons I Saw Another Bird, la chanson qui ouvre la seconde partie de 'Night Palace'. Un morceau qui dès la première écoute m'a titillé l'oreille, aiguisé ma curiosité et rassasié, malgré sa courte durée, mon désir de guitares lourdes et nerveuses. C'est un - très - bon début.
Album : Night Palace Année : 2024 Label : P.W. Elverum & Sun
En 2020, alors qu'une chape de plomb pleine de masques, d'attestations de sortie et de vie entre quatre murs s'abattait sur le monde - ou presque -, les écossais de Savage Mansion avaient publié leur second album, 'Weird Country' qui avait eu certes son petit succès d'estime mais vu sa date de sortie (le 3 avril), pas bien plus.
Quatre ans et un album plus tard, le quatuor devenu quintet est revenu en février dernier avec un quatrième opus, 'The Shakes', toujours chez Lost Map Records, label tout aussi écossais qu'eux.
De ce disque plutôt solide par ailleurs, il faut ressortir Total Colombia, single découvert il y a quelques jours à l'occasion de la sortie d'un court Ep composé de deux remixes de la dite chanson par un certain Dj Haircut (meilleur nom).
Si les remixes en question n'ont vraiment pas beaucoup d'intérêt, la chanson originale en a beaucoup plus, elle. Évident morceau phare de l'album, Total Colombia est une chanson indie-rock un rien slacker, à la rythmique métronomique, au refrain répétitif (« What’s wrong with your eyes? Nothing ») et aux chœurs en soutien qui vous donnent envie de chanter à tue-tête.
Album : The Shakes Année : 2024 Label : Lost Map Records
Tel un ami dont on n'a pas eu de nouvelles depuis des années et qu'on
retrouve comme si on s'était quitté la veille, Dr Dog est le genre de
groupe qui peut se permettre de longs silences mais qui à chaque fois qu'il revient c'est pour mieux vous emporter avec lui à nouveau.
Groupe fondé en 1999, le quintet de Philadelphie avait mis fait fin à sa longue
aventure en 2021 après dix albums (dont certains très aimés dans ces
pages) et une tournée d'adieu. Pourtant, le 19 juillet dernier, le groupe a publié non sans surprise son onzième album, le premier en six ans, le bien nommé... 'Dr. Dog'.
Et j'aime mieux vous dire qu'ils ne sont pas revenus pour rien. Car s'ils ne se réinventent pas (un disque de Dr. Dog ressemblera toujours à un disque de Dr. Dog), il y a comme un souffle nouveau. Comme si la pause leur avait permis de se ressourcer, de retrouver une flamme qu'ils avaient légèrement perdu sur la fin.
Forcément, on retrouve leur marque de fabrique, ces compositions teintées de rock, de folk et de psyché, évidemment sublimées (comme souvent chez eux) par de belles harmonies vocales (Handyman, White Dove). Nos gars n'ont pas changé (et personne ne leur demande de le faire d'ailleurs) et restent imprenables dès que le tempo ralenti et qu'ils se font mélancoliques et langoureux (Still Can't Believe, What a Night’ll Do). Pourtant, difficile de ne pas remarquer que leurs chansons n'ont sans doute jamais sonnées aussi... pop qu'ici. J'en veux pour preuve Lost Ones, le délicieux Fat Dog,un Fine White Lies dont le chant rappelle le David Bowie de Five Years et surtout Talk Is Cheap, un des très grands morceaux de 'Dr. Dog', à la rythmique
et aux chœurs invitant à se lover dans des « wouhouhou » à n'en plus finir.
Aimé puis oublié, Dr. Dog fait donc un retour fracassant autant qu'inattendu avec ce disque inspiré, généreux et qui dès la première écoute m'a rappelé pourquoi j'aimais ce groupe ; et à quel point je l'aimais. Un album qui est peut-être (le temps nous le confirmera) leur meilleur à ce jour. Pas mal quand on vient de fêter
ses vingt-cinq ans d'existence. (Sortie : 19 juillet 2024)
Trois chansons extraites de 'Dr. Dog' de Dr. Dog. Talk Is Cheap, la meilleure chanson de l'album (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis Fine White Lies dont le chant rappelle le David Bowie de Five Years. Et enfin le poppy Lost Ones :
Savez-vous quel est le point commun entre John Steinbeck, l'écrivain auteur de beaucoup de chefs-d'œuvre (de beaucoup de mes livres favoris également) et The Mystery Lights, groupe créé et mené par Michael Brandon et Luis Alfonso Solano ? Tous deux viennent de la vallée de Salinas en Californie, si chère à l'écrivain, et théâtre de beaucoup de ses romans.
Toutefois, au contraire des héros de Steinbeck, The Mystery Lights n'ont pas connu la grande dépression et ont du partir de
Californie pour enfin percer et être signés. Et, excusez du peu, par Wick
Records, le sous-label rock de Daptone, maison mère soul de Sharon Jones, Charles Bradley ou plus récemment Jalen NGonda.
Découvert sur le tard (concrètement il y a une semaine par l'entremise de la toujours très sûre Marion FaceB), The Mystery Lights viennent de sortir leur quatrième album, 'Purgatory'. Un album entre garage et psyché à la sauce sixties, avec une aura soul qui parcourt toutes les chansons. Sans doute pas de quoi
crier au génie, mais l'ensemble est assez sûr de lui et carré pour enivrer l'auditeur. Des douze morceaux, on retiendra surtout les plus courts comme Don't Want No Need No, In The Streets ou Together Lost (en écoute aujourd'hui).
Vendredi soir, moi qui étais prêt à dézinguer comme jamais ces Jeux Olympiques de Paris 2024 en commençant par cette cérémonie d'ouverture que je présageais, comme toutes ses devancières (ou quasi), chiante et longue comme la pluie, à ma plus grande surprise, je suis tombé des nues. Et j'ai été subjugué par ce moment de plus de 3h30, grandiose, prodigieux, extraordinaire, plein d'allant, de modernité, d'inventivité, de beauté et de classe. Une cérémonie d'ouverture absolument incroyable dont il est difficile de savoir quel moment a été le plus marquant : Aya Nakamura et la Garde Républicaine ? Le tableau « Synchronicité » avec ces danseurs entourés d'or ? Gojira qui fait exploser la Conciergerie ? Les dix femmes en or ? La Marseillaise d'Axelle Saint-Cirel ? Le catwalk transformé en Dj Set de l'Olympe ? L'arrivée du bateau français sur un duo Que Je T'Aime / Lettre à France ? Le cheval qui galope sur la Seine ? La Tour Eiffel qui scintille au son de Supernature de Cerrone ? Les derniers relais ? La vasque d'une beauté folle qui s'élève dans le ciel de Paris après avoir été allumée par deux légendes ? L'apothéose de L'Hymne à l'Amour chantée par Céline Dion à vous donner des frissons comme jamais ? Faites votre choix, moi j'en suis bien incapable tant j'ai succombé à cette cérémonie à nulle autre pareille et qui n'est pas prêt de sortir de ma mémoire.
Pas encore totalement remis pour être tout à fait honnête, c'est, dans un autre genre, un morceau tout aussi fort qui ouvre cette semaine dans ces pages. Il s'appelle How Black Men Lose Their Smile et est l’œuvre de Bashy, rappeur anglais qui après dix ans à faire l'acteur vient de revenir à ses premières amours ce début juillet en publiant son troisième album - le premier depuis 2011. Une chanson puissante (son titre en dit déjà beaucoup) en forme de manifeste qui, sur une prod dub aux trompettes comme ivres, raconte comment nos sociétés occidentales ont réussi à casser les espoirs de la population noire, comment par leur racisme elles ont tout fait pour réduire son histoire à la portion congrue, comment elles ont tout fait pour l'invisibiliser et ne lui donner que peu d'échappatoire et comment elles ont réussi (« That’s how Black men lose their life, the world has made me hate myself, I’m scared of men that look like me, self hatred rooted so deep, him or I, I must protect myself, I’m going grave or I’m going jail, that’s How Black Men Lose Their Smile »). Le flow de Bashy, qui rappelle sur quelques intonations celui de Roots Manuva, est racé, précis, percutant et rend parfaitement justice à ses paroles ciselées et sans faux semblant. Immense chanson et sommet d'un album qui n'en manque pourtant pas.
Album : Being Poor is Expensive Année : 2024 Label : Bish Bash Bosh Music
Quand bien même les prix délirants, les temps de pressage qui s'allongent et la qualité qui reste très aléatoire, le vinyle a toujours la cote du côté des mélomanes, mais aussi des artistes qui semblent tous vouloir passer par la case micro-sillons pour publier leurs derniers albums. Pour ainsi dire, au niveau indé, c'est même souvent soit une version vinyle soit une version digitale, rien de plus.
Prenez 'Everyone Smiles' de The Maureens, quatuor originaire d'Utrecht aux Pays-Bas, dont je viens de faire la découverte (merci Section26 pour sa chronique) malgré plus de dix ans de carrière
et trois albums derrière eux. Ce disque est sans doute dans le très haut du panier de mon année 2024. Il a tout ce
que le passionné de pop recherche : un sens aigu de la mélodie, de sacrées chansons, une énergie à revendre, et des choeurs ou des voix doublées qui se chevauchent ou se
complètent, rehaussant l'ensemble de leurs compositions d'harmonies d'une efficacité folle. Pour résumer, une sorte de mélange de The Lemon Twigs, des regrettés Hal et Jayhawks, avec parfois une pointe de Gulcher (groupe dont on fêtera les dix ans de leur merveilleux 'Cocktails' le 30 juin prochain).
Hé bien, ce 'Everyone Smiles' de The Maureens n'est disponible (enfin « était », le pressage étant épuisé) qu'en vinyle, à un prix tout à fait honnête... jusqu'à la case frais de port (l'ensemble à quarante-cinq euros, merci mais non merci). A part ça ? Une version digitale à dix euros et c'est tout. Même pas un petit pressage cd, bien moins onéreux à produire et bien moins cher à envoyer à l'autre bout de l'Europe. Circulez, y a rien à voir (profitons-en d'ailleurs pour préciser que The Maureens et Meritorio Records sont un exemple et très loin d'être une exception).
Vous me direz, les labels et les artistes font bien ce qu'ils veulent. Et vous aurez raison. D'ailleurs, à l'époque où Without My Hat Records n'était pas en pause, j'ai moi même publié 'Isn't It Fun' de Mondrian uniquement en vinyle. Pour autant, les années ont passé depuis et le vinyle est devenu un objet de luxe. Et je ne peux m'empêcher de pester contre cette mise au rebut du cd, comme s'il était le mal incarné ou un support tout à fait négligeable. Alors qu'il est sans doute voué à reprendre la main sur le vinyle, support totalement dévoyé depuis quelques années et qui ne représente plus grand chose.
Et je rognonne aussi de ne pas pouvoir soutenir un des disques les plus marquants de mon premier trimestre 2024. De ne pas pouvoir l'écouter autrement que sur mon ordinateur ou mon smartphone. C'est évidemment un détail et sans doute anecdotique, mais très franchement, c'est fatiguant à la longue. Surtout que 'Everyone Smiles' de The Maureens est un disque éminemment brillant, à la pop chevillée au corps. Qui mérite qu'on l'écoute et qu'on le soutienne. (Sortie : 19 janvier 2024)
Trois chansons de 'Everyone Smiles' de The Maureens en écoute. Lost & Found pour ouvrir le bal, une des chansons les plus immédiates de l'album (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis le très Gulcher Rainy Day. Et enfin, le mélancolique Do You :
Le clip de Fell In Love, un des singles extraits de 'Everyone Smiles' de The Maureens :
Histoire de mettre un peu de quiétude dans notre monde de brutes épaisses, faisons une pause. Et prenons le temps d'écouter Lost Angel de Cleo Sol. Cette chanson est extraite de 'Gold', le nouvel album (le second en deux semaines !) de la chanteuse de l'intriguant groupe/collectif anglais SAULT, dont est issu Inflo, l'hyperactif producteur, aux manettes de ce disque comme il le fut pour les deux derniers Little Simz.
Contrairement à sa compatriote, Cleo Sol fait plus dans la neo-soul distinguée et un gospel minimaliste où tout est centré autour de sa voix. Joliment troussé mais redondant sur la longueur, le disque a pour pièce maîtresse le Lost Angel dont il est question aujourd'hui. Cleo Sol y chante d'une voix douce mais sereine, tandis qu'un piano sur un nuage déroule sa mélodie et que des choeurs murmurent à l'arrière, comme pour mieux apaiser les âme, avant de prendre de l'épaisseur au fur et à mesure. Six minutes de beauté aérienne, qui font du bien en ces temps toujours incertains, et dont les paroles ont une résonne particulière depuis samedi dernier.
Album : Gold Année : 2023 Label : Forever Living Originals
Parce qu'il faut bien finir. Parce que tous ces tops, ça commence à bien faire. Parce que, ça y est, 2022 est très officiellement dans le rétro (et on ne la regrettera pas). Pour tout ça, mettons un point final à cette année avec le traditionnel Top 50 "chansons" (ou morceaux, ou singles, c'est vous qui voyez), ou plus simplement les cinquante titres qui auront fait de ces douze derniers mois
Il est donc question de cinquante chansons aujourd'hui pour conclure ce top 2022 et ouvrir l'année 2023 (que je vous souhaite par ailleurs la plus belle). Cinquante titres qui m'auront autant enthousiasmé que touché. Avec des balades belles à pleurer, des morceaux qui ne demandent qu'à être que des hymnes rock, des chansons françaises sans frontière, de la soul mâtinée de hip-hop, du post-punk d'excellent aloi, du suédois, du grec, de l'algérien avec un zeste gallois, des choeurs fameux, de la power-pop à tomber. Et un numéro un totalement instrumental, à la mélodie et aux cordes merveilleuses. Bonne(s) écoute(s) !
50. Whitney K - Song For a Friend 49. Animal Collective - Strung With Everything 48. Swami John Reis - Ride The Wild Night 47. Lewsberg - Six Hills 46. !!! - Storm Around The World (feat. Maria Uzor)
45. Sports Team - Unstuck 44. Imarhan - Adar Newlan (feat. Gruff Rhys) 43. Lightning In A Twilight Hour - Leaf Fall Is Over 42. Oneida - I Wanna Hold Your Electric Hand 41. Disq - Prize Contest Life
40. Sea Power - Two Fingers 39. Teletype - Everything Everything 38. The Lounge Society - No Driver 37. Body Type - Buoyancy 36. Cloud Cult - One Way Out of a Hole
35. Pete Astor - English Weather 34. MGMT - Tell It to Me Like It Is 33. Black Country, New Road - Bread Song 32. Jockstrap - Greatest Hits 31. Courting - Famous
30. Cheekface - You Wanna Bomb The Middle East 29. Porridge Radio - Birthday Party 28. Pusha T - Dreaming of The Past (feat. Kanye West) 27. Moddi - Tranøy fyr 26. Jane Weaver - Oblique Fantasy
25. Beyonce - Alien Superstar 24. San Fermin - Tired of Loving You 23. Danger Mouse & Black Thought - Belize (feat. MF DOOM) 22. Weird Nightmare - Lusitania 21. Kevin Morby - A Random Act of Kindness
20. CMAT - No More Virgos 19. Surf Curse - Lost Honor 18. La Maison Tellier - Atlas 17. BAMBARA - Little Wars 16. Bill Callahan - Naked Souls
15. The Beths - Knees Deep 14. Crack Cloud - Please Yourself 13. Panda Bear & Sonic Boom - Livin’ In The After 12. Bazooka - Δικιά Μου Αλήθεια (Dikia Mou Alithia) 11. Little Simz - Heart on Fire
10. Hudson Mohawke - Is It Supposed 09. Florent Marchet - Freddie Mercury 08. Anna Tivel - Black Umbrella 07. Team Me - Every Little Dream 06. Sprints - Literary Mind
05. Laurent Bardainne & Tigre d’Eau Douce - Oiseau (feat. Bertrand Belin) 04. Pascal Comelade - Cimetière de la photographie 03. U.S. Girls - So Typically Now 02. Get Well Soon - I Love Humans 01. Nyx Nótt - Docudrama
Vu que lire ce top sans écouter les chansons en question n'aurait qu'un intérêt très limité, ci-dessous, vous trouverez non pas un, non pas deux mais trois lecteurs ! Un chez Spotify, un chez Deezer et un chez Youtube. Bonnes écoutes !
Il y en avait vingt. Et voilà les vingt autres. La crème de la crème pour mes oreilles en cette année 2022. Loin de moi l'idée de dire qu'il s'agit là des meilleurs albums de l'année et que cette sentence est irrévocable. Car ce sont uniquement les albums que j'ai le plus écoutés de l'année. Ceux qui m'auront émerveillés, émus, enthousiasmés plus que de raison.
Mais avant d'aller plus loin dans l'exposé des disques en question, continuons notre traditionnel tour pour voir ce qui est ressorti de l'année 2022 chez les voisins - plus ou moins proches : - Le bilan 2022 de Marc d’Esprits Critiques - Les 50 meilleurs albums de 2022 selon The Revue - Des artistes, des réalisateurs, des écrivains donnent leur bilan 2022 : c'est le très cool "Année des VIP" de Pop News - Le best of 2022 de la rédaction de Stars Are Underground - Le bilan de la rédaction d'Another Whisky For Mister Bukowski
Ils sont donc vingt à composer cette deuxième partie de mes albums de l'année. Vingt albums entre pop à chanter à plein poumons, mélancolie à tous les étages, folk bien ouvragé, rock et post-punk épatants, pop en équilibre précaire, quand elle ne voyage pas dans un expérimental cristallin, hip-hop sans frontière, chansons ethérées et vaporeuses, légende du néo-folk, garage à la sauce pop et en haut, tout en haut, un disque à la simplicité folle mais tellement puissant. Et comme à chaque fois, au bas de ce papier se trouvent deux lecteurs Deezer et Spotify dans lesquels vous trouverez une chanson de chacun des albums cités ci-dessous, ainsi qu'un lecteur bandcamp pour le seul morceau absent des plateformes de streaming. Bonne lecture, bonne(s) écoute(s) et à dimanche pour le Top 50 singles (et la bonne année aussi).
20. Courting - Guitar Music [Pias Recordings] Non, Courting n’est pas un énième groupe lambda de post-punk. Comme le laissaient présager leurs premiers singles, ils sont plus que cela. Car 'Guitar Music', son post-punk aux quelques échappées belles vers un rock marqué 90s et sa production maligne, cinglante et métallique, a tout pour leur permettre de s'inviter à la table de la nouvelle génération anglaise.
19. Cloud Cult - Metamorphosis [Earthology Records] Six ans après 'The Seeker', Craig Minowa et ses Cloud Cult ont fait leur retour. Et avec ce qu’ils savent faire le mieux : des chansons qui respirent la pop par tous les pores, les mélodies attachantes, les orchestrations qui s’emballent. Et la mélancolie, toujours cette mélancolie qui s’immisce, s’étend et vous étreint.
18. Micah P. Hinson - I Lie to You [Ponderosa] Micah P. Hinson a toujours l’air aussi malheureux, mais dieu sait qu’il connaît l’art de la belle composition comme personne. 'I Lie to You' est sans doute un de ses albums les plus aboutis de toute sa discographie, un disque très beau où les chansons amples côtoient des titres plus simplement folk - et pas les moins réussis d’ailleurs.
17. Marmalade Mountain - Strange Angels [Magic Nothing] Découvert l’an passé avec un 'Ditties'purement folk, Zack Fischmann sous son alias Marmalade Mountain prend ses aises sur 'Strange Angels' son nouvel album. Un disque bien plus orchestré et produit que le précédent, qu’il n’aborde pas seul et où ses chansons folk sont magnifiées par une joyeuse bande de troubadours autour de lui.
16. Surf Curse - Magic Hour [Atlantic Records] En signant chez les pas vraiment indie Atlantic Records, le duo Surf Curse est devenu un quatuor. Et le résultat est imposant. Porté par quelques titres ébouriffants (Lost Honor ou Fear City notamment), une production qui sait mettre en valeur autant leurs mélodies que l’énergie de leurs compositions, 'Magic Hour' s’avère vite être un de ces petits bonheurs du quotidien, avec sa pop riffeuse, énervée et un rien slacker.
15. Pumice - Phylis [Soft Abuse] Amateurs de pop en équilibre précaire,
le trentième album de Pumice est fait pour vous. Avec sa voix étouffée,
ses instruments qui flemmardent sans jamais s'ennuyer, grincent sans
jamais agacer, enivrent sans jamais étourdir, Pumice crée ici des
structures faites de plusieurs strates et divers niveaux d'écoute pour
un ensemble cohérent dans son instabilité.
14. Porridge Radio - Waterslide, Diving Board, Ladder To The Sky [Secretly Canadian] 'Waterslide, Diving Board, Ladder To The Sky' est le disque qui aurait du faire exploser Porridge Radio. Ce n’est pas encore vraiment le cas (la faute à l’absence d’un titre aussi puissant que Long ?) et pourtant, plus consistant que son prédécesseur (pourtant déjà très réussi), il est un disque d’une grande qualité, plein de passion et de rage, très bien écrit, avec pour tête de proue Dana Margolin, femme aussi incroyable sur disque que sur scène et une future star assurément.
13. Tomberlin - I don’t know who needs to hear this... [Saddle Creek] Merveilleusement produit, 'I don’t know who needs to hear this...' est un disque délicat et touchant, aussi aérien que vaporeux, langoureux et gracile, où la voix de Tomberlin coule, comme lovée dans l'air, sur des mélodies qui semblent sur le point de s'évaporer. « Je ne sais pas qui a besoin d'écouter ça... » se demande-t-elle en une de ce disque. Beaucoup de monde Sarah Beth. Le plus de monde possible.
12. Little Simz - No Thank You [Age 101 Music] Ce qui frappe d'emblée à l'écoute de 'No Thank You', c'est qu'il semble transpirer de colère. Une colère froide, sourde, que Little Simz contient du mieux qu'elle peut pour éviter qu'elle n'explose, mais qu'elle n'hésite pas à afficher clairement dans des textes pugnaces et qui ne transigent pas. Et puis il y a les productions d'Inflo chiadées, les compositions solides et ce flow inimitable. Dix chanson et cinquante minutes qui oscillent en rap, hip-hop, soul/neo-soul qu'elle agrémente de chœurs gospel à faire frissonner le plus sévère des hommes. Si 'Sometimes I Might Be Introvert'était le côté pile de Little Simz, 'No Thank You' semble être son côté face. A la chaleur des compositions du premier, il y a un sentiment plus froid, plus sombre sur le second. A l'image de la pochette : extravagante et pleine de couleur d'un côté, sérieuse et aux tons noir et blanc de l'autre. Mais dans les deux cas, une grande œuvre d'une artiste qui compte. Qui fait ce qu'elle veut. Comme elle le veut. Quand elle le veut.
11. Pascal Comelade - Le non-sens du rythme [Because Music] Sur 'Le non-sens du rythme', Pascal Comelade fait avancer puis reculer (et l'inverse est aussi vrai) ses mélodies, les détourne pour mieux les pousser dans quelques retranchements, leur faire faire un pas de côté pour mieux les voir prendre de longs raccourcis, quand il ne leur fait pas faire la grande traversée. Tout à la fois pop, rock, psyché, il intrigue, épate et parfois même émeut, que ce soit par la constructions de ses morceaux, pleins de couches et sous-couches qui s'empilent, s'emboitent, se répondent et se complètent, ou par ses mélodies sublimes. Le tout sans jamais perdre une seconde l'auditeur. Du grand Art. En savoir plus Acheter
10. Richard Dawson - The Ruby Cord [Weird World] Sur 'Peasant', Richard Dawson posait ses valises dans l’Angleterre du Moyen-Âge. Sur '2020', dans la même Angleterre mais à l’époque actuelle. Avec 'The Ruby Cord',
il clôt son triptyque en se projetant dans un futur lointain. Et comme à
chaque album, il le fait avec un incroyable sens de la composition
folk, qu’elle soit longue et torturée (le premier titre fait plus de 40
mns !), ou qu'il s’engage dans des territoires plus orchestrés - qui
rappelleraient presque par moment Sufjan Stevens - et aux choeurs
majestueux. Une trilogie monumentale.
Très bien construit, évitant la redite et tenant son auditoire par des mélodies souvent cristallines que la voix de Karie Rich habille à merveille, voilà un album souvent minimaliste, plein de langueur et empreint d'expérimentations légères de la part d’un trio pour qui la scène expérimentale, ambiante et d’avant-garde n’a pas de secret. Un disque somptueux, captivant et enchanteur, à l’immédiateté assez folle. En savoir plus Acheter
08. Team Me - Something In The Making [Propeller Recordings]
Avec Into The Wild et surtout Song For a Drummer lancés en éclaireurs l’an passé, il était presque sûr que les Team Me, de retour aux affaires, allaient satisfaire tous les amoureux de pop qui se respectent. Et de fait, avec ses mélodies en pagaille, ses refrains chantés à chœur plein et sa mélancolie doucereuse, 'Something In The Making' a souvent été un refuge pop ensoleillée tout au long de cette année 2022 pleine de grisaille. Un grand album dont il n’est pas facile de se passer. En savoir plus Acheter
07. Panda Bear & Sonic Boom - Reset [Domino Records] Entre titres de leurs compositions et samples à foison (Randy & The Rainbows, Everly Brothers, Eddie Cochran), Panda Bear et Sonic Boom plongent dans la pop et le rock de la fin des années 50 et du début des années 60, où trames répétitives, reverb, loops, clappings et autres touches synthétiques se tutoient, se mélangent, se complètent ou s'évitent tout à la fois, toujours avec justesse, sans que cela ne semble jamais forcé. Avec toujours cette ombre de Brian Wilson qui plane sur les élans vocaux de Panda Bear, en un peu moins de quarante minutes, le duo réussit sa première grande collaboration. 'Reset' est un disque qu'on qualifiera de pudiquement formidable, rétro dans ses fondations mais actuel dans ses finitions. Un album simple, lumineux à bien des égards, superbement produit - et sans doute le plus facile d'accès de la discographie de Panda Bear. En savoir plus Acheter
06. Billy Woods - Aethiopes [Backwoodz Studioz] Avec Preservation derrière la console qui amène autant de boucles répétitives, de samples que de productions venues de tous les continents sans que cela ne soit un frein à l'unité du disque, ramenant en studio quelques invités de prestige ne tirant jamais la couverture à eux (El-P, Quelle Chris), 'Aethiopes' de Billy Woods se révèle vite être un disque de hip-hop, souvent abstract, à la finesse et l'écriture impeccables. Très grand album. En savoir plus Acheter
05. CMAT - If My Wife New I'd Be Dead [AWAL Recordings] Souvent doo-wop, un rien cheesy, rappelant ces girl band des années 60, et avec une voix qui sait monter dans de belles hauteurs, l'Irlandaise CMAT (pour les initiales de son nom: Ciara Mary-Alice Thompson) aura été une des révélations de mon année. Avec son canevas country pop, elle alterne ici tubes, balades country et petites douceurs mélancoliques, avec de belles orchestrations qu'elle agence joliment en y cachant moult détails, des textes bien écrits, pas dénués d'humour (grinçant) et où se cachent souvent beaucoup de souffrances passées. En savoir plus Acheter
04. Current 93 - If A City Is Set Upon A Hill [HomAleph] Perdu de vue depuis 2014 et un 'I Am the Last of All the Field That Fell' sombrement beau et qui m’avait enchanté, Current 93 et David Tibet auront fait un retour remarqué dans mes oreilles en 2022. 'If A City Is Set Upon A Hill'
est un disque somptueux, qui a les atours d’un disque neo-folk mais qui
est bien plus que ça, et où ses mélodies lumineuses sur lesquelles
David Tibet vient raconter ses histoires, font merveille.
03. Weird Nightmare - Weird Nightmare [Sub Pop] Projet solo du leader de METZ, Alex Edkins, Weird Nightmare aura été un des disques qui aura le plus tourné cette année. Loin de la fureur de son groupe d’origine, on est ici entre garage-rock et indie où la pop a son mot à dire. Des compositions soignées, de la guitare en veux-tu, en voilà, des hymnes à chanter à tue-tête (Lusitania), ce premier album est impeccable de bout en bout. Immense coup de coeur.
02. Black Country, New Road - Ants From Up There [Ninja Tune]
Février 2022 ou « vie et mort d'un groupe ». Voilà ce qui pourrait être épitaphe de ce 'Ants From Up There' de Black Country, New Road, deuxième album mais le dernier avec son chanteur Isaac Wood qui, peu de temps après sa sortie, décidait pour des raisons de santé psychologiques de quitter ses six amis. Un choc tant sa voix en forme de montagnes russes, qui rappelle Bowie par moment, se marrie tellement bien avec ces compositions qui ici délaissent les guitares de 'For The First Time' (leur premier album) pour mieux exposer un côté folk-pop, aussi arty, orchestral que post-rock. Disque ambitieux et superbement composé, 'Ants From Up There' est en tout cas la mort d’un groupe. Son épitaphe. A lui de trouver leur nouvelle route pour ses aventures futures.
C'est par quelques simples mots que Nina Nastasia est revenue aux affaires en avril dernier. Un texte pas loin d'être poignant qui explique les raisons de son absence pendant douze longues années. Elle y revient sur ses malheurs et sa très longue relation avec son producteur et compagnon qui n'a fait que de se détériorer au fil des ans, devenir malsaine, la coupant du monde, pour se terminer dans le drame, Nina Nastasia décidant finalement de le quitter, lui, préférant dans la foulée mettre un terme à ses jours.
Deux ans après les faits, l'américaine publie 'Riderless Horse', son septième album, et celui de mon année. Un disque très simple (elle est seule avec sa guitare) mais aux textes aussi touchants que durs, joyeux, tristes, bouleversants à bien des égards ; qui reviennent sur sa vie d'avant autant que sur ce qui s'ouvre devant elle. Comme elle le dit elle même : « Riderless Horse documents the grief, but
it also marks moments of empowerment and a real happiness in
discovering my own capability ».
Produit par son ami de toujours Steve Albini, enregistré dans le plus simple appareil dans un phare, 'Riderless Horse' est l'album le plus dépouillé et à la fois le plus puissant de l'année. Sur Afterwards, le morceau qui clôt l'album, elle finit par ces mots : « Oh, how I wanna live ». Oh oui, vous pouvez madame. Vous devez même. Votre retour est une bénédiction. Bon retour à la vie Nina.
Comme
promis, vous trouverez une chanson de chacun des disques présentés dans les lecteurs Spotify et Deezer et ci-dessous, avec également un lecteur bandcamp pour le morceau extrait de l'album de Current 93, absent des plateformes de streaming (de la place 01 à 20) :