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vendredi 26 décembre 2025

Fortitude Valley - Part Of The Problem, Baby [Specialist Subject Records]

Parce qu’il faut bien en finir avec 2025, clôturons cette année de chronique diverses et variées avec un album qui m’aura accompagné depuis sa sortie le 1er aout dernier et qui se devait d’avoir, si ce n’est une chronique, au moins une bafouille dans ces pages : 'Part Of The Problem, Baby' de Fortitude Valley.

Un nom venu d’Australie et de Brisbane en particulier (Fortitude Valley est un des quartiers festifs de la ville) d’où est originaire Laura Kovic, la leader, compositrice et créatrice du groupe. Pour autant, elle est la seule représentante aussie de la bande, ses trois acolytes (David Hillier, Naomi Griffin et Nathan Stephens-Griffin) étant eux originaires d’Angleterre, et notamment de Durham, petite bourgade de 50 000 âmes située à quelques kilomètres de Newcastle, où le quatuor est désormais établi. Mais bien que très anglais, Fortitude Valley est un groupe qui sonne incroyablement australien. Ou en tout cas, qui a les saveurs de toute cette scène « océanique », plus que jamais active et qui semble sortir des groupes intéressants tous les quatre matins.

Publié chez sur le label de Bristol Specialist Subject Records, 'Part Of The Problem, Baby' est le deuxième album du groupe, quatre ans après un premier chez Fika Recordings. Un disque de 35 petites minutes et dix chansons qui s'ouvre par, sans doute, la chansons la plus « faible » (tout est relatif) de l'album, Everything Everywhere (en référence au film 'Everything Everywhere All at Once' de Daniel Kwan et Daniel Scheinert). Un morceau qui pourrait abuser l'auditeur, la faute à une intro (surtout) très marqué nineties. Mais au contraire du revival un peu bas du front et sans vraie saveur (où le succès de beaucoup de disques du genre me semblent être plus des coups de nostalgie que de vrais coups de cœur), les Fortitude Valley ne font pas que singer cette époque mais y appose leur touche. Mieux, ils s'en détachent assez souvent pour mieux embrasser un mélange de power-rock et d’indie-pop à guitares - avec un zeste de jangle-pop - absolument remarquable, où les mélodies accrocheuses sont légions. Pour la faire courte : The Beths vous ont déçu avec leur dernier album ? Cet album des Fortitude Valley est un très recommandable palliatif.

Pas avare en riffs racés et aiguisés et à qui on laisse le temps de s'ébattre, construit sur un rythme effréné, d'une batterie à l'avenant et dans le même temps capable de proposer une balade mélancolique tuante (Into The Wild), 'Part Of The Problem, Baby' est un disque plein d'urgence autant que d'élégance - pop - dont les tubes sont partout (Totally, Video (Right There With You), Sunshine State, Don't You Wanna Be Near Me? ou Take Me Away, I'm Dreaming et son clin d’œil sans doute pas innocent à Belle and Sebastian), à la production juste, qui laisse autant de place au déluge de guitares qu'à la belle voix de Laura Kovic et ses textes emplis de doutes, de remise en question, de mauvaises décisions et d'éloignement. Un très bel album qu'il m'était impossible de ne pas évoquer dans ces pages. Car si l'année qui s'achève a été, musicalement, une belle année, 'Part Of The Problem, Baby' de Fortitude Valley n'y est pas étranger. (Sortie : 1er août 2025)


Plus :

'Part Of The Problem, Baby' de Fortitude Valley est en écoute sur bandcamp
'Part Of The Problem, Baby' de Fortitude Valley est à l'achat sur bandcamp
'Part Of The Problem, Baby' de Fortitude Valley est à l'achat sur le site de Specialist Subject Records
'Part Of The Problem, Baby' de Fortitude Valley est également en écoute sur - notamment - Spotify, Deezer et Tidal


Trois chansons de 'Part Of The Problem, Baby' de Fortitude Valley en écoute aujourd'hui. En premier lieu, Sunshine State, le tube de l'album 
(en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Ensuite Video (Right There With You), le second tube évident. Et enfin Take Me Away, I'm Dreaming :

Le clip de Video (Right There With You) et Sunshine State, les deux singles extraits de 'Part Of The Problem, Baby' de Fortitude Valley :

mercredi 17 décembre 2025

Robert Finley - Hallelujah! Don't Let The Devil Fool Ya [Easy Eye Sound]

Au contraire de la doxa qui veut qu'une année musicale ne dure, au plus, que onze mois (donnant d'ailleurs lieu à quelques aberrations du genre l'album de Cameron Winter 'Heavy Metal' qui finit dans le top de pitchfork (et à la 3è place qui plus est) alors qu'il est sorti en décembre 2024... où, à l'époque, le site avait publié depuis belle lurette déjà son bilan de l'année), c'est sans doute ma découverte tardive, un soir de décembre 2004, de 'The Blue Notebooks' de Max Richter qui fait j'attends le dernier moment pour tirer mon bilan musical annuel. Car nous ne sommes jamais à l'abri d'une découverte de dernière minute.

Celle de 2025 s'appelle 'Hallelujah! Don't Let The Devil Fool Ya', le quatrième album d'un certain Robert Finley. En d'autres temps, la carrière de cet américain de 71 ans aurait été plus que singulière. Mais les exemples de Sharon Jones et de Charles Bradley avant lui font qu'on est presque peu surpris désormais de tomber sur une histoire comme la sienne. Pour autant, elle a le mérite de rester improbable et d'être - rapidement - racontée.

Né en 1954 en Louisiane, Robert Finley a toute sa vie eu la musique chevillée au corps. Du genre à s'engager dans l'armée américaine pour servir comme technicien hélicoptère en Allemagne pour au final devenir guitariste du groupe de l'armée et voyager à travers toute l'Europe avec lui. Ou de devenir charpentier tout en étant le leader d'un groupe de gospel Brother Finley and the Gospel Sisters. Et même si au milieu des années 2000 il perd quasiment la vue, l'obligeant à arrêter son métier de charpentier, il continue à chanter, aussi bien dans la rue que dans quelques petits clubs, loin d'un circuit professionnel.

Arrive enfin 2015. Il est repéré par la Music Maker Relief Foundation, une organisation qui aide des musiciens de blues et de roots oubliés et/ou en difficulté. De là, quelques performances live épatent leur monde et Finley sort finalement son premier album en 2016 chez Big Legal Mess Records. Un disque au nom taquin, 'Age Don't Mean a Thing', lui qui vient alors de fêter ses 62 ans. De là, tout bascule : Dan Auerbach des Black Keys - et pas le dernier pour pousser des projets soul - le signe sur son tout juste créé Easy Eye Sound. Robert Finley commence alors la carrière qui lui a toujours échappé et publie pas moins de trois autres albums entre 2017 et 2023 - pour l'anecdote, il participe même en 2019 à l'émission de America's Got Talent.

Aujourd'hui âgé de 71 ans, Robert Finley n'en a évidemment pas fini avec la musique. Dans l'ombre pendant toute sa vie, il n'allait pas s'arrêter en si bon chemin vers la lumière. D'où la sortie en octobre dernier de 'Hallelujah! Don't Let The Devil Fool Ya', son cinquième album. Un disque enregistré sur le tas (en arrivant en studio, Robert Finley n'avait ni musique, ni paroles) et en une journée (!), où se mélange soul et blues-rock, aux accents psyché et funk, le tout teinté de gospel. Très justement produit avec cette sorte de grésillement qui entoure chaque chanson et qui donne l'impression d'écouter un vinyle de l'époque où il est allé puiser ses racines (merci Dan Auerbach à nouveau), 'Hallelujah! Don't Let The Devil Fool Ya' est un album plein de guitares généreuses et à la liberté assez folle, de chœurs délicieux, où les musiciens qui l’entourent (tous impressionnants de justesse) semblent s'encanailler dans une longue session jam cadrée, pendant que Robert Finley déclame ses paroles (empreintes de beaucoup de spiritualité), comme habité, de sa voix grave et rocailleuse qui semble avoir vécue mille vies, bien aidé par sa propre fille, Christy Johnson, venu se mettre dans les pas de son père et le supporter de sa jolie voix.

Et le résultat n'est pas loin d'être magistral, de l'ouverture sublime I Wanna Thank You et son rhythm 'n' blues qui ne cesse de s'amuser et divaguer (en écoute aujourd'hui) à I Am Witness et sa soul 70s en passant par le merveilleux Helping Hand ou le langoureux His Love. Un grand album qui confirme ce que Robert Finley énonçait au fronton de son premier album : l'âge n'a aucune importance. (Sortie : 10 octobre 2025)

Plus :
'Hallelujah! Don't Let The Devil Fool Ya' de Robert Finley est à l'écoute sur bandcamp
'Hallelujah! Don't Let The Devil Fool Ya' de Robert Finley est à l'achat sur bandcamp
'Hallelujah! Don't Let The Devil Fool Ya' de Robert Finley est également à l'écoute et à l'achat un peu de partout


Trois chansons de 'Hallelujah! Don't Let The Devil Fool Ya' de Robert Finley en écoute aujourd'hui. La superbe ouverture I Wanna Thank You (
en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis Helping Hand. Et enfin I Am Witness :

Deux clips des singles extraits de 'Hallelujah! Don't Let The Devil Fool Ya' de Robert Finley : I Wanna Thank You et Helping Hand : 

 

vendredi 5 décembre 2025

Freshberry - Diamond Files [Si Moiré Disques / Indie or Die Records / Hidden Bay Records]

'Diamond Files' des Freshberry est une surprise à double titre. Le premier, évident, c'est qu'une écoute suffit pour se rendre compte qu'il n'est pas un album parmi d'autres, qu'on écoute une fois et dont on a oublié jusqu'aux mélodies dès que le disque suivant dans la liste d'écoute enchaîne. Le second, c'est que derrière ce nom très anglais se cache non pas un groupe, comme leur musique et leur production aurait pu le laisser croire, mais un duo : celui formé par Jiyeonne Kim, originaire de Corée du Sud, et Pierre Stroska, son acolyte - et accessoirement compagnon.

Des Freshberry à propos desquels il est difficile d'avoir des informations. Tout juste ai-je appris que le groupe tient son nom d'un gâteau industriel que Jiyeonne mangeait enfant en Corée du Sud. Qu'ils sont actifs depuis 2020. Que leur premier single publié par un label est le morceau Youth, une relecture d'un classique d'un groupe rock sud-coréen Sanullim. Que le label en question est Si Moiré Disques, qu'on retrouve - évidemment - derrière ce 'Diamond Files', en compagnie de l'indispensable Hidden Bay Records et d'un nouveau venu, Indie or Die Records, micro-label de François Salvador, bien connu de tous ceux qui s'intéressent à la musique indé, fondateur de l'agence de booking parisienne La Bagarre et désormais régional manager de Freshberry. 

Et 'Diamond Files' dans tout ça ? Renversant. On s'esbaudit - à raison - devant les grands disques qui sortent chaque année chez nos cousins anglo-saxons. Mais il faudrait aussi s'épater un peu plus régulièrement sur notre production nationale, car celle-ci n'a décidément rien à leur envier. La France aussi est capable (et le prouve chaque année) de sortir des albums inspirés, qui s'inventent tout du long, se réinventent même parfois, imposent un son, un style et proposent des compositions d'une qualité folle.

'Diamond Files' est un premier album admirable de la part de Freshberry, où krautrock, post-punk, synth-pop se taillent la part du lion. Un disque où les grandes chansons ne manquent pas, de l'ouverture Danse Macabre à I Will No Longer Be Afraid Of Myself (dont l'intro fait penser à Broadcast qui reprendrait Another Brick in the Wall, Part 2 de Pink Floyd), l'impressionnant Morgat et ses plus de huit minutes aussi belles que hantées, le si doux, si beau Sir 06 qui évoque, si ce n'est Blonde Readhead au moins Kazu Makino avec qui Jiyeonne Kim partage la même élégance vocale, ou Horror Scope en fermeture avec une guitare mélancolique qui se mêle avec délice aux nappes et à une basse profonde. 

Et j'aurais pu détailler ainsi les quatre autres chansons de l'album, tant elles aussi transpirent de classe, d'inspiration et de talent. Car 'Diamond Files' n'est pas un album quelconque. Pas un disque lambda comme il en sort tant chaque année, et pour qui on aurait une sympathie de façade parce que des gens bien - et qu'on aime bien - gravitent autour. Non, 'Diamond Files' est un grand album qui peut en remontrer à une majorité sortis cette année (et qu'on va, en ce mois de décembre, sur-encenser pour on ne sait trop quelle raison). Un disque qui compte. Ou en tout cas, qui devrait compter. (Sortie : 26 septembre 2025)

Plus :
'Diamond Files' de Freshberry est à l'écoute et à l'achat sur la page bandcamp de Freshberry
'Diamond Files' de Freshberry est à l'écoute et à l'achat sur la page bandcamp de Indie or Die Records
'Diamond Files' de Freshberry est à l'écoute et à l'achat sur la page bandcamp de Hidden Bay Records
'Diamond Files' de Freshberry est à l'écoute et à l'achat sur la page bandcamp de Si Moiré Disques
'Diamond Files' de Freshberry est également à l'écoute sur Spotify, Deezer ou Tidal (notamment)


Trois extraits de 'Diamond Files' de Freshberry en écoute aujourd'hui. A tout seigneur, tout honneur, I Will No Longer Be Afraid Of Myself (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis le beau Sir 06. Et enfin l'ouverture Danse Macabre : 


Histoire d'être le plus complet possible sur ce très bel album, voilà les trois clips que Freshberry a publié jusqu'ici pour soutenir la sortie de son 'Diamond Files' : Vivian Girlscouts, Danse Macabre et Sir 06 :



jeudi 13 novembre 2025

Damien Jurado - Private Hospital [Maraqopa Records / This Is A Test]

Et voilà donc Damien Jurado qui ouvre une nouvelle voie. Peut-être a-t-elle déjà ouverte pas d'autres, mais sans doute pas, à ma connaissance, de la part d'un artiste de cette envergure. Damien Jurado donc, auteur-compositeur qu'on ne présente plus (carrière longue de déjà trente ans, folkeux admirable et conteur formidable) vient d'annoncer, à l'occasion de la sortie de son nouvel album 'Private Hospital' (le second de l'année) que désormais, dans un souci de préservation de l'environnement, il ne presserait plus aucun de ses albums, aussi bien en vinyle (raison évidente) qu'en cd. Mais pour ne pas proposer que du digital, Damien Jurado va publier ce disque en book form comme il dit. A savoir que le support sera un livre, dans lequel on pourra trouver une carte postale (dessinée par Damien Jurado lui même), les paroles écrites à la main, des photos choisies par l'auteur, ainsi que deux codes pour télécharger l'album (évidemment) mais aussi un disque bonus (et disponible nulle part ailleurs) contenant toutes les démos de 'Private Hospital'. Et s'il est revenu dans un plus récent post substack sur son ambition de ne plus publier ses disques qu'en digital (« Not to worry, I plan on going to back to physical releases again. No timeline as to when though », lire ici), cela reste tout un programme donc.

Il faut admettre que si la démarche tout à fait respectable, très égoïstement, je suis un peu frustré tant j'aime posséder une version physique d'un disque que j'aime. Et ce 'Private Hospital', je l'aime. Et beaucoup. Un album court (onze chansons dont deux skits, 32 minutes), qui s'éloigne de son folk (rock, psyché, indie, traditionnel) habituel pour embrasser une synth-pop aux nappes profondes, aux contours folktronica et indietronica, un rien arty-pop, qui lorgne parfois vers une sorte de r'n'b léger, pour un ensemble plein de mélancolie. Et tout cela lui va très bien au teint. En sortant de sa zone de confort, Damien Jurado séduit étonnamment, et sans doute plus que sur ses derniers albums. Là, tout est brillant, de la belle ouverture Celia Weston, aux engageants Heaven's a Drag ou Howard Morton, en passant par Vic Tayback que Damien Jurado accompagne d'une simple piano qui donnerait presque des frissons, et le morceau de clôture Call Me, Madam, superbe version noire et synthétique d'une chanson aux deux visages qu'il avait publié l'an dernier dans des ambiances beaucoup plus orchestrées, léchées et enjouées (que ce soit dans sa version smoking ou non smoking) qui conte la réalité d'une fumeuse (ou d'un fumeur), et dont on ressent qu'elle n'est pas anodine et qu'elle veut dire beaucoup pour lui. 

Dernier épisode d'une pentalogie débutée avec 'Reggae Film Star' en 2022 (et complétée depuis par 'Sometimes You Hurt The Ones You Hate', 'Motorcycle Madness' et 'Passing The Giraffes'), 'Private Hospital' est un album magnifique et presque déroutant de la part de Damien Jurado, à côté duquel il serait dommage de passer, aussi bien pour sa réalité uniquement digitale que parce qu'il pourrait se retrouver noyer dans la profusion d'inédits et de démos que l'américain publie régulièrement. Car c'est sans doute un des meilleurs disque de Damien Jurado depuis quelques temps déjà, tout empreint de sincérité et de beauté qu'il est. (Sortie : 30 octobre 2025)

Plus :
'Private Hospital' de Damien Jurado est à l'écoute sur sa page bandcamp
'Private Hospital' de Damien Jurado est à l'achat sur sa page bandcamp
'Private Hospital' de Damien Jurado est à l'achat au format livre ici
'Private Hospital' de Damien Jurado est à l'écoute, notamment, sur Spotify, Deezer ou Tidal


Trois chansons de 'Private Hospital' de Damien Jurado en écoute aujourd'hui. Call Me, Madam (
en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog), son texte répétitif, ses nappes sublimes et sa longue montée en puissance. Puis Heaven's a Drag, presque un tube indietronica. Et enfin la chanson d'ouverture de 'Private Hospital', Celia Weston :

vendredi 24 octobre 2025

The Telephone Numbers - Scarecrow II [Slumberland Records]

Une fois n'est pas coutume, évoquons un album déjà discuté dans ces pages. Enfin, « album ». Disons plutôt qu'en juillet dernier, le disque en question, 'Scarecrow II' de Telephone Numbers, n'était qu'un album à venir de plus dans une année encore une fois très chargée en nouveautés. Mais l'annonce avait éveillé mon intérêt. Le premier album du groupe de Thomas Rubenstein, Morgan Stanley (The Umbrellas), Phil Lantz (Chime School, Neutrals) et Charlie Ertola m'avait charmé en 2021 ; leur Ep de 2023 encore plus. En bonus, les californiens annonçaient avoir signé chez Slumberland Records, gage de qualité s'il en est. Et cerise sur le gâteau, voilà que leur premier single Be Right Down était du genre « wahou », une chanson racée et incroyablement catchy, indie/jangle-pop infernale que quelques cordes venaient embellir sur le refrain. Un morceau parmi les tous meilleurs écoutés cette année - et même au-delà pour ainsi dire.

Début octobre, 'Scarecrow II' est finalement sorti. Dix titres, 37 minutes. Et ce qui est fascinant avec lui, c'est que Be Right Down n'est même pas sa meilleure chanson. Car oui, les titres majeurs se bousculent au portillon de cet album des Telephone Numbers. De Goodbye Rock n Roll en ouverture avec sa mélodie qui nous ferait presque chanter « I want to see my family, My wife and child waiting for me » tant elle a du Love Vigilantes de New Order en elle, à la douce beauté de The Job Is Killing Me, de la mélancolie comme Velvet-ienne de Falling Dream à Ebb Tide et ses arpèges de guitare dans sa conclusion, il y a des concurrents sérieux. Et le principal est Pulling Punchlines. Positionné en cinquième position de 'Scarecrow II', il a tout ce qu'on attend d'un morceau pop. Une basse en intro qu'on dirait piquée aux Cure, un rythme soutenu, une énergie à revendre et à la fin du deuxième refrain, comme si elle sentait que notre journée manquait de cuivres, voilà que la trompette d'Anna Hillburg envoie la chanson dans une autre sphère. Mieux, plutôt que de s'arrêter là, les Telephone Numbers renchérissent avec la guitare de Tony Molina, venu lui aussi prêter main forte au gang californien. Cela ne suffit pas ? Ajoutons un peu d'orgue d'Andy Pastalaniec de Chime School pour finir dans une sorte d'orgie pop qui ne semble pas jamais vouloir s'arrêter (et qui rappelle le REM des débuts), où les chants de Thomas Rubenstein et Morgan Stanley se croisent, se joignent, se répondent et se renvoient des « wouhou » irrésistibles.

Pulling Punchlines est l'apothéose de 'Scarecrow II', disque déjà inoubliable dont les grands moments ne manquent pas. Si l'on voulait motiver le débat, on pourrait dire Telephone Numbers Theme tranche presque avec ses neuf congénères et sonne plus comme The Umbrellas (c'est d'ailleurs Morgan Stanley qui chante ici) que comme The Telephone Numbers. Mais ce serait ergoter pour pas grand chose, tant la chanson est belle et ne dépareille pas avec le reste. 

Ce qui est sûr et certain, c'est qu'on a ici à faire à de la pop de haute volée, si ce n'est de haute-voltige tant elle est maitrisée de bout en bout, nerveuse comme mélancolique, au touché mélodique incomparable et au chant de Thomas Rubenstein qui rappelle celui de Kip Berman de The Pains of Being Pure at Heart. Un disque qui recèle de merveilles, qui n'ont de cesse de se réinventer, comme si elles ne voulaient jamais tomber dans la redite ou l'ennui. Je sais qu'on utilise ce mot à tort et à travers - moi le premier - mais 'Scarecrow II' est un vrai chef d’œuvre. De pop. D'indie-pop. De jangle-pop. De power-pop. De The Telephone Numbers. De musique en général. Et de 2025 en particulier. (Sortie : 10 octobre 2025)

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'Scarecrow II' de The Telephone Numbers est à l'écoute sur bandcamp
'Scarecrow II' de The Telephone Numbers est à l'achat sur bandcamp
'Scarecrow II' de The Telephone Numbers est à l'achat et à l'écoute un peu de partout

Trois chansons de 'Scarecrow II' de The Telephone Numbers sont en écoute aujourd'hui. Pulling Punchlines, dont j'ai dit au-dessus tout l'amour déjà que j'avais pour elle (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Ensuite Goodbye Rock n Roll, à sa mélodie qui n'est pas sans rappeler Love Vigilantes de New Order. Et enfin, pour le plaisir, Be Right Down, déjà publié dans ces pages en juillet dernier, et toujours aussi imparable :

vendredi 3 octobre 2025

Richard Sallis - Felix [-]

Des marches d’escalier aux couleurs arc-en-ciel. Devant se tient une jeune femme, la tête et les épaules baissées, les mains dans les poches. On ne voit pas son visage mais à sa posture, on peut imaginer un sourire qui n’existe pas. Cette image, c’est la pochette de 'Felix' de Richard Sallis, musicien australien de 35 ans, connu pour être le leader de The Cameramen. La femme en question est son épouse. Et quand on sait qu'en anglais, l’expression « rainbow baby » désigne (très joliment) un enfant né après une fausse couche, on comprend que cette pochette résume tout le disque. Sorti le 3 janvier dernier, c'est le premier album de 2025 que j'ai écouté et, ce qui n'est pas banal, mon premier coup de cœur de l'année. Il était temps d'en parler 

'Felix', c'est un voyage musical dans la parentalité de Richard Sallis. Dans le fait de vieillir, de changer. Un disque entre tristesse, questionnement, joie, qui s'ouvre par le désespoir (la perte d'un fœtus et d'un enfant que notre homme n'aura jamais l'occasion de rencontrer, The Kid Has Gone Missing) et qui se termine par la naissance de ce fameux « rainbow baby » (The Kid Has Been Found). Un album qui, musicalement, passe donc par tous les états. The Kid Has Gone Missing ouvre le bal avec sa pop évanescente, ses chœurs comme gospel et sa bouleversante mélancolie ? A Song for the Broadcasters rebranche les guitares et balance des riffs accrocheurs. The Bill and Dean Orchestra présente sept minutes d’une pop sombre aux effluves jazz, aux cuivres ivres et au chant qui se transforme en tout fin en hurlements ? C’est pour mieux toucher au plus profond avec My Old Unexpected Friends, une des deux chansons pivot de 'Felix', qui début comme une balade à la John Lennon, au piano, mélancolique à souhait, avant que Richard Sallis ne lui fasse prendre une ampleur inattendue dans une seconde partie où la beauté éclate comme une bombe, à grands renforts de violons tendus, de guitares sublimes, d'un chant habité qui sonne comme désespéré, et des paroles magnifiques (« I don’t wish it could’ve been forever / Just wish it lasted a few more years / Sometimes you don’t get any warning / The rug is pulled from underneath  Sometimes there’s nothing you can do / Except survive beyond the news / But at the time I wasn’t ready / To say goodbye »). Et à peine remis, des frissons plein les bras, voilà que débarque No Time Like the Present, la seconde chanson pivot, folk-rock à l'efficacité imparable, qu'on a envie d'hurler à tue-tête avec Richard Sallis. Un morceau qui met sur orbite Bouncing Masquerade Ball et ses onze minutes qui résument à elles seules 'Felix', avant qu'un aérien The Kid Has Been Found, aux chœurs féminins presque christiques, clôture notre affaire.

Malheureusement publié sans structure derrière lui (et donc à ce jour uniquement en digital), il y a pourtant dans 'Felix' une sacrée ambition. Et tout du long, Richard Sallis se donne les moyens de cette ambition : de grandes et belles orchestrations, des chœurs divins (ceux de The Kid Has Gone Missing et The Kid Has Been Found sont renversants), une production d'une justesse folle, et une musicalité qui semble traverser toute les strates de la pop, mais aussi du rock (quelques élans post-rock savoureux). Il y a ici autant de Get Well Soon que de Okkervil River, de Black Heart Procession que de Team Me, de The National que du Arcade Fire des débuts ou de Fanfarlo, avec même un rien de Sufjan Stevens. Oui, 'Felix' de Richard Sallis, c'est un peu tout cela à la fois, une sorte de synthèse d'une certaine pop de ce nouveau siècle, qui emporte tout - et avec talent - sur son passage. Un album sublime, souvent bouleversant, habité même, et un des meilleurs (si ce n'est le meilleur) écoutés cette année. Un disque dont la notoriété ne cesse de monter, doucement mais sûrement. En espérant qu'un label digne de ce nom s'en empare et le présente au plus grand nombre. Il le mérite mille fois. (Sortie : 3 janvier 2025)

 

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'Felix' de Richard Sallis est à l'écoute sur sa page bandcamp
'Felix' de Richard Sallis est à l'écoute sur sa page bandcamp
'Felix' de Richard Sallis est également à l'écoute sur Spotify, Deezer ou Tidal
Pour en savoir plus sur la conception de 'Felix' de Richard Sallis, je vous conseille l'écoute du podcast "Five at the Door" consacré à l'album

 

Trois chansons de 'Felix' de Richard Sallis en écoute aujourd'hui. My Old Unexpected Friends pour débuter, sans doute la plus belle chanson de l'album avec sa seconde partie renversante (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis No Time Like the Present, très Okkervil River dans l'âme, imparable. Et enfin, Bouncing Masquerade Ball et ses onze minutes à tomber : 

mercredi 30 juillet 2025

Destroyer - Dan's Boogie [Merge Records]

'Dan's Boogie' fait partie de ces disques qui ne séduisent pas au premier abord. Il faut dire que si sa deuxième partie est plus sage et piano-centré, tout le début est trop dans l'excès, voire dans le mauvais goût (sirupeux par ci, grotesque par là, avec la voix de Dan Bejar qui sonne presque comme un agent étranger), porté par une production là rien que pour amplifier le moindre de ces défauts.

Et puis, bizarrement, sans que l'on s'en rende réellement compte, on relance l'écoute. Déjà parce qu'il s'agit de Destroyer, que si Dan Bejar m'a un peu perdu depuis quelques albums, cela reste un artiste assez à part sur la scène actuelle. Ensuite parce que très vite, on se rend compte que la première impression était fausse tant on est séduit par cet ensemble volontairement un peu de guingois. Plus on avance, plus on se dit que le disque s'ouvre par une chanson (The Same Thing as Nothing at All) non pas too much mais au contraire absolument sublime et qui met vraiment 'Dan's Boogie' sur orbite. Que la suivante (Hydroplaning Off the Edge of the World) est d'une efficacité sans borne et que ses effets de style (ce riff de guitare qui apparait à contre courant du reste pour aussitôt disparaitre) n'est pas de mauvais goût, bien au contraire. Que Bologna et son ambiance trip-hop est un morceau merveilleux. Que Sun Meets Snow et ses cuivres qui débarquent d'un coup d'un seul, comme s'ils s'incrustaient à une soirée avant d'être raccompagnés sans délai à la porte par un maelstrom aussi bruitiste que mélodieux, fait mouche.

On pourrait détailler plus en profondeur chacune des neuf chansons qui composent 'Dan's Boogie'. Dire à quel point la voix de Dan Bejar, pas entendue depuis longtemps, est en fait au diapason de ses mélodies, qu'il n'en est rien distancié mais qu'il y vogue avec un flegme charmeur. Mais on proposera plutôt d'écouter cet album, le meilleur de Destroyer depuis 'Kaputt' en 2011. Et à tous ceux qui, comme moi sont passés à côté au départ, de l'écouter vraiment et de lui redonner quelques chances, car comme souvent avec Dan Bejar, tout se mérite. Puis tout s'éclaire d'un coup. Sa grandiloquence vous veut du bien. (Sortie : 28 mars 2025)

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'Dan's Boogie' de Destroyer est à l'écoute et à l'achat un peu de partout sur ce lien

Trois chansons de 'Dan's Boogie' de Destroyer en écoute aujourd'hui. The Same Thing as Nothing at All, la chanson d'ouverture, parfaite mise en bouche (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis la superbe Bologna (en duo avec Fiver). Et enfin le déroutant mais si efficace Hydroplaning Off the Edge of the World :

Deux clips extraits de 'Dan's Boogie' de Destroyer : Hydroplaning Off the Edge of the World et Bologna : 

vendredi 11 avril 2025

Marble Sounds - Core Memory [Mayway Records]

Elle n'a beau avoir que 11,7 millions d'habitants, ne faire que 31 000 km² de superficie, on a parfois tendance à l’oublier, mais la Belgique est vraiment l’autre pays de la pop. Si les exemples sont légions sur les trente dernières années (je ne vous ferais pas l’insulte ici de les nommer), la source semble intarissable et les spécimen continuent d’affluer. Dernier exemple en date, Marble Sounds. Un groupe (belge donc) formé à la fin des années 2000 autour de Pieter Van Dessel et qui vient de publier son sixième album, 'Core Memory'.

Un disque qui frappe avant tout par la beauté de sa pochette. Œuvre de Elke Verschatse, elle est l'aboutissement du travail réalisé sur les visuels des singles sortis en amont (An Emotional High, If You Would Prove Me Wrong Now et Give or Take a Few) : un design minimaliste et géométrique, des couleurs vives et chaudes ; une esthétique qui rappelle évidemment certaines œuvres de Peter Saville et qui surtout colle parfaitement avec le titre de l'album, 'Core Memory', nom qui vient d'un livre de photographies consacré à l'évolution des ordinateurs de leur création à nos jours, publié en 2007 par Mark Richard et que Pieter Van Dessel a découvert lors d'une visite au Computer History Museum de la Silicon Valley aux États-Unis.

Et la musique dans tout ça ? Aguichante dès les premières notes de An Emotional High, morceau d'ouverture du genre qui vous happe instantanément avec ses nappes pleines de mélancolie, elle ne relâche son étreinte qu'aux toutes dernières notes de A Place to Call Mine. Marble Sounds démontre tout au long de 'Core Memory' un vrai talent pour déployer des chansons pop pleines de synthé, de magnifiques guitares et de basses profondes, souvent marquantes, accrocheuses quand elles ne sont pas carrément excitantes, tout en étant touchant dès que le tempo ralentit, que les balades prennent le lead et que l'ambiance se fait plus intimiste (le superbe Give or Take a Few, tout au piano et qui est, pour la petite histoire, une sorte de réponse au tube A Thousand Miles de Vanessa Carlton de 2002).

Extrêmement bien construit, sombre autant que lumineux, pas avare de grands moments (An Emotional High donc, Hear Me Talking ou Not All Is Vain, tube de l'album qui ne cesse de prendre de l'ampleur tout du long et qui se finit en sorte d'électro-pop dansante à souhait), relevant chaque morceau d'un pont diablement efficace (comme s'il était besoin), rappelant plus souvent qu'à son tour les Postal Service autant que Wolf Parade de 'Cry Cry Cry' (If You Would Prove Me Wrong Now), et s'autorisant même un Catch It Alive presque FM mais très efficace, 'Core Memory' de Marble Sounds fait partie de ces disques immédiats et parfaits, qui placent les mélodies et la mélancolie au-dessus de tout et s'y tiennent et dont la qualité des dix compositions ne se dément jamais, faisant mouche à chaque nouvelle écoute. Un coup de cœur immense et assurément un des très grands albums de 2025. (Sortie : 7 mars 2025)


Plus :
'Core Memory' de Marble Sounds est en écoute sur la page bandcamp du groupe
'Core Memory' de Marble Sounds est à l'achat sur la page bandcamp du groupe
'Core Memory' de Marble Sounds est à l'écoute un peu de partout

Trois chansons de 'Core Memory' de Marble Sounds en écoute aujourd'hui. Hear Me Talking pour débuter (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog), son énergie et ses belles guitares. Puis le morceau d'ouverture An Emotional High. Et enfin, last but not least, Not All Is Vain, tube évident de l'album :

A ce jour, une seule chanson de 'Core Memory' de Marble Sounds a été clipée. Mais pas la plus laide, vu qu'il s'agit de An Emotional High :

mardi 25 mars 2025

Willow Avalon - Southern Belle Raisin' Hell [Assemble Sound / Atlantic]

Jordi Cruyff fut footballeur professionnel comme son père et joua lui aussi au FC Barcelone. Bronny James est aujourd’hui un joueur des Los Angeles Lakers, comme sa légende de père. Sean et Julian Lennon, Jakob Dylan ont tous suivi les voies tracées par leurs pères. Tous ont - ou font - carrière, sans grand succès, en n’ayant pas le dixième du talent de leurs paternels et en n’arrivant jamais à se départir de leurs écrasantes auras.

Il n’est pas dit que l’histoire se répète pour Willow Avalon, fille de, comme son nom ne l’indique pas, Jim White, musicien américain à ne pas confondre avec son homonyme australien, artiste si ce n'est révéré dans ces pages, tout au moins largement estimé, tant il a joué dans des groupes (Dirty Three, Boxhead Ensemble ou plus récemment The Hard Quartet) ou travaillé avec des artistes (Nina Nastasia, Tanakh, Mark Kozelek, Jess Ribeiro, Phosphorescent, pour n’en citer que très peu) qui ont marqué l’auteur de ces lignes.

Fille d’un musicien indépendant, loin des spotlights et d’un succès colossal, on pourrait croire que la vie de Willow Avalon fut celle d’une enfant de la balle. Il n’en est rien. Comme le raconte très bien "How Jim White Helped His Bluebird Spread Her Wings", un long et excellent article de Max Blau du Sunday Long Read en juin 2020 (donc bien avant que notre héroïne du jour se lance dans le grand cirque musical), la vie de Willow Avalon n’a pas été simple et de tout repos. Une enfance compliquée suite au divorce de ses parents alors qu’elle était très jeune, une famille qui se déchire notamment autour de sa garde, un père au départ absent mais qui fait tout pour être le plus présent possible (sur son album de 2004 'Drill a Hole in That Substrate and Tell Me What You See', Jim White lui chantait tout l’amour qu’il lui portait sur le très beau Bluebird (son surnom) : « And I pulled you close and held you in my arms / Yes, salvation wears a thin disguise 'cause I can see the heaven in your eyes / And I thank God them years I searched were not in vain / Finally found someone to love more than the rain / Bluebird I love you more than the rain »), une adolescence compliquée faite de rebellions, d’incompréhension, de déménagements réguliers et soudains, d’indépendance sans doute prématurée et de choix de vie tendancieux pour subvenir à ses besoins (elle a loué ses services auprès d’hommes généreux pour qu’ils profitent de sa compagnie, sans pour autant, c’est à noter, que cela n’implique de relations sexuelles tarifées).

A l’âge adulte, Willow Avalon a trouvé l’apaisement. Elle a fini par faire la paix avec son père (de son côté, son père a fait la paix avec lui-même) et a pu se lancer dans la musique, chose qui l’a évidemment accompagnée toute sa vie et pour laquelle elle a quelques prédispositions. Quelques singles pour débuter, une signature (excusez du peu) chez Atlantic Records pour un premier Ep 'Stranger' en février de l’année dernière, puis quelques nouveaux singles marquants (Homewrecker, Tequila or Whiskey, Country Never Leaves) qui l’ont mis sur la carte de la country-pop américaine, genre en plein effervescence aux États-Unis, et enfin un premier album début janvier 2025, dont le titre 'Southern Belle Raisin' Hell' semble faire écho à son premier quart de siècle.

Porté par une belle pochette, bien plus naturelle, réelle et moins lisse que celles de ses singles précédents où elle apparaissait comme une poupée fabriquée par une IA lambda, 'Southern Belle Raisin' Hell' s’ouvre par Something We Regret et ces quelques vers : « I love you like sugar, you love me like sex, put us both together, we'll do something we regret ». Des mots et une mélodie endiablée qui posent le décor et résument à eux seuls la teneur de ce premier album : un disque de country, souvent pop, parfois folk, aux relents rock (la chanson titre Southern Belle Raisin' Hell) et mélancoliques, qui ne manque ni de grandes mélodies (les trois singles cités plus haut mais aussi le simple et touchant Want Me Now, The Actor et ses belles guitares et surtout Blue Bird, sans doute la meilleure chanson du disque, à l’amorce d’un classicisme banal mais que la mélodie, imparable et immédiate transcende) ni de textes malins, où Willow Avalon parle d'amour, de ruptures et d'abandon, d'alcool, de conneries de jeunesse, et chante d'une voix belle, lumineuse et un rien kinky.

En 2017, Jim White avait terminé son album 'Waffles, Triangles & Jesus' en enregistrant Sweet Bird Of Mystery, une chanson qu’il avait écrite pour sa fille vingt ans auparavant. Sur l’enregistrement, on peut entendre une très jeune Willow Avalon chanter quelques mots. Sur 'Southern Belle Raisin' Hell', cette dernière n'a pas l'air d'avoir fait appel à son père. Sans doute pour mieux s’émanciper de sa tutelle musicale, sans doute surtout pour garder cette indépendance qu’elle semble avoir chevillée au corps. Mais ce n'est que partie remise, tant il est évident que père et fille chanteront un jour ensemble, leurs univers musicaux et leur histoire personnelle faisant que. Et contrairement à beaucoup d'autres enfants d'artistes, ce jour là, il y a fort à parier que la star, ce sera la fille, Willow Avalon, dont le succès futur ne fait pas vraiment de doute à l'écoute de ce très réussi 'Southern Belle Raisin' Hell'. (Sortie : 17 janvier 2025)

Plus :
'Southern Belle Raisin' Hell' de Willow Avalon est en écoute un peu de partout ici
'Southern Belle Raisin' Hell' de Willow Avalon est à l'achat en vinyle ici
L'article "How Jim White Helped His Bluebird Spread Her Wings" de Max Blau publié sur Sunday Long Read en juin 2020, passionnant de bout en bout, est à lire ici.

Trois chansons de 'Southern Belle Raisin' Hell' de Willow Avalon en écoute aujourd'hui. Baby Blue pour débuter et sa ritournelle qui reste en tête (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis Something We Regret et son « I love you like sugar, you love me like sex, put us both together, we'll do something we regret ». Et enfin The Actor et ses belles guitares :



Le clip de Baby Blue, dernier single extrait de 'Southern Belle Raisin' Hell' de Willow Avalon :

lundi 17 mars 2025

Kwoon - Odyssey [-]

Projet du parisien Sandy Lavallart, actif depuis 2006 et la sortie de 'Tales and Dreams' (petit chef d’œuvre post-rock-ien et de pop atmosphérique, et pas que pour I Lived on the Moon), Kwoon n'a cessé depuis lors de composer, de se produire (même dans des endroits insolites comme des flancs de volcans, des phares ou en haut de l'aiguille du Triolet sur le Mont-Blanc), et voir sa musique dépasser les frontières (il suffit d'aller sous n'importe quelle de ses vidéos pour se rendre compte que le groupe compte des fans aussi bien en France qu'en Russie, en Turquie qu'en Israël, aux États-Unis qu'en Iran, etc), même s'il reste un projet encore, et de façon incompréhensible, confidentiel.

Pourtant, malgré près de vingt ans d'activité, 'Odyssey' n'est étonnamment que le troisième album de Kwoon, le premier depuis un sombre mais si beau 'When The Flowers Were Singing...' en 2009. Un disque prévu initialement pour le printemps 2024, dont quelques chansons ont été égrainées depuis quelques années déjà (Life a même été chroniqué dans ces pages en mai 2020) et qui vient finalement tout juste de sortir, toujours sans label. Et l'attente valait le coup. Car si l'on est en terrain connu, le résultat est aussi immédiat que saisissant. Ouvert par un Leviathan puissant et riffeur (qui a des airs de MONO), enchainé par un superbe King of sea, en duo avec la trop rare Babet de Dionysos (et au clip magnifique), 'Odyssey' va dérouler de longues mélopées mélancoliques entre post-rock et pop rêveuse (si propres et si chères à Sandy Lavallart) voire ambiant (superbe Blackstar), toujours élégamment vêtues, avec comme matrice principale la mélancolie qui infuse tout du long. 

A l'instar de ses prédécesseurs, 'Odyssey' est un album magnifique, particulièrement cinématographique, parfois insaisissable, toujours délicat, où l'émotion est toujours à fleur de peau et qui sonne comme un voyage onirique, tout en apesanteur. Voyage dont le point d'orgue serait sans nul doute Jayne, chanson sublime à l'explosion finale et aux cordes tendues à se damner, qui résume à elle seule la musique et la carrière de Kwoon, groupe dont j'avais presque oublié la beauté et la flamboyance. (Sortie : 21 février 2025)

Plus :
'Odyssey' de Kwoon est en écoute sur sa page bandcamp
'Odyssey' de Kwoon est à l'achat sur sa page bandcamp
'Odyssey' de Kwoon est également, et notamment, en écoute sur Spotify, Deezer et Tidal


Trois chansons de 'Odyssey' de Kwoon en écoute. A tout seigneur tout honneur, commençons par l'éblouissant Jayne
(en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Enchaînons avec King of sea, en duo avec Babet. Et terminons par Wolves :


Depuis I Lived On The Moon, on sait que Kwoon réalise toujours de très beaux clips. Ceux de 'Odyssey' ne dérogent pas à la règle, que ce soit celui de Jayne et surtout celui de King of sea :

vendredi 21 février 2025

James Felice - The Little Ones [Million Stars]

« C'est quand on s'y attend le moins que l'amour frappe à la porte » dit l'adage. Sachez que c'est aussi le cas en musique : c'est quand on s'y attend le moins qu'on tombe sur un bijou. Un petit diamant noir venu un peu de nulle part, inattendu mais dont le premier morceau, ses mesures et ses premières paroles vous happent et font résonner en vous quelque-chose que vous n'aviez pas ressenti depuis longtemps.

Le disque en question, c'est 'The Little Ones' de James Felice. James Felice, un des trois frères de The Felice Brothers, groupe à tenir en haute estime, toujours actif ('Valley of Abandoned Songs' remonte à juin dernier) mais qui voit donc un de ses membres s'émanciper le temps d'un premier album solo, publié lui aussi chez Million Stars, le nouveau label de Conor Oberst de Bright Eyes.

Si les biographies d'albums regorgent en général de lieux communs, les mots de James Felice pour présenter et résumer 'The Little Ones' sont ici très justes : « Little stories about little people up against the enormity of the universe and the hideous length of eternal time, and the endless confusions of love and being loved. Big serious ideas, funny little people. All sung softly in a song ».

Car 'The Little Ones', c'est un peu tout cela : des histoires banales d'amour de gens comme vous et moi, de losers paumés (« Did it hurt when you fell from heaven? » chante James Felice sur l'excellente chanson d'ouverture Pick Up Line), parfois cachées derrière quelques questionnements presque métaphysiques, et où désespoir, blessures et nostalgie douloureuse ne sont jamais très loin. Le tout dans une ambiance mélancolique, sans flonflon ni paillettes, mais jamais austère (la production ample n'y est pas étrangère), où l'orchestration, parfois quasiment nue (Tiny Man en clôture), souvent plus fournie (My Enemies, More Than a Pet, Less Than a Friend ou le sublime The Giantess), ne fait jamais dans le superflu et le clinquant.

Enregistré presque en secret lors de chaudes nuit de l'été dernier, 'The Little Ones' est un disque intime, construit autour d'un piano délicat et qui aime intégrer le silence à ses mélodies, agrémenté d'accordéon, d'une boite à rythme, de quelques touches discrètes de cordes, de guitare et de basse, et magnifié par des chœurs d'une grande justesse. Un album qui, sous ses airs jazzy et quelques atours soul, se retrouve à la croisée des chemins de Leonard Cohen, Randy Newman, David Gray, Fiona Apple, Tom Waits et Bob Dylan, dont on ressent l'influence, si ce n'est l'âme, tout du long. Un premier album solo saisissant, touchant, désenchanté et d'une beauté rare de la part de James Felice. Rien de moins qu'un petit chef d’œuvre que l'on va adorer chérir. (Sortie : 14 février 2025) 


Plus :

'The Little Ones' de James Felice est en écoute sur Soundcloud
'The Little Ones' de James Felice est à l'achat sur le site officiel de Million Stars
'The Little Ones' de James Felice est à l'écoute un peu de partout


Trois chansons de 'The Little Ones' de James Felice en écoute aujourd'hui. The Giantess en ouverture, sublime avec son accordéon tendu
(en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, Tidal, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis Pick Up Line et son fameux « Did it hurt when you fell from heaven? », accroche de drague la plus pétée qui soit. Et enfin Tiny Man en clôture, presque totalement dénudé mais à vous donner des frissons :