jeudi 15 octobre 2026

Bill Callahan - My Days of 58 [Drag City Records]

Il y a une quinzaine d'années, alors que je cheminais avec mon grand père paternel aux abords d'une vieille demeure familiale et que nous remontions une pente herbeuse que quelques mois plus tôt il arpentait encore aisément, celui-ci m'avait dit, le souffle court, « tu sais, c'est vraiment pénible de vieillir ». Cette phrase m'a marqué car c'est la première fois que je prenais conscience que cet homme qui était pour moi un roc indépassable (son passé d'ancien combattant pendant la deuxième guerre mondiale, dont il n'aurait jamais du revenir si les nazis avaient vérifié que la balle qui lui était entrée dans l'omoplate et ressorti au milieu du dos l'avait vraiment tué, sa vie de paysan puis de manard à tout faire, et dans quelles conditions), un homme que j'avais toujours connu fort, qui ne se plaignait jamais, vieillissait. Et qu'il était même déjà vieux. Il approchait des 90 ans, était encore alerte à bien des égards, mais cette pente douce lui faisait mal. Sans m'en rendre compte, il avait vieilli. 

A 60 ans, Bill Callahan n'a pas l'âge de mon grand-père d'alors. Pourtant, vieillir le questionne. L'interroge. Sur sa vie d'homme. Sur sa vie d'artiste. Sur ce qu'il en a fait. Sur ses relations passées. Sur le temps qui passe, inexorablement. Et plutôt que garder ses questionnements pour lui même, l'américain a décidé d'en faire un nouvel album, 'My Days of 58' - l'âge auquel il a composé ce disque. Au programme, douze chansons entre folk, folk-rock, americana, country et d'effluves jazz (ces moments presque bancals, comme ivres, qui traversent le disque) que Bill Callahan déploie, dans une ambiance cotonneuse à souhait, à grands coups de guitares, cuivres, cordes, pedal steel, piano et autres saxophones, bien aidé qu'il est par, entre autres, Matt Kinsey, Dustin Laurenzi et le toujours dans le coin dès qu'on parle d'un album majeur, l'australien Jim White. 

Un disque autobiographique, sublime, racé, porté par quelques titres majeurs, au premier rang desquels West Texas et son gimmick à pleurer sur le refrain, The Man I'm Supposed To Be, Empathy (discussion avec son paternel décédé), l'entêtant Lonely City ou When Do Men Sing en ouverture qui s'interroge sur le besoin qu'ont les hommes à vouloir chanter et dont Callahan est ses acolytes ouvrent petit à petit les ailes avec grâce et emphase.

Certains esprits chafouins me diront que 'My Days of 58' date de février dernier - soit douze ans à l'échelle de l'industrie musicale actuelle. Certes. Mais nous sommes mi-octobre, la fin d'année approche à grands pas, et il était plus que temps d'évoquer dans ses pages un des plus beaux disques de 2026. Qui prouve qu'après une décennie 2010 quelconque, le texan en a encore sous la pédale, confirmant le déjà excellent 'YTILAER' en 2022. Comme si l'âge n'avait pas de prise sur lui. « Tu sais, c'est vraiment pénible de vieillir » m'avait dit mon grand-père à l'orée de ses 90 ans. Bill Callahan n'en est pas encore là, lui qui semble embrasser ces jours qui disparaissent avec philosophie et sérénité, plus inspiré que jamais. Puissions nous tous vieillir comme lui. (Sortie : 27 février 2026)

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'My Days of 58' de Bill Callahan est à l'achat sur bandcamp
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Pop News a publié deux chroniques pour avoir un double regard sur 'My Days of 58' de Bill Callahan. Et les deux critiques (et notamment celle de Mathieu de Random Songs) valent la lecture


Trois chansons de 'My Days of 58' de Bill Callahan en écoute aujourd'hui. Why Do Men Sing, le morceau d'ouverture, pour débuter 
(en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis le sublime West Texas. Et enfin The Man I'm Supposed To Be :


Le clip de Lonely City, un des singles extraits de 'My Days of 58' de Bill Callahan :

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