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lundi 16 mars 2026

[Track of The Day] Olivia Rodrigo - The Book of Love (The Magnetic Fields cover)

En 1995, l'ONG War Child avait lancé lancé la compilation 'HELP' pour venir en aide aux population en guerre (c'est la guerre en ex-Yougoslavie qui avait déclenché le mouvement). Un disque de vingt morceaux, devenu mythique avec le temps sans doute plus pour son casting (une bonne partie de la britpop de l'époque, Massive Attack, Sinéad O'Connor, The Chemical Brothers) que pour la qualité de ses chansons (seul le merveilleux Lucky de Radiohead, alors totalement inédit, sortait du lot).

Trente ans plus tard, la période actuelle étant plus que jamais désespérante, War Child relance sa belle initiative avec la petite sœur de 'HELP', la simplement - et forcément - nommée 'HELP(2)'. Au générique, un éventail assez large d'artistes d'aujourd'hui (Young Fathers, Wet Leg, Nilüfer Yanya, Big Thief, The Last Dinner Party, Black Country, New Road, Kae Tempest, English Teacher, Fontaines D.C.) ou presque (Pulp, Depeche Mode, Anna Calvi, Bat For Lashes, Foals), dont une bonne tripotée déjà mentionnés dans ces pages.

A l'instar de sa devancière, 'HELP(2)' est alléchante sur le papier, mais le résultat est le même : il y a peu de choses à sauver dans cette compilation qui n'est pas loin d'être un supplice à écouter - un supplice d'ennui, mais un supplice quand même. Ce n'est pas que c'est laid ou raté, c'est juste que c'est insipide au possible, sans âme, sans intérêt. Un éventail de chansons qui ressemblent plus à des face-B à peine potables qu'autre chose (mention spéciale au morceau de Pulp) quand ce ne sont pas des reprises lénifiantes (Sunday Morning du Velvet Underground par Beth Gibbons, Lilac Wine de Jeff Buckley par Arooj Aftab et Beck), portées par une production lourdingue au possible.

Pas grand chose à sauver donc, à quelques exceptions près (Parasite de English Teacher et Graham Coxon, Sunday Light avec Anna Calvi, Nilüfer Yanya, Dove Ellis et Ellie Rowsell) et notamment la reprise de The Book of Love de The Magnetic Fields par Olivia Rodrigo (en écoute aujourd'hui). Parce que l'originale est merveilleuse (l'américaine prouve une nouvelle fois son très bon goût), et parce que cette version en apesanteur, tout en délicatesse, qu'Olivia Rodrigo chante très justement, est belle comme tout (bien aidée en cela par Graham Coxon à la guitare et Ed Harcourt au piano). C'est peu mais c'est déjà ça. Ah, qu'on est loin de 'Dark Was The Night' ...

NB : Malgré tous ses défauts, n'oublions pas le but de cette compilation : amasser des fonds pour aider les populations (et surtout les enfants) des pays en guerre. Et c'est plus que louable. On peut aider l'ONG War Child en achetant 'HELP(2)' ou en faisant des dons directement sur le site de War Child.

Album : HELP(2)
Année : 2026
Label : War Child Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, la reprise de The Book of Love de The Magnetic Fields par Olivia Rodrigo, avec Ed Harcourt et Graham Coxon à la musique, est également en écoute ci-dessous :

mardi 16 décembre 2025

[Track of The Day] Lone Deer Laredo - Rambling Fish

Marketée et poussée par des mastodontes qui n'ont pas d'autres solutions que de faire prendre la sauce auprès du grand public sous peine de voir la - leur - bulle exploser en plein vol et créer une crise sans précédent, l'Intelligence Artificielle est devenue incontournable dans le débat public. Mais dans nos vies ? C'est encore à prouver.

Pourtant, le pli a été pris par beaucoup. Les créas IA s'enchainent, toutes plus réalistes les unes que les autres, mais toujours (à l'heure actuelle en tout cas) avec ce grain et cette patine encore reconnaissable et manquant incroyablement d'âme. 

Qu'en est-il de la musique ? Il s'avère que près d'un tiers de la musique mise en ligne chaque jour sur Spotify, Deezer et compagnie (environ 40 000 chansons) est créée entièrement par l'Intelligence Artificielle. Pire, des "groupes IA" connaissent même un certain succès, trompant l'utilisateur alors qu'aucune création humaine n'est derrière (l'exemple de The Velvet Sundown l'été dernier). Désespérant.

D'où désormais une certaine méfiance à chaque découverte d'un groupe dont les informations sont plus que parcellaires. C'est le cas de Lone Deer Laredo. Un duo finlandais composé de Paola Suhonen et Olli Happonen, qui fait dans la folk/americana presque orchestrale au cachet 70s, dont les albums sont disponibles sur les plateformes de streaming… mais pas bien plus (pas de bandcamp, à peine quelques chansons sur soundcloud). Leur label ? Ivana Helsinki Records, une structure lancée et conduite par... Paola Suhonen elle-même, mais qui est avant tout un grand bazar artistique, lorgnant autant vers la mode, le design que le cinéma, qu'une maison de disque.

Heureusement, en fouillant bien les méandres du net, on finit par trouver quelques photos de showcase que Lone Deer Laredo a donné il y a quelques années, des chroniques ici et là de leurs premiers disques. Et c'est à peu près tout. C'est peu, certes, mais c'est déjà ça. Surtout, cela valide donc leur existence réelle. Et cela aurait été dommage que ce ne soit pas le cas. Car leur 'Lone Deer Laredo, Vol. 3 (3/7)' a une belle gueule. Troisième album d'une série de sept, débutée en 2019, toujours enregistré à Nashville, toujours produit par Brad Jones, toujours avec la même pochette où seule la couleur de fond change, ce disque propose une americana très bien ouvragée, joliment corsetée de mélodies soignées et qui sent bon, donc, les années 70. La voix de Paola Suhonen est belle, les arrangements autour d'elle sont plutôt raffinés et la magie opère assez rapidement - il suffit de lancer Rambling Fish (en écoute aujourd'hui) sa flute traversière légère, sa guitare qui slide à ses côtés, pour s'en rendre compte.

Lone Deer Laredo existe donc bien et n'est pas une création uniquement composée de 1 et de 0. Reste à savoir désormais si 'Lone Deer Laredo, Vol. 3 (3/7)' sortira un jour en version physique, comme ses deux prédécesseurs. Peut-être. Peut-être pas. On ne sait pas. Et on ne le saura sans doute jamais. La stratégie du secret est quelque-chose qui m'échappe mais j'imagine que cela participe à la séduction. Et plutôt que se plaindre, on se satisfera avant tout d'avoir d'aussi jolies mélodies à se mettre sous l'oreille.

Album : Lone Deer Laredo, Vol. 3 (3/7)
Année : 2025
Label : Ivana Helsinki Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Rambling Fish de Lone Deer Laredo est également en écoute ci-dessous :
 

vendredi 24 octobre 2025

The Telephone Numbers - Scarecrow II [Slumberland Records]

Une fois n'est pas coutume, évoquons un album déjà discuté dans ces pages. Enfin, « album ». Disons plutôt qu'en juillet dernier, le disque en question, 'Scarecrow II' de Telephone Numbers, n'était qu'un album à venir de plus dans une année encore une fois très chargée en nouveautés. Mais l'annonce avait éveillé mon intérêt. Le premier album du groupe de Thomas Rubenstein, Morgan Stanley (The Umbrellas), Phil Lantz (Chime SchoolNeutrals) et Charlie Ertola m'avait charmé en 2021 ; leur Ep de 2023 encore plus. En bonus, les californiens annonçaient avoir signé chez Slumberland Records, gage de qualité s'il en est. Et cerise sur le gâteau, voilà que leur premier single Be Right Down était du genre « wahou », une chanson racée et incroyablement catchy, indie/jangle-pop infernale que quelques cordes venaient embellir sur le refrain. Un morceau parmi les tous meilleurs écoutés cette année - et même au-delà pour ainsi dire.

Début octobre, 'Scarecrow II' est finalement sorti. Dix titres, 37 minutes. Et ce qui est fascinant avec lui, c'est que Be Right Down n'est même pas sa meilleure chanson. Car oui, les titres majeurs se bousculent au portillon de cet album des Telephone Numbers. De Goodbye Rock n Roll en ouverture avec sa mélodie qui nous ferait presque chanter « I want to see my family, My wife and child waiting for me » tant elle a du Love Vigilantes de New Order en elle, à la douce beauté de The Job Is Killing Me, de la mélancolie comme Velvet-ienne de Falling Dream à Ebb Tide et ses arpèges de guitare dans sa conclusion, il y a des concurrents sérieux. Et le principal est Pulling Punchlines. Positionné en cinquième position de 'Scarecrow II', il a tout ce qu'on attend d'un morceau pop. Une basse en intro qu'on dirait piquée aux Cure, un rythme soutenu, une énergie à revendre et à la fin du deuxième refrain, comme si elle sentait que notre journée manquait de cuivres, voilà que la trompette d'Anna Hillburg envoie la chanson dans une autre sphère. Mieux, plutôt que de s'arrêter là, les Telephone Numbers renchérissent avec la guitare de Tony Molina, venu lui aussi prêter main forte au gang californien. Cela ne suffit pas ? Ajoutons un peu d'orgue d'Andy Pastalaniec de Chime School pour finir dans une sorte d'orgie pop qui ne semble pas jamais vouloir s'arrêter (et qui rappelle le REM des débuts), où les chants de Thomas Rubenstein et Morgan Stanley se croisent, se joignent, se répondent et se renvoient des « wouhou » irrésistibles.

Pulling Punchlines est l'apothéose de 'Scarecrow II', disque déjà inoubliable dont les grands moments ne manquent pas. Si l'on voulait motiver le débat, on pourrait dire Telephone Numbers Theme tranche presque avec ses neuf congénères et sonne plus comme The Umbrellas (c'est d'ailleurs Morgan Stanley qui chante ici) que comme The Telephone Numbers. Mais ce serait ergoter pour pas grand chose, tant la chanson est belle et ne dépareille pas avec le reste. 

Ce qui est sûr et certain, c'est qu'on a ici à faire à de la pop de haute volée, si ce n'est de haute-voltige tant elle est maitrisée de bout en bout, nerveuse comme mélancolique, au touché mélodique incomparable et au chant de Thomas Rubenstein qui rappelle celui de Kip Berman de The Pains of Being Pure at Heart. Un disque qui recèle de merveilles, qui n'ont de cesse de se réinventer, comme si elles ne voulaient jamais tomber dans la redite ou l'ennui. Je sais qu'on utilise ce mot à tort et à travers - moi le premier - mais 'Scarecrow II' est un vrai chef d’œuvre. De pop. D'indie-pop. De jangle-pop. De power-pop. De The Telephone Numbers. De musique en général. Et de 2025 en particulier. (Sortie : 10 octobre 2025)

Plus :
'Scarecrow II' de The Telephone Numbers est à l'écoute sur bandcamp
'Scarecrow II' de The Telephone Numbers est à l'achat sur bandcamp
'Scarecrow II' de The Telephone Numbers est à l'achat et à l'écoute un peu de partout

Trois chansons de 'Scarecrow II' de The Telephone Numbers sont en écoute aujourd'hui. Pulling Punchlines, dont j'ai dit au-dessus tout l'amour déjà que j'avais pour elle (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Ensuite Goodbye Rock n Roll, à sa mélodie qui n'est pas sans rappeler Love Vigilantes de New Order. Et enfin, pour le plaisir, Be Right Down, déjà publié dans ces pages en juillet dernier, et toujours aussi imparable :

vendredi 8 novembre 2024

[Track of The Day] Nightshift - Mellow Baby

Il y a de jolies choses sur le quatrième album des glaswégiens de Nightshift (leur troisième pour les américains de Trouble In Mind Records) dont le 'Zöe' en 2021 avait eu son petit succès - d'estime tout au moins. Un disque plus lent que par le passé, qui s'éloigne de l'étiquette post-punk qu'on leur colle depuis leurs débuts (et que plus globalement, et moi le premier, on colle à à peu près n'importe quel groupe à guitares aujourd'hui) pour mieux continuer d'embrasser à pleine bouche une voie plus art-rock (voire carrément pop par moments).

De 'Homosapien' de Nightshift, en plus du single évident Sure Look, on ressortira notamment Mellow Baby (en écoute aujourd'hui), sorte de rencontre nonchalante entre Pavement et le Velvet Underground. Une chanson belle comme tout, au flegme tout britannique.

Album : Homosapien
Année : 2024
Label : Trouble In Mind Records

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En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Mellow Baby de Nightshift est également en écoute ci-dessous :

Single évident de 'Homosapien' de Nighshift, voilà Sure Look :

samedi 30 décembre 2023

Bilan 2023 : « Albums » (01-20)


Après les 45-tours et tous les disques hors formats, après vingt premiers albums, passons donc aux vingt meilleurs, ceux qui auront plus que squatté mes journées, mes soirées et mes longs trajets en voiture. Mais avant de dévoiler tout cela, allons comme d'habitude voir ce que les voisins, français ou étrangers, ont pensé de cette année 2023 :
- Le top 50 des albums 2023 pour la rédaction de Stars Are Underground
- Les meilleurs albums de 2023 selon Raven Sings The Blues
- Le toujours épatant bilan d’Aquarium Drunkard
- Le Top des rédacteurs de Benzine et de ses lecteurs 
- Les 20 albums de l’année de Sonne Qui Peut
 
Vingt albums donc. La crème de la crème selon mes oreilles. Une année particulièrement faste à mon sens, avec des disques pour certains pas loin d'être prodigieux et notamment un sextet difficile à départager. Au programme donc, du drone hypnotique, du post-punk furieux, des voix merveilleuses, de la pop dépressive ou seventies, de la pop ensoleillée, de la songwriteuse divine, de l'électro-soul de très haut niveau, le retour d'un vieux de la vieille, un disque écrit avec des larmes, un autre disparu depuis 25 ans, une formidable confirmation hip-hop,  le meilleur parolier et le meilleur groupe de rock français, du jazz arabisant, la révélation de l'année, de l'anglais qui a du tube plein sa besace ou le merveilleux hommage de deux légendes à un des plus grands groupes de l'histoire. C'est à peu près tout cela qui aura fait mon année. Dont voici donc le meilleur. Ou en tout cas, mon meilleur.

Et comme le veut la tradition, au bas de ce papier se trouvent des players Spotify et Deezer proposant une chanson ou un morceau de chacun des disques présentés juste après. Bonne lecture. Et bonne écoute !





20. Kali Malone – Does Spring Hide Its Joy [Ideologic Organ]
Je n'aurais pas cru qu'un tel disque pouvait autant me charmer. Pourtant, ce 'Does Spring Hide Its Joy' (qui n'a strictement rien de printanier) et ses 3h de drone est hypnotique au possible. Kali Malone et ses deux invités (Stephen O'Malley de Sunn O))) à la guitare électrique et Lucy Railton au violoncelle) font évoluer leurs notes au travers de textures épaisses. Un disque dont l'écoute est tout à fait fascinante - et encore plus sur un bon matériel hi-fi.
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19. ANOHNI and the Johnsons – My Back Was A Bridge For You To Cross [Rough Trade Records]

Beaucoup moins soul que veulent bien le dire certains, 'My Back Was A Bridge For You To Cross' est un album splendide à bien des égards de la part d'ANOHNI and the Johnsons. Un disque d'une classe folle qu'ANOHNI porte sur ses épaules, par ses textes touchants et sa voix renversante.
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18. Benny Sings – Young Hearts [Stones Throw Records]

Ce qui n'aurait du être qu'un coup de coeur estival comme il y en a plein s'est avéré au final être un disque refuge. 'Young Hearts' est un album de pop qui se serait accoquiné avec quelques légers beat hip-hop. Un disque fun et sans prétention, aux mélodies chatoyantes quand elles ne sont pas entraînantes.
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17. Bonnie 'Prince' Billy – Keeping Secrets Will Destroy You [Drag City / Domino Records]

'Keeping Secrets Will Destroy You' est sans doute un de ses plus beaux disques récents de Bonnie 'Prince' Billy. Un album simple, aux atours country-folk, avec sa voix et sa guitare au centre de tout, la voix de Dane Waters en soutien, quelques arrangements légers et léchés (quelques cordes par-ci, un orgue ou un cuivre par-là), qui savent toujours embellir sans jamais alourdir. Un album au dénuement partiel mais délicat, souvent touchant et qui s'ouvre par une chanson tout à fait remarquable, Like It or Not.
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16. Deeper – Careful! [Sub Pop Records]

Plein de guitares racées et qui claquent, de basses profondes, de synthés dansant et d'une voix aux contours eighties, cet album de Deeper navigue dans les eaux troubles d'un post-punk circa-1980 et de waves qui ne veulent pas dire leurs noms. Partant dans beaucoup de sens tout en gardant une unité impeccable, 'Careful!' est une réussite de chaque instant et un des disques du genre les plus réussis de 2023.
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15. Billy Woods & Kenny Segal – Maps [Backwoodz Studioz]

Après l'immense 'Aethiopes' l'an passé, revoilà Billy Woods flanqué cette fois de Kenny Segal à la production, pour des retrouvailles. Un disque puissant où il est question de voyages, au tempo lent et pas bégueule en ce qui concerne les invités (Quelle Chris, Aesop Rock, Danny Brown, Armand Hammer et même Sam Herring, le chanteur de Future Islands). Découvert uniquement en 2022 (alors qu'il a vingt ans de carrière derrière lui), j'ai comme dans l'idée que Billy Woods va devenir un habitué de mes bilans de fin d'année.
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14. Sufjan Stevens – Javelin [Asthmatic Kitty Records]

Trois ans après le magnifique (mais décrié) 'The Ascension', revoilà Sufjan Stevens, avec 'Javelin' sous le bras. Un disque écrit à l’encre des larmes versées à la perte de l’homme de sa vie quelques mois plus tôt. Et cela se ressent dans cette nouvelle petite merveille, perclue de chansons bouleversantes (Will Anybody Ever Love Me?, la reprise de There's a World de Neil Young), de folk lumineux et d’arrivées bruitistes, étouffantes et délirantes comme pour mieux pouvoir hurler sa douleur discrètement. Un disque qui, a l’instar de sa pochette, est une sorte de condensé de 'All Delighted People Ep' et de quelques bribes de 'The Age of Adz'.
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13. Protomartyr – Formal Growth In The Desert [Domino Records]

'Formal Growth In The Desert' est le sixième album du quatuor de Détroit et sans doute pas le moins réussi. Un disque sombre , aux guitares profondes, aux gimmicks pop et mélancoliques et au post-punk qui préfère plus souvent le tempo lent et la langueur à une furie plus anecdotique. Un album qui prend une encore plus grande ampleur sur scène.
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12. The Lemon Twigs – Everything Harmony [Captured Tracks]

Après des années à faire dans la surenchère et à écrire des chansons à l’intérieur de chansons à l’intérieur de chansons, 'Everything Harmony' voit les Lemon Twigs réduire la voilure, faire plus simple, plus sobre, sans pour autant oublier d’où ils viennent. Et le résultat est plutôt saisissant, tant cet album est beau, touchant, bien orchestré et surtout très juste, ne partant jamais dans des excès qui auraient pu gâcher bon nombre de compositions. Sans doute leur meilleur album.
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11. Fenne Lily – Big Picture [Dead Oceans]

Originaire de Bristol, Fenne Lily a commencé à écrire cet album (son troisième) au moment de sa rencontre avec son petit ami et a en fini l'écriture lors de leur séparation. Il y a un peu tout cela dans ce disque où la jeune femme déroule sa pop teintée de folk, à la vibe qui rappelle Laura Veirs, dans une ambiance duveteuse et d'une voix douce qui ne s'égare jamais dans des éclats superflus.
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10. Stéphane Milochevitch – La Bonne Aventure [Talitres]

Après trois albums (dont les deux derniers, 'Le Tunnel Végétal' et 'Au Paradis', sont révérés dans ces pages) sous le nom de Thousand, Stéphane Milochevitch a pris cette année son envol sous son propre nom. Mais rassurez-vous, le changement n'est qu'administratif tant les qualités de compositeur et de parolier de notre homme n'ont pas bougé. 'La Bonne Aventure' est un disque merveilleux de pop à la française, où se côtoient mélodies accrocheuses et arrangements fins et léchés (à l'exception de la chanson d'ouverture Le clou dans le bois de la croix, sublime en tous points), sur lesquels vient se poser cette voix presque éraillée et éteinte, qui parle plus qu'elle ne chante des textes toujours riches et lettrés, d'où émane une belle poésie.
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09. Soft Water – Middle Ground [-]

A l'image de sa pochette aux tournesols brûlés, 'Middle Ground' n'est pas un album qui respire la joie, le bonheur et la félicité ; à l'image de ses deux compositeurs, Family Video et Fog Lake, pas connus pour être les plus rigolos de la bande. Mais leur indie-pop élégiaque et dépressive, lorgnant parfois vers le slowcore, est touchante car elle raconte des histoires que nous tous avons vécues, celles pleines d'amours perdues et de solitude infinie.
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08. Buck 65, doseone, Jel – North American Adonis [A Purple 100 / Handsmade Records]

Vu son histoire folle (album enregistré en 1998 et perdu suite à un crash), voir débarquer 'North American Adonis' dans les bacs vingt-cinq ans plus tard est en soi un petit miracle. Réenregistré en se basant sur le peu qu'il restait des sessions originelles, ce disque est immense autant que captivant. Et s'il n'est pas passéiste pour un sou, il est comme une capsule temporelle qui nous ramène au tournant des années 2000, au meilleur d'Anticon, quand ce label était une référence et que ses membres étaient les meilleurs agents hip-hop de l'époque.
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07. Pynch – Howling At A Concrete Moon [Chillburn Recordings]

Enfants de toute une scène rock anglaise des années 2000, les Pynch ne sont pour autant pas des rejetons qui font dans la redite fadasse et réchauffée. Leur premier album 'Howling At A Concrete Moon' est un disque très attachant et sacrément emballant, porté qu'il est par des mélodies qui font mouche, des tubes un peu de partout, des riffs longs en bouche mais classieux, et des textes plein de spleen et de nostalgie autant que de sarcasme ou de cynisme.
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06. Special Friend – Wait Until the Flames Come Rushing In [Hidden Bay Records / Howlin Banana Records / Skep Wax]

Minimal sans l’être, moins bruitiste que son prédécesseur tout en étant plus affirmé et ambitieux, ce deuxième album de Special Friend est un disque plein de certitudes, où les mélodies rock langoureuses et mélancoliques, le noise-pop et ce parfum de slowcore qui flotte un peu partout se tiennent dans un équilibre tout sauf instable tant on sent une vraie certitude émaner des chansons du duo. Formidable album.
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05. Le Cri du Caire – Le Cri du Caire [Les Disques du Festival Permanent / Airfono / L'Onde & Cybèle / Big Wax Distribution]

Porté par la voix de Abdullah Miniawy, le violoncelle de Karsten Hochapfel, le saxo ténor de Peter Corser et la trompette d'Erik Truffaz, 'Le Cri du Caire' est le genre du disque où les univers se confondent, où l'alchimie est évidente, où la symbiose est totale entre ces six mains et cette voix, et surtout où la beauté l'emporte toujours, même quand elle n'est pas bouleversante.
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04. Bar Italia – Tracy Denim [Matador Records]

Moins post-punk qu'indie-rock, aux lignes de guitares absolument superbes - sans doute les plus belles entendues cette année - et qui trouvent en la basse et la batterie (pas là pour jouer les faire valoir et à la vraie plus-value) de bien adéquats compagnons de jeu, rappelant plus souvent qu'à son tour le Blonde Redhead des débuts voire un Sonic Youth apaisé, 'Tracey Denim' est un disque époustouflant et qui fait déjà figure d'instant classic (avec en bonus une pochette qui va bien à ce qualificatif). Sans conteste la révélation rock de 2023.
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03. Pascal Comelade / Ramon Prats / Lee Ranaldo – Velvet Serenade [Staubgold / Cougouyou Music]
 
'Velvet Serenade' n'est rien d'autre qu'un des plus grands disques hommage à l’œuvre du Velvet Underground jamais sortis. Mais attention : il n'est pas ici de reprises banales ou « à la manière de ». Non. En 35 minutes, le trio Pascal Comelade, Ramon Prats et Lee Ranaldo réinvente les chansons du Velvet, les fait passer par d'autres états et montre à quel point elles sont intemporelles et d'immenses compositions. Avec une pochette splendide, 'Velvet Serenade' est un album immense, merveilleux, qui déborde d'idées et de beauté.
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02. Róisín Murphy – Hit Parade [Ninja Tune]

Il faut peu d'écoutes pour se rendre compte à quel point 'Hit Parade' est un disque absolument époustouflant, symbiose si parfaite entre Róisín Murphy et DJ Koze que leurs deux noms auraient mérité de figurer à son fronton ; elle chantant divinement bien, jouant avec les productions de son acolyte, tantôt taquine, tantôt profonde. Soulful et funk à souhait, house ou simplement électro, cet album plein de tubes potentiels est sans doute l'album que j'ai le plus écouté de l'année.
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01. Juni Habel – Carvings [Basin Rock]


Avec cette voix doublée, ces chœurs feutrés, ces petits bruissements d'instruments ou de plancher en fond, il y a tout au long de 'Carvings' cette sensation que des fantômes bienveillants volettent de partout, lui apportant une aura presque mystique. Enregistré dans la maison familiale, accompagnée de son mari, de son frère et de son oncle et où il est souvent question de la jeune sœur de la norvégienne, disparue tragiquement dans un accident de la route, ce magnifique album folk de Juni Habel transpire de sincérité.

Évoquant Nick Drake et surtout Vashti Bunyan, 'Carvings' est un petit miracle poétique, mélancolique autant que lumineux, où les accompagnements léchés mais discrets ne tirent jamais la couverture à eux, préférant être au service de la mélodie et des textes de Juni Habel. Un disque apaisé, à l'image de sa pochette, aux chansons d'une beauté rare, qui aura accompagné beaucoup de mes fins de soirée.
Surtout, mon tout premier coup de coeur de 2023. En mars dernier je finissais d'ailleurs ma chronique de l'album par ces mots : « Je ne sais pas ce que nous réserve cette année 2023, mais il va falloir faire très fort pour supplanter la majesté de cet album ». Personne n'a été aussi fort justement. 'Carvings' ne m'a pas quitté de toute l'année. Un chef d'oeuvre. Un grand.


Comme à chaque fois, ci-dessous deux lecteurs (Spotify ou Deezer, choisissez votre camp) présentant une chanson de chacun des vingt disques ci-dessus. Dans l'ordre croissant. Bonne écoute !

lundi 27 novembre 2023

Pascal Comelade / Ramon Prats / Lee Ranaldo - Velvet Serenade [Staubgold / Cougouyou Music]

'Velvet Serenade', c'est l'histoire d'un groupe mythique, The Velvet Underground, dont l'importance fut telle qu'elle a donné lieu à une anecdote, devenue maxime avec le temps, qui veut que chaque personne qui a acheté l'album à la banane à l'époque a monté un groupe par la suite. Un groupe majeur des années 60, créé sous la coupe d'Andy Warhol et qui va faire naitre trois artistes majeurs : John Cale, Nico et Lou Reed.

'Velvet Serenade', c'est l'histoire d'un livre, 'Linger On: The Velvet Underground' du journaliste espagnol Ignacio Juliá, qui entre 1978 et 2022 a interviewé tous les membres du Velvet Underground et en a fait un livre, une somme même, que l'auteur considère être définitive à propos du groupe et de ceux qui l'ont composé.

Mais pour boucler la boucle et aller au bout de son idée, Ignacio Juliá a également souhaité, selon ses propres termes, « relive the New York band's original dynamics, that creative friction between an American noise guitare player and a poet, Lou Reed, and a radical, lyrical European pianist and songwriter, John Cale ». Alors quelques mois avant la publication de son livre, il a eu l'idée de rendre musicalement hommage au groupe en demandant le concours de Pascal Comelade et Lee Ranaldo de Sonic Youth (pas le dernier admirateur du Velvet), rapidement rejoint par le batteur Ramon Prats. D'où la naissance de 'Velvet Seranade'. La résultante de tout cela. Son aboutissement.

Matérialisé le temps de quelques répétitions et d'un unique concert à Banyoles en Espagne en avril 2022, ce « live » (qui ne sonne pas comme tel) voit donc un trio connaisseur, dévoué et talentueux rendre hommage au Velvet Underground et, notamment, à Lou Reed (sur les six chansons, cinq ont été écrites par Reed ; la sixième, Lou's Blues est une composition de Lee Ranaldo) en tout juste 35 minutes.

Mais qu'il n'y ait pas de méprise : 'Velvet Serenade' n'est pas un simple disque de reprise du Velvet Underground (comme l'indique d'ailleurs dans le livret de l'album Ignacio Juliá : « The three constructed what I had asked for, not a tribute concert made of more or less faithfull covers but a new thing »). Plutôt une relecture de l’œuvre des new-yorkais, un peu à l'image de sa très belle pochette, hommage à Andy Warhol, dont les photos sont tirées d'un film de 1977 d'Ignacio Juliá où il était déjà question du Velvet.

C'est All Tomorrow's Parties qui ouvre notre affaire dans une version très dénudée et instrumentale (comme quasi tout le disque), mené par les claviers lumineux de Pascal Comelade pendant que l'orage s'annonce derrière. Orage qui débaroule sur What Goes On, où les guitares viennent faire la nique à un piano martelé, avant que que I’m Waiting for the Man s'annonce dans une version très répétitive aux larsens bien sentis. Lou's Blues est presque une respiration (qu'on aurait bien vu chanté par Jeff Buckley d'ailleurs), un blues évanescent et aérien. Puis Ocean, chanson du premier album de Lou Reed mais qui aurait pu (du ?) se retrouver sur 'Loaded' du Velvet Underground, voit Lee Ranaldo prendre le micro d'aise et avec ses deux acolytes donner une version des plus Velvetienne à l'ensemble, avec un Ramon Prats faisant sonner ses cymbales et un Pascal Comelade affûtant ses claviers pour mieux les sublimer sur l'immense Femme Fatale, dernier morceau de 'Velvet Serenade', dans une version à la beauté évidente, aux quelques côtés déstructurés mais qu'on aurait rêvé avoir comme compagnon de sommeil lorsque nous étions enfants.

Les dernières notes s'évanouissent à peine que la conclusion est implacable : 'Velvet Serenade' n'est rien d'autre qu'un des plus grands disques hommage à l’œuvre du Velvet Underground jamais sortis. Car il réinvente leurs chansons, les fait passer par d'autres états et montre à quel point elles sont intemporelles et sont d'immenses compositions. N'étant pas un spécialiste de la bande à Warhol, je ne sais pas ce qu'en penseront les puristes. Mais j'ai du mal à ne pas croire que Lou Reed et ses anciens comparses n'aient - ou n'auraient - pas aimé cette réinvention de certains de leurs classiques. Immense disque. (Sortie : 5 mai 2023)

Plus :
'Velvet Serenade' de Pascal Comelade, Ramon Prats et Lee Ranaldo est à l'écoute sur le bandcamp de Staubgold
'Velvet Serenade' de Pascal Comelade, Ramon Prats et Lee Ranaldo est à l'achat sur le bandcamp de Staubgold
'Velvet Serenade' de Pascal Comelade, Ramon Prats et Lee Ranaldo est en écoute, notamment, sur Spotify et Deezer


Trois morceaux de 'Velvet Serenade' de Pascal Comelade, Ramon Prats et Lee Ranaldo en écoute aujourd'hui. What Goes On (parue sur The Velvet Underground en 1969) ouvre le bal, avec son délicieux attelage clavier/guitare (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis la longue relecture de Ocean. Avant de finir par la sublime version de Femme Fatale :

lundi 13 novembre 2023

[Track of The Day] Lewsberg - Communion

Vendredi soir dernier. La fatigue m'étreint sur les coups de 19h. Comme souvent, une petite sieste de pré-soirée s'impose. Parfois, cette sieste se transforme en nuit complète sans que je m'en rende compte, ouvrant alors les yeux vers 5h du matin, requinqué, frais et dispo. Mais pas ce vendredi non. Car ce vendredi, il y a Protomartyr en ville. Et je n'ai pas envie de rater les américains, auteurs avec 'Formal Growth in the Desert' d'un des meilleurs albums de l'année. J'ai encore moins envie de les rater que la soirée s'ouvre par les néerlandais de Lewsberg, groupe vu à de nombreuses reprises déjà sur Lyon (ils doivent avoir un truc avec la ville). Alors je décolle mes paupières une trentaine de minutes après les avoir fermées, et mon cerveau, conscient de l'opportunité qui m'est donné ce soir, rentre dans un âpre combat avec mon corps qui m'ordonne lui de continuer ce que j'ai si bien commencé.

Un coup d'eau sur le visage et un voyage en tram plus tard, nous voilà au Marché Gare, salle dont la reconstruction récente m'épate à chaque fois. Sur les visages de l'assistance et notamment de toutes les connaissances que je croise, les visages sont fatigués, presque fermés, les cernes réelles. L'envie d'être là semble mitigée mais que voulez-vous, le concert est complet et nous avons tous payé notre place. Et puis... et puis miracle.

Tout d'abord, Lewsberg s'avance sur scène. Il est 20h30. L'ambiance est feutrée. Les néerlandais démarrent leur set dans un silence poli, avec leurs chansons qui naviguent entre le Velvet Underground, Lou Reed solo et un rien de Belle & Sebastian des débuts - notamment dès qu'une des filles prend le chant, une des nouveautés de leur dernier album 'Out And About'. Les titres s'enchainent et très vite, on sent le public réceptif aux mélodies de ce quatuor stoïque et presque timide, et encore plus dès qu'il aligne les chansons les plus énergiques de son répertoire, avec en point d'orgue Six Hills, l'excellent single sorti il y a deux ans chez Speedy Wunderground. Une heure plus tard, Lewsberg tire sa révérence en ayant conquis une bonne partie du public avec leurs chansons moins post-punk décharné que par le passé et plus pop/jangle-pop sèche comme une trique mais tout à fait séduisante.

Autre ambiance avec Protomartyr qui en 1h15 va  renverser la table le temps d'un  set mené tambour battant, en alignant les meilleures chansons de 'Formal Growth in the Desert' (notamment en ouverture) et en faisant monter gentiment la pression sous le chant et les cris d'un Joe Casey en grande forme, avant de retourner totalement la salle au milieu du concert, pour ne plus la lâcher.

Après un rappel dantesque, les lumières se rallument, l'ambiance retombe, et les visages ont une toute autre apparence que quelques heures avant. Le plaisir et la puissance que Lewsberg et Protomartyr ont envoyé chacun à leur façon ont remis les pendules à l'heure. Il n'est plus question de bâillement, de grosse fatigue. L'énergie est revenue.

Reste à reprendre une bière, passer au merch acheter le dernier album de Lewsberg, en profiter pour échanger quelques mots avec Arie van Vliet et Michiel Klein (souriant et affable, très loin de l'image sérieuse et fermée qu'il affiche sur scène, ce qui fera dire notamment à mon ami Mathieu « lui, à mon avis, il rit quand il se brûle »), qui confirment donc qu'ils joueront bien (encore décidément !) sur Lyon le 18 décembre prochain à Grrrnd Zero à Vaulx-en-Velin, et que si leur dernier album 'Out And About' sort à nouveau sans label, c'est un vrai choix de leur part, pour être totalement libre. Des dernières paroles qui confirment, au delà de leurs chansons et de leurs mélodies, à quel point ce groupe est à part et qu'il mériterait un succès bien plus grand que celui qui est le sien jusque là.

Sur le trajet du retour, sous un léger crachin, et alors qu'on continue de deviser sur les prestations du soir, qu'on évoque les concerts à venir avant de dévier pour mieux parler des désespérantes saisons footballistiques de nos clubs de cœur respectifs, je me dis qu'à l'heure qu'il est je pourrais être dans mon lit depuis cinq longues heures. Mais qu'au final, la vie n'est pas si mal faite. Et que des vendredis revigorants comme ça valent toutes les siestes du monde.

Album : Out and About
Année : 2023
Label : -

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En plus des playlists Spotify, Deezer et YouTube, Communion de Lewsberg est également en écoute ci-dessous :

Autre chanson réussie de 'Out and About' de Lewsberg, voilà Out For Milk :

lundi 2 octobre 2023

Bar Italia - Tracy Denim [Matador Records]

Il y a des artistes qui dès le premier album pose un classique. La liste est longue et remonte au début des années 60, du Velvet Underground aux Pixies, de Air à Jeff Buckley en passant Arcade Fire ou Oasis. Ce n'est pas forcément gage d'une longue carrière ensuite (coucou Television, Sex Pistols et autre Stones Roses) mais ça marque de son empreinte son époque.

De l'autre côté, il y a les artistes qui prennent leur temps. Qui tâtonnent d'albums intéressants en disques anecdotiques et mettent quelques années à mettre leur inspiration et leur musique en place. Ceux-ci sont les plus légions (je ne vous fais pas la liste, il y en a plein vos discothèques) mais pas les moins intéressants non plus.

Partageant avec quelques autres groupes récents (comme Italia 90) une étonnante passion pour la péninsule transalpine, Bar Italia est, comme son nom ne l'indique donc pas, un trio londonien. Formé de Nina Cristante, Jezmi Fehmi et Samuel Fenton, il fait clairement partie de la seconde catégorie.

Un groupe dont l'écoute des deux premiers albums laisse circonspect : des chansons qui n'en sont pas toujours, qui partent dans tous les styles, qui accumulent les fins bancales, les chants banals et les mélodiques quelconques. Un ensemble que d'aucun pourrait envisager comme une sorte de noise-pop-lo-fi mais qui fait plus penser à une accumulation mal agencée de démos qu'à un véritable album.

Il faut néanmoins croire que ces deux premiers disques de Bar Italia ont su accrocher l'oreille de plus d'un. Et notamment des patrons de Matador Records, label américain révéré, et pas que dans ces pages, qui ont vu tout le potentiel du groupe et leur ont offert en mai dernier leur première grosse sortie, 'Tracey Denim'. Et le changement de braquet est impressionnant.

Portés par une production minutieuse et carrée mais qui ne les enferme pour autant pas dans un corset trop serré, les Bar Italia font rayonner pendant 44 minutes leurs chansons (dont ils se partagent le chant, et c'est une des grandes forces de 'Tracey Denim') moins post-punk qu'indie-rock, et leurs lignes de guitares absolument superbes - sans doute les plus belles entendues cette année - qui trouvent en la basse et la batterie (pas là pour jouer les faire valoir et à la vraie plus-value) de bien adéquats compagnons de jeu.

S'éloignant clairement du lo-fi des débuts sans pour autant le renier, faussement minimal, rappelant plus souvent qu'à son tour le Blonde Redhead des débuts voire un Sonic Youth apaisé (ce n'est pas pour rien qu'ils sonnent plus américains qu'anglais) et même Arab Strap (le temps d'un Maddington en clôture qui s'offre une escapade vers des horizons plus ouverts), cet album de Bar Italia n'est pas loin d'être époustouflant à bien des égards, où se côtoient compositions de grandes valeurs (Punkt, F.O.B, Changer, Missus Morality, Nurse, la liste est longue) et musiciens de grand talent. Si vous ajoutez à tout cela une pochette simplement stylisée et pour autant marquante, et un nom, 'Tracey Denim', presque énigmatique vous obtenez un disque qui n'a pas six mois mais qui fait déjà figure d'instant classic. (Sortie : 19 mai 2023)

Plus :
'Tracey Denim' de Bar Italia est en écoute sur leur page bandcamp
'Tracey Denim' de Bar Italia est à l'achat sur leur page bandcamp
'Tracey Denim' de Bar Italia est en écoute et à l'achat sur les différents sites suivants
'Tracey Denim' de Bar Italia est en écoute, notamment, sur Deezer et Spotify


Trois chansons de 'Tracey Denim' de Bar Italia en écoute aujourd'hui. Et pour ainsi dire, les trois singles de l'album, parmi les meilleurs titres du disque. Changer, le morceau le plus rêveur et mélancolique de l'album et au gimmick guitare entêtant
(en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis Nurse! et Punkt, sans doute deux des chansons les plus représentatives de 'Tracey Denim'.

Les clip de Punkt et Nurse, deux des singles extraits de 'Tracey Denim' de Bar Italia :