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jeudi 4 février 2010

Kwoon - When The Flowers Were Singing… [Autoproduction]

Faites votre valise, prenez quelques pulls bien chauds, prévoyez quelques paires de chaussettes de rechange et oubliez les t-shirts, tongs et autres bermudas. Ceci fait, insérez 'When The Flowers Were Singing…' dans votre lecteur, et partez dans un monde parallèle, celui de Kwoon, dans une galaxie éloignée, à la beauté et à la tristesse infinie.

'When The Flowers Were Singing…' n’est pas un disque rempli de soleil et de joie de vivre. Dès sa pochette, noire et à peine ornée d’une fleur qui semble pousser, le groupe assène son propos : plus encore que son prédécesseur ‘Tales and Dreams’ (déroutant album tant une autoproduction de cette qualité ne se trouve pas sous tous les sabots d’un cheval), ce nouvel opus va faire la part belle au désespoir.

Sur 'When The Flowers Were Singing…', Kwoon embarque son petit monde dans un monde plein de pop, d’ambiant et post-rock rêveur, où les violons pleurent, où chaque son se fait évanescent, où chaque chanson semble planer dans les airs et rester en suspension, comme si de rien n’était, avant de disparaître discrètement.

Si Sandy (leader et maître à penser du groupe) chante en anglais sur quelques morceaux, l’effet reste surprenant à tel point que l’on se croirait revenu à l’époque de ‘( )’ de Sigur Ros, avec une langue inventée et indéchiffrable. Et si à dire vrai on s’en fiche un peu tant la musique de Kwoon est évocatrice et totalement cinématographique, cela rajoute au côté onirique de l’album.

Sur un tracklisting intelligent où tout découle parfaitement, Kwoon propose une rêverie sur plus de 50 mns où semblent surgir des ombres étonnées avant de s’effacer, résignées par le spleen et la mélancolie galopante de cet album.

S’ouvrant sur un déluge de sons électriques pour se terminer par le son ouaté de pas dans une neige épaisse et battue par un vent que l’on s’imagine glacial, 'When The Flowers Were Singing…' est un album sublime, à l’ambition plus grande et à la production plus soignée que ‘Tales and Dreams’, de la part de Kwoon qui est clairement à ce jour le secret le mieux gardé de France. (sortie : décembre 2009)


Nb: Ce 'When The Flowers Were Singing…' est donc autoproduit. Et c'est un superbe objet, au-delà même de la musique. On peut l'acheter pour 15€ sur le site officiel de Kwoon, en allant sur ce lien.


Toto parle très bien de ce 'When The Flowers Were Singing…' sur son site, ici.
J'avais également évoqué ce deuxième album de Kwoon dans mon "Top Albums 2009" (à retrouver ici).


Son :
Myspace (Trois extraits de ce 'When The Flowers Were Singing…' en écoute)
Site officiel

Deux chansons en écoute, Frozen Bird et Schizophrenic. Belles. Juste belles (malheureusement plus en écoute).

mardi 15 décembre 2009

Mumford & Sons - Sigh No More [Island]

En ces périodes de froid intense, de grippe H1N1 et de tous ses dérivés possibles, et en cette fin d'année pleine de tops et de flops, il est conseillé de lire la notice ci-dessous avant d'écouter ce premier album des Mumford & Sons, 'Sigh No More'.





MUMFORD & SONS - SIGH NO MORE

Album - Island

COMPOSITION
Folk-rock, pop, country, americana
(Excipients: piano, guitariste acoustique, cordes, cuivres, accordéon, batterie, banjo, chœurs, balades, chevauchées fantastiques dans des plaines nues et abandonnées)

FORME PHARMACEUTIQUE
Premier album - 12 chansons

CLASSE PHARMACO-THÉRAPEUTIQUE
Noah and The Whale, Tobias Froberg, The Tallest Man on Earth, Arcade Fire, Beirut

DANS QUELS CAS UTILISER CET ALBUM MÉDICAMENT?
Si le besoin de frissonner à l'écoute de délicats arrangements vous prend, si l'envie de mélodies vibrantes et intelligemment construites (je pars dans le zig, je finis dans le zag) vous saisie, si vous en avez marre de chercher la révélation anglaise de l'année 2009, si vous souhaitez écouter un des grands groupes des années à venir, il vous faut écouter le premier album de Mumford and Sons, quatuor londonien mené par Marcus Mumford.

ATTENTION! DANS QUELS CAS NE PAS UTILISER CET ALBUM? (CONTRE INDICATIONS)
'Sigh No More' NE DOIT PAS ÊTRE ÉCOUTÉ dans les cas suivants, et uniquement dans ces cas là:
- si votre appartement est en train de prendre feu
- pendant un entretien d'embauche
- durant un dj-set en plein festival I Love Techno

GROSSESSE - ALLAITEMENT:
Le premier album des Mumford and Sons peut-être tout à fait écouté pendant la grossesse ainsi qu'au cours de l'allaitement. Cela est même conseillé pour le bien-être du bébé.

FRÉQUENCE ET MOMENT AUXQUELS L'ALBUM DOIT ÊTRE ADMINISTRÉ:
Partout, tout le temps. Il faut se saouler de ce 'Sigh No More'. L'écouter jusqu'à plus soif. User les pistes de son cd, dans sa voiture, au travail, chez soi, en se réveillant, en se couchant, en soirée.
Il faut également espérer une sortie vinyle pour que l'effet soit encore plus grand.

CONDUITE A TENIR EN CAS DE SURDOSAGE:
Le surdosage n'est pas grave: il est vivement conseillé.

EFFETS NON SOUHAITES ET GÊNANTS (EFFETS INDÉSIRABLES):
- frénétique envie de taper du pied
- difficulté à s'empêcher de chanter à tue-tête
- transformation en homme orchestre ridicule
- frissons constants à chaque mélodie
- envie de parler de ce 'Sigh No More' à tout le monde: à ses amis, ses parents, son chien, même son pire ennemi.

DATE DE RÉVISION DE LA NOTICE:
15 décembre 2009



Maintenant que vous avez lu la notice, vous pouvez commencer l'écoute de 'Sigh No More', synthèse totalement folle et impeccable d'une certaine pop des années 2000. Je vous mets mon billet que dans 15 ans, on ressortira ce premier album des Mumford & Sons, avec un plaisir dingue et qu'on en reprendra à nouveau pour un mois d'écoute intensive.
Car oui, sachez le: vous venez de signer là pour un bail long comme un jour sans musique. (sortie: 5 octobre 2009)


Son:
Myspace (trois chansons de 'Sigh No More' en écoute)
Site officiel
Deux chansons en écoute. Sigh No More, du nom de l'album, qui ouvre les hostilités d'une manière formidable. Balade presque acoustique qui soudain se découvre des envies d'évasion qui prennent aux tripes. Et Little Lion Man, premier single de l'album, qui n'est rien d'autres qu'une course échevelée entre une guitare folk rapide comme l'éclair et un piano diablement martelé (malheureusement plus en écoute).
Et pour finir, trois vidéos. Deux clips et un EPK. A voir. Absolument.
Mumford & Sons - Little Lion Man




Mumford & Sons - Winter Winds



Mumford & Sons - Sigh No More EPK 'Gentlemen of the Road'



jeudi 10 décembre 2009

Warehouse – st [Autoproduction]

Délaissant un temps sa guitare folk et les ambiances d’un 'Here and Now' joli comme tout, David Fakenahm change de direction et reprend, en partie, celle de son premier album ‘Back From Wherever’, sous un nouveau nom, Warehouse.

Enfin en partie : si les guitares électriques sont de sortie, notre homme ajoute de la distorsion, des ambiances presque glaciales, de la noirceur un peu partout, des boites à rythmes et relance d’un coup de shoegaze.

Pour l’occasion, Pumuckl (autre artiste très apprécié dans ces pages) et Nine Fakenahm viennent lui donner un coup de main sur quelques morceaux (elle au chant, lui aux beats sur Everysingletime).

Il y a de tout sur ce ‘Warehouse’. Des balades (Supernatural People), des morceaux intriguant et presque organiques (Reverse, qui ouvre l’album), des chansons pop entêtantes (Everyone Knows It’s Time to Tell a Lie), du rock pur et dur mené de doigt de maitre par une basse métronome (Everysingletime) et une chanson vaporeuse comme on les aime (splendide Butterfly, tout en apnée).
David Fakenahm parachève même ce premier album de Warehouse par un Medicine de plus de neuf minutes, sombre et triste mais tenu tout du long et vraiment passionnant. Pas donné à tout le monde.

Un seul reproche peut-être : A Droplet In The Neck, belle composition dont la mélodie évoque A Wolf at The Door de Radiohead, quelque peu gâchée par un break mal maitrisé et une fin un peu trop rapide.

A part ca, c’est du tout bon. David Fakenahm change donc de registre une nouvelle fois, se fait plaisir (cette idée lui trottait déjà dans la tête à l’époque de ‘Here and Now’) et nous fait plaisir. Oui, ce genre de phrase, c’est un peu bateau, je l’admets. Mais c’est vraiment le cas. Parce que des chansons comme Butterfly, j’en veux tous les matins au petit déjeuner ! (sortie : 9 novembre 2009)


Nb : Le premier album de Warehouse est disponible au format physique pour 8€ et également en format digital, et ce sur toutes les plateformes (d’Itunes à fnacmusic en passant par Amazon). Pour plus d'informations, cliquez ici.


Son :
Myspace (Quatre chansons de ce ‘Warehouse’ en écoute)
Site officiel

Deux chansons en écoute. Everyone Knows It’s Time to Tell a Lie, car c’est la chanson la plus pop et la plus efficace de ‘Warehouse’ et Butterfly car c’est la plus belle composition de l’album, tourmentée comme il faut. (malheureusement plus en écoute)

mardi 24 novembre 2009

The Twilight Sad - Forget The Night Ahead [Fat Cat]

Début novembre, une dépêche nous annonçait que nous français, inventeur du french kiss et de l'amour à la française (à prononcer à l'américaine) étions relégué au quatrième rang… des accents les plus sexys du monde (d'après une enquête établie auprès de 5000 femmes à travers le monde), après une domination sans partage depuis de nombreuses, derrière les irlandais (déjà!), les italiens et les écossais. Un scandale!

Oui. Proprement un scandale. Car chacun sait bien que l'accent écossais est insurpassable. J'ai beau avoir beaucoup d'affection pour l'accent anglais londonien qui déborde de charme et respire la taquinerie, aimer l'espagnol (notamment quand il s'exprime dans une langue étrangère), j'ai toujours eu une faiblesse pour l'écossais (Ah, Arab Strap...).

Pour ceux qui douteraient encore du charme incroyable que dégage un anglais parlé dans la langue de Malcolm Middleton, écoutez le deuxième album (et dernier en date) de The Twilight Sad, quatuor originaire de Kilsyth, une petite ville d'à peine 10 000 habitants située au nord de Glasgow. James Graham et ses "rrr" qui traine en longueur devrait finir par vous convaincre.

Au delà ces considérations phonétiques, ce 'Forget The Night Ahead' est surtout une nouvelle et belle réussite de la part des Twilight Sad. Ce groupe a vraiment une esthétique et un son bien à lui, mélange de noise, de shoegaze, de rock et de paroles d'une noirceur infinie. Cet album est un nouveau plaidoyer à décrasser vos enceintes qui depuis trop longtemps maintenant n'ont pas atteint le niveau 3.

The Twilight Sad est un groupe qui joue fort (forcément, habiter à 20 bornes de chez Mogwaï…) et qui déploie tout une armada pour rendre le son de ses compositions d'une ampleur incroyable. Mené par les frappes chirurgicales de Mark Devine, 'Forget The Night Ahead' saute aux oreilles, s'y accroche pour ne pas leur laisser que très peu de répit.

Dans le même temps, et encore plus que sur leur premier album 'Fourteen Autumns & Fifteen Winters', les Twilight Sad prouvent leur capacité à gérer les temps forts et les temps faibles de leurs compositions, tout en finesse et touché (Made to Disappear avec ses montées et ses montées de guitares noise en est l'exemple parfait).

Mais ne vous méprenez pas sur mes dires: cet album n'est en rien difficile d'accès et n'est pas réservé à une certaine frange d'auditeurs un peu barrée. Non. Si The Twilight Sad joue fort, il n'en néglige pas pour autant les mélodies. La production est tellement carrée (merci une nouvelle fois à Paul Savage des Delgados), la basse impeccable (et indispensable) et les effets de pédales acérés que beaucoup devraient y trouver leur compte.

Le seul reproche que l'on pourrait faire finalement à ce 'Forget The Night Ahead' concerne sa pochette, sorte de 'Fun House' un peu cheap et pas franchement transcendant; leurs artworks passés, très acides et cyniques, avaient un peu plus de gueule. Mais à part ça, rien. Ce nouvel album des Twilight Sad est une grande réussite. Et reste un groupe plus que jamais à jouer loud! (sortie: 22 septembre 2009)


Son:
Myspace (dont deux chansons de 'Forget The Night Ahead' en écoute et quatre de 'Fourteen Autumns & Fifteen Winters')
Site officiel

Deux chansons en écoute. Le choix fut assez délicat tant chacune recèle de merveilles mélodiques. Pour le coup deux facettes: un Made to Disappear bruyant/brillant et un That Room au piano oppressant, (malheureusement plus en écoute).
Et pour finir le clip de I Became a Prostitute, premier single, vintage:


mardi 10 novembre 2009

Vic Chesnutt - At The Cut [Constellation]

On aime critiquer et gausser les artistes (à un AC/DC près, les australiens étant l'exception qui confirme toutes règles) qui n'arrivent jamais à se renouveler, qui n'ont qu'une seule et unique vision des choses et n'en bougent pas d'un iota. Qu'allons donc nous dire de Vic Chesnutt, compositeur américain de son état assez génial et en train de réellement entrer dans la lumière depuis deux ans.

En 2007 notre homme s'était permis une petite balade musicale avec quelques membres du label Constellation. Résultat? Un 'North Star Deserter' désespérément beau, diablement triste, aussi délicat que nerveux.

Deux ans plus tard, same players shoot again. Vic Chesnutt rappelle ses acolytes passés (avec, excusez du peu, Thierry Amar, Efrim Menuk, Jessica Moss et David Payant de Thee Silver Mount Zion, Chad Jones et Nadia Moss de Frankie Sparo et Guy Picciotto de Fugazi), va squatter les vénérables studios Hotel2Tango de Montréal et livre le tome 2 de son histoire avec le label canadien.

J'avais rapidement évoqué cet album en août dernier, lorsqu'un premier titre avait filtré (ici). Je ne comptais pas y revenir, préférant tenter de faire découvrir d'autres coups de cœurs. Mais je n'ai pas eu trop le choix, tant ce disque est somptueux de part en part et qu'il revient plus que de raisons dans mes oreilles.

Peut-être moins immédiat que le précédent, 'At The Cut' est un album superbe de post-rock-folk (foutue description sans queue ni tête), perclus de frissons, de sensibilité, de noirceurs insondables. Là encore, l'apport des membres de Thee Silver Mount Zion et de Guy Picciotto est indéniable, apportant un souffle et une dimension incroyable aux compositions de Vic Chesnutt. Un disque sur lequel on entendrait presque les âmes pleurer.

Sur cet 'At The Cut', Vic Chesnutt est une fois de plus très inspiré et sur de son fait: on ne positionne pas une chanson comme Coward en ouverture d'un disque sans avoir du lourd derrière. Touchant, mélancolique, 'At The Cut' est dans la droite lignée de son prédécesseur, avec un homme et une voix au centre de tout, avec autour de lui des musiciens au service du maître, lui demandant presque allégeance à coups de notes vibrantes. (sortie: 21 septembre 2009)


Son:
Myspace (Trois chansons de 'At The Cut' en écoute, ainsi que trois de 'North Star Deserter', son précédent album)
Site officiel

Deux chansons en écoute. La première est Chinaberry Tree, chanson totalement incroyable, mise en orbite habitée par des guitares en train de pleurer. La seconde, dans un genre différent, est Flirted With You All My Life, une chanson sur la mort, particulièrement poignante (malheureusement plus en écoute).

jeudi 22 octobre 2009

Jeffrey Lewis & The Junkyard - 'Em Are I [Rough Trade]

Voilà un jeune homme qui n'aura pas vraiment marqué son époque. Mais, j'en suis persuadé, dont on réévaluera ou découvrira l'oeuvre dans une décennie ou deux: Jeffrey Lewis.

Pourtant, à l'explosion (ou au retour sous les projecteurs, c'est selon) de la scène anti-folk au début des années 2000, il était là. Il en était même un des leaders. Une décennie plus tard, il est toujours là, un des seuls vrais survivants de ce mouvement, avec ses amis Kimya Dawson et Adam Green des Modly Peaches (et leur seconde vie Juno-esque).
Entre les deux, cinq albums: des marquants ('It's The Ones Who've Cracked That The Light Shines Through', au hasard) et d'autres juste bons, mais recelant tous des chansons et des textes ciselés (ce mot est totalement cliché mais il convient bien à ses compositions), la plupart du temps excessivement drôles.

Cette année, Jeffrey Lewis est de retour avec un nouvel opus, ''Em Are I'. Un disque dans la continuité des précédents, où Lewis continue de trancher avec son passé. Car depuis ses débuts, notre homme abandonne peu à peu ce côté Do It Yourself qui l'a fait connaitre. Et cet album est le disque qu'enfin on était en droit d'attendre d'un tel artiste.

Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit: 'The Last Time I Did Acid I Went Insane' reste un très grand disque. Mais Jeffrey Lewis a une telle finesse d'écriture, un tel second degré, un tel humour, que c'est vraiment un grand plaisir de le voir enfin arriver à quitter presque entièrement ce côté lo-fi/bricolo/à la ramasse qui a fait son personnage pour mieux mettre en valeur ses textes et ses compositions.

Accompagné de The Junkyard, le groupe de son frère Jack, présent depuis le début de son aventure discographique, Jeffrey Lewis confirme une fois de plus qu'il est un songwriter de tout premier plan, évoluant ici entre rock bruitiste, country songs et balade acoustique et pop.

Et même si l'on sent sur certains passages l'envie d'un retour à des chansons j'm'enfoutiste (quand il balance en plein morceau, comme ça, "This song was written by Jack. It's called The Upside-Down Cross" par exemple), s'il garde ce côté DIY (la pochette est une fois de plus signée de sa main),''Em Are I' reste un disque fin, intelligent et bien écrit, de bout en bout.

Limite canalisé, ne partant pas dans tous les sens, Jeffrey Lewis sort un nouvel album très cohérent, rempli de jolies chansons et de rock brut. D'ailleurs, histoire que cela soit bien clair pour tout le monde, disons le tout de go: notre homme vient (peut-être) de sortir son meilleur album à ce jour. (sortie: 19 mai 2009)

NB: Vu que c'est elle qui en mai dernier avait attiré mon attention sur ce nouvel album de Jeffrey Lewis, rendons à Cécile ce qui lui appartient (surtout avec une belle chronique comme celle-ci).


Son:
Myspace (Deux chansons de ce ''Em Are I' en écoute)
Site officiel

Deux titres en écoute aujourd'hui. The Upside-down Cross, la chanson écrite par Jack Lewis, psychée-punky comme il faut, et la superbe balade Bugs & Flowers qui se passe de commentaires (malheureusement plus en écoute).


Et pour finir, deux vidéos, pour le plaisir. Tout d'abord le clip de To Be Objectified, chanson présente sur ''Em Are I':




Et une biographie dessinée et chantée de Barack Obama, filmée avant les élections de 2008:


mardi 20 octobre 2009

The Fiery Furnaces - I'm Going Away [Thrill Jockey]

Voilà un groupe qui a tout pour devenir, non pas énorme (il ne faut pas rêver) mais d'une taille certaine, prêt à sortir d'une sphère indé beaucoup trop petite pour lui. Et qui n'y arrive pas. Et pourtant, en sept ans, et en autant d'albums, il a prouvé qu'il en avait sous la pédale. ('Bitter Tea', pour ne prendre que celui-là, est un album incroyablement mésestimé).

Duo new-yorkais composé de Matthew et Eleanor Friedberger, respectivement frère et sœur, The Fiery Furnaces est une sorte d'énigme. Ces gens là ont tout: le talent mélodique, les signatures sur des labels importants (hier Rough Trade, aujourd'hui Thrill Jockey) et même la touche hype qui peut vous changer une carrière (Eleanor est la compagne d'Alex Kapranos, chanteur des Franz Ferdinand). Et pourtant, non, ça ne veut pas.

Il faut donc chercher ailleurs. Et à bien y réfléchir, la cause en reviendrait à l'exigence stylistique du groupe, toujours prompt à l'expérimentation, aux retournements de vestes en plein morceau, aux idées qui jaillissent par dizaines à chaque nouvel accord. Je ne vois que cela.

Oui, The Fiery Furnaces est un groupe exigeant, qui ne s'apprivoise pas si facilement que cela. Et même si 'I'm Going Away' est sans doute leur album le plus "léger" et le plus "simple", il en va de même ici.

Car si The Fiery Furnaces radoucissent le ton et soignent les contours de leur chansons pop déjantées, après deux albums moyens, expérimentaux à souhait et longs comme un jour sans Sufjan, le duo continue à proposer des morceaux aux mélodies certes accrocheuses mais toujours (des)équilibristes et distordues.
Car oui, ici, pas de pop music sirupeuse aussitôt écoutée, aussitôt avalée, aussitôt rejetée (genre dont je me délecte cependant régulièrement). Plutôt de l'exigence à tous les étages: ce 'I'm Going Away' est assez long en bouche et on n'y rentre pas si facilement que cela. Il faut plusieurs écoutes pour en apprécier les contours, les mélodies cachées et les idées essaimes un peu partout.

Matthew, aux compos, virevolte en proposant à chaque chanson des idées nouvelles, des retournements de situations, des arrivées impromptues de guitares, des affolements de rythmes inattendus. Eleanor, quant à elle, prouve une fois de plus qu'elle est une sacrée chanteuse rock.

Ce 'I'm Going Away' ne devrait pas changer la donne quant à la popularité de The Fiery Furnaces. Les fans aimeront, les autres passeront sans doute à côté, ratant vraiment quelque chose, malheureusement. Et pourtant, leur pop music mérite toujours autant le détour. En plus, ils ont eu le bon gout de joindre sorti à cet album une pochette rappelant furieusement le 'Olé' de John Coltrane. Une preuve supplémentaire de bon goût. Décidément, ce groupe a vraiment tout pour être aimé. (sortie: 21 juillet 2009)


Son:
Myspace (un seul titre en écoute de ce
'I'm Going Away', mais beaucoup d'autres d'albums précédents)
Site officiel


Deux chansons en écoute. Deux morceaux qui se suivent sur l'album, Keep Me In Dark et Lost At Sea. Attention: dès que vous serez rentré dedans, il sera impossible de faire machine arrière (malheureusement plus en écoute).
Et pour finir, la vidéo de Charmaine Champagne, toujours tiré de ce 'I'm Going Away':


jeudi 15 octobre 2009

Fuck Buttons - Tarot Sport [ATP]

Quand Pitchfork début août, avait mis en ligne une preview de quelques minutes de Surf Solar, premier single extrait de 'Tarot Sport', deuxième et nouvel album de Fuck Buttons, sur son site, nous avions été beaucoup à trépigner d'impatience (et il n'y avait pas que Disso). Ces trois minutes étaient en effet dantesques, hypnotiques, renversantes. On y sentait une vraie évolution du son après un 'Street Horrrsing' drone à souhait.

Et puis 'Tarot Sport' est finalement arrivé dans mes oreilles. Et l'album ne m'a pas déçu. Pour ainsi, je le trouve encore plus réussi que son prédécesseur, même si dans un autre style.

Cet album est puissant. Extrêmement efficace. Incroyablement dansant. Presque festif. Les anglais ont vraiment fait évoluer leur son. Et si John Cummings (guitariste de Mogwaï) avait su, sur 'Street Horrrsing', donner une forte identité brute au groupe, Andrew Weatherall (Two Lone Swordsmen), producteur de ce 'Tarot Sport', prend la suite avec un talent dingue. Car en faisant se remettre en question les Fuck Buttons, en lui permettant d'ouvrir son horizon musical (mais où donc s'arrêteront-ils?), Weatherall réussi parfaitement sa mission:

Rythmiques menées tambours battants, mélodies synthétisées omniprésentes, electro sans en être mais diablement psychédélique (voir le clip de Surf Solar), les Fuck Buttons sortent ici un album tout droit venu de l'espace, hypnotique et d'un autre monde, mélange de M83, Animal Collective et Black Dice.

Surtout, le duo originaire de Bristol réussi le tour de force de pondre un album sans qu'à un seul moment l'envie de zapper ou de passer à autre chose prenne le dessus. Et pourtant, en créant une œuvre continue d'une heure (découpée en sept titres), le danger était véritable et la chute tentante.

Ne nous y trompons pas, nous tenons là un bijou de 2009. Et des années 2000. En deux albums, les anglais de Fuck Buttons renversent leur monde, et se préparent une place de choix dans la musique des années à venir.

En 2008, le slogan était "Fuck Buttons For President!". En 2009, s'ils ne reçoivent pas le prix Nobel de la paix, on devrait voir fleurir un peu partout des "Fuck Buttons For God!" mérités. On prendra alors tous des acides, on dansera nu en regardant la lune et on verra le monde en orange. Dans tous les cas, et plus que jamais: Thanks Buttons! (sortie: 12 octobre 2009)

Son:
Myspace (un seul morceau de ce 'Tarot Sport' en écoute)
Site officiel

Deux titres en écoute. Forcément, comment faire autrement que mettre la version longue de Surf Solar? J'ai réfléchi et je n'ai pas trouvé. Préparez-vous donc à écouter un des morceaux de l'année, aussi addictif qu'incroyable.
Concernant le second titre, Flight Of The Feathered Serpent s'imposait lui aussi: une chanson qui finit de manière exceptionnelle ce 'Tarot Sport', avec une rythmique aussi dévastatrice qu'impensable (malheureusement plus en écoute).

Et pour finir, le clip de la version single de Surf Solar. Complétement halluciné:



jeudi 8 octobre 2009

Action Dead Mouse - Revenge of Doormats and Coasters [Greed Recordings]

Il est de ces labels pour lesquels je nourris une grande affection. Du genre Rough Trade pour son histoire, Stones Throw pour son intransigeance (et Egon aussi) ou Domino pour sa capacité à se construire années après années un catalogue habile et exemplaire.

Et puis il y a Greed Recordings, label rencontré à l'époque de l'album 'Necessary Alibis' de Moonman. Un disque envoyé. Une écoute. Emballé. Deux écoutes. Subjugué. Trois écoutes. L'impression d'être face à un de ces disques importants qui marquent tous ceux qui ont la chance de l'écouter.

Depuis cet album, je crois que j'ai aimé (euphémisme) tous les albums que le label a sorti. Un seul m'avait peu enthousiasmé: 'Pets and Nerds attack Planet Earth'. Le premier album des Action Dead Mouse.

Or, le second album de ces derniers, c'est la dernière livraison en date de Greed Recordings. J'étais craintif, méfiant. J'ai même remis mes écoutes à plus tard. Histoire de. Comme si je savais par avance que ce disque n'allait pas me plaire.

Il y a une dizaine de jours, j'ai franchi le pas et j'ai écouté l'album. Et depuis, il ne quitte que très rarement mes oreilles. Que ce soit au réveil, au coucher, avant de déjeuner, rien n'y fait: ce 'Revenge of Doormats and Coasters' ne cesse de revenir sur le devant de ma chaîne. Une vraie bonne surprise.

Il faut dire que les Action Dead Mouse, groupe italien originaire de Bologne, n'ont pas fait les choses à moitié, en mêlant plus qu'habilement post-rock et math-rock, en ajoutant des cordes qui donnent un sens subtil à l'ensemble et des cuivres qui rendent le tout encore plus fou (incroyables dernières minutes de Doormats and Coasters). A tel point que l'on croirait entendre Shellac enregistrer avec Thee Silver Mount Zion et tout le tralala.
'Revenge of Doormats and Coasters' est un disque quasiment instrumental (seuls quelques éclats de voix à la ¡Forward Russia! viennent troubler ce déluge sonore), fiévreux, emballant, jamais grandiloquent et toujours acéré, sur le qui-vive, qui ne laisse pas de répit ni à l'auditeur ni aux mélodies pour se reposer sur ses lauriers de riffs, avec changement de rythmes et ruptures inattendues.

Sûrement cérébral - on ne rentre pas dans leur univers comme on rentre dans une chanson pop - mais jamais prétentieux (il faut lire les titres des morceaux pour se rendre compte que le groupe ne se prend pas au sérieux: Tom Cruise Told Me Dan Savio Is Not Dead ou encore Timbaland Vattkoppor (Fuck Oranges, Choose Apples)), les Action Dead Mouse viennent de frapper un grand coup. Un post-math-rock incroyablement addictif dont on reparlera assurément dans quelques semaines. (sortie: 14 septembre 2009)

Son:
Myspace (Deux morceaux de 'Revenge of Doormats and Coasters' en écoute)
Site officiel

Action Dead Mouse ne fait pas les choses à moitié puisqu'ils proposent leur 'Revenge of Doormats and Coasters' en vente pour 10€ tout pile sur leur site officiel ou pour le même prix sur le site de Greed Recordings.

Notons enfin que le toujours indispensable webzine A Découvrir Absolument propose un focus complet sur Greed Recording, avec notamment une excellente interview de Michel Malegeant, le boss du label (à lire ici) ainsi qu'une interview des Action Dead Mouse (c'est là que ça se passe).

Doormats and Coasters, dont la deuxième partie est belle à en pleurer, et un 25 Hours in a Day plein de contrepieds. Voilà les deux titres du jour. A écouter. Fort. (malheureusement plus en écoute)

jeudi 24 septembre 2009

We Were Promised Jetpacks – These Four Walls [Fat Cat]

Mais comment font-ils? Non mais je suis sérieux! Comment l'Écosse fait elle pour sortir constamment des artistes si talentueux? Non parce que l'Écosse, c'est même pas 80 000 km² de superficie pour à peine plus de 5 millions d'habitants. Rien du tout à côté de nombreux pays, même des plus petits (les Pays-Bas ou la Belgique, deux fois moins grand, deux fois plus peuplés).

Alors comment font-ils pour aligner, années après années, au hasard johnny marr, Arab Strap, The Jesus and Mary Chain, Franz Ferdinand, The Twilight Sad, Broken Records ou James Yorkston? Grâce à la pluie quotidienne? Aux distilleries? A la bière? Aux lacs? Tout ca ne peut décemment pas être une simple coïncidence.

Dans tous les cas, il va falloir trouver. Car l'afflux continue! La preuve avec le premier album des We Were Promised Jetpacks (pourquoi faire simple etc), combo d'Edinburgh aujourd'hui à Glasgow, qui débarque férocement, toutes guitares en avant !

‘These Four Walls’ est un disque de rock-post-punk-pop très efficace (dès la première minute de It's Thunder And It's Lightning, c’est une évidence), qui navigue entre The Wedding Present et The Apparitions, avec des airs de The Twilight Sad (cette façon d’alourdir le son), le tout mené par une voix où perce parfois un accent écossais reconnaissable entre tous et quelques notes de xylophone, innocemment lâchée ici et là.

Produit par Peter Katis (le mec derrière le premier album de leurs copains de label, découverts grâce à eux, Frightened Rabbit), ‘These Four Walls’ est également un disque qui a quelques atours post-rock. Si Keeping Warm de plus de 8 mns en est l’exemple parfait, c’est surtout le triptyque de milieu d’album Conductor, A Half Built House et This Is My House, This Is My Home qui est encore plus parlant avec ses montées lentes et ses explosions finales inexorables. Du tout bon.

Bref, voilà en quelques mots sans queue ni tête un rapide aperçu de ce qui sera peut-être un futur grand groupe au nom improbable, We Were Promised Jetpacks. Certes, c’est un peu tôt, mais vu le plaisir qui ressort de l’écoute de ce ‘These Four Walls’ – j’aurais pu faire témoigner mes pieds tant je n’arrête pas de les fracasser contre mon parquet à l'écoute de cet album, j’avoue, je mettrais bien quelques piécettes sur eux, si j’étais joueur. Et puis comme en plus l'Écosse ne devrait pas tarder à dominer le monde (cherchez pas c’est comme ca), je me dis que je prends pas trop de risque au final. (sortie: 15 juin 2009)


Son :
Myspace (Trois titres de
'These Four Walls' en écoute)

Deux titres en écoute, as usual. Le nerveux Roll Up Your Sleeves et un Keeping Warm, à deux visages (malheureusement plus en écoute).


Pour finir, le clip du premier single,
Quiet Little Voices:

mardi 22 septembre 2009

Mélanie Pain – My Name [Cinq7]

Si vous aviez été charmés par la voix féminine qui venait embellir les morceaux de Villeneuve sur le premier album - 'First Date' - de ce dernier, si vous aimez les voix un brin enfantine mais pas maniérée à la Olivia Ruiz, alors le premier album de Mélanie Pain est fait pour vous.

Découverte via Nouvelle Vague - une aventure discographique qui me laisse de marbre tant l'intérêt de reprendre des grands standards façon puzzle épuré dans un objectif vaguement branchouille me semble proche du néant, la jeune femme sort donc son premier album 'My Name' chez le nouveau label incisif de Wagram Cinq7, dont le catalogue semble chaque mois un peu plus riche.

Et ce disque de Mélanie Pain est une bien belle surprise; et à plusieurs niveaux. Musicalement d’abord. Ses chansons pop classieuse, aux moments presque soul (Bruises) et cabarets (If you knew), évitent tous les écueils du genre, pourtant inhérents à ce genre d’albums.
Surtout, la belle s’entoure bien en donnant les clés de la composition à Villeneuve sur une majorité de titres et aux 1973 sur deux chansons. Mieux, elle reprend avec délicatesse le Little cowboy d’Harry Nilsson – en le transformant en berceuse rêveuse – et convie Thomas Dybdahl sur L’espace d’un instant.

Textuellement aussi, Mélanie Pain fait fort en s’entourant notamment de Jacques Duvall – auteur de titres à succès pour Alain Chamfort, Etienne Daho ou Jane Birkin – et en composant des chansons délicates, où rien n’est jamais forcé et où tout découle avec une déconcertante légèreté.

Bien sur, comme tout grand album, ce ‘My Name’ est porté par un titre fort: Helsinki. Une chanson qu’elle chante avec Julien Doré, pour qui j'ai d’habitude une indifférence polie, mais qui apporte un souffle intéressant à cette histoire d’amour ratée et/ou passée entre deux amants à la flamme toujours bien vibrante.
Le mélange de leurs deux voix est une franche réussite : Mélanie Pain chante avec une vraie douleur, pendant que Doré porte un désespoir insondable sur chacune de ses cordes vocales. Un tube en or massif que le duo, c’est à noter, prend le temps de développer pendant plus de cinq minutes.

Alternant le français et l’anglais (avec un accent qui nous fait comprendre pourquoi nos amis anglais aiment tant nous entendre parler la langue de Shakespeare), Mélanie Pain sort là un album de très bon goût, à la finesse ravageuse.
A la sortie de dizaines d’écoutes, on se prend à rêver d’une rencontre musicale entre elle et Arnaud Fleurent-Didier. Une telle collaboration serait à n’en point douter tout bonnement miraculeuse. (sortie: 14 septembre 2009)

Nb: Une deuxième version de l'album (antérieure à celle-ci) circule, a priori sortie chez Love: pochette différente, tracklisting différent ainsi qu'une chanson de moins. Je n'ai pas réussi à en savoir plus pour le moment (à part chez Amazon).



Son :
Myspace (Cinq chansons de ‘My Name’ en écoute)
Site officiel

Deux chansons à vous mettre entre les oreilles, comme d'habitude. Forcément, Helsinki avec Julien Doré, que certains connaissent sûrement, mais dont il est décidément difficile de se passer. Et, même si le choix fut délicat (L’espace d’un instant avec Dybdahl est tellement belle) Celle de mes 20 ans, composée entres autres par 1973 (les malheureusement plus en écoute).

Et pour finir, un vidéo-clip non-officiel, basé sur la chanson La Cigarette et sur des images de Brigitte Bardot et Michel Piccoli dans 'Le Mépris' de Jean-Luc Godard en 1963:



mardi 15 septembre 2009

Mayer Hawthorne - A Strange Arrangement [Stones Throw]

N’allez pas croire que je suis fan de revival, mais l’actualité est ainsi faite. Après du eighties «en veux tu en voilà je vous rajoute une guitare fuzz pour le même prix ma bonne dame?», voilà donc de la soul, choyée, cajolée, bichonnée par Stones Throw, un de mes labels préférés s’il en est (mais si vous suivez ces pages, vous avez du vous en rendre compte).

Depuis quelques années, l’industrie de la musique a su s’engouffrer dans un revival black des plus enthousiasmants. Mené par l’incroyable ‘Back to Black’ d’Amy Winehouse, aidés aux ailes par les finlandais des The Soul Investigators, empli de légèreté par le surprenant ‘Rockferry’ de Duffy, le courant a pris forme, et surtout soin de laisser sur le côté de la route les moins vrais du lot – tout du moins en grande partie. Surtout, il a confirmé que, selon moi, la soul est un courant phénoménal, peut-être le seul auquel le grand public n’adhère réellement que si la sincérité est présente.

De sincérité, Mayer Hawthorne n’en manque pas. Dernier petit prodige sorti de l’écurie de Madlib et de ses copains, ce blanc bec de 29 ans, et aux lunettes toutes carrées, est originaire d’Ann Arbor dans le Michigan. Un garçon initié très jeune à la black music par son père, féru du genre, et qui ne destinait aucunement à être chanteur mais plutôt musicien.

C’est d’ailleurs là que certains pourront trouver la petite faiblesse de ce ‘A Strange Arrangement’ , premier album du jeune homme: la voix. Une voix légère, au grain assez peu orthodoxe, loin des canons du genre. Précisons toutefois, qu'à mes yeux, elle devient rapidement un atout indéniable, une marque de fabrique, aux accents qui parfois rappellent le grand Marvin Gaye.

Musicalement par contre, notre homme est renversant dès les premières notes. En faisant montre d’une loyauté sans borne envers cette soul qui l’a fait vibrer toute sa vie, Mayer Hawthorne rappelle à lui tout l’imaginaire Motown, notamment celui des Supremes (dur de ne pas penser à You Can’t Hurry Love à l’écoute de Your Easy Lovin' Ain't Pleasin' Nothin' et à Baby Love sur One Track Mind) mais aussi le fantôme de Burt Bacharach (I Wish It Would Rain notamment). Mieux il refait vivre cette période avec talent, sans vantardise aucune, avec une production soignée (une foultitude de détails, comme ces notes de guitare discrètes mais bien présentes à la fin de The Ills par exemple), clappings, cuivres chaleureux et chœurs du meilleur effet.

Bref, il a tout d’un grand. Et si ‘A Strange Arrangement’ n’est pas le chef d’œuvre de l’année, il n’en reste pas moins un solide album de revival, par un jeune homme inspiré, dont les futures aventures discographiques seront très attendues sous mon couvre-chef.
Histoire de planter un point final à cette chronique et de vous prouver qu’il n’y a pas tromperie sur la marchandise, voilà ce que déclare Peanut Butter Wolf, fondateur de Stones Throw, dj et producteur à ses heures, à propos de Hawthorne: «I think Mayer is the only artist in the history of the label that I’ve signed after hearing only two songs». Le genre de compliment qu’il est difficile d’occulter et qui vous pose un artiste. (sortie: 9 septembre 2009)


Son :
Myspace (Deux chansons de ce ‘A Strange Arrangement’ en écoute)

Et en écoute, deux chansons, deux des plus belles. Le Burt Bacharach-ien I Wish It Would Rain et l’énergique The Ills (malheureusement plus en écoute).
Pour finir, deux clips. Le premier, celui de Just Ain't Gonna Work Out, titre sorti en single et gravé sur un vinyle rouge en forme de cœur (et qui est le point central de la vidéo). Et le second, celui de Maybe So Maybe No, qui surprend par son environnement actuel:

Mayer Hawthorne – Just Ain't Gonna Work



Mayer Hawthorne – Maybe So Maybe No



jeudi 10 septembre 2009

Blank Dogs – Under and Under [In The Red]

Il y a à peine un mois, j’étais tombé sur le derrière en découvrant le groupe d’un seul homme, Blank Dogs. Son ‘Seconds 12’’’, à l’imaginaire tout droit sorti de chez Factory, m’avait vraiment emballé. François de chez Kennel The District m’avait vivement conseillé de me jeter sur son deuxième album ‘Under and Under’. Ce que j’ai fait, vu que je suis bien élevé et que je fais confiance au gars François. Et je ne le regrette pas une seconde tant cet album confirme tout le potentiel qu'on sentait poindre sur le 12" précité.

Pourtant, de prime abord, ce ‘Under and Under’ pourra en rebuter plus d’un : un son cheap, une batterie très minimale, un synthé du même acabit, le tout dans une ambiance extrêmement lo-fi. Pourtant, dès la deuxième écoute, on est comme happé par les chansons et le talent de l’homme derrière ce projet, Mike Sniper.

Naviguant dans les eaux troubles d’un post-punk plein de distortion, cachant sa voix derrière une tonne d’effets, flirtant plus que sérieusement avec une new-wave d’une classe absolue, rappelant aussi bien les Cure, Joy Division ou New Order (par moments, on croirait entendre une ligne de basse de Peter Hook), voire même Radiohead (les quelques premières secondes The New Things font énormément penser à Airbag), Blank Dogs propose là un album de très haute volée qui, cerise sur le gâteau, est signé chez les formidables In The Red Records.

Il faudrait être aveugle pour ne pas se rendre compte que la fin de la première décennie du siècle est propice à un revival 80s. 2009 sera peut-être l’apogée de ce mouvement. Car avec des albums du niveau de ‘Face Control’ des Handsome Furs, l'éponyme de The Pains of Being Pure at Heart et de cet ‘Under and Under’ de Blank Dogs (dans des univers différents) il faudra être fort pour faire mieux. (sortie: 26 mai 2009)

Son :
Myspace (Deux titres en écoute de ce ‘Under and Under')

Deux titres en écoute, comme le veut la tradition. The New Things pour le côté post-punk, Tin Birds pour le côté new/cold-wave (malheureusement plus en écoute).
Et pour finir, la vidéo, totalement dans l’esprit, de Setting Fire to Your House:


mardi 8 septembre 2009

Sophia – There Are No Goodbyes [The Flower Shop]

En 1979, dans son sketch sur la publicité, Coluche disait la chose suivante:

«Docteur Gicquel il arrive. Toute la misère du monde! Il a dû être mazouté avec les autres oiseaux là-haut hein? Dans les dégazages. Quand y a un avion qui s'écrase dans le monde, c'est sur les pompes à Roger Gicquel! Toujours que des informations épouvantables».

Je sais la comparaison est osée mais Robin Proper-Sheppard, leader de Sophia, c’est un peu la même chose. On dirait que dès qu’une femme quitte un homme, c’est forcément la sienne, que dès qu’une histoire d’amour se termine, c'est obligatoirement pour sa pomme.

Car oui, les chansons du leader de Sophia ne sont pas des plus joyeuses, et qu’il y a à chaque fois un relent de sinistrose mêlée à un doux sentiment de dépression qui flotte dans l’air. D’ailleurs, la phrase d’accueil de son myspace est assez explicite: «Life. Death. And in between we have the desert».

Le dernier album en date – le bien nommé ‘There Are No Goodbyes’ – ne déroge pas à la tradition. Comme depuis ses débuts sous l’appellation Sophia, Robin Proper-Sheppard propose le même genre de disques: des productions aux balades indie-pop-slow-core et aux mélodies travaillées, où il vient narrer ses histoires mélancoliques et dépressives, de cœurs brisés et de rencontres ratées, toujours avec cette même voix et ce timbre qui respire le désespoir.

Et une fois de plus, ça marche ! Reprenant du poil de la bête après un ‘Technology Won’t Save Us’ décevant (mais qui contenait son lot de jolies chansons), Sophia enchante son monde et pond ici quelques unes de ses plus belles compositions (There Are No Goodbyes, Something, Signs). Et s’il n’entraîne pas dans sa chute tout son auditoire, c’est surtout grâce à ses belles mélodies qui, certes, vous arracheraient presque quelques larmes, mais qui sont au final de belles raisons d’y croire encore.

Pas dit qu’on parle énormément de cet album (PommedePin l’avait fait il y a quelques semaines de cela avec talent), pourtant il mérite d’être écouté. Et pas uniquement parce que la mélancolie est un des sentiments les plus communs à nous tous. (sortie: 27 avril 2009)

Son:
Myspace (Trois titres de ‘There Are No Goodbyes’ en écoute)
Site officiel

Deux titres en écoute pour le retour des chroniques du mardi. Le titre éponyme, There Are No Goodbyes, splendide balade déchirante, et un Signs très slow-core-pop (malheureusement plus en écoute).

jeudi 2 juillet 2009

Pumuckl – L’Anecdotiste [Autoproduction]

C’est l’histoire d’un mec qui fait des chansons dans sa chambre ou chez des amis. C’est l’histoire d’un type au talent sûr et certain qui depuis des années déjà aligne les productions renversantes.
C’est l’histoire d’un artiste qui s’appelle Pumuckl.
C’est l’histoire d’un homme qu’il faut écouter.

Pumuckl, pour nos voisins germaniques, c’est le nom d’un petit gnome («kobold» dans la langue de Goethe) animé qui a bercé l’enfance de millions d’allemands depuis 1961. Pour nous français, Pumuckl est le nom de scène de Stéphane Lherault, angevin de son état qui sort ces jours-ci son premier vrai album et premier long format: 'L'Anecdotiste'.

Après quelques mini-Eps, après un Ep où il composait sa première grande chanson (Sommeil Léger, dont la version 2009 figure sur cet album), après un mini-album qui annonçait de belles choses en cinq titres, voilà que Pumuckl saute le pas ; et tout seul – ce type est toujours étrangement boudé par les maisons de disques. Et il fait bien!

Sans se départir d’un son cristallin qui lui sied si bien, sans oublier de continuellement créer des ambiances lumineuses et aériennes, sans renoncer à son chant en français, Pumuckl sort là un premier essai de plus de 40 mns de très haute tenue. Composé de 11 titres, ‘L’Anecdotiste’ comporte cinq chansons totalement inédites et six déjà croisées sur ses productions précédentes ici réenregistrées – notamment Une Vie = Une Seconde, une des chansons marquantes de sa discographie, enregistrée à l’époque de ‘Carbone’, ainsi que la reprise de La Jalousie de la Vierge Marie de Jérôme Minière, cette fois dans sa version définitive.

Apportant ici et là des touches de scratchs, se sentant pousser des ailes urbaines (Haut-Bas), Pumuckl reste cependant dans une electro-pop minimale et vaporeuse, sorte de voyage jusqu’au bout d’un songe éveillé, le sien (ce n’est pas pour rien que le dernier titre s’appelle Berceuse pour Soi). Brillant mais pas clinquant, éclatant mais pas plaqué, ‘L’Anectodiste’ est une confirmation incroyable du talent fou de ce garçon qui n’attend plus qu’une chose : éclater aux oreilles du plus grand nombre. Faites donc tourner le message : c’est l’histoire d’un mec, à Angers… (sortie : juin 2009)

Autoproduit, ‘L’Anectodiste’ est disponible pour 12€ (10€ + 2€ de frais de port) en envoyant un petit mail plein d’amour à Pumuckl à l’adresse suivante : sommeil.leger+at+gmail+.+com. Et entre le packaging fait main et la musique, ça les vaut largement.

Son :
Myspace (Pas moins de 7 titres de ‘L’Anectodiste’ en écoute)
Site officiel

En écoute, exceptionnellement, trois titres, pour mieux vous faire une idée de l’œuvre du monsieur. Expiré, Haut-Bas et Sonore (part. 2). Rien à dire. Rien à rajouter. Juste à écouter. Ici (malheureusement plus en écoute).

mardi 23 juin 2009

Broken Records – Until The Earth Begins To Part [4AD]

Certains les appellent déjà les Arcade Fire écossais. D’autres les traiteront de nouveaux Coldplay. Quelques uns n’hésiteront pas à les pourfendre à cause de la voix de Jamie Sutherland qui à tendance à partir bien haut de temps à autres. Peut-être. Sûrement même.

Et pourtant, Broken Records est bien plus que cela. Une des dernières merveilles nées entre les Midlands et la mer du Nord, à Edinburgh, une ville des plus charmantes, que j’avais eu la chance de découvrir à l’automne dernier, sous un soleil magnifique, à peine gâché par un vent revigorant.

Ma rencontre avec le groupe date d’une après-midi où je furetais à droite et à gauche dans tous les magasins de disques que pouvaient compter la belle capitale écossaise, espérant futilement trouver quelques vieilleries bradées, du genre de celle-ci.

C’est une simple affiche de leur dernier single (alors) en date, ‘Lies 7’’’, qui avait attiré mon regard, à la sortie pourtant d’un des plus incroyables vinyls shops qu’il m’a été donné de voir (une salle de 20m² où s’entassaient entre 15 et 20 000 vinyles : je vous laisse imaginer!). Une écoute de la chanson plus tard, je tombais sous le charme.

Depuis cette journée d’octobre 2009, les Broken Records ont passé la deuxième. Après 3 singles (en comptant ‘Lies 7’’’), le groupe a signé – excusez du peu – chez 4AD et vient de sortir, dans un anonymat assez incroyable en France son premier album, ‘Until The Earth Begins To Part’.

Un disque à l’image de ses premiers singles : pop presque baroque par moments mais surtout romantique, enjoué et enlevé, avec un souci particulier attaché aux mélodies, pour la plupart basées sur une mandoline et des cordes omniprésentes.
Broken Records semblent puiser son inspiration aussi bien chez Arcade Fire (If The News Makes You Sad, Don't Watch It, Thoughts On A Picture (In A Paper, January 2009)) que chez Coldplay (Nearly Home ou A Promise, une sorte de Lovers In Japan à l’envers), tout en rappelant les français de Jack The Ripper (If Eilert Loevborg Wrote A Song, It Would Sound Like This, A Good Reason notamment).

Mais au-delà de ces références (plus ou moins) évidentes, il n’en reste pas moins une véritable identité musicale, particulièrement dans cette façon qu’ils ont à fréquemment jouer sur la corde raide du rythme endiablé.

Si au final ‘Until The Earth Begins To Part‘ n’est pas le chef d’oeuvre que j’espérais – mais reste un bel album pop –, les Broken Records prouvent quand même qu’il faudra compter avec eux dans les années à venir. Et démontrent qu’ils forment un groupe dont la musique est à l’image de sa ville d’origine : chaleureuse, ample et décomplexée. (sortie : 1er juin 2009)

Son :
Myspace (4 titres de ce ‘Until The Earth Begins To Part’ en écoute)
Site officiel

Deux titres en écoute, as usual. Nearly Home, le premier titre de ce ‘Until The Earth Begins To Part’ aux premières minutes sublime, et Wolves, à la construction très efficace, malheureusement plus en écoute. Mais est If Eilert Loevborg Wrote A Song, It Would Sound Like This disponible ici.

Et pour finir, le clip de Until The Earth Begins To Part: