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vendredi 10 avril 2020

Kiwi Jr. - Football Money [Mint Records / Persona Non Grata]

Demain nous serons le samedi 11 avril 2020. Nous fêterons alors les 25 ans de 'Wowee Zowee', troisième chef d’œuvre consécutif de Pavement, chose loin d'être anodine, surtout lorsque l'on vient de publier 'Slanted & Enchanted' et 'Crooked Rain, Crooked Rain'.

Autre évènement : aujourd'hui sort 'The New Abnormal', le sixième album de The Strokes, groupe qui m'a perdu depuis très longtemps mais dont il faut reconnaitre l'aura, toujours aussi intacte 20 ans après.

Pourquoi parler de ces deux groupes en ouverture de ce papier ? Parce qu'autant Pavement que The Strokes (mais aussi Parquet Courts voire REM, entre autres) sont au cœur de 'Football Money', premier album de Kiwi Jr., groupe, comme son nom ne l'indique pas, canadien et au sein duquel figure Brian Murphy d'Alvvays. Un disque sorti l'an passé chez Mint Records et qui connaît un écho plus mondial avec sa ressortie début janvier chez Persona Non Grata. Une bonne chose qui d'une part m'aura permis de découvrir le disque, et qui surtout lui aura donné une nouvelle - et meilleure ? - exposition, qu'il mérite amplement.

Il y a sur 'Football Money', en dix titres et 27 mns, tout ce que l'indie-rock et l'indie-pop, qu'elle soit power ou jangle, ont de meilleur : des hymnes à fredonner, des mélodies qui accrochent l'oreille, de l'énergie à revendre, des couplets épatants, des refrains qui le sont doublement, des arrivées impromptues de gimmick qui font repartir chaque chanson encore plus haut. Et puis il y a ces paroles ubuesques, délirantes et brillantes, cyniques et sarcastiques, avec ses références à la pop culture (sans que cela soit forcé), avec un vers d'ouverture drôle, qui donne le ton de l'album (« When the SS crashed the party, my favorite band was setting up onstage») et qui n'est pas sans rappeler les premiers mots de We Dance sur 'Wowee Zowee' (« There is no castration fear »).

'Football Money' est en tout cas un disque plein de personnalité, aussi concis qu'efficace, échevelé et fun, réussi et marquant, autant par la qualité de ses chansons et de ses mélodies que par le côté branleur qui s'en dégage. Et à son écoute, je ne peux m'empêcher de penser qu'avec lui, Kiwi Jr. vient sortir le disque que rêvait d'écrire Stephen Malkmus à la séparation de Pavement. (Sortie : 29 mars 2019 / 17 janvier 2020)

Plus :
'Football Money' de Kiwi Jr est en écoute sur la page bandcamp du groupe
'Football Money' de Kiwi Jr est à l'achat sur la page bandcamp du groupe
'Football Money' de Kiwi Jr est également en écoute sur Spotify et Deezer (notamment)

Trois chansons en écoute de 'Football Money' de Kiwi Jr. Gimme More et son shot de pop culture pour débuter (en écoute dans les playlists Spotify, Deezer et Youtube). Puis Murder in the Cathedral (qui ouvre l'album). Et Swimming Pool où les Kiwi Jr. rendent un hommage à Brian Jones :





Trois clips ont été produits pour ce 'Football Money' de Kiwi Jr : Gimme More, Salary Man et Leslie :





mercredi 25 décembre 2019

Purple Mountains - Purple Mountains [Drag City]

J'ai parfois vu passer le nom de David Berman. J'ai plus souvent vu celui de son groupe, Silver Jews, revenir. Mais je ne m'y suis jamais arrêté, quand bien Stephen Malkmus, quand bien même Bob Nastanovich. Alors en août dernier, quand la mort de David Berman a été annoncée, je n'ai pas été spécialement touché. Mais les tombereaux d'hommages, de gens tristes à en pleurer, les témoignages bouleversés disant à quel point cet homme avait marqué leur vie, tout ceci m'a interpellé.

Quelques semaines plus tôt, j'avais écouté le premier album de Purple Mountains, nouvelle formation de David Berman qui revenait après un silence de près de 10 ans (et la séparation des Silver Jews). Une écoute rapide, parmi d'autres, vite expédiée, pas spécialement marquante, qui plus est dans un été qui commençait mal. Et puis est arrivé le 7 août, la tristesse des uns, les pleurs et l'incompréhension des autres. Et Purple Moutains s'est ré-imposé dans mes oreilles ; pour savoir qui était cet artiste qui avait touché et ému tant de personnes. Pour comprendre à côté de quoi j'étais passé passé ces 30 dernières années. En quelques écoutes, la réponse s'est présentée d'elle-même. On appelle ça un choc à retardement.

Car ce disque est d'une beauté transcendante. Par sa musique, indie-pop aux accents country, ses morceaux que David Berman construit et sait embellir au moment du refrain (superbe Nights That Won’t Happen), les fantômes qu'il convie (celui du Range Life de Pavement sur That’s Just the Way That I Feel et Maybe I’m the Only One for Me, deux chansons qui ont la même ligne mélodique,  ceux des Rolling Stones sur She’s Making Friends, I’m Turning Stranger), la chaleur qui se dégage de ses mélodies - avec invariablement une douce mélancolie en arrière-plan -, et la voix de David Berman, des tournures joliment troussées plein la bouche (« Ghosts are just old houses dreaming people in the night »), parfaite pour conter ces histoires empreintes de désespoir et de fatalisme.

Car s'il rend un hommage touchant à sa maman décédée (I Loved Being My Mother’s Son), 'Purple Mountains' est un album où il est question de peine, d'amertume et de tristesse (un sens encore plus aigu depuis le 7 août dernier) : que David Berman parle de sa rupture d'avec sa femme Cassie après 20 ans de mariage (She’s Making Friends, I’m Turning Stranger), de son incapacité désormais à être heureux (Maybe I’m the Only One for Me) ou de la fatalité qui semble l'habiter (« My every day begins with reminders I've been stranded on this planet where I've landed beneath this gray as granite sky. A place I wake up blushing like I'm ashamed to be alive » sur Margaritas at the Mall, tube indie en or massif du disque ; « I spent a decade playing chicken with oblivion, day to day, I'm neck and neck with giving in, I’m the same old wreck I've always been » sur le tristement prémonitoire That’s Just the Way That I Feel). 

Pour autant, le mélange des deux n'en fait un disque dépressif. Non, l'alliage est subtil et penche vers un ensemble d'où s'échappe une touchante mélancolie et une troublante sincérité. Surtout, 'Purple Mountains' est un album somptueux et majeur. Le genre de révérence sublime, à la 'You Want It Darker' de Leonard Cohen. Un disque qui préfigure en quelques sortes les évènements futurs, sans que nous ne nous en rendions vraiment compte sur l'instant. Et qui fait de David Berman un artiste pour lequel on ressent rapidement un amour immodéré - quand bien même (et c'est très perturbant) ce papier n'aurait sans doute jamais vu le jour sans sa disparition. (Sortie : 12 juillet 2019)

Plus :
'Purple Mountains' de Purple Mountains est en écoute sur le bandcamp du groupe
'Purple Mountains' de Purple Mountains est à l'achat sur le bandcamp du groupe
'Purple Mountains' de Purple Mountains est également en écoute sur Spotify et Deezer (notamment)
Beaucoup de beaux papiers ont été écrits suite au décès de David Berman. Mais si vous ne deviez en lire que deux pour comprendre à quel point cet homme touchait les gens, il faut lire ceux de Pauline Le Gall : l'un sur l'album 'Purple Mountains', écrit quelques jours avant son décès. L'autre publié quelques jours plus tard.

Trois chansons de cet album de Purple Mountains. Margaritas at the Mall, tube imparable de l'album (également en écoute dans les playlists Spotify, Deezer et SoundsGood (Apple Music, Qobuz, etc) dans la colonne de gauche de ce blog). Puis Nights That Won’t Happen et son sublime refrain. Et enfin That’s Just the Way That I Feel et son côté prophétique :






Pour finir, les deux clips de cet album de 'Purple Mountains' : Darkness and Cold et All My Happiness Is Gone :





EDIT : On vient de me faire découvrir le très bel éloge de Jeffrey Lewis, quelques jours après la disparition de David Berman, lors d'un concert en appartement. Jeffrey Lewis y parle de Berman, de sa joie de travailler avec lui pour pour concevoir la pochette de 'Purple Mountains', de sa réaction à l'écoute du disque (« It was the saddest most depressed and suicidal record I have ever heard. (...) When you hear this record, this is the work of a guy about to kill himself. The most hopeless depressed record that anybody ever made »), de ses échanges à ce propos avec Berman. Et du dernier message qu'ils se sont envoyés. Cela dure 8mns, c'est touchant au départ, bouleversant au final :



vendredi 15 novembre 2019

Fun Fun Funeral - Everything Is Ok [October Tone Records / Araki Records]

Nouveau venu sur la scène pop lyonnaise et française, Fun Fun Funeral, malgré l'ambition de sa musique, n'est « qu'un » duo, composé de Dean Spacer (anglais de son état, notamment croisé dans Clara Clara) et Clément Sbaffe (une des merveilleuses personnes derrière Satellite Jockey).

Au programme de leur premier album 'Everything Is Ok', une pop faite de bric et de broc (le duo lui même définit sa musique comme de la freak folk et de la weird pop), qui convie au festin beaucoup de fantômes et d'influences : Animal Collective (et notamment Panda Bear) apparait être le plus évident. Mais aussi Arcade Fire, tant les références semblent nombreuses : le nom du groupe, le titre de l'album ('Everything Is Ok' répondant au Everything Now des canadiens) et quelques passages musicaux et vocaux.

Vous en voulez d'autres ? Difficile d'écouter cet album de Fun Fun Funeral sans penser à Deerhunter, MGMT, voire Tunng, (j'ose) MiNORS et surtout The Dodos, Born Ruffians et autres groupes des années 2000 aimant une pop-folk qui mise beaucoup sur les rythmiques qui partent dans le zig et reviennent dans le zag.

Oui, tout ceci fait un sacré name-dropping, mais il y a vraiment un peu de tout cela dans ce 'Everything Is Ok' de Fun Fun Funeral, sans que cela enlève pour autant au groupe sa singularité. Un premier album assez impressionnant, porté par une production aux mille et un détails - organiques -, au canevas mouvant et aux mélodies qui fourmillent d'idées. Décidément, la pop française actuelle s'écrit beaucoup entre Saône et Rhône. (Sortie : 25 octobre 2019)

Plus :
'Everything Is Ok' de Fun Fun Funeral est en écoute sur leur page bandcamp
'Everything Is Ok' de Fun Fun Funeral est à l'achat sur leur page bandcamp
'Everything Is Ok' de Fun Fun Funeral est également disponible sur les pages bandcamp d'October Tone Records et d'Araki Records
'Everything Is Ok' de Fun Fun Funeral est notamment en écoute sur Spotify et Deezer 

Trois titres de 'Everything Is Ok' de Fun Fun Funeral en écoute. Elba Sea pour commencer (également en écoute dans les playlists Spotify, Deezer et SoundsGood (Apple Music, Qobuz, etc). puis Blood Moon. Et le très Seeds :





Le clip de Brazil, le premier single extrait de 'Everything Is Ok' de Fun Fun Funeral :



mardi 29 octobre 2019

Kishi Bashi - Omoiyari [Joyful Noise]

Dans la foulée de l'attaque par les japonais de la base-navale de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, le gouvernement américain, bien aidé par le sentiment anti-japonais qui explosa alors aux Etats-Unis, décida de créer des camps d'internement pour les ressortissants nippons ou les américains d'origine japonaise.

Ce fait assez peu connu de la deuxième guerre mondiale, et pour lequel les États-Unis mirent 46 ans à s'excuser, est la toile de fond de 'Omoiyari', quatrième album de Kaoru Ishibashi, artiste sino-américain qui officie depuis 2012 sous le nom de Kishi Bashi.

Un des disques les plus bien mis en musique de l'année et sans doute l'album « pop » de 2019. Car la plupart des chansons d''Omoiyari' sont emballées avec brillance, touché et délicatesse. Penny Rabbit and Summer Bear, qui ouvre l'ensemble, pose le décor avec brio : une magnifique mélodie, enrobée délicatement de cordes et d'une voix belle, douce, jamais dans l'excès. Tout 'Omoiyari' sera de la même veine. 

Rappelant aussi bien Sufjan Stevens qu'Amandine (formidable groupe suédois dont les deux premiers disques continuent de subjuguer les oreilles de votre serviteur), lorgnant souvent vers une pop de chambre, presque néo-classique, et finissant même par une chanson entre country et traditionnel américain, Kishi Bashi navigue tout au long des 10 titres de 'Omoiyari' dans les eaux d'une pop-folk comme lettrée, où chaque instrument est à une place juste et apporte son écot à la réalisation de mélodies qui ne s’essoufflent jamais.

Avec pour toile de fond ces camps d'internement japonais (les oiseaux en bois peint de la pochette viennent de là-bas), Kishi Bashi déroule ses histoires, souvent d'amour, évoque Franklin Delano Roosevelt ou le Convict Leasing (système pénal du sud des États-Unis, sorte d'esclavage déguisé, qui voulait que chaque condamné soit mis à la disposition d'exploitations ou de plantations privées) ; et met cela en musique à grand renfort de banjo, violoncelle, piano (classique ou électrique), orgue, flute, batterie (plus caressée que frappée), guitare et autre basse, piquant parfois les cordes de son violon comme pour mieux illuminer ses compositions.

Complété début 2020 par un documentaire (réalisé par Kishi Bashi lui-même) racontant le processus créatif qui a amené cet album, 'Omoiyari' (qu'on pourrait traduire par « empathie ») est un très beau disque, parfois flamboyant, souvent touchant et surtout empreint d'une douce mélancolie qui ne tombe jamais dans une tristesse surjouée et fabriquée. (Sortie : 31 mai 2019)

Plus :
'Omoiyari' de Kishi Bashi est à l'écoute sur sa page bandcamp
'Omoiyari' de Kishi Bashi est à l'achat sur leur page bandcamp
'Omoiyari' de Kishi Bashi est également en écoute sur Spotify et Deezer

Trois titres de ce magnifique 'Omoiyari' de Kishi Bashi en écoute. A Song For You pour commencer (également en écoute dans les playlists Spotify et Deezer, et dans la colonne de gauche de ce blog), single évident. Puis Summer of '42 et ses cordes qui vous prennent par le col dès les premières secondes. Enfin, Penny Rabbit and Summer Bear, la chanson qui ouvre l'album de manière merveilleuse :





Voilà les deux très beaux clips tirés de 'Omoiyari' de Kishi Bashi. D'abord celui Marigolds. Puis celui de Violin Tsunami :




Pour finir, un teaser pour le film de Kishi Bashi, qui raconte le processus créatif ayant mené à 'Omoiyari' :


vendredi 18 octobre 2019

Human Don't Be Angry - Guitar Variations [Around7Corners Records]

Projet parallèle né au sortir de 5 albums de très haute tenue (dont certains magistraux), Human Don't Be Angry est une sorte de récréation pour Malcolm Middleton. A tel point même qu'on pouvait penser que ce serait son nouveau projet à temps plein avant que l'ancien taulier d'Arab Strap remette le couvert sous son propre nom et oublie sa nouvelle passion.

Quatre ans après 'Electric Blue', Human Don't Be Angry revient donc aux affaires avec un album au titre explicite : 'Guitar Variations'. Un disque que Malcolm Middleton présente comme ceci : « A mostly instrumental musical fiasco exploring the deadlier side of guitar playing ». Mais de fiasco, il n'est rien - vous vous doutez bien.

Presque totalement instrumental, n'oubliant pas le synthé dans ses compositions, le disque chaloupe entre balades folk un brin habillées (A Little Cheery Upper), quelques parties plus rythmées rappelant tantôt ses années 2000 (Bum a Ride) tantôt ses années 2010 ((Why Can't I?) Dream In Cartoon) et des chansons qui semblent se chercher (You'll Find The Right Note (Eventually)) quand elles ne lorgnent pas vers une sorte d'expérimental en apesanteur (A Piece For Two Guitars).

Avec - forcément - le précieux Paul Savage aux manettes de la production et du mix, ce 'Guitar Variations', sans être le disque de l'année, a un charme évident. Et si on comprend bien la démarche et le concept, le seul regret qu'on peut avoir à l'écoute de l'album, c'est de ne pas avoir plus souvent l'occasion d'entendre la voix de Malcolm Middleton habiller ces compositions (comme sur la très belle et un peu désespérée Come On Over To My Place), tant certaines l'auraient mérité. (Sortie : 1er novembre 2019)

Plus :
'Guitar Variations' de Human Don't Be Angry est en écoute sur la page bandcamp de Malcolm Middleton
'Guitar Variations' de Human Don't Be Angry est à l'achat sur la page bandcamp de Malcolm Middleton
'Guitar Variations' de Human Don't Be Angry est également en écoute sur Spotify et Deezer
 
Enfin, notons que Human Don't Be Angry a sorti durant l'été '(A Prelude) Ep', un disque plus bucolique avec trois compositions qui auraient eu largement leur place sur 'Guitar Variations' (notamment Loved By A Planet). '(A Prelude) Ep' est à prix libre sur le bandcamp de Malcolm Middleton.


Trois titres en écoute aujourd'hui : (Why Can't I?) Dream In Cartoon (également en écoute dans les playlists Spotify et Deezer, et dans la colonne de gauche de ce blog) pour commencer. Puis Come On Over To My Place, très belle chanson où la voix résonne sur la seconde partie. Et enfin, Cynical :





Pour finir, trois clips. Ceux de (Why Can't I?) Dream In Cartoon, Come On Over To My Place et You'll Find The Right Note (Eventually) :






lundi 9 septembre 2019

Tim Hecker - Anoyo [Kranky]

Moins avare que jamais, Tim Hecker continue sa route dans les méandres de la musique électronique, ambiante, expérimentale et pleine de drone. Et vient donner à son très beau 'Konoyo' de l'an passé une suite, 'Anoyo'.

Ce n'est pas la première fois que Tim Hecker propose ce genre, si ce n'est d'opposition, au moins de parallèle entre deux de ses œuvres. Il l'avait fait en 2011 quand, à la suite de la sortie du très beau 'Ravedeath, 1972', il avait publié dans la foulée un Ep, 'Dropped Pianos', sorte de face-claire de son prédécesseur, quoiqu'en dise sa pochette en négatif.

'Anoyo' n'est pas pour ainsi dire l'opposé de 'Konoyo'. Plutôt son complément « acoustique » (avec toutes les réserves qu'il faut, les guillemets sont primordiaux ici). Toujours enregistré dans un temple bouddhiste et avec un groupe japonais spécialiste du gagaku (à savoir, selon wikipédia : « l'ensemble des répertoires de la musique de cour du Japon. Il comprend des répertoires orchestraux, des chants et de la danse, et peut être mis en opposition au zokugaku, la musique folklorique, "populaire" »), 'Anoyo' s'est - un peu - épuré des nappes, du maelstrom musical et de la vapeur de son devancier, mais n'en reste pas moins onirique à souhait.

Faisant la part belle à la mélodie, s'échappant de temps en temps vers des faces plus expérimentales pour mieux retrouver sa ligne directrice sans jamais perdre son auditeur, créant un véritable univers musical dans lequel il fait bon se lover, ce onzième (sans compter ses disques avec Daniel Lopatin et Aidan Baker) album de Tim Hecker est un voyage une nouvelle fois sublime. En constante évolution, le canadien continue de tracer un sillon à nul autre pareil et dont la musique est difficilement catégorisable. Ce mec a tellement de talent à mes yeux que s'il disait que la Terre était carrée, je le croirais sur paroles. Oh wait... (Sortie : 10 mai 2019)

Plus :
'Anoyo' de Tim Hecker est en écoute sur sa page bandcamp
'Anoyo' de Tim Hecker est à l'achat sur sa page bandcamp
'Anoyo' de Tim Hecker est également en écoute sur Spotify et Deezer

Trois morceaux de 'Anoyo' de Tim Hecker en écoute ce jour. Ouvrons le bal avec That World (également en écoute dans les playlists Spotify et Deezer, notamment dans la colonne gauche de ce blog). Puis Step Away From Konoyo. Et enfin Into The Void :






vendredi 23 août 2019

The Gotobeds - Debt Begins at 30 [Sub Pop]

Si 'Debt Begins at 30' était leur premier album, sans nul doute qu'on aurait fait de The Gotobeds (malgré son absence sur la pochette, c'est bien un groupe en « The ») de « next big thing » de la scène rock actuelle. Sauf que ce n'est - donc - pas leur premier disque, mais leur quatrième (et puis on va laisser cette place à The Murder Capital).
Pour autant, le quatuor originaire de Pittsburgh en Pennsylvanie a tout ce qu'il faut pour éclater enfin à la face du monde - ou tout au moins à la face des gens qui aiment l’indie-rock (ce qui réduit le panel et ce chaque année un peu plus). Car 'Debt Begins at 30' a une gueule et de sacrées chansons à revendre.

Sans en être un, ce disque des Gotobeds est presque un concept album. Pas forcément dans les thématiques abordées ou pour la cohérence de l’ensemble, mais plus parce qu’il invite pléthore d’artistes à venir chanter et jouer avec eux, et ce sur chaque chanson - ce qui n'est quand même pas commun dans cette sphère musicale. Et la liste a plutôt un joli relief : il y a bien des membres de groupes inconnus à mon bataillon personnel (Silkworm, Positive No ou Downtown Boys), mais on compte également Joe Casey et Greg Ahee de Protomartyr (et pas sur les mêmes titres), Bob Weston de Shellac et Bob Nastanovich de Pavement (qui, pour toute participation, gueule « Dross » sur la chanson du même nom et a rédigé le texte de promotion de l'album).

D’où un 'Debt Begins at 30' particulièrement divers, qui garde une ligne directrice entre punk, post-punk, lo-fi et indie-rock très marqué US - évidemment - où les guitares sont à la fête, mais qui s’échappe un peu de partout, allant piocher l’inspiration chez les Pixies (2:15), Parquet Courts (Poor People Are Revolting), Pavement et avec tout du long un côté Sonic Youth et Wire du meilleur effet. 

Pour autant, cet album de The Gotobeds n'a rien d'une « compilation ». Très bien produit, sans titre faible (même la version alternative, en espagnol, de la chanson Debt Begins at 30 n'est en rien une redite), n'oubliant jamais les mélodies, doublant souvent les voix pour donner encore plus de corps aux chansons, 'Debt Begins at 30' est avant tout un putain de disque rock, dans toutes ses acceptions, plein de guitares acérées et de morceaux qui ne demandent qu'à être des tubes. Il ne reste plus qu'à souhaiter à ces presque trentenaires d'avoir, plutôt que des dettes, la reconnaissance qu'ils méritent. (Sortie : 31 mai 2019)

Plus : 
'Debt Begins at 30' de The Gotobeds est à l'écoute sur leur page bandcamp
'Debt Begins at 30' de The Gotobeds est également à l'achat sur leur page bandcamp
'Debt Begins at 30' de The Gotobeds est à l'écoute, notamment, sur Spotify et Deezer
A noter que The Gotobeds viendront présenter 'Debt Begins at 30' en novembre prochain en France, à La Boule Noire le 18 et au Sonic de Lyon le 19.

Trois chansons de 'Debt Begins at 30' de The Gotobeds en écoute aujourd'hui. Calquer The Hound (qui ouvre l'album) pour commencer (en écoute également dans les playlists Spotify et Deezer, ainsi que dans la colonne de gauche de ce blog). Puis On Loan. Et enfin Bleached Midnight :






Pour finir, voilà deux clips des deux singles extraits de 'Debt Begins at 30' de The Gotobeds : Twin Cities et le très Pixies 2:15 : 




mardi 20 août 2019

The Murder Capital - When I Have Fears [Human Season Records]

Les premiers extraits annonçant 'When I Have Fears' étaient plutôt prometteurs. Mais ils ne présageaient pas d'un tel premier album pour les dubliners de The Murder Capital.

De prime abord, on pourrait comparer ce disque du quintet irlandais à ceux d'Idles ('Joy as an Act of Resistance.') ou de Fontaines D.C. ('Dogrel'), avec qui ils partagent ce post-punk furieux (évidents More is Less ou Don't Cling to Life, les deux titres les plus courts de l'album et sans doute les plus énervés). Mais cela serait bien réducteur et aller un peu trop vite en besogne.

Car The Murder Capital sont bien plus que cela. Et plus les écoutes de 'When I Have Fears' passent, plus l'évidence se fait prégnante. Il y a quelque-chose de « profond », de plus « grand » qui émerge de ce disque. Peut-être est-ce la mort flirtant autour de certaines de leurs compositions (le suicide d'un de leurs amis ayant nourri l'inspiration du disque); peut-être sont-ce ces paroles travaillées et pleines de mélancolies.

Et peut-être - et sûrement même - aussi cela vient de sa musicalité. Produit à la perfection avec une justesse incroyable (le tout est un beau mélange d'agressivité et de rondeur), fourmillant de petits détails et de guitares ne cessant de se renvoyer la balle, 'When I Have Fears' se révèle être un disque extrêmement puissant, qui recèle de beaucoup de choses diverses mais à l'unité sidérante : un je-ne-sais-quoi du Joy Division de 'Unknown Pleasures', des chansons furieuses et d'autres au calme apparent mais à la violence sous-jacente (et qui n'explose pas toujours), des tenues de notes toutes post-rockiennes, des morceaux au carcan brut mais que The Murder Capital arrivent à faire voler en éclat pour y faire rentrer de la lumière (superbe mise à nue de For Everything qui ouvre le disque), des balades crépusculaires (How the Streets Adore Me Now, tant Nick Cave) et même quelques emprunts riffesques au Shine On You Crazy Diamond de Pink Floyd (Slowdance II).

C'est un peu tout cela qui fait de 'When I Have Fears' un album terrifiant de classe. Appelés à faire parler d'eux, The Murder Capital, sans nullement décevoir, sortent un disque assez loin de ce que l'on pouvait attendre, loin de la case dans laquelle on voulait les ranger, mais d'une très grande qualité. Impressionnants débuts discographiques. (Sortie : 16 août 2019)

Plus :
'When I Have Fears' de The Murder Capital est à l'écoute ici
'When I Have Fears' de The Murder Capital est à l'achat ici
'When I Have Fears' de The Murder Capital est, notamment, en écoute sur Spotify et Deezer

Trois chansons de 'When I Have Fears' de The Murder Capital en écoute aujourd'hui. For Everything, la chanson qui ouvre l'album, formidable morceau en deux temps qui se découvre une richesse mélodique dans sa seconde partie (en écoute également dans les playlists Spotify et Deezer dans la colonne de gauche de ce blog). Puis More Is Less, le morceau le plus « Idles » de l'album. Et enfin la superbe balade noire How the Streets Adore Me Now :






Pour finir, les deux clips tirés de ce 'When I Have Fears' de The Murder Capital : Green & Blue et Don't Cling to Life :




vendredi 16 août 2019

Action Dead Mouse - Il Contrario Di Annegare [È Un Brutto Posto Dove Vivere / To Lose La Track / Floppy Dischi / Ideal Crash]

Toujours dans un silence assez assourdissant, les Action Dead Mouse continuent leur petit bonhomme de chemin, parsemé de math-rock, de post-punk et d'hardcore reconnaissables entre mille.

Véritable chouchou de ces pages (j'ai chroniqué toutes leurs sorties, sauf le tout premier), toujours dans la progression et jamais dans la redite, le trio italien originaire de Bologne n'en finit plus d'(e m') épater. 'Il Contrario Di Annegare' (« Le Contraire de Noyade » si l'on doit tenter une traduction littérale) est leur cinquième album, et sans doute pas le moins bon.

Déjà à l'époque de 'Cascata', leur précédent, je m'interrogeais sur quelle place lui donner dans leur discographie, arrivant à la conclusion que c'était sans doute un des meilleurs, un des plus accessibles.

'Il Contrario Di Annegare' fait encore mieux. S'éloignant encore un peu plus de leur math-rock des débuts, ce nouvel album des Action Dead Mouse est peut-être le mieux construit, le plus mélodique mais pas le moins furieux. Post à bien des égards (punk, hardcore et même rock sur certaines montées), il est sans doute la symbiose la plus parfaite de leurs différentes inspirations.

Toujours adepte des ruptures et des fins brutales, Action Dead Mouse fait progresser ses chansons comme jamais, aux travers de boucles (ils se définissent ainsi : « Post Something Loop Orchestra from Bologna, Italy ») qui semblent répétitives - mais qui n'en sont pas. Chaque titre est construit de manière à faire arriver par petites touches - et couches - successives la lumière, pour mieux enflammer ses mélodies, pour mieux redonner du rythme à ses chansons.

Alternant cris et chant presque calme, ramassé comme toujours (7 titres pour 29 minutes), 'Il Contrario Di Annegare' est un disque absolument remarquable, qui s'ajoute à une discographie jusque là aussi impeccable qu’exigeante. Il reste juste dommage que les Action Dead Mouse ne trouvent pas un plus grand écho, au moins médiatique, hors de leur Botte tant ils sont définitivement à mon sens un des grands groupes de la décennie en cours. Chroniquer leur dernier album pour le 1400è papier de ce blog est finalement d'une logique totale. (Sortie : 5 avril 2019)

Plus : 
'Il Contrario Di Annegare' des Action Dead Mouse est en écoute sur leur page bandcamp
'Il Contrario Di Annegare' des Action Dead Mouse est à l'achat sur leur page bandcamp en name your price (pour le digital) et à 13€ pour le LP
'Il Contrario Di Annegare' des Action Dead Mouse est également en écoute (notamment) chez Spotify et Deezer

Trois titres de ce 'Il Contrario Di Annegare' d'Action Dead Mouse en écoute aujourd'hui. Perifrastica Passiva pour ouvrir le bal (en écoute également dans les playlists Spotify et Deezer dans la colonne de gauche de ce blog). Puis Parlare Nel Sonno. Et pour finir, Questa Era Glaciale : 




vendredi 26 juillet 2019

Joseph Fisher - Chemin Vert [-]

'Eureka Street', excellent roman de Robert McLiam Wilson, sorte de mix entre le 'Tortilla Flat' de John Steinbeck et 'The Big Lebowski' des Frères Coen (mais à la sauce irlandaise), s'ouvre par ces mots : « Toutes les histoires sont des histoires d'amour ».

Et ce n'est pas 'Chemin Vert' de Joseph Fisher qui viendra contredire cette vérité. Premier album du parisien, ce disque est, comme l'indique son sous-titre, « une collection de chansons à propos des filles, des salauds et de l'amitié.»

Musicalement, évidemment, l'ensemble est très bien ficelé, avec un trio guitare, basse, batterie, plutôt brut, parfois ascète, d'où s'échappent de belles mélodies, montées sur des structures qui de temps à autres s'extirpent judicieusement du carcan traditionnel de la chanson.
Un tout très anglo-saxon (il ne cite pas sur Chemin Vert les Red House Painters pour rien, et ce n'est pas non plus un hasard qu'il ait tenu la guitare lors du concert de Michael Hiscock de The Field Mice au Paris PopFest l'an passé), au plus fort sur Désordre ; mais où l'on retrouve tout de même quelques traces du Miossec des débuts.

Toutefois, l'atout principal de 'Chemin Vert', ce sont les textes de Joseph Fisher. Car ils touchent au plus profond. Rarement il m'a été donné l'opportunité d'écouter un disque parlant aussi bien des affres de l'amour, des ruptures, des déceptions, parfois des joies, de la mise à mort d'un sentiment et de tous les questionnements inhérents à ce genre de relations humaines.

En trouvant souvent le mot juste, en ne sacrifiant jamais ses rimes à une facilité d'écriture, Joseph Fisher est brillant, qu'il évoque les sentiments non-réciproques (« Toi tu voudrais bien vieillir avec moi mais dans 20 ans, moi je voudrais que ça commence maintenant » sur Je Ne Suis Pas Gentil), les plans culs qui n’en sont jamais vraiment (« Pour un garçon si détaché tu as souvent les larmes aux yeux », « Mais je vois que ton cœur se serre quand je me vais au bras d’un autre », « Tu ne trompes personne - je suis partageur et partagé - tu sais que c’est faux - je suis partageur et partagé - ce ne sont que des mots », « Combien de temps encore faudra t-il faire comme si nous faisions fi des conventions? » sur Partageur et Partagé) ou les douleurs d’une séparation (« J’ai toute ma tête mais mon cœur saigne et vient mourir aux portes de ton corps » sur Désordre).

Mieux encore : de toutes les chansons parlant de la douleur de la séparation et de la douleur qui ne veut pas diminuer, c'est sans nul doute le Cup of Coffee de Garbage qui a toujours eu ma préférence, tant le titre écrit par Shirley Manson est d'une justesse folle. La chanson titre Chemin Vert est du même acabit. Sans doute apogée de l'album, Joseph Fisher y questionne au plus près le sentiment amoureux et surtout sa perte. L'histoire d'un homme qui revient sur les pas d'une ancienne relation, dont il se rappelle les débuts (« Tu me recevais nue et fumant dans ton lit. J’y restais le dimanche, parfois jusqu’au jeudi »), la passion qui s'emparait d'eux (« comme nos deux peaux faisaient des étincelles »), le bonheur qui irradiait (« même si cet été là il ne plut pas beaucoup, le ciel ne pleurait plus, il se calquait sur nous »), les projets qui s'amoncellent (« on rêvait aux enfants que l’on aurait plus tard, en voyant ceux des autres gambader dans les squares. Le bonheur pour une fois ne tombait pas des mains, on s’y croyait, on s’y voyait enfin »). Avant que l'on comprenne que c'est l'amour qu'il a perdu et non la compagne, qui elle, a changé (et Joseph Fisher l'explique bien dans l'interview donnée à Sun Burns Out, voir plus bas).

Trente-cinq minutes, neuf chansons : Joseph Fisher livre avec 'Chemin Vert' un panorama intense, plein de doutes, d'espoir, de renonciation, de souvenirs, de manque de courage aussi, le tout porté par de très belles mélodies qui n'arrivent pas à ne pas être mélancoliques. Et au-dessus de tout cela plane l'amour. Oui, décidément, toutes les histoires sont des histoires d'amour. (Sortie : 30 avril 2019)

Plus :
'Chemin Vert' est en écoute sur le bandcamp de Joseph Fisher
'Chemin Vert' est à l'achat sur le bandcamp de Joseph Fisher
'Chemin Vert' de Joseph Fisher est également en écoute sur Spotify et Deezer
La chronique de 'Chemin Vert' de Joseph Fisher par Mathieu Gandin pour Pop News

Trois chansons de Joseph Fisher en écoute. A tout seigneur tout honneur, voilà donc la chanson Chemin Vert, dont j'ai évoqué la beauté juste au-dessus. Puis Partageur et Partagé, seule chanson en duo (avec Albane Honoré) où un couple qui se veut libre ne l'est finalement pas tant que cela. Et enfin le très beau Ville Nouvelle, plein de rêves évanouis :







mardi 23 avril 2019

Wych Elm - Rat Blanket Ep [Post Mortem Records]

Il y a quelques jours de ça, nous fêtions les 30 ans de 'Doolitle', chef d’œuvre absolu des Pixies qui ouvrait avant l'heure les années 90 et en posait les bases.

Trois décennies plus tard, difficile de ne pas voir l'ombre de la bande à Black Francis et Kim Deal flotter au-dessus de 'Rat Blanket', premier Ep de Wych Elm, groupe de Bristol. Un quatuor (3 garçons et une fille, au chant) assez peu disert à son sujet et qui renvoie à chaque fois vers les mêmes informations :  « Wych Elm, after the folktale namesake, birth a macabre string of stories with their ear shredding fragile guitar parts and rattling drums ». Tout un programme.

Ceci dit, cette courte présentation ne ment pas sur le produit. Le nom du groupe vient de l'histoire de cette femme retrouvée morte en 1943 dans le comté de Worcestershire en Angleterre, la main coupée et le corps enfoncé dans le tronc d'un orme blanc (« wych elm » en anglais donc) ; mort que certains attribuent à un rituel de sorcières. Les paroles ne font pas dans le détails elles non plus, tant il est souvent question de douleur - quand il n'est pas question de mort. Enfin, l'adresse du bandcamp du groupe comporte le nombre 666. Bref, autant le dire tout de suite, les Wych Elm ne sont pas venus pour nous conter fleurette.

Et d'un point de vue purement musical ce 'Rat Blanket Ep' ? Indie/alt rock fin 80s/début 90s au programme mais surtout Pixies donc - et Breeders, forcément - pour l'essentiel. Et dès la chanson d'ouverture, Monkey Jaw (tiens, un  « monkey » là aussi), les références sont évidentes ; que ce soit sur le rythme, la façon de construire leurs morceaux, de faire sonner leurs guitares, de faire durer leurs chansons (7 titres en 14 mns, you do the maths) ou ses nombreuses allusions à la religion, tel Black Francis sur 'Doolittle'.

Composé de sept chansons (quatre singles déjà publiés, tous ré-enregistrés, et trois nouveautés, laissant juste de côté un Bag of Worms qui aurait peut-être mérité d'y être), 'Rat Blanket Ep' est une longue montée vers de beaux - et macabres - sommets où l'on retrouve les deux meilleurs titres aux toutes dernières positions : School Shooter, leur excellent premier single sorti en 2017 et qui avait eu son petit succès (c'est triste à dire mais on en est là : plus de 100 000 écoutes sur Spotify) et Susan Smith, ses paroles terrifiantes, sa mélodie et son chant désespéré (« Why'd you do this to me, as your baby, you made me, you made me »), climax et clôture d'un Ep de très haute volée.

Car puissant, cohérent, homogène, inspiré, court, incisif et à la belle mélancolie sauvage, 'Rat Blanket Ep' frappe fort. Et place les Wych Elm en très bonne position de la course à la prochaine révélation - si tant est que cela ait un quelconque intérêt. (Sortie : 22 mars 2019)

Plus :
'Rat Blanket Ep' de Wych Elm est à l'écoute sur leur bandcamp
'Rat Blanket Ep' de Wych Elm est à l'achat sur leur bandcamp
'Rat Blanket Ep' de Wych Elm est à l'écoute, notamment, chez Spotify et Deezer


Trois chansons de 'Rat Blanket Ep' de Wych Elm en écoute ce jour. Susan Smith pour commencer (également en écoute dans les playlists Spotify / Deezer et dans la colonne de gauche de ce blog), Puis School Shooter, autre single évident (je vous laisse imaginer de quoi il est question). Et enfin Woman :





Pour finir, deux chansons en un clip avec le diptyque qui ouvre 'Rat Blanket Ep' de Wych Elm, Monkey Jaw et Help Me :




mardi 9 avril 2019

The Stroppies - Whoosh [Tough Love]

Disons le clairement : 'Whoosh' n'est pas un disque de son époque. Oh, non pas qu'il soit rétro ou qu'il baigne dans des influences de cinquante ans d'âge. Non. Simplement, ce premier effort de The Stroppies, quatuor de Melbourne (composé de Gus Lord, Rory Heane, Claudia Serfaty et Adam Hewitt), n'a pas l'immédiateté que réclame l'époque actuelle pour faire d'un disque ou d'une chanson un succès.
Car quand après 34 minutes, les dernières notes de Switched On s'éteignent, 'Whoosh' a tout sauf l'allure d'un album prêt à rester dans les mémoires. Pour autant, il ressort de cette première écoute une envie bizarre, presque un besoin : celui de la relancer. Comme si cet anecdotique disque de prime abord pouvait être bien plus que cela. Comme si une voix nous disait que derrière ces 10 chansons, il y avait quelque-chose en plus. D'impalpable.

Les écoutes suivantes vont confirmer le sentiment que 'Whoosh' de The Stroppies a quelque-chose que les autres n'ont pas. Et qu'il n'est pas un énième album lambda comme il en sort tous les jours - et pas que le vendredi.

Déjà ils ont des mélodies. Elles ne sont pas forcément immédiates, mais dès qu'elles se sont insinuées dans votre oreille, il est difficile de ne pas les remarquer (My Style, My Substance pour ne citer que cette chanson). Et puis ce côté slacker (branleur certes mais pas trop) et lo-fi (le fait que le disque ait été enregistré en deux jours, faute de moyens supplémentaires, explique sans doute cela) et qui donne aussi bien du corps, de l'unité qu'une vraie ambiance à l'ensemble. Et puis ce côté Sonic Youth, le côté noise en moins, le côté pop en plus. Et puis ces deux voix (une féminine - qui rappelle par moments d'ailleurs celle de Kim Gordon -, une masculine) qui se partagent le chant. Et puis cet accent qui fait parfois penser qu'ils ne chantent pas dans leur langue maternelle. Et puis ces claviers presque cheaps mais diablement mélodiques qui rappellent Mates of State. Et puis le combo guitare-basse qui ne s'énerve jamais trop. Et puis cette production étouffée. Et puis. Et puis.

Et puis encore plein de choses au final qui font de cet album de The Stroppies une des meilleures choses entendues cette année. Écoutez-le, prenez votre temps : ce diable de 'Whoosh' est un disque discret, un peu timide et qui ne se livre pas facilement. (Sortie : 1er mars 2019)

Plus :
'Whoosh' de The Stroppies est à l'écoute sur la page bandcamp du groupe
'Whoosh' de The Stroppies est à l'achat sur la page bandcamp du groupe
'Whoosh' de The Stroppies est également en écoute sur Deezer et Spotify

Trois chansons de cet album de The Stroppies en écoute aujourd'hui. My Style, My Substance (en écoute également dans les playlists Spotify et Deezer, dans la colonne de gauche de ce blog) pour commencer, sans doute la meilleure chanson de 'Whoosh'. Puis First Time Favourites, histoire d'avoir quelques claviers. Et enfin Nothing at All, la chanson qui ouvre le disque : 

 



 

'Whoosh' de The Stroppies a déjà trois singles à son actif. Trois chansons (et pas les plus dégueulasses : Entropy, Nothing At All et Cellophane Car) qui ont également droit à leurs clips :