Des excuses s'imposent : longtemps, sur la boite mail consacrée à ce blog (et qui en reçoit des dizaines par jour que je n'ai pas le temps de lire pour être honnête), j'ai reçu des mails de la part de Marc Desse - ou de son management. Si j'ai retenu le nom, je ne suis jamais allé plus loin que la lecture de ces mails promos. Et je n'ai donc jamais posé la moindre oreille sur la musique de ce monsieur.
Dernièrement, je suis tombé sur la pochette du simplement nommé 'Marc Desse', sorti en 2021. Est-ce la photo de notre homme rasé de frais et regardant fixement l'objectif d'un photomaton ? Est-ce parce que j'ai le temps de quelques secondes cru qu'il s'agissait d'un disque de Mike Brant ? Je ne sais pas et cela n'a pas trop d'importance. Ce qui en a par contre, c'est que cette pochette m'a donné envie d'en savoir plus.
Mais, dans une industrie musicale toujours plus chargée en sorties et où la
moindre news est oubliée et remplacée dans la demi-heure par une
nouvelle, comment ai-pu tomber sur un album auto-produit, à l'aura confidentielle, deux ans après sa publication ? Tout simplement parce que 'Marc Desse' vient de connaître une réédition (une "Deluxe Edition" même), ce qui n'est pas courant vous admettrez pour un album sorti sans label derrière lui.
Ainsi, aux onze chansons initiales, Marc Desse en a rajouté pas moins de quatre nouvelles. Quatre titres qui complètent plutôt bien le tracklisting original (notamment Sous le cuir d'un gars et Tout contre moi), même si aucune n'arrive à la hauteur de Les étoiles (en écoute aujourd'hui), morceau absolument formidable et immense coup de coeur, avec sa basse profonde sur laquelle on ne rêve que de se déhancher, et dont je n'arrive pas à comprendre pourquoi il n'a pas été un tube - des chansons françaises aussi bien foutues, aguicheuses et efficaces, ça ne court tout de même pas les rues.
Espérons donc que d'autres qui, comme moi, sont passés à côté de cet album il y a deux ans sauront rattraper le retard et tomberont sous le charme de ce disque plutôt malin, bien écrit et qui a ce qu'il faut de pop dans les mélodies pour rêver plus grand. Avec toutes mes plus plates excuses monsieur Desse pour ne pas avoir pris
le temps de vous écouter plus tôt. Cela ne se reproduira pas. (Sortie : 18 juin 2021 / 7 septembre 2023)
Trois chansons de 'Marc Desse' en écoute aujourd'hui. L'évident tube Les étoiles pour débuter (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Puis Je ne pars pas sans amour aux atours très Get Well Soon. Et enfin Sous le cuir d'un gars, un des quatre morceaux bonus ajoutés à cette "Deluxe Edition" de 'Marc Desse' :
Trois clips extraits de cet album de Marc Desse. Les étoiles (évidemment), Je t'adore
et Tout contre moi :
Découvert avec quelques mois de retard en début d’année, 'Ma délire - Songs of Love, Lost & Found' fait partie de ces disques dont la première écoute vous happe. Il y a dans le folk de la québécoise une simplicité et une beauté assez irrésistible, qui vous prennent et vous touchent. Un très grand album entre compositions originales et traditionnels « ravivés » (selon ses propres mots) ; de la folk à la nervosité affleurante, sublime à bien des égards et qui transpire de sincérité.
Il y a huit jours, sa tournée européenne et son petit périple de onze de dates, de l’Angleterre au Pays-Bas en passant par le Portugal, la Belgique et la France (pas moins de quatre soirées) s’arrêtait entre Rhône et Saône à l’Opéra Underground, salle de musiques actuelles situées dans les sous-sols de l’immense opéra lyonnais qui toise l’Hôtel de Ville et les environs de toute sa grandeur. Une salle en arc de cercle, avec tables, chaises et ambiance feutrée. Arrivé juste à temps pour prendre une bière (bouteille) et me procurer ‘Ma délire - Songs of Love, Lost & Found’ en vinyle, voilà que les murs coulissants de la salle se ferment, coupant toute lumière non nécessaire pour mieux plonger l’espace dans une quasi obscurité. Seule la scène est légèrement éclairée et voit apparaitre Myriam Gendron qui vient rejoindre ses guitares sous des applaudissements nourris mais polis, comme pour ne pas la déranger.
Elle s’installe, s’attelle à sa guitare, lance ses mélodies, y fait glisser et crisser ses doigts, s’arrête entre chaque morceau pour évoquer sa vie personnelle, la naissance de son dernier disque, raconter l’histoire de telle chanson ou expliquer d’où vient la mélodie de telle autre. Pendant une grosse heure, Myriam Gendron va dérouler certaines des plus beaux titres de 'Ma délire - Songs of Love, Lost & Found', en piocher un dans son premier album 'Not so Deep as a Well', rappeler Leonard Cohen (dont nous « fêtions » ce soir là les six ans de la disparition) le tout devant une salle subjuguée et à l’écoute, comme en lévitation, portée par les accords soyeux, la mélancolie des compositions et la voix de la québécoise.
Le concert se termine, et c’est un tonnerre d’applaudissements qui accompagne la sortie de scène de Myriam Gendron. Des applaudissements qui ne s’arrêtent pas, la poussant à revenir nous expliquer qu’elle aurait bien continué mais que l’heure étant ce qu’elle est, elle doit malheureusement s’arrêter là. Un au-revoir et des remerciements pour l’avoir si bien écouté plus tard, nous revoilà dans l’escalier qui mène à la sortie de l’Opéra Underground, écrin parfait pour cette soirée comme suspendue, tout en lévitation et qui restera comme un des grands moments de cette année 2022. Le genre de soirée qui vous fait prendre conscience à quel point 'Ma délire - Songs of Love, Lost & Found' est un des chefs d'oeuvre de son temps (Sortie : 1er octobre 2021)
Plus : 'Ma délire - Songs of Love, Lost & Found' de Myriam Gendron est à l'écoute sur sa page bandcamp. 'Ma délire - Songs of Love, Lost & Found' de Myriam Gendron est à l'achat sur sa page bandcamp. 'Ma délire - Songs of Love, Lost & Found' de Myriam Gendron est également en écoute sur Spotify et Deezer
Trois chansons de 'Ma délire - Songs of Love, Lost & Found' de Myriam Gendron en écoute aujourd'hui. Waly Waly, un traditionnel « ravivé » par la québécoise. Farewell, une des chansons (sublimes) composées par Myriam Gendron. Et enfin Poor Girl Blues :
Connaissez-vous la ville de Marfa aux États-Unis ? Siège du comté de Presidio, située tout à l’ouest du Texas, Marfa est une petite bourgade de quelques milliers d’âmes (moins de 2000 au dernier recensement) qui fut fondée à la fin du XIXè siècle initialement pour permettre le ravitaillement en eau des différents trains qui passaient dans le secteur ; et qui est devenue une ville où l’art contemporain y a bonne place. Et notamment le minimalisme.
Il n’est donc pas anodin que Miranda Lambert, Jack Ingram et Jon Randall, acteurs phares de la country music américaine (ou en tout cas, ils semblent l’être), connaissances de longue date et qui ont déjà travaillés ensemble, aient choisi ce lieu précis pour enregistrer leur premier album commun dans le désert environnant de Marfa et qu’ils lui aient donné le nom de 'The Marfa Tapes'. Car eux aussi font ici dans le minimalisme et le dénuement le plus total : deux micros, deux guitares acoustiques et les voix des trois pour chanter par dessus des mélodies qui ne s’en laissent pas compter.
Ici, pas de studio d'enregistrement pour Miranda Lambert, Jack Ingram et Jon Randall. Non. Tout au plus un vieux ranch perdu dans le désert ; un feu de camp avec le soleil qui part s’échouer au fond de la plaine, balançant avec lui quelques magnifiques couleurs chaudes ; ou l’arrière d’un pickup, avec quelques coyotes qui gémissent au loin. Et pas question de retoucher les voix, les notes ou de refaire vingt prises. Les trois compères connaissent leurs chansons, leurs guitares n’ont plus de secret pour eux. Alors ils ont fait très peu de prises pour chacune des quinze chansons qui composent 'The Marfa Tapes'. Sans rien couper de leurs petits ratés, de la voix qui s’amuse le temps de trois mots et d’un sourire qu’on imagine franc, des petites réactions qui concluent chaque morceau.
C’est là toute la force de Miranda Lambert, Jack Ingram et Jon Randall : avoir fait de 'The Marfa Tapes' un disque qui n’est pas retouché, qui ne recherche pas la perfection sonore, qui ne recherche pas le tube. Comme si les trois avaient décidé de revenir aux fondamentaux de la country et de la folk music : une guitare, une mélodie, des voix et des textes qui parlent de la terre, des Hommes, du désert, et d’amour (évidemment). Minimaliste oui. Et tellement ample à la fois.
'The Marfa Tapes' est un album qui est un peu dans l’esprit de 'The Wide, Wide River' de James Yorkston and The Second Hand Orchestra, autre grand disque de 2021 enregistré au débotté, sans savoir vraiment où il va et où l’alchimie est comme innée. A la différence près qu’avec Miranda Lambert, Jack Ingram et Jon Randall, tout est beaucoup moins habillé et bien plus rustique. Mais n’en est pas moins touchant et incroyablement sincère. Le genre d’albums one-shot tombés du ciel, au temps suspendu et touchés par la grâce.Un disque pas corseté pour un sou, qui respire et vit. Comme le dit Miranda Lambert à la toute fin de I Don't Like It : « Beautiful... »(Sortie : 7 mai 2021)
Plus : 'The Marfa Tapes' de Jack Ingram, Miranda Lambert et Jon Randall est à l'achat (en vinyle) ici 'The Marfa Tapes' de Jack Ingram, Miranda Lambert et Jon Randall est, notamment, en écoute chez Spotify et Deezer Le documentaire 'The Marfa Tapes', consacré à cet album de Jack Ingram, Miranda Lambert et Jon Randall, est à voir ici
Trois chansons de 'The Marfa Tapes' de Jack Ingram, Miranda Lambert et Jon Randall en écoute. I Don't Like It pour débuter (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer et Youtube). Puis le sublime The Wind's Just Gonna Blow. Et enfin le fun Homegrown Tomatoes :
Trois clips extraits de 'The Marfa Tapes' de Jack Ingram, Miranda Lambert & Jon Randall : Anchor, Tin Man et Am I Right or Amarillo :
'The Marfa Tapes' de Jack Ingram, Miranda Lambert & Jon Randall a également fait l'objet d'un documentaire, dont voici le trailer :
Si comme moi, Julien Ribot est un nom qui ne vous dit rien, commençons par le commencement et présentons le bougre. Sachez donc que Julien Ribot, en plus d'être né le 19 mai 1973 à Nice, « est le trisaïeul de Théodule Armand Ribot, créateur de la Revue Philosophique (1876) et auteur de l'Essai sur l'imagination créatrice (1900) ». Voilà pour le point Wikipédia.
Plus prosaïquement, Julien Ribot est surtout un artiste aux multiples facettes, ce qui est peu de le dire vu qu'en plus d'être un auteur-compositeur pour lui ('Do you feel 9?' est son cinquième album) et arrangeur pour les autres, il réalise des films, des clips (dont celui de Son of Mystery d'Orouni) ou encore monte des pièces de théâtre. Tout un programme.
Et donc, quasiment dix ans après 'Songs for Coco', Julien Ribot s'est remis à composer et sort 'Do you feel 9?' chez December Square. Et autant le dire tout de suite, cet album est un petit bijou de pop orchestrale très bien orchestrée et qui n'a pas oubliée ses années 70.
Entièrement chanté en anglais (sauf les quelques mots de la fin du dernier morceau prononcés par une enfant), composé autour de la personnalité et de l'histoire d'un certain Neon Juju, 'Do you feel 9?' est un disque qui va puiser son inspiration chez David Bowie (et pas que sur We Obi Diva, évidente ode à l’œuvre du Thin White Duke), Air ou MGMT, tout en faisant de l’œil aux dernières aventures plutôt symphoniques des Foxygen. On a droit ici une certaine idée de la pop des 70s, léchée et lettrée. On pense aussi aux Polyphonic Spree dès que les choeurs, qu'ils soient d'enfants ou d'adultes, se taillent la part du lion (Hey You Know Wonderland!, Time Is A Fruit et Neon Juju).
Peu d'écoutes (en fait une seule) sont nécessaires pour se rendre compte à quel point Julien Ribot a composé là un album majuscule et ambitieux, aux neuf chansons immédiatement irrésistibles. 'Do you feel 9?' est un disque sidérant de beauté, de classe, qu'il distille entre pop baroque et glam-rock, aidé par quelques invités de marque (Fred Frith à la guitare sur quatre titres ; Jimi
Tenor, croisé au mitan des années 2000 et son époque Kitty-Yo,
qui ramène sa flûte sur Annabelle (Part. I) ; Olivier "O" Marguerit, Barbara Carlotti et Rémi Antoni
d'Orouni qui viennent faire les backing-vocals de Neon Juju ; to name a few...) qui apportent tous leur écot à l’œuvre géniale d'un compositeur génial. D'ailleurs, arrêtons de tourner autour du pot, et ne mentons ni sur la
marchandise ni à nous même : ce disque de Julien Ribot n'est ni plus ni
moins qu'un chef d’œuvre. (Sortie : 29 octobre 2021)
Trois chanson de 'Do You Feel 9?' de Julien Ribot en écoute. Hey You Know Wonderlandet ses choeurs à tomber pour ouvrir le bal (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer et Youtube). Puis, We Obi Diva, chanson hommage à David Bowie (dont le titre est presque l'anagramme). Et enfin la chanson d'ouverture, Do You Feel 9? :
Deux clips tirés de 'Do You Feel 9?' de Julien Ribot. La chanson titre Do You Feel 9? et Hey You Know Wonderland! :
Dans le film de Cameron Crowe 'Jerry Maguire', alors que Tom Cruise est en train de déclarer sa flamme à la femme qu'il aime et qu'il essaie de reconquérir, Renée Zellweger le coupe, amoureuse et séduite, et à cette réplique devenue célèbre : « You had me at "Hello" ».
Hé bien pour 'Another Place', Danny George Wilson had me at "Lost Future". En quinze secondes, l'affaire était pliée, entendue. Il a suffi de quelques notes, de cette guitare qui vibre et qui a ce je ne sais quoi de Heroes de David Bowie, pour que j'embarque dans ce bien beau voyage de 40 minutes tout pile, bras dessus bras dessous avec cet anglais à la carrière longue de vingt ans avec les groupes Grand Drive, Bennett Wilson Poole et Danny & The Champions Of The World.
Pour autant, il n'est nullement question des groupes sus-mentionnés. Car 'Another Place' est un album solo de Danny George Wilson - le second de sa carrière et le premier depuis seize ans. Mais avant tout une révélation. Celle d'un sacré songwriter (le mot anglais est très approprié ici) et à la voix belle et stupéfiante. Un timbre et un chant où l'on jurerait entendre Bob Dylan (Heaven For Hiding), Jonathan Donahue de Mercury Rev (I Wanna Tell You) et surtout le regretté Vic Chesnutt - dont l'ombre plane quasiment tout du long.
Naviguant dans un univers pop où divers effets sur la voix l'empêchent d'être lisse et gentillet, où country et folk ne s'en laissent jamais compter, où les mélodies volettent au bras tantôt de guitares électriques nerveuses et de pedal steel chatoyantes, tantôt de guitares acoustiques et délicates, où violoncelle, bruits en tous genres et tout ce qui se rattache de près ou de loin à un piano (piano, piano et clavecin électrique, orgue, mellotron et autre celesta, excusez du peu) sont de la partie, 'Another Place' est un vrai beau voyage qui respire une classe toute anglaise et aux textes à la mélancolie comme sereine.
Sorti chez les toujours délicieux Loose Music - label précieux dont on
oublie trop souvent (et moi le premier) de célébrer les sorties -, aidé dans son œuvre par, entre autres, l'australienne Emma Swift (avec qui Danny George Wilson reprend en duo I Would Be in Love (Anyway) de Frank Sinatra), Gerard Love de Teenage Fanclub et Jeff Tweedy de Wilco (tous deux sur We've Got a Lot to Learn), 'Another Place' est le genre de disque franchement impeccable, aux mélodies soignées, dont les écoutes confirment chaque fois un peu plus la beauté. Et qui donc s'ouvre merveilleusement bien. (Sortie : 15 octobre 2021)
Trois chansons de 'Another Place' de Danny George Wilson en écoute. A tout seigneur tout honneur, débutons par Lost Future, qui ouvre donc parfaitement l'album (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer et Youtube). Puis Right Place, qu'on jurerait chantée par Vic Chesnutt. Et enfin le poppy Heaven for Hiding :
Trois clips de 'Another Place' de Danny George Wilson : We've Got a Lot to Learn (la chanson où viennent dire bonjour Gerry Love et Jeff Tweedy), Heaven For Hiding et I Wanna Tell You et ses faux-airs de Mercury Rev :
Petite douceur charmante et charmeuse, voilà 'One Hand On The Steering Wheel The Other Sewing A Garden', le second album de la canadienne Alexandra Levy qui officie sous le nom de scène d'Ada Lea. Une jeune femme qui chante d'une voix particulièrement séduisante, parfois un peu désabusée, où transpire la mélancolie.
Cette voix, Ada Lea la balade sur des textes qui racontent des histoires (sans doute les siennes), pleines de douleurs et d'espoir, de tristesse et de nostalgie, de violence et d'amertume. Elle les conte comme si elle ouvrait son journal intime et décidait à nous dévoiler son contenu. Il faut l'entendre raconter ces soirées ratées, ses passions, ses blessures intimes et physiques (« If there’s one thing I’ve learned there’s a term called resilience and I hope to recognize it next time in the face of violence » sur Violence), ses amours passées (« I just found the letter dated august 2nd the one you sent that summer saying this is how you see it we’re either growing apart or growing together »sur Saltspring) ou perdues (« My love for you is real not like any other love and I wanted so badly for you to feel it like I did» sur My Love 4 U Is Real), ses pertes d'espoirs (« every year is just a little bit darker, then the darker gets darker, then it's dark as hell » sur Damn) ou ses projets pleins d'espoirs (Writer In NY).
Ces textes, Ada Lea sait aussi les mettre en musique. Entre folk et pop, rock et presque wave (Can't Srop Me From Dying) avec quelques guitares qui slide doucement, une ambiance soulful par moment et même l'ombre de Jackson C. Frank qui plane sur le très simple Saltpring, cet album s'avère être une bien belle découverte, et qu'on pourra aisément rapprocher de ceux de quelques grandes artistes féminines de ces dernières années, et placer dans le même panier.
D'ailleurs, ces rapprochements avec la fine fleur de la scène actuelle n'ont rien d'étonnant quand on sait que le producteur de 'One Hand On The Steering Wheel The Other Sewing A Garden' (Marshall Vore), la batteuse (Tasy Hudson) et le bassiste (Harrison Whitford) travaillent avec Phoebe Bridgers ; que Burke Reid (qui s'est occupé du mixage) a travaillé sur les albums de Courtney Barnett et Julia Jacklin (on pourra d'ailleurs rapprocher le Body de cette dernière au Hurt d'Ada Lea) ; que Johanna Samuels (dont l'album 'Excelsior!' sorti au printemps vaut plus que l'écoute) vient faire quelques choeurs sur trois titres (Damn, Writer In NY et Hurt). Et c'est pour ne citer qu'eux, tant le personnel qui a participé à cet album est important.
Mais n'allez pas croire qu'il faille résumer Ada Lea à une simple copie de Phoebe Bridgers ou Julia Jacklin. Il y a trop de talent dans ses compositions, trop de beauté dans son timbre et trop de personnalité dans ses textes pour ça. 'One Hand On The Steering Wheel The Other Sewing A Garden' en est la plus belle preuve. (Sortie : 24 septembre 2021)
Plus : 'One Hand On The Steering Wheel The Other Sewing A Garden' d'Ada Lea est en écoute sur sa page bandcamp 'One Hand On The Steering Wheel The Other Sewing A Garden' d'Ada Lea est à l'achat sur sa page bandcamp 'One Hand On The Steering Wheel The Other Sewing A Garden' d'Ada Lea est en écoute, notamment, sur Spotify et Deezer
Trois chansons de 'One Hand On The Steering Wheel The Other Sewing A Garden' d'Ada Lea en écoute. Le soulfulDamn (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer et Youtube), le magnifique Partner et le simple et optimiste Writer In NY :
Quatre chansons de 'One Hand On The Steering Wheel The Other Sewing A Garden' d'Ada Lea ont été clippées. En voilà trois : Damn, Hurt et Can't Stop Me From Dying :
Il y a des disques qui reviennent de loin et dont l'existence ne tient qu'à un fil. Moins légendaire, il y a les disques qui viennent de loin. 'Heaven and Holy' est de ceux-ci. Premier album de Painted Shrines (duo composé de Jeremy Earl et Glenn Donaldson), il a été enregistré en 2018 avant d'être remisé au placard, le temps pour le premier de travailler sur le nouvel opus de Woods (dont il est le chanteur), et au second de lancer la si belle aventure The Reds, Pinks And Purples. Et puis la pandémie, les confinements, ont retardé à nouveau l'affaire.
C'est donc trois ans plus tard que ces douze morceaux (sept chansons, cinq instrumentaux) de l'époque voient le jour. Tout juste ont-ils été embellis de la basse de Jeff Moller (Papercuts) a postériori. Et le résultat est bluffant.
En moins de trente minutes, les deux comparses proposent une sorte de folk-rock pysché lové dans les bras d'une indie-pop de belle facture, où les guitares s'en donnent à cœur joie sur un tempo lent et où les élans de voix de Jeremy Earl sont saisissants de beauté. On pense ici beaucoup à la musique de la fin des années 60 et au début des années 70. On pense aussi beaucoup à Love, le groupe de feu-Arthur Lee, sur quelques passages (formidable Fool). Et malgré ces évidences, difficile de dire qu''Heaven and Holy' est anachronique dans le panorama musical actuel tant cet album est avant tout intemporel.
Pugnace autant que touchant, sensible et dans le même temps nerveux, remplis de mélodies merveilleuses à bien des égards (Gone ou Moon Will Rise pour ne citer qu'elles), et à la production ample et dont l'écho donne à l'ensemble une consistance imposante, ce premier album des Painted Shrines est en tout cas une sorte de parenthèse enchantée et un petit délice d'indie-pop. Le monde étant ainsi fait, pas dit que
l'époque s'entiche de ce 'Heaven and Holy'. Mais il y a fort à parier qu'il deviendra un de ces trésors cachés ou oubliés qu'on aime à déterrer des années plus tard, en s'enthousiasmant à raison de ses mélodies et de ses chansons, et en se demandant comment on a bien pu passer à côté. (Sortie : 5 mars 2021)
Trois chansons de 'Heaven and Holy' de Painted Shrines en écoute aujourd'hui. Fool pour ouvrir le bal (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer et Youtube). Puis Moon Will Rise. Et enfin, Gone :
Rythmique martiale. Cuivres puissants et profonds sans être pompeux. Des chœurs en fond qui semblent invoquer le ciel. Trombones qui viennent les aider dans leur quête d’absolu. Quarante-sept secondes viennent de s’écouler, il reste près de 5 mns à cette chanson d’ouverture pour dérouler sa classe et Little Simz a déjà envouté son monde. Le tout sans chanter. Sans poser le moindre vers. Sans envoyer le premier flow.
Le morceau s’appelle Introvert. Il lance le quatrième album de la londonienne, 'Sometimes I Might Be Introvert', qui vient de sortir. Il est fou. Imposant. Le genre de titre qui ouvre tous les horizons et sanctuarise l’écoute des 59 mns restantes. Car à cette introduction massive, l’anglaise dégaine quelques notes souples et légères de guitares qu’elle ajoute à l’ensemble déjà en place avant de commencer à rapper. A la fin de la chanson, Little Simz a déjà gagné.
Pour ainsi dire, beaucoup à sa place se seraient arrêtés là, se seraient contentés de ce titre qui assomme tout pour ne combler le reste de 'Sometimes I Might Be Introvert' qu’avec des morceaux de remplissage. Sauf que Little Simz n’est pas du genre à galvauder une chanson aussi puissante, aussi bien écrite, aussi personnelle (« I dedicate my life and gave my heart over twenty-something years, left wondering how I even feel, but was it even worth it? ») et dans le même temps aussi universelle (« I’m a black woman and I'm a proud one »).
Alors, pendant l'heure suivante, elle va rester au niveau. Et balader ses chansons et ses textes (autant politiques que personnels donc) et ses humeurs entre hip-hop et jazz, soul et neo-soul, r’n’b et pop, rap et afrobeat. Pour mieux appuyer ses propos, Little Simz va même convoquer beaucoup de fantômes,
qu'elle s’approprie pour le meilleur. Un peu de Minnie Riperton
par-ci, du Lauryn Hill par là, quelques effluves de Stevie Wonder et de
la soul des 70s (le seul sample revendiqué de l’album, sur Two Worlds Apart, est d’ailleurs un titre de 1975, The Agony and The Ecstasy
de Smokey Robinson), ou encore de Ms. Dynamite, autre géniale anglaise,
auteur d’un coup de force en 2002, dont elle ne se remettra jamais
vraiment.
C'est peut-être ce qui est le plus fort chez Little Simz sur 'Sometimes I Might Be Introvert' : avoir réussi à dépasser une chanson aussi puissante qu'Introvert. D'avoir su s'en départir pour mieux s'en servir comme rampe de lancement et ne pas plier sous son poids. Car avec ses orchestrations chiadées et ambitieuses, plutôt cinématographiques d'ailleurs et aux atours de comédie musicale ; avec ses interludes bienvenus et qui ne
sont pas là par hasard tant ils sont un vrai socle à l'ensemble ; avec ce flow
sûr et qui tape juste et fort ; sa pochette magnifique qu’on dirait
inspirée par Grace Jones ; Little Simz frappe fort et juste avec 'Sometimes I Might Be Introvert', disque dingue, cohérent et dont les 19 titres transpirent d'une classe folle. (sortie : 3 septembre 2021)
Plus : 'Sometimes I Might Be Introvert' de Little Simz est à l'achat sur son site officiel 'Sometimes I Might Be Introvert' de Little Simz est, notamment, à l'écoute sur Spotify et Deezer
Trois chansons de 'Sometimes I Might Be Introvert' de Little Simz en écoute aujourd'hui. A tout seigneur tout honneur, débutons donc par l'immense Introvert, qui ouvre l'album (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer et Youtube). Puis I Love You, I Hate You, sublime chanson où Little Simz évoque ses relations avec son paternel. Et enfin How Did You Get Here, tout aussi magnifique :
Trois clips tirés de 'Sometimes I Might Be Introvert' de Little Simz : Introvert, aussi puissant que la chanson, Woman (feat. Cleo Sol) et Point And Kill (feat. Obongjayar) :
« Merlynn Belle, was the music they wanted to be making all along but didn't know until it happened accidentally ». Voilà comment les Tele Novella décrivent leur nouvel album et expliquent, en creux, les raisons de leur disparition totale des radars - si ce n'est médiatiques, au moins indie.
Né à Lockhart au Texas, repositionné à Austin depuis, Tele Novella est en effet un groupe qui aime prendre son temps. Qui se cherche. Ou réléchissait tout simplement à son nouveau départ. Quatuor devenu duo (Natalie Ribbons au chant, Jason Chronis à la musique), il aura laissé s’écouler cinq longues années entre son premier album, 'House of Souls', et le deuxième, 'Merlynn Belle'. Mais qui pourra y trouver à redire ?
Pas grand monde sans doute à l’écoute de cette seconde fournée tardive. Car il s'agit là d'un sublime album pop et surtout un disque hors du temps. Du genre qui se balade au bras d’une country-folk de cent ans d’âge pour mieux la quitter et retrouver le sillon creusé par la pop de Stephin Merritt et de ses Magnetic Fields ; non sans avoir auparavant fait un crochet par les années 20, les plaines désertiques et les cabarets de l'époque du far-west, le salon d’un noble du XVIIè siècle amateur de musique de chambre ; ou plus simplement fricoté avec les fantômes de Lee Hazlewood et du Brian Wilson de 'Pet Sounds'.
Vous rêviez de synthétiseur ? Désolé mais Tele Novella les a bradés contre un harmonium. Vous vouliez du psyché ? Oubliez cette idée, prenez à bras le corps ces saynètes pop qui résonnent autant de guitare que d’autoharpe et de vibraphone, et plongez dans ces chansons d’un autre âge mais sacrément actuelles.
Car oui, si 'Merlynn Belle' est un disque que l’on pourrait qualifier de vintage, il n’est en rien daté. Porté par les mélodies soignées de Jason Chronis, et chanté divinement par Natalie Ribbons,
merveilleusement conteuse tout du long, pleine d’harmonies dans la voix, s'il puise certes son inspiration dans de nombreux passés, la production do it yourself, la qualité des arrangements, des textes et
de l’agencement de l’ensemble rendent 'Merlynn Belle' incroyablement moderne. Un disque magnifique de pop de la part de Tele Novella, pas vraiment d'aujourd'hui sans être totalement d'hier. Hors du temps en somme. (Sortie : 5 février 2021 )
Trois chansons de 'Merlynn Belle' de Tele Novella en écoute aujourd'hui.Le single évident Paper Crown (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer et Youtube), le délicat Desiree et It Won't Be Long, qui aurait été comme un gant à Stephin Merritt :
Plusieurs clips ont été réalisés pour ce 'Merlynn Belle' de Tele Novella. En voici trois : Technicolor Town, Paper Crown, Words That Stay :
Annoncé sous les meilleurs auspices à la fin de l’année dernière par un Struggle qui immédiatement faisait mouche avec sa mélodie simple et la délicatesse de tout ce qui l’entourait, 'The Wide, Wide River' est bien plus qu’un simple nouvel album de James Yorkston. Car pour fêter ses 20 ans de carrière, l’écossais diablement aimé dans ces pages, dont la carrière n’est jalonnée que de finesse, de chansons belles à pleurer et de folk lumineux, n’a pas fait dans la demi-mesure. Oui, après tant d’années, James Yorkston arrive encore à surprendre. Certes, il y a déjà le trio qu’il forme depuis quelques années avec le contrebassiste anglais de jazz Jon Thorne et l’indien Suhail Yusuf Khan sous le nom Yorkston/Thorne/Khan, déroutant de prime abord mais plus que délectable. Mais il y a surtout ce nouvel album 'The Wide, Wide River'.
Un disque qui semble être arrivé par accident ou par magie. Une sorte de miracle inattendu, tant il aurait pu n’être qu’un album folk de plus, où les mélodies de James Yorkston auraient sans nul doute fait mouche, mais où l’ensemble n’aurait pas renversé la table. Alors qu’au final, il est bien plus que cela.
'The Wide, Wide River' est un disque enregistré en Suède avec The Second Hand Orchestra grande confrérie musicale suédoise menée par Karl-Jonas Winqvist et au sein de laquelle on retrouve Peter Morén de Peter Bjorn and John (le tube Young Folks et son sifflement qui a du être utilisé par toutes les émissions de TV du monde, ce sont eux). Un album qui semble avoir été enregistré au débotté, sans idée préconçue : James Yorkston a écrit les chansons, les a jouées devant la troupe de The Second Hand Orchestra avant que la joyeuse bande enregistre, live, et mixe le tout en trois jours seulement.
Et c’est là la force de 'The Wide, Wide River'. Un disque qui n’est pas cloisonné, pas contraint une seconde. Une ligne directrice est donnée au départ, libre ensuite aux musiciens d’en faire ce qu’ils en veulent et d'improviser. Et que ce soit James Yorkston ou The Second Hand Orchestra, tous apportent leur écot à l’œuvre : en faisant débouler, sans que cela soit écrit, quelques accords de guitare folk, quelques notes de violons, quelques ligne de basse, qui tous, plutôt que de désaxer l’ensemble de la chanson, lui donnent une âme supplémentaire.
Prenez Struggle dont il était question plus haut. Cette chanson est autant la synthèse de tout ce que l'on aime chez James Yorkston qu’un excellent résumé de 'The Wide, Wide River'. Une mélodie simple mais tellement bien entourée qu'elle en ressort belle comme jamais. Malgré les nombreux instrument qui viennent donner du leur, il n’y aucun sentiment de surenchère. Non, ce qui vient l’animer et l’habiller est si délicat que tout sonne comme une évidence : cette batterie feutrée, ces notes de violons qui s'occupent de maintenir le rythme tout du long sans être une seconde larmoyantes, ces guitares et cette basse qui ne font jamais dans l’esbroufe ; et ces chœurs, tout en apesanteur et élégance, qui ne viennent qu’appuyer la douceur de la voix de l’écossais.
On pourrait dire la même chose de l'énergique Ella Mary Leather (qui ouvre 'The Wide, Wide River'), du touchant et pénétrant, aux airs de vielle chanson du folklore écossais, A Very Old-Fashioned Blues, ou du diablement efficace There Is No Upside qui voit la bande lâcher les chevaux dans une euphorie folk jubilatoire. Mais on pourrait dire cela de tous les morceaux de l’album. Des chansons que James Yorkston et The Second Hand Orchestra ne semblent pas vouloir quitter tant ils préfèrent continuer à en développer les mélodies, à les agrémenter d’accords inattendus pour mieux les relancer.
'The Wide, Wide River' est un disque absolument majestueux. Du genre de ceux qui respirent le talent, évidemment, le plaisir aussi. Et surtout la liberté. Un album qui fait beaucoup penser à la « Rolling Thunder Revue » en 1975 de Bob Dylan, où le troubadour écumait les routes et les salles nord-américaines pour mieux présenter ses chansons et bien d’autres choses au gré de ses envies et de la multitude d’amis et personnages qui voulaient bien se joindre à lui (de Joan Baez à Mick Ronson, Allen Ginsberg, Roberta Flack, Roger McGuinn ou encore Joni Mitchell). Il régnait sur cette tournée (les live de l’époque sont là pour le prouver) une ambiance folle mais simple, où rien n’était surjoué, où chaque performance se fondait dans les autres et surtout apportait à l’ensemble.
'The Wide, Wide River' est de la même lignée. Un album incroyablement généreux et vivant, plein de superbes chansons que The Second Hand Orchestra habille avec un doigté rare. Mais finalement, c'est James Yorkston qui décrit le mieux ce disque, en quelques simples mots : « this fast-footed, free-wheeling album ». En (belle) roue libre. Cela lui va très bien. (Sortie : 22 janvier 2021)
Plus : 'The Wide, Wide River' de James Yorkston and The Second Hand Orchestra est en écoute sur leur bandcamp 'The Wide, Wide River' de James Yorkston and The Second Hand Orchestra est à l'achat sur leur bandcamp 'The Wide, Wide River' de James Yorkston and The Second Hand Orchestra est en écoute, notamment, sur Spotify et Deezer La Tim's Twitter Listening Party de 'The Wide, Wide River' de James Yorkston and The Second Hand Orchestra est à revivre ici
Trois titres de 'The Wide, Wide River' de James Yorkston and The Second Hand Orchestra en écoute aujourd'hui. Struggle (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer et Youtube) pour débuter. Puis l'énergique There Is No Upside. Et enfin, A Very Old-Fashioned Blues :
Trois clips tirés de 'The Wide, Wide River' de James Yorkston and The Second Hand Orchestra : Struggle, qui montre bien la façon dont a été enregistré l'album. Puis celui d'Ella Mary Leather. Et enfin, à nouveau A Very Old-Fashioned Blues :
Fermez les yeux. Et imaginez. Une scène plongée dans le noir. Un silence total. Rien ne bruisse. D'un coup, quelques volutes de trompette s'élèvent dans la salle. Légères, délicates. Le machino enclenche le projecteur et met l'objet de ce délice sonore au centre d'une lumière diaphane. La mélancolie est prégnante dans ces premiers accords, la pop aussi. Très vite, un piano se joint à ces moments cuivrés : des notes éparses, feutrées, qui semblent baguenauder un temps, avant de prendre plus d'assurance à l'arrivée d'une batterie timide mais qui rapidement s'impose pour prendre l'espace. Le trio trouve ses marques, l'alchimie se crée. Avant que des « lalalala » agiles viennent apporter une touche vocale à cette atmosphère toute cotonneuse.
Les six minutes de jazz aérien de The Sound of Your Voice, Pt.1 viennent de se terminer et le charme du quatuor a déjà agi. La suite de cette promenade en apesanteur se fera sur la même tonalité, sur la même ambition ouatée. Avec toujours la trompette d'Airelle Besson en maitresse du temps et du tempo.
'Try!' fait partie de ces albums dont la beauté vous explose à l'oreille instantanément. Évidemment jazz dans sa couleur et sa conception, il respire la pop par tous les pores. Les morceaux Try! ou le culbuto Patitoune sont des exemples évidents. Mais plus globalement, il y a surtout ces inflexions dans les accords de trompette d'Airelle Besson ; ce touché délicat de Benjamin Moussay sur son piano, qu'il soit électrique ou non ; la voix d'Isabel Sörling, tantôt fredonnant, tantôt chantant, toujours comme en discussion avec la trompette de la cheffe de bande. Quant à la batterie de Fabrice Moreau, jazz en diable, elle épouse avec justesse les contours des divagations de ses trois acolytes.
Mais bien plus que ces questions, bien futiles, d'étiquettes, 'Try!' est surtout un album de musique plein de beauté de la part d'Airelle Besson et de son quartet. Un disque mélancolique sur bien des aspects, sautillant sur d'autres, pas corseté pour un sou et plein d'espace, où les mélodies n'oublient jamais de laisser respirer les chansons. Un voyage gracile et élégant, aérien et sensuel, ardent et allègre. Le
genre de disque qui vous fait vous demander pourquoi vous ne mettez pas
plus de jazz dans votre vie. (Sortie : 5 février 2021)
Trois morceaux de 'Try!' d'Airelle Besson en écoute ce soir. Tout d'abord, The Sound of Your Voice, Pt.1, qui ce papier et surtout l'album (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer et Youtube). Puis Try!, le morceau le plus pop du disque. Et enfin, le délicieux Uranus et Pluton :
Airelle Besson parle de son 'Try!' dans l'EPK ci-dessous :
Qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête de Kìzis ? Et qu’est ce qui a pu bien prendre à Tin Angel Records ? Quelle folie a bien pu pousser tout ce beau monde à publier, en 2021, un album de près de 3h30 ? Oui, 3h23 pour être exact. Trente-six morceaux. Pour un seul album. Car on ne parle pas ici d'une compilation ou d'une réédition gorgée d'inédits, de face-b, de démos et de morceaux live. Non, on parle là d'un album avec un grand « A », dans son acception la plus noble. Une œuvre voulue et conçue comme telle. De 3h23. Et 36 morceaux donc. A l’heure où l’on nous explique que le taux d’écoute ne cesse de se réduire, que l’attention est en chute libre et que la si calibrée chanson de trois minutes vit sans doute ses dernières heures, la question mérite d'être posée. Avant qu'elle ne s'efface au fur et à mesure de l'écoute de ce 'Tidibàbide / Turn' proprement ahurissant.
Œuvre de Kìzis, jeune américano-amérindienne trans (américaine par sa mère, amérindienne de la tribu des Algonquins par son père), ce disque est un album aussi frappant que bouleversant, que ce soit dans sa conception, ses mélodies, ses chansons, son unité, sa facilité d'écoute ou les thèmes qu’il aborde (l'amour, la solidarité féminine, le fait d'être une femme, d'en devenir une, l'ouverture aux autres). Enregistré aux 4 coins du monde (Montréal, Londres, Berlin, Lima et Moosonee dans l’Ontario) - une gageure en 2020 et une folie de plus pour Kìzis, rempli d’invités plus ou moins célèbres (près de 70 au total, qui vont d’un simple chauffeur de taxi rencontré à Montréal à Owen Pallett), 'Tidibàbide / Turn' est un disque protéiforme, chapitré et construit autour des quatre parties du morceau Sister Flower (les quatre déclinaisons comptant pour 50mns du total). Chanté aussi bien en anglais qu'en algonquin, il balaie tout un pan de la musique (actuelle ou non), passant du folk shamanique au trip-hop, de la pop au spoken-word, de la techno au r'n'b, des chants traditionnels au jazz ou à l'electro-pop, que Kìzis mêle de voix célestes, de violons qui volettent comme du néo-classique, et d'arrangements soyeux - quand ils ne sont pas bricolés.
Alors oui, tout n'est pas impeccable sur 'Tidibàbide / Turn'. Il y a quelques morceaux si ce n’est moins inspirés, disons moins marquants - notamment au coeur de l'album. C'est légitime. Logique. Et même implacable : comment voulez-vous tenir le niveau pendant 3h23 ? C'est impossible. Et pourtant, Kìzis tient son cap comme personne, fait passer les titres plus faibles pour des respirations et arrive à embarquer l’auditeur dans sa folle aventure. Le voyage est tel qu’on se prend à imaginer une version visuelle de 'Tidibàbide / Turn' où Kizis déambulerait pendant 3h23 d’un long plan séquence, au son de ses chansons et de ses mélodies, rencontrant tous les intervenants du disque (et bien d’autres), tour à tour, dans une grande balade surréaliste et euphorisée, sans doute expérimentale mais qui n’en resterait pas moins, à l’image de sa musique, très accessible et jamais ennuyeuse.
Car c'est cela qui impressionne le plus sur 'Tidibàbide / Turn'. La plupart des albums de ce type sont souvent trop jusqu'au boutiste dans leur son ou leur ambition pour passionner tout un chacun. Ici, du chant traditionnel Dawemà qui ouvre la danse à Nika qui éteint les lumières 203 minutes plus tard, tout découle facilement. Kìzis balade son monde à coups de piano, de violoncelle, d’alto, de cuivres, de guitares, de saxophones, de boites à rythme et autres éléments plus synthétiques et électroniques, enivre par sa singularité, charme par la vivacité de ses chansons et de ses mélodies et épate par l'homogénéité de sa création.
Reste une grande question : qui aura le temps d'écouter ce disque ? De prime abord, personne. Pourtant, il faudrait. Et il va falloir. Car, rappelons le, on a toujours le temps, il suffit juste de vouloir le prendre et de se l’octroyer. 'Tidibàbide / Turn' et Kìzis méritent qu’on fasse ce choix ; des albums obsédants et aussi ouverts sur le monde et les autres ne courent pas les rues. Et celui-ci est de cet acabit là. Un projet comme ça ne devrait pas tenir une seconde la distance. Devrait se ramasser en route. Et s'écrouler sous le poids de son ambition démesurée. Et puis non. Pas ici. Pas maintenant. 'Tidibàbide / Turn' est un disque monstre. Un disque monde. Un miracle. (Sortie : 12 février 2021)
Exceptionnellement, quatre morceaux en écoute de ce 'Tidibàbide / Turn' de Kìzis (à la sélection réduite, tous ne pouvant être partagés ici). Ouvrons le bal avec Kiss For The Valley (en écoute dans les playlists Spotify, Deezer et Youtube), sorte de grande messe folk pleine de chœurs. Enchainons avec Redbody, superbe chanson d'electro-pop aux violons enivrants. Continuons avec le rêveur et magnifique Tebwewin. Et finissons avec le très dance In Our House :
Difficile d'extraire, si ce n'est un single, au moins une chanson de cet album dantesque. Tin Angel Records et Kìzis ont opté pour Amanda, placé en 15è position de 'Tidibàbide / Turn'. Difficile de leur donner tort :