En 1995, l'ONG War Child avait lancé lancé la compilation 'HELP' pour venir en aide aux population en guerre (c'est la guerre en ex-Yougoslavie qui avait déclenché le mouvement). Un disque de vingt morceaux, devenu mythique avec le temps sans doute plus pour son casting (une bonne partie de la britpop de l'époque, Massive Attack, Sinéad O'Connor, The Chemical Brothers) que pour la qualité de ses chansons (seul le merveilleux Lucky de Radiohead, alors totalement inédit, sortait du lot).
Trente ans plus tard, la période actuelle étant plus que jamais désespérante, War Child relance sa belle initiative avec la petite sœur de 'HELP', la simplement - et forcément - nommée 'HELP(2)'. Au générique, un éventail assez large d'artistes d'aujourd'hui (Young Fathers, Wet Leg, Nilüfer Yanya, Big Thief, The Last Dinner Party, Black Country, New Road, Kae Tempest, English Teacher, Fontaines D.C.) ou presque (Pulp, Depeche Mode, Anna Calvi, Bat For Lashes, Foals), dont une bonne tripotée déjà mentionnés dans ces pages.
A l'instar de sa devancière, 'HELP(2)' est alléchante sur le papier, mais le résultat est le même : il y a peu de choses à sauver dans cette compilation qui n'est pas loin d'être un supplice à écouter - un supplice d'ennui, mais un supplice quand même. Ce n'est pas que c'est laid ou raté, c'est juste que c'est insipide au possible, sans âme, sans intérêt. Un éventail de chansons qui ressemblent plus à des face-B à peine potables qu'autre chose (mention spéciale au morceau de Pulp) quand ce ne sont pas des reprises lénifiantes (Sunday Morning du Velvet Underground par Beth Gibbons, Lilac Wine de Jeff Buckley par Arooj Aftab et Beck), portées par une production lourdingue au
possible.
Pas grand chose à sauver donc, à quelques exceptions près (Parasite de English Teacher et Graham Coxon, Sunday Light avec Anna Calvi, Nilüfer Yanya, Dove Ellis et Ellie Rowsell) et notamment la reprise de The Book of Love de The Magnetic Fields par Olivia Rodrigo (en écoute aujourd'hui). Parce que l'originale est merveilleuse (l'américaine prouve une
nouvelle fois son très bon goût), et parce que cette version en
apesanteur, tout en délicatesse, qu'Olivia Rodrigo chante très
justement, est belle comme tout (bien aidée en cela par Graham Coxon à la
guitare et Ed Harcourt au piano). C'est peu mais c'est déjà ça. Ah, qu'on est loin de 'Dark Was The Night' ...
NB : Malgré tous ses défauts, n'oublions pas le but de cette compilation : amasser des fonds pour aider les populations (et surtout les enfants) des pays en guerre. Et c'est plus que louable. On peut aider l'ONG War Child en achetant 'HELP(2)' ou en faisant des dons directement sur le site de War Child.
Album : HELP(2) Année : 2026 Label : War Child Records
En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, la reprise de The Book of Love de The Magnetic Fields par Olivia Rodrigo, avec Ed Harcourt et Graham Coxon à la musique, est également en écoute ci-dessous :
Cela faisait longtemps que je n'avais pas évoqué dans ces pages un groupe australien. Enfin, longtemps, tout est relatif : cela remonte au 26 décembre dernier quand j'avais chroniqué le très recommandable album des Fortitude Valley, 'Part Of The Problem, Baby', un des tous meilleurs disques de 2025. Sauf que trois mois pour une scène aussi foisonnante que celle-ci c'est long.
Voilà donc Swapmeet, groupe venu d'Adélaïde en Australie. Et comme il n'est pas impossible qu'ils fassent parler d'eux prochainement, présentons les : Venus O’Broin est au chant et à la guitare, Joshua Doherty à la basse, tandis que le duo Maxwell Elphick et Jack Medlyn s'occupe aussi bien de guitare, de batterie que du chant.
Après un Ep en 2024, le quatuor vient de signer chez les américains de Winspear Records, signature qui leur ouvre un plus grand horizon, à commencer par une participation au SXSW dès ce week-end à Austin. Nul doute qu'ils joueront sur scène leur nouveau single I Know! (en écoute aujourd'hui), chanson rock et fiévreuse aux contours 90s qui, si elle ne réinvente pas la roue, a le mérite d'avoir une langueur sacrément efficace. Swapmeet ou un groupe à suivre de près.
Derrière cette bien jolie pochette se cachent deux découvertes : The Altered Hours, un quintette originaire de Cork en Irlande dont il va falloir creuser la discographie, et leur troisième album, du même nom. Un disque sorti le 7 novembre dernier et, comme tant d'autres, sacrifié sur l'autel de la fin d'année, où tous les médias d'importance étaient plus occupés à tirer le bilan de 2025 - souvent très consensuel d'ailleurs - plutôt que de s'intéresser à des groupes qui avaient des choses à dire. Mais que voulez-vous, c'est devenu une habitude, chez ces gens là, une année dure dix mois seulement.
Et tout ceci est bien dommage car 'The Altered Hours' est un album extrêmement réussi (et on en reparlera dans ces pages en fin d'année : il aura toute sa place dans la section "Les Oubliés") et tout aussi bien produit, éclectique autant qu'électrique, rock autant que psyché, shoegaze autant que folk-rock, pas exempts d'éclats (superbe TNT), d'ambiances hantées, de balades contemplatives quand elles ne sont pas simplement superbes, comme Such a Steal (en écoute aujourd'hui), chanson au rythme langoureux, à la tonalité mélancolique et qui fait la part belle à des guitares riffeuses qui n'en demandaient sans doute pas tant.
Album : The Altered Hours Année : 2025 Label : Pizza Pizza Records
On n'en sait pas trop sur ce Bullet, nouvelle chanson de Soft Kill apparue sur les plateformes début février : prémices d'un nouvel album ? Quand bien même leur dernier en date est paru en septembre dernier, ce ne serait pas si étonnant : le groupe a prouvé dernièrement qu'il était très productif (quatre albums en autant d'années). A moins que ce ne soit un simple nouveau single ou une chute de studio de - donc - 'Watch It Burn' ? Très possible aussi.
Le groupe a été peu disert sur le sujet, balançant ce nouveau morceau au détour d'un post Instagram. Mais il précise toutefois « some news surrounding that soon ». On va donc être patient et attendre de savoir ce que cela annonce. D'ici là, reste donc Bullet (en écoute aujourd’hui), chanson post-punk mélancolique, où affleure toujours ce côté The Cure/Robert Smith qui tenaille Soft Kill, au gimmick qui ne fait que monter et redescendre.
Ce qui au départ n'avait sans doute pas vocation à être autre chose qu'un one-shot s'est transformé avec les années en une machine de guerre musicale et médiatique, à la discographie conséquente (ce nouvel album est le neuvième) et aux concerts qu'on s'arrache. Revoilà donc Gorillaz, sorte de "Les Enfoirés" de la pop internationale, toujours mené par le Jean-Jacques Goldman anglais Damon Albarn. Au programme de 'The Mountain', pas moins de quinze chansons, plus d'une heure de musique et une pelleté, comme d'habitude, d'invités, triés - ou non - sur le volet : beaucoup de vivants (les Sparks, Jalen Ngonda, Gruff Rhys, Black Thought, Johnny Marr, Paul Simonon des Clash, IDLES, et j'en passe), pas mal de morts (Dennis Hopper, Mark E. Smith, Proof, Bobby Womack, David Jolicoeur de De La Soul, Tony Allen tous avec des enregistrements non utilisés de leurs précédents passages chez Gorillaz) et quelques artistes indiens inconnus à mon bataillon (Ajay Prasanna, Anoushka Shankar, Amaan Ali Bangash, Ayaan Ali Bangash).
Pas étonnant d'ailleurs, car c'est l'Inde qui est la fondation même de ce disque (d'ailleurs, 'The Mountain' n'est que le nom anglais ou commercial de cet album - il n'apparaît pas sur la pochette -, son vrai titre étant पर्वत, mot qui signifie évidemment « montagne » dans plusieurs dialectes indiens), même s'il y beaucoup de choses latino ou arabisante dans le lot. Et c'est plutôt bien vu et surtout plutôt bien fait. Peut-être trop long pour tenir la longueur, mais les mélodies chiadées, l'univers cohérent créé par Albarn, les featuring de qualité (notamment Black Thought, présent sur trois titres et surtout le duo Omar Souleyman/ Yasiin 'Mos Def' Bey sur Damascus, à l'ambiance indo-arabe, en écoute aujourd'hui), tout rend ce 'The Mountain' plus que sympathique, lui qui est sans doute l'album le plus homogène et le plus Gorillaz originals depuis un bail.
Album : पर्वत (The Mountain) Année : 2026 Label : Kong
En plus des playlists Spotify, Deezer, Tidal et YouTube, Damascus de Gorillaz avec les featuring de Omar Souleyman et Yasiin Bey est également en écoute ci-dessous :
Autre chanson réussie de 'The Mountain' de Gorillaz, voilà The Empty Dream Machine avec les participations de Black Thought, Johnny Marr et Anoushka Shankar :
Le clip (forcément avec Gorillaz !) de Damascus, avec les featuring de Omar Souleyman et Yasiin 'Mos Def' Bey :
Si je regrette mes années parisiennes pour tout ce qu'elles signifiaient (jeunesse, insouciance, soirées à gogo, rencontres incroyables), je ne regrette pas une seconde de ne plus habiter là-bas, quand bien même je vivais en plein Paris. Pour autant, parfois, j'ai un petit pincement au cœur quand je vois tous les concerts intéressants à côté desquels je passe (et pourtant, on ne peut pas dire qu'on soit mal loti à Lyon).
Prochain exemple en date, le concert de ce vendredi 6 mars, prévu au Petit Bain dans le XXIIIè arrondissement. Parce qu'il présente deux fleurons de la pop anglaise. D'un côté, les petits nouveaux d'Autocamper, originaire de Manchester dont j'avais dit il y a quelques semaines le plus grand bien que je pensais de leur premier album 'What Do You Do All Day?' et de sa jangle-pop aux élans rock. De l'autre, les anciens d'Heavenly. Pas vraiment des petits jeunots vu que leur carrière se limite aux années 90. Enfin se limitait. Car après trente ans de pause suite au décès de leur batteur Mathew Fletcher en 1996, après plein de projets personnels à droite et à gauche, le groupe est de retour avec un cinquième album, 'Highway To Heavenly'.
Un disque qui vient de sortir chez Skep Wax Records, le label créé par Amelia Fletcher et Rob Pursey, respectivement chanteuse/guitariste et bassiste de Heavenly (d'ailleurs, une des chansons de l'album s'appelle tout simplement Skep Wax), qui prouve que si les cheveux blancs sont apparus sur bon nombre des têtes des membres du groupe, ceux-ci n'ont pas pour autant perdu leur talent de composition. Leur indie-pop, plus que jangle que twee, aux contours power-pop/rock voire punk, fait mouche, notamment sur une face-A absolument impeccable (Press Return ! Portland Town !), symbolisée par l'épatant
Deflicted (en écoute aujourd'hui), indie-tube qui s'ignore dont
l’énergie et les claviers aux nappes puissantes sont un régal.
Bref, c'est une affiche entre le passé, le présent et le futur de la pop music à l'anglaise qui s'annonce ce vendredi à Petit Bain. Pas étonnant que ce soit le Paris Pop Fest qui soit derrière tout ça. Gloire à eux !
NB : Plus d'infos sur le concert de Heavenly et Autocamper ce vendredi 6 mars à Petit Bain sont à retrouver sur l'event Facebook ou sur le site de Shotgun
Album : Highway To Heavenly Année : 2026 Label : Skep Wax Records
En février 1980, alors qu'AC/DC vient de publier Highway to Hell, son plus grand single, et devient un mastodonte du rock'n'roll, Bon Scott s'étouffe dans son vomi et meurt à l'âge de 33 ans. Moins de six mois plus tard, le groupe des frères Young a un nouveau chanteur, Brian Johnson, et publie 'Back In Black', le deuxième album le plus vendu de l'histoire.
En mai 1980, Ian Curtis, jeune homme torturé s'il en est, se pend dans sa cuisine à seulement 23 ans. Incapables de continuer sous le nom Joy Division, Peter Hook, Bernard Sumner et Stephen Morris partent fonder un nouveau groupe, New Order, en se réinventant à coups de new-wave et de synth-pop dansantes, au succès planétaire.
En octobre 1991, un jour seulement après l'avoir annoncé, Freddie Mercury meurt du SIDA. Pendant quelques temps, les rumeurs circulent sur la possibilité pour Brian May, Roger Taylor et John Deacon de continuer l'aventure Queen avec un nouveau chanteur (George Michael et Axl Rose étaient évoqués dans les cours de récréation) mais le trio n'en fera rien, préférant annoncer la fin d'un des plus grands groupes du monde et capitaliser sur leur discographie gargantuesque : une telle voix et une telle personnalité sont irremplaçables.
Trois exemples, parmi beaucoup d'autres, trois façons de rebondir après la mort d'un des membres de son groupe. Trois manières, pas meilleures ou pires qu'une autre, pour savoir quoi faire après. Continuer ? S'arrêter ? Rebooter ?
Les américains d'Injury Reserve ont eu à trancher ce débat en juin 2020. Ce trio établi à Phoenix au début des années 2010, auteur de mixtapes remarquées et d'un album remarquable, a du faire face au décès soudain de Stepa J. Groggs, un des deux MC du groupe. Que faire pour RiTchie et Parker Corey, les deux membres survivants ? D'abord terminer le second album qu'Injury Reserve était en train d'enregistrer à l'époque, puis le publier quelques mois plus tard sous le nom de 'By the Time I Get to Phoenix'. Avant de se mettre en retrait, réfléchir à la meilleure manière de donner une suite à l'aventure et honorer leur ancien compère.
Il aura fallu deux ans à RiTchie et Parker Corey pour trouver la solution. Exit le nom Injury Reserve, trop lié à Stepa J. Groggs, et bonjour à By Storm. Un nom venu de la dernière chanson de 'By the Time I Get to Phoenix', Bye Storm. Pour symboliser cette transition, le désormais duo publie en août 2023 une vidéo de plus de dix minutes, présentant deux clips : celui de Bye Storm, plein d'archives vidéos de Stepa J. Groggs, puis, dans la continuité, celui de Double Trio, le premier vrai single de ce nouveau projet. Et puis plus rien pendant dix-huit mois, jusqu'en février 2025 : By Storm publie alors une nouvelle chanson, Zig Zag, prémices d'un premier album sous cette nouvelle entité, le bien nommé 'My Ghosts Go Ghost'.
Dans ce disque, il est en effet question de fantômes. Celui des productions passées d'Injury Reserve pour commencer. Car si le hip-hop de By Storm est toujours abstrackt et expérimental, le tempo est plus lent, construit sur des arpèges de guitares aux atours folktronica et indus, où glitch et beats se la jouent minimalistes, pendant
que soul et jazz passent une tête de temps à autre.
D'autres fantômes traversent 'My Ghosts Go Ghost'. Ceux de la vie passée de RiTchie, qui raconte qu'il est sur le point de devenir
papa, et tout ce que cela signifie : ces concessions, cette vie moins
contraignante qui lui échappe, voire cette jalousie pour ce
futur enfant à naître (Can I Have You For Myself?) ; ceux d'une industrie musicale qui a totalement périclité et qui ne permet plus aux
artistes talentueux de s'en sortir, de vivre de l'art, obligés qu'ils sont de cumuler
scène et petit boulot pour subvenir aux besoins de leur famille.
Évidemment, le fantôme le plus marquant de 'My Ghosts Go Ghost' est bien celui de Stepa J. Groggs. Mais n'attendez pas que By Storm fasse dans l'évocation pompière ou vienne étaler son chagrin à la face de son auditoire. Non, le duo rend hommage à son ami avec touché et pudeur, évoquant lui ou sa disparition au détour d'allusions sibyllines, métaphoriques voire cryptiques. Et son absence se cristallise merveilleusement sur le morceau In My Town. Une chanson de sept minutes, faite d'une ambiance assez ténébreuse, où RiTchie rappe, percutant et ciselé, son texte fustigeant
l'industrie musicale, Live
Nation et la difficulté de joindre
les deux bouts ; en contrechamp une voix aérienne, comme
évanescente, répète et psalmodie quelques uns de ses vers. Et alors que le refrain vient de se terminer, alors que le deuxième
couplet devrait prendre la suite... rien. Personne au micro. La voix en arrière-plan se
tait, la chanson laisse dérouler sa mélodie, sans qu'une rime ne
vienne la perturber. Comme si By Storm avait conscience que cette
seconde partie aurait du appartenir à Stepa J. Groggs et qu'en son
absence, il valait mieux laisser la musique continuer seule, sans ses mots.
'In My Town' est l'apogée de 'My Ghosts Go Ghost', qui pourtant ne manque pas de grandes chansons : And I Dance, qui transpire de mélancolie mais a tout d'un tube, le lumineux GGG en conclusion, le curieux mais si addictif Zig Zag, Dead Weight et ses boucles hypnotiques, la formidable ouverture Can I Have You For Myself?, Grapefruit et son beat répétitif et obsédant, le taiseux et embrumé Best Interest sur lequel vient rapper sur un couplet Billy Woods, seul invité de l'album, ou Double Trio 2, suite de leur tout premier single, presque grandiloquent.
'My Ghosts Go Ghost' est un disque impressionnant de la part de By Storm, comme construit sur plusieurs niveaux musicaux, plein de strates qui se
superposent ou s'emboitent, le tout produit avec une justesse
folle par Parker Corey. Un album de hip-hop d'avant-garde, d'une écriture, d'une beauté et d'une finesse renversantes. Un disque de catharsis aussi. Et un merveilleux
hommage à leur meilleur ami. La mort, c'est de la merde. Mais ça
débouche parfois sur des miracles. (Sortie : 30 janvier 2026)
Trois chansons de 'My Ghosts Go Ghost' de By Storm en écoute aujourd'hui. A tout seigneur, tout honneur, In My Town pour débuter (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis And I Dance, à la mélancolie superbe et à ses atours de tube. Et enfin, GGG, la chanson de conclusion, presque pop :
A ce jour, quatre clips ont été tirés de 'My Ghosts Go Ghost' de By Storm. En voilà deux, l'immense In My Town et And I Dance. En bonus, la vidéo qui a fait la transition entre Injury Reserve et By Storm. Un clip de dix minutes avec une première partie consacrée à Bye Storm, la dernière chanson de 'By The Time I Get To Phoenix', dont la vidéo rend hommage à Stepa J. Groggs, et une seconde, enchainée avec Double Trio, le premier morceau composé par By Storm :
Derrière ce nom de IST IST se cache non pas un groupe allemand mais un quatuor originaire d'Angleterre. Et plus précisément de Manchester, ce qui n'est sans doute pas anodin vu la musique qu'ils déroulent sur 'Dagger', leur cinquième album en six ans. Un disque de trente-deux minutes au compteur pour dix chansons, faites de post-punk plein de dark-wave, new-wave et synthpop, aussi sombre qu’exubérant, emballé qu'il est dans une production massive et qui ne fait pas dans le détail. Avec quelques chansons très efficaces (Encouragement, en écoute aujourd'hui, Makes No Difference et son côté pompier assez irrésistible, pour ne citer qu'elles), rappelant Editors plus souvent qu'à son tour, 'Dagger' est un tout cas un disque aux mélodies sacrément accrocheuses, que d'aucuns trouveront trop faciles, qui reprend tous les codes du genre (même la voix profonde), ne révolutionne rien mais le fait au final plutôt bien.
Album : Dagger Année : 2026 Label : Kind Violence Records
On aurait pu croire que les gallois de Midding, après un premier Ep réussi l'an passé, passerait au long format. Mais il semble que le quintette venu de Cardiff n'en est pas encore là et qu'il veut continuer à faire ses armes. Alors va pour un deuxième Ep, '.44'. Un nom, pour l'anecdote, en référence à David Berkowitz, tueur en série américain des années 70 surnommé le fils de Sam, et son arme fétiche, un calibre 44. Une référence qui se ressent dans l'atmosphère pesante qui traverse tout le disque, de cinq chansons lui aussi, qui confirme les promesses plus qu'entrevues sur 'Nowhere Near Today Ep'.
Sans délaisser ses premières amours, Midding met un peu de côté sa partie shoegaze pour mieux totalement embrasser un psychédélisme et un noise-rock qui lui vont décidément bien au teint. Enregistré avec une vraie batterie, '.44 Ep' est tout à fait remarquable, peut-être même supérieur au précédent, de la doublette All For You (impeccable en ouverture) et Nuisance, à l'incroyable For A Little While, chanson à deux visages, tordue, saturée et presque expérimentale, en passant par la pop mélancolique et abrasive de Sunshine, en terminant par la chanson titre .44 (en écoute aujourd'hui), magnifique balade de sept minutes, longue digression noise et psyché, aux guitares qui fuzzent et au chant habité. De la très belle ouvrage.
Album : .44 EP Année : 2026 Label : Tough Love Records
Trois ans après un 'Carvings'majestueux qui avait accompagné beaucoup de mes nuits de 2023 - et qui continue régulièrement d'ailleurs d'habiller mes fins de soirée, la norvégienne Juni Habel est de retour avec un troisième album, 'Evergreen In Your Mind'. Prévu pour le 10 avril prochain, toujours chez Basin Rock, il promet déjà beaucoup, lui qui s'annonce par deux premiers morceaux, la chanson titre et Stand So Still (en écoute aujourd'hui), le tout dernier en date. Une balade folk d'une remarquable simplicité mais qui prend peu à peu une ampleur qu'on n'aurait pas imaginé, tout en retenue et en justesse, que la production, particulièrement soignée, sublime. Une chanson comme aérienne, à la mélodie mélancolique et magnifique, que Juni Habel chante d'une voix délicate qui ne semble être destinée qu'à nous.
Album : Evergreen In Your Mind Année : 2026 Label : Basin Rock / Koke Plate
L'année de 2025 de Pan American fut collaborative avant tout. Vous me direz, c'est un peu ce qui représente Mark Nelson depuis qu'il a lancé son aventure solo, mais tout même : deux albums, l'un, 'New World, Lonely Ride', avec Michael Grigoni, l'autre, 'Interior of an Edifice Under the Sea' avec Kramer. Mais également 'Tender Things', un Ep passé encore plus inaperçu que les deux disques précités, aussi court que beau, que l'ancien Labradford a publié en février 2025 avec une certaine Chelsea Bridge (Mallory Linehan de son vrai nom), artiste américaine qui fait dans l'ambient et l'expérimental (et tout ce que cela recouvre), avec une prédominance pour le violon, elle qui a eu une formation de violoniste au conservatoire de Chicago.
Fort de ce premier disque, Pan American et Chelsea Bridge ont également publié à la toute fin de 2025 Another Green, vieille chanson que Mark Nelson avait dans ses tiroirs depuis quelques années, et Another Blue. Deux morceaux intimement liés, le second étant une relecture du premier. Car si Another Green est plein d'une ambiance vaporeuse et évanescente, où électronique et violon se tournent autour et se complètent, Another Blue (en écoute aujourd'hui) est le même morceau duquel la partie électronique a été supprimée, et toutes les pistes de violons (elles sont au nombre de quatre) ont été remixées et amplifiées. Et le résultat est stupéfiant, très néo-classique dans l'esprit, magnifiquement cinématographique, mélancolique à souhait et beau comme jamais.
Si Pan American et Chelsea Bridge devraient se retrouver sur 'Fly The Ocean In A Silver Plane', le prochain album du premier prévu pour le 20 mars prochain, cela serait heureux de les voir continuer leur dé/reconstruction d'Another Green : il y a tout un spectre de couleurs à leur disposition, prêt à être imaginé.
Album : - Année : 2025 Label : Northern Spy Records
Et vous, qu'est-ce qui vous effraie ? Quelles sont vos peurs les plus irrationnelles ? La perte d'un être cher ? La vue d'une araignée ? Le vide qui vous saisit quand vos rêves vous emmènent en haut de la plus haute tour du monde et que vous n'avez pas d'autres choix que de descendre, en sachant bien que le moindre faux pas vous fera glisser et tomber ? Voir le monde courir à sa perte en refusant de regarder l'urgence climatique en face, qui nous entraine inexorablement vers le fond de l'abîme ?
La néerlandaise Tessa Rose Jackson a des peurs plein sa besace, qui l'ont longtemps paralysée. Mais elle a commencé à se débattre avec elles, à les accepter, et, si ce n'est à les vaincre, au moins à les mettre en sourdine. Et elle l'exprime de belle façon sur son nouvel album, 'The Lighthouse' - disque enregistré au Pays basque français, plutôt soporifique dans ses moments les plus calmes mais bien plus enthousiasmant dès que le rythme et la mélodie s'emballent - via la chanson Fear Bangs The Drum (en écoute aujourd'hui), pleine de groove, à l'ambiance pop et presque jazzy dans l'esprit, que Tessa Rose Jackson chante divinement bien sur fond de basse superbe, de cuivres emballants sur le refrain et même d'un petit gimmick à la guitare qui rappelle La Californie de Julien Clerc.
Album : The Lighthouse Année : 2026 Label : Tiny Tiger Records
Il fut un temps, bien avant qu'elle se lance en solo sous son propre nom, en parallèle de ses activités de chanteuses au sein des synth-pop Amason, Amanda Bergman se produisait sous le nom d'Idiot Wind. Un nom curieux et osé, car tiré d'une des plus belles mais surtout cruelles chansons de Bob Dylan. C'était il y a quinze ans, et elle avait publié sous cet alias un Ep et un single qui, à défaut de bouleverser le monde, l'avait introduite au sein du grand cirque musical.
Quinze ans ont passé depuis et, donc, Amanda Bergman a monté Amason et s'est lancé en solo, sous son propre nom. En résulte trois albums, dont le dernier en date, 'embraced for a second as we die', est sorti en janvier dernier. Un disque ronronnant mais plutôt joli de soft-rock à la patine eighties (il y a même quelques gimmicks à la guitare qui rappellent des musiques de séries américaines des années 80), à la production ronde comme une balle, d'où s'échappe notamment grasp (en écoute aujourd'hui), une chanson pleine de groove, d'ambiance ouatée et à la langueur superbe, où l'on peut entendre sur le refrain ces mots « Blood in the seas, Blood on their sunny beaches, Blood in their tracks ». Bob Dylan n'est décidément jamais très loin avec Amanda Bergman.
Album : embraced for a second as we die Année : 2026 Label : The Satchi Six
Alors que leur dernier album en date vient tout juste de fêter ses trois mois (le très conseillé 'Cosplay'), les anglais de Sorry offrent déjà la suite avec un nouveau double-single composé de Billy Elliot et Alone In Cologne, sans doute mises de côté lors de l'enregistrement de 'Cosplay' l'an passé. Et on comprend pourquoi. Car si la - belle - pochette de cette sorte de 45-tours digital reprend les codes de leur troisième album, les deux chansons sont elles plus torturées, moins évidentes et immédiates que les dernières en date. Pourtant elles ne manquent pas de cachet, surtout la face-B (appelons là comme ça) Alone In Cologne (en écoute aujourd'hui), morceau remarquablement produit, lancinant et presque de guingois, qui essaie de s'écarter de la ligne mélodique générale, pour mieux se recentrer sur chaque refrain et emballer son monde.
Album : Billy Elliot / Alone In Cologne Année : 2026 Label : Domino Records
Une note de 8.4 et un tampon "Best New Music" chez Pitchfork, des critiques dithyrambiques un peu partout (Stereogum, Paste Magazine, DIY Magazine, Under The Radar) : 'Singin’ to an Empty Chair' de Ratboys est sans doute le premier album estampillé indie-rock à faire l'unanimité autour de lui depuis le début de l'année. En tout cas chez nos voisins d'outre-Atlantique et d'outre-Manche, pas avares de louanges sur ce groupe originaire de l'Indiana, qui a fait ses classes à Chicago, qui a déjà plus de dix ans au compteur et dont 'Singin’ to an Empty Chair' est le sixième album - le premier pour une grosse structure, New West, après avoir passé toute sa carrière chez les précieux Topshelf.
Jusque là, Ratboys était un groupe inconnu à mes oreilles. Et pour ainsi dire, à entendre leur nom, je m'attendais à découvrir un groupe un peu « sale », « méchant ». L'écoute de 'Singin’ to an Empty Chair' dit plutôt tout le contraire. Moins indie-rock que les critiques américaines veulent bien le dire, plus d'indie-pop/power-pop et teinté d'alternative country, ce disque se montre sous un jour très propre sur lui, parfois même lisse le temps d'une face-A sympathique mais au final assez quelconque, avant d'affirmer une vraie personnalité sur la face-B le temps notamment d'un triptyque, entre balade noire de plus de huit minutes à la fin héroïque (Just Want You to Know the Truth), What's Right? (indie-pop pleine d'envie aux accents d'americana, en écoute aujourd'hui) et Burn It Down (chanson qui joue habilement du chaud et du froid, du calme et de la tempête, qu'un solo gargantuesque en plein milieu envoie dans des flammes ardentes). Trois morceaux de haute volée qui valent à eux seuls l'écoute de ce 'Singin’ to an Empty Chair'. Ça n'en fait pas l'album de l'année, mais c'est déjà mieux que beaucoup.
Album : Singin’ to an Empty Chair Année : 2026 Label : New West Records