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mardi 4 novembre 2025

[Track of The Day] Milton Nascimento & Lô Borges - Um Girassol Da Cor Do Seu Cabelo


Pendant peut-être quinze ans, j'ai vu passer cette pochette dans les feeds de mes différents réseaux sociaux. Elle m'intriguait : deux jeunes garçons, un blanc et un noir, dépenaillés, assis sur bord de piste, l'un souriant, l'autre étant trop sérieux pour son jeune âge. Et aucune mention du nom de l'album, ni du groupe ou de l'artiste en question. Juste la photo de ces deux gamins, belle et puissante.

Un jour, j'ai appris qu'il s'agissait de la pochette de 'Clube da Esquina', disque de 1972 de deux brésiliens, Milton Nascimento et Lô Borges, dont je n'avais jamais entendu parler. J'ai lu les avis dithyrambiques le concernant. J'ai compris qu'il avait été une influence majeure - et pas qu'au Brésil. J'ai lu les déclarations enflammées à ce que beaucoup - en fait tous - considéraient comme un chef d’œuvre absolu, de la musique brésilienne bien sûr, mais surtout de la musique tout court. Mais j'en suis resté là. Allez comprendre.

Le 12 janvier dernier (oui, c'est précis, mais on se souvient toujours de la première écoute d'un disque marquant), pour la première fois, j'ai lancé 'Clube da Esquina'. J'ai découvert cette musique brésilienne, inventive, poétique et d'une beauté rare, pleine de folk, de variations pop baroques, portée par des voix absolument sublimes. Et j'ai réalisé que tout ce que j'avais pu lire ou entendre à son propos n'était pas exagéré. Que c'était bien l'album merveilleux attendu. Et que le terme de chef d’œuvre n'était pas du tout galvaudé.

La première écoute a été une immense claque. Les suivantes ont peut-être été encore plus intenses. Et depuis, c'est devenu un compagnon sûr. Alors, à l'annonce de la mort de Lô Borges à 73 ans, ce dimanche à Belo Horizonte, la ville qui l'a vu naître, j'avoue avoir un petit pincement au cœur. Et c'est humain : on est toujours triste quand un artiste qui nous a bouleversé - qui plus est à 45 ans passés - s'en va, quand bien même on ne sait finalement rien de lui.

Fait rare dans ces pages, la photo illustrant ce papier hommage n'est pas une photo de Lô Borges mais la pochette de 'Clube da Esquina', avec ces deux gamins, si beaux et si touchants. Parce qu'il y a tout dans cette image. Parce qu'il y a tout dans cet album.

 

 
 

jeudi 25 septembre 2025

[Track of The Day] The Fiery Furnaces - Far Away

En 2004, le duo des frère et soeur Friedberger The Fiery Furnaces donnait naissance à 'Blueberry Boat', album gargantuesque de 76 minutes de pop alambiquée et déviante, expérimentale et iconoclaste, aux chansons fragiles comme torturées, souvent à tiroirs, mais aux mélodies incroyable de beauté agitée. Un disque marquant et marqueur du ton d'un groupe à nulle autre pareil, qui va être réédité le 10 octobre prochain, vingt-et-un ans plus tard, après que le duo a recouvert les droits sur ses enregistrement passés.

Une réédition ornée d'une très belle pochette représentant Eleanor et Matthew Friedberger en mode photomaton, bien plus belle que l'originale d'ailleurs, où l'on trouve un inédit, Far Away (en écoute aujourd'hui). Une chanson qui dira peut-être quelque-chose aux fans du groupe (Waiting to Know You sur l'excellent 'Bitter Tea' en 2008 est basé dessus) et qui a surtout une histoire curieuse : c'est une des premières à avoir été composées pour 'Blueberry Boat' - elle aurait même dû en être le single principal. Mais elle avait au final été mise de côté, non pas à cause de sa mélodie ou de ses arrangements, mais de son thème, qui tranchait trop avec les treize autre morceaux. Parce que musicalement, pas de surprise, Far Away c'est du Fiery Furnaces pur jus, qui n'aurait pas eu à rougir une seconde d'être entourée de Mason City, Chief Inspector Blancheflower et autre Wolf Notes, grandes chansons du disque.

Un morceau qui complète donc parfaitement cette réédition du meilleur album du groupe (ce qui n'est pas rien tant leur discographie est de haute volée), petit chef d’œuvre et disque majeur s'il en est, qui a eu une influence certaine (je suis persuadé que Sufjan Stevens a beaucoup écouté cet album pour ses compositions post 'Illinoise') et qui, c'est le plus important, vieillit très bien. Par contre, pour tous ceux qui souhaitaient se procurer cette réédition de 'Blueberry Boat', sachez qu'il est d'ores et déjà trop tard : tirée à seulement 500 exemplaires vinyles, numérotés à la main, elle est déjà sold-out.

Album : Blueberry Boat (2025 Reissue)
Année : 2025
Label : Everything Nice

Acheter

En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Far Away de The Fiery Furnaces est également en écoute ci-dessous :

En bonus aujourd'hui, voilà Mason City, extrait de 'Blueberry Boat' :

mercredi 11 juin 2025

[Track of The Day] The Beach Boys - God Only Knows


On savait qu'il était fatigué. On savait qu'il n'était plus vraiment parmi nous depuis bien longtemps, sans doute depuis la fin des années 60 et l'enregistrement inachevé de 'SMiLE', le disque de sa vie qu'il avait dans sa tête mais qu'il n'a jamais su entièrement mettre sur bandes. On savait que la mauvaise nouvelle n'allait pas tarder à tomber, surtout à plus de 80 ans, surtout après le décès de sa femme l'an passé. On y était préparé. 

Et pourtant, l'annonce du décès de Brian Wilson m'a ému. Beaucoup ému. Il faut dire que dire un adieu définitif à un des deux plus grands génies de l'histoire de la pop a de quoi toucher. Un homme responsable d'avoir écrit un des plus beaux disques de l'histoire de la musique, considéré par des générations entières comme un chef d’œuvre absolu (lisez ce qu'en disait ?uestlove hier soir), disque qui a peut-être fait des Beatles ce qu'ils sont devenus, qui a influencé plus qu'une époque, et dont les versions « a cappella » des 13 chansons (sur le coffret 'The Pet Sounds Sessions') est une des choses les plus merveilleuses au monde.

Un compositeur qui a élevé au rang d'art la pop music comme personne d'autre avant lui. Et le seul artiste qui peut s'asseoir à la table de tous les autres (pop ou non) des soixante dernières années et dire « qui a écrit une plus belle chanson que God Only Knows ? ». Personne, évidemment. 
Merci pour tout génie, car Dieu seul sait où la musique serait et où nous serions si nous n'avions pas croisé votre route.

lundi 28 août 2023

[Track of The Day] Stars Of The Lid - A Meaningful Moment Through A Meaning(less) Process

 
'And Their Refinement of the Decline' fait partie de ces albums à la beauté aussi immense qu'incroyablement rare. Un disque épuré autant que profond, d'une délicatesse et d'une grâce folle, dont, malgré les années et l'amour infini que je lui porte, je n'ai toujours pas réussi à faire le tour et à en déceler tous les secrets. Cet album, sorti en 2007, est le dernier en date de Stars Of The Lid, duo composé d'Adam Wiltzie et Brian McBride. Et aussi leur apogée.  
 
En 2017, après des années de silence, les deux américains s'étaient reformés le temps d'un concert à Reykjavik. Et puis plus rien. Jusqu'à ce dimanche 27 août où est tombée l'annonce du décès de Brian McBride à l'âge de 53 ans seulement ; fermant par la même toute idée de nouvelles aventures oniriques et ambiantes.
 
Jusqu'à hier soir, je n'avais jamais vu à quoi ressemblait Brian McBride. Mais je ne pense pas que le savoir était bien utile tant la musique de Stars Of The Lid se suffisait à elle-même, le plus important se trouvant dans la cathédrale sonore qu'ils avaient décidé d'élever tout au long de leur décennie d'activité. Et quelle bâtisse ! Cette nouvelle est d'une grande tristesse. Une incroyable tristesse...
 
 
 
 

jeudi 10 août 2023

[Track of The Day] Rodriguez - Forget It


Après une vie incroyable faite d'insuccès incompréhensible aux États-Unis et en Europe (pourtant souvent terre d'accueil d'artistes ignorés outre-atlantique), de grosse popularité en Australie et surtout dans une Afrique du Sud encore sous le régime de l'apartheid et d'une vie de labeur ingrat longtemps loin des spotlights, Sixto Rodriguez vient donc de tirer le rideau et remiser définitivement sa guitare au placard à 81 ans, après quinze dernières années folles qui l'auront vu lui (et son entourage) essayer de rattraper le temps perdu.

Le temps, c'est nous aussi qui l’avons rattrapé à la découverte de 'Cold Fact', son premier album, sans doute le plus beau des trésors cachés remontés à la surface par la grâce d'Internet. Un chef d'oeuvre ni plus ni moins, capsule temporelle venue de 1970, porté par un artiste discret et humble mais surtout un compositeur diablement doué dont on ne comprend toujours pas comment il a pu être snobé à son époque.

« But thanks for your time, then you can thank me for mine » chante Rodriguez en ouverture de Forget It, chanson d'amour aussi courte que superbe. Au lendemain de sa disparition, il ne reste plus que cela à faire, oui : dire merci.

vendredi 26 mai 2023

[Track of The Day] Jean-Louis Murat - Nu Dans La Crevasse


Je crois que c'est cette chanson qui m'a fait découvrir autant qu'aimer Jean-Louis Murat ; qui a sans doute été un tournant dans mon appréhension de la musique et qui ouvert mes horizons : Nu Dans La Crevasse et ses dix minutes d'un folk-blues nerveux et habité, à la guitare riffeuse, aux choeurs profonds et aux paroles hallucinées, genre de Dylan sous psychotropes.

Depuis hier midi, je n'ai écouté que ce titre. Pris au dépourvu, comme beaucoup, j'ai été plus bien plus touché que je ne l'imaginais par le décès soudain de l'Auvergnat. Il faut dire que sa discographie gigantesque et foisonnante m'a longtemps accompagné. D'une consistance indéniable, s'y côtoient quelques merveilles, des albums mineurs (mais où l'on trouve toujours de quoi se satisfaire), quelques perles méconnues (le merveilleux 'Parfum d'Acacia au Jardin') et au centre de laquelle on retrouve un chef d'oeuvre absolu, 'Mustango', enregistré en 1999 à Tucson avec une clique de talents invraisemblables (Calexico et leur vieil ami Howe Gelb, Elysian Fields, Marc Ribot) et qui renvoya (et renvoie encore) nombre d'artistes à leur chères études en à peine plus de 50 minutes.

Un album immense qui 24 ans après sa sortie n'a pris une ride. Et dont la réécoute ces dernières heures me rappelle à quel point ce mec, par ailleurs pas exempts de défauts et aux coups de sang ridiculement cons, quand ils n'étaient pas réac, avait pu compter dans ma vie. Et l'avait sans doute rendue plus belle. Merci pour les voyages, et so long.

« Adieu fine tige, brute d'avenir, brute de raison, oh que l'engin m'efface... oh que l'engin m'efface, que l'engin m'efface...
How many roads to cross, how many rivers to cry »

lundi 30 janvier 2023

[Track of The Day] Television - Torn Curtain


Torn Curtain est la chanson qui m'a le plus accompagné depuis samedi soir et l'annonce de la disparition de Tom Verlaine, leader de Television dont la découverte du 'Marquee Moon' à la fin des années 90 fut un véritable choc.

Torn Curtain est une chanson sublime qui clôture un album non moins splendide et jalon plus que majeur dans l'histoire du rock. Les larmes sont partout sur ce morceau, des « tears, tears » répétés à l'envie à la mélancolie sourde de la mélodie en passant par les guitares qui semblent comme pleurer. Et c'est sans aucun doute la chanson la plus adaptée pour rendre hommage à cet immense monsieur.

 

 
 

lundi 7 novembre 2022

[Track of The Day] Low - In Metal


 
Mimi Parker était une Reine. Une chanteuse à la voix d’ange, une batteuse au jeu «quietly innovative» comme l'a si bien dit Glenn Donaldson ce dimanche. Une artiste merveilleuse et pilier d’un des plus grands groupes au monde qui, depuis 30 ans, ne cessait d’avancer, de créer, d’émouvoir, sans jamais ennuyer. Sa disparition, si rapide après l’annonce de sa maladie, n’est sans doute pas une surprise au fond mais un véritable uppercut et un crève-cœur incroyable.

Quand j’ai commencé à écrire ces quelques mots, j’ai cherché la chanson à mettre en Une. In Metal s’est imposée d’elle même, tant elle fait partie de mes chansons préférées de Low. Il y a tout Mimi dans cette composition : son jeu ciselé, si aérien, et sa voix pleine de lumière amenant sur un plateau une seconde partie ne demandant que ça pour envoyer définitivement 'Things We Lost in the Fire' au panthéon de la musique.

En lançant l’écoute d'In Metal, les larmes sont venues sans crier gare, sans demander leur reste, et ont continué à couler pendant quelques minutes. Il faut dire que sa voix, celle d’Alan, leurs mélodies, leur noirceur et leur beauté m’ont tellement accompagné tout au long de ma vie qu’ils font partie de moi. Et à en croire les torrents d’hommages et de témoignages que le groupe a reçus depuis ce dimanche après-midi, je n’étais pas le seul, loin de là.

Sa disparition est une tristesse immense qui va avoir du mal à se dissiper. Jamais depuis les décès de Trish Keenan et Jason Molina je n’avais été aussi bouleversé par la disparition d’un artiste. Reposez en paix madame. Nous vous avons aimée follement. Et nous continuerons à vous aimer.
 
 
 
 

jeudi 11 novembre 2021

[Track of The Day] Margo Guryan - Thoughts

 

L'arrivée d'Internet a été une malédiction pour l'industrie du disque. Et une bénédiction pour tous ces artistes oubliés qui, il y a vingt, trente ou quarante ans, n'avaient pas su gagner le cœur des auditeurs dans des époques remplies de groupes et d'albums mémorables.

Margo Guryan fait partie, à l'instar de Rodriguez, de cette clique d'artistes dont on aura découvert le talent sur le tard, au tournant du siècle, au détour d'un téléchargement soulseek (c'est mon cas) ou d'une chronique dithyrambique sur un blog spécialisé. Les carcans explosaient et on pouvait enfin se pencher sur tout ce que nous, et nos parents avant nous, avions raté.

Margo Guryan est américaine et auteure d'un seul et unique album, 'Take A Picture', sorti en 1968 en pleine effervescence musicale. Une femme dont le refus de spotlights, et par la même de jouer le jeu de la promotion, lui ont couté une carrière qu'elle ne désirait sans doute pas vraiment. Et pourtant, il y aurait à dire sur ce très beau disque, bien dans son époque, pop autant que baroque, élégant, aux soupçons de jazz et de musique classique et à la mélancolie chantée d'une voix d'ange. Un album pas très loin du merveilleux, superbement mis en musique et grande œuvre de Margo Guryan, qui vient de s'éteindre à 84 ans, de la même manière qu'elle a vécu : en toute discrétion.

jeudi 12 septembre 2019

[Track of The Day] Daniel Johnston - Some Things Last a Long Time


On dit souvent que le premier album du Velvet Undergroud, à sa sortie, a très peu vendu ; mais que tout ceux qui ont écouté le disque à l'époque ont tous monté un groupe ensuite. Que dire de Daniel Johnston ? Combien d'artistes a-t-il influencé ? Combien de groupes ont puisé chez lui leur inspiration ? Et mieux, combien de gens a-t-il touché par ses enregistrements brinquebalants, ses instruments de guingois, ses mélodies sur un fil, ses chansons déchirantes ? A lire le flot de remerciements (souvent très touchants) qui inonde le message Facebook annonçant la mort de l'américain posté hier par sa famille, ils sont très nombreux. Et bien plus que ça sans doute.

Reposez en paix jeune homme torturé. Non, quoi que vous en chantiez, votre vie n'a pas été vaine. Et je ne sais pas si au final vous avez trouvé l'amour, le vrai, en arrivant au bout du chemin, mais sachez que ceux qui restent ici bas continueront de chercher. Nous vous devons bien ça.



mardi 26 mars 2019

[Track of The Day] Scott Walker - The Seventh Seal


Adulé à ses débuts avec son groupe par des années 60 en pleine explosion pop, auteur en solo d'une tétralogie de disque très habillée sur laquelle plane une voix presque de crooner, et qui lui verront donner une dimension internationale à Jacques Brel, héros de Bowie, influence majeure de beaucoup (de David Sylvian à Neil Hannon, en passant dernièrement par les Foxgyen) et artiste toujours en mouvement, faisant évoluer son art et développant des envies jusqu'au-boutistes ('The Drift' dans lequel je n'ai jamais su rentrer), Scott Walker est sans doute un des artistes les plus influents de la musique contemporaine et celui à la notoriété publique la plus faible.

Il y a presque dix ans, en quelques semaines nous perdions Vic Chesnutt et Mark Linkous. Neuf ans plus tard, après Mark Hollis il y a un mois tout juste (avec qui il partageait une certaine idée de la discrétion), c'est donc au tour de Scott Walker de disparaître. A croire que les génies s'en vont toujours par deux.



mardi 26 février 2019

[Track of The Day] Talk Talk - The Party's Over


C'est fou comme la mort de gens dont on n'a pas eu de nouvelles depuis 20 ans peut vous prendre par surprise et vous toucher plus que de raison. Mark Hollis n'est donc plus, parti à 64 ans après deux décennies passées loin d'une industrie musicale qui aura longtemps espéré son retour.

De lui, on se souviendra évidemment de trois chefs d’œuvre (deux de Talk Talk, un en solo), faisant de lui un « grand artisan de la lenteur et de la suspension » comme le disait si élégamment hier soir Alexandre Lenot. Et on n'oubliera pas aussi les premiers disques de Talk Talk, sans doute plus « communs », mais par lesquels je l'ai rencontré ; et notamment leur premier album, 'The Party's Over', son single d'ouverture magistral ainsi que sa chanson titre qui n'a pas pris une ride. Et qui n'a malheureusement jamais aussi bien porté son nom qu'aujourd'hui.



mercredi 31 octobre 2018

[Track of The Day] Queen - We Will Rock You (fast) [BBC Sessions 1977]

N’y allons pas par des chemins détournés et autres tournures de styles désuètes : le film « Bohemian Rhapsody » contant l’histoire de Freddie Mercury au sein et en dehors de Queen est raté. Un ensemble monté à la hache, une histoire très mal racontée en une suite de saynètes qui s’enchainent sans quelconque rythme (le début est catastrophique), des seconds rôles peu convaincants (la palme à Gwilym Lee qui joue le rôle de Brian May) et pas aidé par une direction d’acteurs suspecte. Mélangez à tout ça des bons sentiments un peu de partout, des erreurs grossières, une histoire très romancée et très aseptisée (la vie dissolue de Freddy Mercury (pourtant assez légendaire) est évoquée du bout des lèvres) et la très timide évocation du sida et vous obtenez un ensemble cinématographique franchement pas terrible. Bref, un biopic en somme.

Oui, c’est raté. Et pourtant, on passe un très bon moment. Parce que c’est un vrai kiff d’entendre dans les conditions du cinéma les chansons de Queen, fut-ce uniquement leurs gros tubes. Parce que la longue séquence du 'Live Aid' est quand même incroyable. Parce que l'imaginaire visuel est plutôt bien rendu. Parce que Rami Malek en Freddie Mercury est très crédible (Lucy Boynton dans le rôle de Mary Austin et Joseph Mazzello dans celui de John Deacon également). Et parce que Queen merde ! Des tubes en pagailles, des performances scéniques mémorabmes et puis ce 'Live at Wembley 1986' dont je parlais ici il y a quelques années. Bref, un sentiment très paradoxal à la sortie de la salle de cinéma. Mais une envie irrésistible d'écouter du Queen toute la nuit.

Alors comme il fallait bien trouver une excuse pour parler de ce film, mettons donc à la une cette version très « rapide » de We Will Rock You, que Queen jouait à ce rythme lors de leurs tournées de l’époque. Épatante version, extrêmement rock, qu’on peut trouver sur un coffret sorti en 2016 et compilant des versions tirées de BBC Sessions.

Album : On Air
Année : 2016
Label : EMI



En plus des playlists Spotify et Deezer (colonne de gauche de ce blog), cette version rapide de We Will Rock You, tirée de sessions à la BBC en octobre 1977, est également en écoute ci-dessous :


J’aurais bien mis en « une » la sublime (non, le mot n’est pas trop fort) de All Dead, All Dead, la chanson de (et chantée par) Brian May au chat - décédé - de son enfance, avec Freddie Mercury au chant (disponible sur la réédition l'an passé de 'News Of The World'), mais elle n'était pas disponible sur Spotify/Deezer, mais tout de même disponible ci-dessous :



Enfin, pour les nostalgiques comme moi, la prestation de Queen au 'Live Aid' de 1985, à revoir, revoir et encore revoir :



lundi 24 septembre 2018

[Track of The Day] Math and Physics Club - You'll Miss Me


Leur pop teintée de twee avait à sa sortie quelque-chose de rafraichissant, de pur et de fondamentalement sincère. Le groupe, loin des quelques radars de ses débuts, enchainaient les albums sympathiques, même si leur dernier en date (janvier 2018) était un disque sans saveur particulière, tournant gentiment en rond.
Neuf mois plus tard, les Math and Physics Club viennent d’annoncer que James Werle a passé la guitare à gauche, après une bataille perdue contre le cancer. La maladie qui n’a jamais perdu un match emporte avec lui un musicien à l’image de son groupe, talentueux, discret (c’est son souhait de ne rien révéler de sa maladie) et qui, s’il n’aura pas renversé l’histoire de la musique, aura quand même eu le chic de mettre un peu de chouettes accords pop dans nos vies. La chanson du jour dit « je vais vous manquer ». Sans aucun doute James, oui.




lundi 8 janvier 2018

[Track of The Day] France Gall - La Chanson d'une Terrienne (Partout Je Suis Chez Moi)


Le seul disque de France Gall que j’ai un jour possédé m’avait été offert et a fini échangé contre le 'Legend' de Bob Marley, à la Fnac, à l’époque où l’on pouvait rendre un disque même si celui-ci avait été ouvert. Mon côté rebelle de pacotille, voulant sans doute en rendre compte à la variété française parentale que je croyais subir et qui a pourtant - et heureusement - forgé mes goûts.
France Gall, j’y suis revenu quelques années plus tard, en me rendant compte à quel point cette femme chantait bien, quoi que beaucoup pouvaient en dire, et à quel point elle avait un répertoire rempli de chansons sublimes ; et ceci sans compter celles dont elle avait été le déclencheur (Comme d’habitude, Souffrir par toi n'est pas souffrir, ce genre de bijoux).

Et si certains citent surtout sa période yéyé-pop, moi l’enfant biberonné à la discographie familiale, j’ai toujours préféré sa période Berger, entre chanson française et variété, avec toujours cette voix dressant souvent de bien jolies mélodies.



lundi 4 septembre 2017

[2007 - 2017] Dix ans sans chapeau

I Left Without My Hat, première mouture
C’est fou ce que le temps passe vite. Il y a donc 10 ans, jour pour jour, je lançais ce blog musical au nom que j'avais mis du temps à trouver (voir plus bas) et à la baseline bateau (une ex m'avait acheté un t-shirt avec cette phrase de Nietzsche, dont contrairement à Hatem Ben Arfa je n'ai jamais rien lu, il y a bien longtemps) par une chronique du 'V-Live' de Vitalic. A la base, mon ambition première était d’avoir un endroit où pouvoir garder toutes les chroniques que je disséminais sur divers forums internet, alors encore en vogue. Et puis je me suis pris au jeu, à bloguer beaucoup, essayant de mettre en avant les chansons qui m’avaient touché.

En 10 ans sur « I Left Without My Hat », j’ai beaucoup écrit. Sans doute trop même (1200 papiers), même si cela aurait pu être bien plus. Je me suis sans doute emballé pour des albums qui ne le méritaient pas, pour des chansons que je pensais éternelles et qui n’ont pas passé une saison. J’ai sans doute également raconté beaucoup de conneries, j’ai dû faire des erreurs dans tous les sens, et pas que grammaticales. J’ai sans doute souvent fait trop long aussi. 
Mais j’ai surtout essayé de parler de chansons qui me tourneboulaient en une demie-écoute. D'albums qui à mon avis méritaient bien mieux qu’un simple papier sur un blog amateur (un exemple parmi des dizaines : les albums du label français Greed Recordings auraient mérité une plus grande presse à l’époque). Ou d'artistes qui auraient du sortir de l'anonymat tant leur talent me semblait fou. 

En me rendant compte il y a quelques mois que ce blog allait fêter ses 10 ans, je me suis un peu penché sur tout ce que j’avais pu publier. Et donc, 10 ans de « I Left Without My Hat », c’est plus de 1100 groupes et 500 labels différents chroniqués, avec quelques artistes (Sufjan Stevens, Four Tet, The Pains of Being Pure at Heart composent le top 3) et quelques labels (Domino, Sub Pop et Rough Trade, si l'on omet évidemment Without My Hat Records) qui ressortent du lot. Un temps bien trop important passé à parler de musique en somme.

Alors merci à ceux qui ont lu et surtout écouté, qui ont commenté et qui m’ont fait découvrir de fameux groupes ; ceux qui ont aimé, qui ont pesté. Ceux qui ont compris où je voulais en venir avec mes longues phrases. Merci à ceux qui sont tombés dans ces pages en cherchant du porno. Merci aux web-sheriff d'être venus perdre leur temps dans ces pages. Merci aussi aux spams notamment pharmaceutiques qui sont venus envahir à une époque les commentaires de ce blog (notez qu’ils se font plus discrets depuis quelques temps). Et merci à ceux qui, malgré de nombreuses périodes d’inactivité, sont revenus dire bonjour. 
Enfin merci aux Hop Blog, Little Reviews de feu-Mmarsu, Dans Le Mur du Son, Benzine, Kill Me Sarah, The Man of Rennes, Disso, Playlist Society, Novland, B Comme Boxsons, Sound of Violence, j'en passe et sans doute pas des moindres, qui m'ont fait découvrir tant d'albums merveilleux. 

Alors oui, je ne sais pas trop si cela a encore un sens de tenir un blog musical en 2017, mais vu que l'envie est toujours là...

Et pour célébrer ces 10 ans de babillages musical dans ces pages, écoutons donc la chanson qui a donné son nom à ce blog : Bob Dylan's 115th Dream. La chanson qui pour moi symbolise totalement la rupture entre l’ancien Bob Dylan et le nouveau. Sortie en 1965 sur 'Bringing It All Back Home', elle fait véritablement passer Dylan de la folk à l’électrique. Dylan démarre sa chanson, guitare folk en main et explose de rire au bout de quelques mots. Comme s’il trouvait que cette ritournelle n’avait aucun sens jouée à la guitare folk. Joan Baez, dans le fond, est pliée en deux. Dylan se reprend. Il lance alors un « Ok, take 2 », l’électricité arrive et c’est parti pour un rêve halluciné où se côtoient un capitaine Arab qui dirige le Mayflower, une baleine mariée au shériff de la baie, une boule de bowling qui dévale une rue. Et un Bob Dylan qui quitte un restaurant où la nourriture vole dans tout les sens… en oubliant son chapeau.


En écoute dans le lecteur Spotify ou le lecteur Deezer dans la colonne de gauche (pour s'abonner à la playlist, c'est en cliquant ici ou en cliquant là).

mardi 18 juillet 2017

[Track of The Day] The Beach Boys - God Only Knows (Brian Sings Lead)

Un grand piano blanc. Et un homme, rondouillard, vieilli, aux cheveux grisonnant, assis derrière. Brian Wilson. A ses côtes, son vieux compère des Beach Boys Al Jardine, et tout un groupe dédié à une seule chose : continuer à faire vivre les chansons de Brian Wilson, un des compositeurs les plus talentueux de l’histoire de la musique contemporaine. Et notamment celle de 'Pet Sounds', mythique album parmi les mythiques albums, dont la tournée actuelle fête depuis l'an passé les 50 ans.

Et c’est dans un Théâtre Antique de Fourvière à Lyon, pas totalement rempli, que tout ce beau monde a donné rendez-vous à son public. Un concert de 2h30, découpé en trois parties. La première voit le groupe, sous un soleil déclinant, enchaîner quelques (grands) succès des Beach Boys, de façon assez chronologique. Le groupe est à l’aise, Al Jardine est en forme, les autres sont au diapason et sortent une partition parfaite ; même si l’on passera sur la fin du set et quelques chansons des années 70 pas forcément remarquables (et que je ne connaissais pas), un peu trop ampoulées à mon goût (notamment par un Blondie Chaplin et sa tronche entre Lou Reed et Darry Cowl qui en fait des caisses à n'en plus finir).
Le maître que le public est venu célébré est quant à lui toujours derrière un grand piano blanc, au centre de la scène. Il a beau parler entre chaque morceau et notamment présenter les musiciens qui vont prendre le lead au niveau de la voix ou au niveau de la guitare, il semble un peu ailleurs.

La première partie se termine par Sail On, Sailor et sur la fin instrumentale, Brian Wilson, claudiquant et aidé sur la fin par un des membres de son staff, quitte la scène. C’est l’heure de l’entracte (normal, on est dans un théâtre). Puis un des membres revient sur scène pour appeler et présenter un à un tous les musiciens du groupe. Al Jardine est annoncé en avant dernier et alors qu’il rentre sur scène et est acclamé, Brian Wilson le suit, comme s’il voulait échapper à l’ovation monstre qui s’annonce.

Léger flottement et le groupe embraye pour dérouler 'Pet Sounds', dans son intégralité et dans l’ordre évidemment. Chose pour laquelle le public est évidemment venu. Les voix sont assurées par Al Jardine, mais surtout par Brian Wilson lui même pour les parties plus graves et par Matt Jardine (fils de) pour les parties les plus hautes. Un Matt Jardine qui est quasiment un sosie vocal bluffant de Brian Wilson jeune (même s’il monte un peu moins haut). Et la magie opère. Notamment parce que le groupe derrière est fantastique, restituant quasiment à la perfection les sonorités audacieuses d’un disque qui a un demi-siècle.

La foule s’emballe sur Sloop John B (ou Brian Wilson retrouve un regain d’énergie) avant d’avoir droit à un très beau God Only Knows, où la magie opère merveilleusement. 'Pet Sounds' se termine, Brian Wilson sort de scène avant même la fin de Caroline No, puis revient, avant que le groupe n'enchaîne sur quelques autres gros tubes (Good Vibrations, Barbara Ann, Surfin' U.S.A., ce genre de broutilles). La foule, massée dans les gradins, descend alors dans la fosse (assise elle aussi) pour un final en apothéose. Le groupe salue, comme au théâtre une nouvelle fois, puis disparait pour de bon.

Et cette impression qui reste : malgré la présence d’Al Jardine, difficile de ne pas se dire qu’on est en face d’un groupe qui reprend les Beach Boys ; un peu à la manière The Rabeats pour les Beatles. C'est extrêmement bien fait, le groupe est de très grande qualité, mais avec aussi peu de membres d'origine, difficile de s'enlever cette idée de la tête. On se rend également vite compte que Brian Wilson, caché derrière son piano blanc, ne doit rien jouer du tout ou, s’il joue, que rien ne ressort au niveau de la sono. On sent l’homme fatigué, ailleurs. Ânonnant plus que chantant, il a l'air perdu, semblant parfois se demander ce qu’il fait là. 

Pour autant, on le sent régulièrement revenir parmi nous, expliquer qu’il a écrit telle chanson à 19 ans, que le prochain morceau de 'Pet Sounds' est seulement instrumental (comme s’il n’imaginait pas que la foule devant lui connaissait chaque note du disque par coeur), ou demandant au public de s’asseoir pendant une standing ovation sur une des chansons de la première partie. Et mieux, ce qu’il fait avec le groupe est très bien réglé. La partie 'Pet Sounds' a ceci d’assez formidable que les enchaînements entre les voix de Brian Wilson et de Matt Jardine coulent parfaitement : tout y est fluide et léger. Et sonne vrai. On a vraiment l'impression d'une discussion entre l'ancien Brian Wilson et le nouveau.

Enfin, et surtout peut-être, il est très touchant de voir Brian Wilson chanter de sa voix fatiguée et agitée le disque qui l’a rendu mythique. D’hésiter, d’être dans une autre tonalité, comme s’il ne pouvait pas faire autrement. Cela renforce le pouvoir émotionnel de certaines chansons (I'm Waiting For The Day, You Still Believe in Me), notamment sur une des plus belles chansons du monde (God Only Knows, whatelse ?).

La soirée était donc belle. Le temps était bon. Les mélodies indémodables. La foule respectueuse et vraiment fan de l’œuvre des Beach Boys et de son maître absolu. Brian Wilson semble au bout du rouleau certes. Mais vu la vie qu’il a eu, tous les pépins qu’il s’est créé ou toutes les saloperies qu’on lui a faite, difficile de ne pas comprendre. Chapeau bas, génie.

Setlist :
Set 1
California Girls
Dance, Dance, Dance
I Get Around
Shut Down
Little Deuce Coupe
Little Honda
In My Room
Surfer Girl
Do It Again
Add Some Music to Your Day
Don't Worry Baby
Let Him Run Wild
Darlin'
Feel Flows
Wild Honey
Sail On, Sailor

Set 2 : 

'Pet Sounds'

Encore :
Good Vibrations
Help Me, Rhonda
Barbara Ann
Surfin' U.S.A.
Fun, Fun, Fun
Love and Mercy


Album : The Pet Sounds Sessions
Année : 1997
Label : Capitol

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En plus des lecteurs Spotify et Deezer, la version de God Only Knows, chanté par Brian Wilson, est à écouter ci-dessous :


samedi 12 novembre 2016

[Track of The Day] Leonard Cohen - Boogie Street


J'aurais pu choisir sans doute une plus belle chanson de Leonard Cohen pour lui rendre hommage. Ce n'est pas ce qui manque dans sa discographie. Mais Boogie Street est celle avec laquelle j'ai - vraiment - découvert ce Monsieur au début des années 2000. So long Leonard, et merci pour tout.

« A sip of wine, a cigarette,
And then it’s time to go.
I tidied up the kitchenette;
I tuned the old banjo.
I’m wanted at the traffic-jam.
They’re saving me a seat.
I’m what I am, and what I am,
Is back on Boogie Street. »

lundi 17 mars 2014

[Track of The Day] The Stooges - Down on the Street


A croire que les Stooges auront eu un mauvais karma tout au long de leur carrière. Eux qui auraient du devenir un monument du rock'n'roll (comprendre : autrement que dans une sphère indé) grâce à leur triptyque dantesque (on ne parlera pas des deux derniers albums, sortis dans les années 2000) dont le « peut-être » (assertion toujours difficile à défendre ou à contredire) meilleur album rock de l'histoire avec 'Fun House', s'en vont en plus jeune, ou tout au moins pas si vieux que cela.


Depuis hier soir, il ne reste plus qu'Iggy Pop de la formation originelle des Stooges, Scott « Rock Action » Asheton étant parti retrouver la guitare de son frère Ron et la basse de Dave Alexander.
Cette rythmique martelée et qui guide le groupe, c'est lui. Ce métronome et ce batteur qui frappe et frappe et frappe, c'est encore et toujours lui. Bref, c'est moche. Finalement, c'est bien Iggy qui les enterrera tous.


lundi 28 octobre 2013

[Track of The Day] Lou Reed - Modern Dance


Le grand Lou a donc décidé de ranger ses lunettes noires. Et, ironie de l'histoire, un dimanche matin en plus. Il est sûrement parti pour aller voir si l'inspiration lui viendrait plus facilement là haut, lui qui l'avait perdue depuis une petite dizaine d'années, entre albums ratés et collaboration foireuse.

Peut-être que là-bas, il prendra un peu de temps pour se replonger dans sa discographie qui contient son lot de chef d’œuvres, qui l'a consacré comme un des plus grands, et que l'on peut désormais nommer légende.

J'espère qu'après 'Berlin' et autres Walk on the Wide Side, il prendra un moment pour réécouter 'Ecstasy', sublime disque de 2000, son dernier très grand album, méconnu et totalement mésestimé, d'une noirceur à en faire pâlir plus d'un. Un de mes préférés de Lou Reed, assurément.

Bref, la semaine promet d'être noire. On ne perd pas un des plus grands poètes du rock comme ça, sans conséquence. Foutu Warhol va : c'est qu'il va finir par y arriver à remonter son Velvet Underground, version au-delà.