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jeudi 16 décembre 2010

Current 93 – Baalstorm, Sing Omega [Coptic Cat]

Début juin 2010 : Current 93 sort son nouvel album ‘Baalstorm, Sing Omega’, un an presque jour pour jour après son chef d’œuvre terrifiant ‘Aleph at Hallucinatory Mountain’.
Les chroniques commencent à tomber. Elles ne sont pas positives : elles sont dithyrambiques (lire celles de Mmarsu et de Benjamin). Mais rien n’y fait : je repousse et repousse l’écoute de cet album. Par peur d’être déçu.

Début décembre 2010 : Je me jette enfin à l’eau. Et après avoir écouté les 50 minutes qui composent ‘Baalstorm, Sing Omega’, j’en ressors tout abasourdi, transi que je suis d’avoir écouté une œuvre majeure, aussi bien de l’année 2010 que de la discographie de Current 93.
Un an après avoir écrit la bande originale de la fin du monde avec ‘Aleph at Hallucinatory Mountain’, le furieux David Tibet prouve qu’il a toujours plus d’une composition à son arc cachées dans son esprit torturé.

‘Baalstorm, Sing Omega’ est l’exact opposé de son prédécesseur. Sa face claire. Positive. Son yang en quelque sorte. Car bien que toujours porté par la voix hallucinée de David Tibet, cet album est lumineux, entre psyché-folk, psyché-pop et un piano même pas débraillé comme centre du monde. Un album qui sonne finalement comme résolument optimiste, bien qu'en équilibre très précaire et instable tout du long.

Mais plus qu’une suite, ce nouvel album des Current 93 est surtout le prequel d'‘Aleph at Hallucinatory Mountain’. La genèse de l’histoire. Quand tout allait bien, que la vie se déroulait normalement, pleine de cris d’enfants et de soleil à travers les persiennes, quelques minutes avant la désolation et la destruction.

‘Baalstorm, Sing Omega’ est un album sublime, surprenant, moins exigeant et plus facile d’accès que son (et ses) prédécesseur, mais toujours aussi fascinant. Un disque qui montre à quel point Current 93 reste encore aujourd'hui un groupe majeur, tête de proue en 2010 d'une bande de «vieux», responsables de retours fracassants (Swans, The Ex, ce genre de choses).

C’est Dance The Narcotic qui clôt ce ‘Baalstorm, Sing Omega’. Une chanson qui fait le lien entre les deux albums : l’ambiance se plombe, l’orage gronde, les corbeaux croassent au rythme d’un orgue brinqueballant. Et la suite cachée tout au bout en fin de piste accentue encore le propos. La noirceur envahit l’environnement. Le soleil se voile. Le vent se met à souffler. Tout est irrémédiable. Et après ça, le déluge. (Sortie : 28 mai 2010)

Son :
Myspace (une chanson de
'Baalstorm, Sing Omega' en écoute)

Deux chansons en écoute. December 1971 et ses discrets violons puis The Nudes Lift Shields for War, presque pop. (malheureusement plus en écoute)

jeudi 9 décembre 2010

Arandel - In D [InFiné]

Comme je l'expliquais dernièrement, le monde de la musique électronique et moi on s'est un peu perdu de vue, lassé. Ne découvrant plus de disques vraiment bouleversifiant, je l'avais laissée filer comme on laisse filer, non pas une ancienne conquête qu'on aime toujours (l'électro n'a jamais été mon terrain de prédilection) mais plus comme un vieil ami dont les attentes ne sont pas les mêmes que les nôtres.

Et puis est arrivé InFiné et Arandel. Le premier est le label d'Agoria (homme de goût s'il en est) naviguant entre Lyon et Berlin. Le second est, avec son premier album 'In D', la surprise bien plus qu'electro de l'année.

Arandel est quelqu'un de mystérieux qui garde pour l'instant l'anonymat. Tout au plus peut-on s'imaginer à voir la pochette de l'album que c'est une personne qui dort peu et qui porte la raie au milieu - ce qui aujourd'hui reste une hérésie, convenons en. Car à part ça, rien.

Mais au final, à dire vrai, on s'en fiche un peu de connaître son identité: sa musique parle pour lui. Entièrement composée sans sampler et autres outils électroniques classiques mais via des instruments traditionnels, elle semble pourtant on ne peut plus organique. Comme quoi…

Il y a sur 'In D' une vraie recherche sonore et une grande ambition artistique. Le tout aurait pu donner un album de m'as-tu vu? Ce n'est au final rien d'autre qu'un grand album d'électro minimale, au touché pop voire electro-rock par moments, le tout enroulé de cordes qui savent se faire faire attendre pour mieux ensuite sublimer leur propos.

Bien que dégageant une grande mélancolie, 'In D' est bizarrement un album chaleureux dont le son très rond est une invitation à l'écoute. Et telle une drogue insidieuse, il est très difficile après y avoir goûte de se passer de ces neuf compositions à la beauté fulgurante.

J'ai mis du temps à savoir comment parler de ce premier album d'Arandel. Ma culture de la musique électronique est trop mince pour me permettre de l'analyser plus en profondeur. Retenez donc juste que 'In D' est un album renversant, intelligent, cohérent (il s'écoute vraiment d'une traite) et profondément «réel». Et qu'à mon petit niveau, ça faisait un moment que je n'avais pas été à ce point touché par un disque qui se veut électro. (sortie: 28 juin 2010)


Benoit, Berlin2Barcelona, Benjamin ou MilleFeuille ont aimé et parlent très bien (et en profondeur) de cet album d'Arandel. A lire!

Son:
Myspace (Cinq morceaux de 'In D' en écoute)
Page officiel chez InFiné

On peut se procurer le premier album d'Arandel pour 9.99€ directement sur le site d'InFiné, en cliquant ici.

Deux morceaux en écoute. #1 qui ouvre 'In D' et pose le décor et #7, meilleur morceau de l'album, dont la justesse est franchement renversante. (malheureusement plus en écoute).

Et pour finir, la vidéo d'Overture, sorte de bande-annonce dirons-nous de ce 'In D' :



jeudi 25 novembre 2010

Nina Nastasia - Outlaster [Fat Cat]

Ce matin, j'ouvre ma boite mail et le premier message sur lequel je tombe est sans appel: « Nina Nastasia UK Tour Dates CANCELLED ». Raison invoquée? Des problèmes de santé. Sûrement donc.

Mais malgré ça, on sent poindre derrière tout ça (et le maintien de dates en Allemagne ou en Autriche n'est pas étranger à cette sensation) une sorte de fatalité bien plus grande: celle que Nina Nastasia n'a pas réussi à remplir les salles anglaises. Et qu'il valait mieux pour elle (et son tourneur) annuler plutot que jouer devant 25 personnes accoudées au bar.

Cette sensation est frustrante. Car Nina Nastasia est une des songwriters les (la?) plus talentueuses de la scène actuelle (et ça commence à faire un moment) et qui construit, album après album, une discographie de très haute tenue (voir ici et là). Son dernier opus 'Outlaster' est d'ailleurs là pour le prouver.

S'inscrivant dans la lignée de ses prédécesseurs, celui-ci est un beau et sombre album d'où se dégage une dimension théâtrale qu'on ne connaissait pas tellement chez l'ancienne protégée de feu John Peel.

L'impression est notamment due à cette orchestration très fine, pleine de cordes, de cuivres et de batterie caressée avant d'être violentée. On croirait entendre des chansons tirées d'un opéra (You're a Holy Man), presque baroque par moments (What's Out There), tout en flirtant presque avec les orchestrations de genre (This Familiar et son violon qui pleure toutes les larmes de ses cordes) où tous les instruments virevoltent ou dépriment sous la plume empreinte de mélancolie de Nina Nastasia, le tout avec un joli lyrisme.

Toujours accompagné de sa guitare, toujours entouré du fidèle Steve Albini à la production, et accompagnée cette fois de (notamment) Jeff Parker de Tortoise, Nina Nastasia continue son petit bonhomme de chemin, bon an mal an, bon gré mal gré, en recevant quelques discrets lauriers de la part des médias.

Quant au public, il lui réserve toujours la même indifférence, souvent totale, au mieux polie. Un public qui, à mes yeux, ne se rend pas compte de tout le talent qui réside dans les doigts et dans les mains de Nina Nastasia, songwriter émérite. Incomprise. Et qui vient avec 'Outlaster' de peut-être sortir son plus bel album. Et sûrement son plus ambitieux. (sortie: 7 juin 2010)

Quelques autres chroniques, plutôt dithyrambiques, chez Pop News, Mmarsu, Fab.

Son:
Myspace (Deux chansons de
'Outlaster' en écoute)


Toutes les paroles d'
'Outlaster' sont disponibles (et dans un élégant format) sur la page officielle de Nina Nastasia sur le site de Fat Cat. Cliquez ici!


Deux chansons en écoute:
This Familiar et ses cordes à tomber; puis Outlaser qui clot l'album du même d'une façon merveilleuse. (malheureusement plus en écoute)

Pour finir, la première vidéo officielle de Nina Nastasia: celle Cry, Cry, Baby, en une prise et superbe :

mardi 19 octobre 2010

Belle and Sebastian - Write about Love [Rough Trade]

A la sortie de 'The Life Pursuit', je me faisais la réflexion suivante: Belle and Sebastian ressemble de plus en plus à un sportif en fin de carrière qui ne sait pas s'arrêter à temps; ou pire, qui revient s'entêter à revenir sur les terrains chercher une gloire malheureusement bien derrière lui.
Bref, Belle and Sebastian depuis presque une dizaine d'années, c'est Michael Jordan qui sort de sa retraite pour aller jouer aux Washington Wizards ou Michael Schumacher qui reprend le volant quatre ans après avoir arrêté et à 40 ans.

Et tout cela est dommage tant leur discographie jusqu'à une moitié de 'Dear Catastrophe Waitress' est quasiment parfaite; Belle and Sebastian se permettant par la même de créer (ou de relancer) un courant musical folk-pop qui trouvera son apogée au cœur des années 2000.

Après un 'The Life Pursuit' catastrophique (groupe en roue libre s'autoparodiant à souhait), j'étais donc prêt à sortir mess plus belles saillies de mon chapeau, prêt à en appeler au split avec la sortie de leur nouvel album 'Write about Love', qui plus est après l'écoute du premier single du même nom.

Sauf que cet album est une chouette surprise. Une production très rondouillarde, un brin synthétique, mais qui leur va bien et un Stuart Murdoch qui partage plus volontiers le micro.
Il y a sur 'Write about Love' de ravissants moments, de très belles compositions (I Didn't See It Coming, The Ghost of Rockschool), d'autres plus dispensables (le premier single donc, mais aussi I'm Not Living In The Real World ou Read The Blessed Pages) ou bizarrement maîtrisés (Little Lou, Ugly Jack, Prophet John, en duo avec Norah Jones est une jolie chanson mais qui est trop ancrée dans l'univers de l'américaine pour être vraiment passionnante).

Ce 'Write about Love' n'a donc rien d'exceptionnel, mais contient assez de bonnes chansons pour être écouté régulièrement - il est d'ailleurs à noter que le plaisir augmente à chaque écoute, où les chansons se dévoilent les unes après les autres.

Alors me direz-vous, pourquoi lui consacrer une si longue chronique? Tout simplement parce que si musicalement, les Belle and Sebastian ne sont passionnants que par intermittence, ils n'en restent pas moins toujours exigeants esthétiquement parlant.
Et l'artwork de ce 'Write about Love' est dans la lignée de tous ses prédécesseurs (Eps inclus): une réussite. En ces temps où l'on dématérialise à tout va, continuer à travailler ses artworks est un acte militant. Qui mérite d'être souligné. (sortie: 11 octobre 2010)

D'autres avis chez le Panda ou chez Gangan.

Son:
Myspace (Une chanson de 'Write about Love' en écoute)
Site officiel

Deux chansons en écoute. I Didn't See It Coming, qui ouvre 'Write about Love', et The Ghost ofRockschool qui rappelle le Belle and Sebastian d'antan. (malheureusement plus en écoute)

jeudi 7 octobre 2010

David Sylvian - Sleepwalkers [SamadhiSound]

D'abord l'euphorie. Puis la désillusion. Et finalement le plaisir. La nouvelle de la sortie de 'Sleepwalkers' de David Sylvian a suivi ce schéma dans mon esprit tortueux et torturé.

L'euphorie. Car oui, David Sylvian fait partie de ces artistes qui titillent mon imaginaire et emballent ma joie. Je suis très loin de tout connaitre de sa discographie, mais j'en connais assez - 'Blemish' et 'Snow Born Sorrow' (sous le nom Nine Horses, avec Steve Jansen et Burnt Friedman, pour un des plus beaux disques des années 2000) pour ne citer qu'eux - pour savoir que le britannique reste un artiste capable de renverser mon cœur, entre avant-garde, rock expérimental et ambient, le tout bercé par une voix d'indie-crooner reconnaissable entre mille.

La désillusion. Après un 'Manafon' plus obscur, plus fermé mais toujours fascinant dans sa construction sonore, j'espérais un nouvel album. 'Sleepwalkers' serait celui-là. Sauf que non au final.
Car 'Sleepwalkers' n'est «qu'une» compilation qui recense bon nombre des collaborations que David Sylvian a pu faire durant les années 2000. Ici, certains de ceux qui ont fait la dernière décennie se succèdent: Ryuichi Sakamoto, Christian Fennesz, Arve Henriksen de Supersilent, ce genre d'artistes. Bref, pas de nouveautés ici (à une chanson près, Five Lines, avec Dai Fujikura), mais certaines de ses meilleures compositions des dix dernières années.

Le plaisir. Un grand et fort plaisir. Car si 'Sleepwalkers' est une compilation, elle est avant tout une plongée des plus remarquables dans l'œuvre de ce petit génie de David Sylvian. J'ai beau connaître toute sa récente discographie, voir ces 16 titres se succéder avec autant de facilité - et de malice - me surprend encore.
'Sleepwalkers' est une extraordinaire porte d'entrée, un best-of (et dieu sait que je déteste ce mot) idéal pour rentrer dans l'œuvre de David Sylvian. Mais également une très bonne façon de se rappeler quel artiste essentiel il est.
David Sylvian a retravaillé ici certains titres, changé les mixes pour d'autres, histoire de donner une cohérence à l'ensemble. Et c'est une réussite à tous les niveaux. Bref, un best-of, pensé et travaillé et non pas emballé et pesé en moins de temps qu'il ne faut pour dire «argent facile».

'Sleepwalkers' est un must-have, rien de moins, qui mérite de figurer en bonne place dans toutes bonnes discothèques qui se respectent, que celles-ci possèdent les œuvres précédentes ou pas de David Sylvian. Car au delà de la compilation, ce disque pourrait presque être considéré comme un nouvel album tant il est cohérent, riche et incroyablement divers. Ce qui n'est pas le moindre des compliments. (sortie: 27 septembre 2010)

Son:
Site officiel (des extraits de chacun des 16 titres de 'Sleepwalkers' sont en écoute)


Vous pouvez commander ce 'Sleepwalkers' directement sur le site officiel de David Sylvian, en cliquant ici.

Deux titres en écoute de ce 'Sleepwalkers'. Money For All, une chanson de Nine Horses, superbe (et 9è de mon top singles 2007), dont la mélodie et les paroles viennent se greffer dans votre cerveau sans demander leur reste. Et World Citizen - I Won't Be Disappointed again (with Ryuichi Sakamoto), mixé par Chasm, rien d'autre qu'un régal auditif. (malheureusement plus en écoute)


Et pour finir, le joli clip de Sleepwalkers, la chanson qui ouvre et qui donne son nom à cette compilation de David Sylvian:



mardi 21 septembre 2010

Aloe Blacc - Good Things [Stones Throw]

Il y a certains artistes qui ont tellement de classe qu'égoïstement, parfois, on aimerait ne pas trop les voir dépasser le stade du confidentiel. Histoire qu'ils ne restent qu'à nous (et à quelques milliers d'autres seulement), qu'ils ne content leurs chansons qu'à nos oreilles et qu'ils n'aillent pas user leurs morceaux à coups de rotations lourdes en radio.

Garder Aloe Blacc pour soi va quand même être sacrément compliqué tant le buzz autour de son nom devient de plus en plus infernal - I Need a Dollar commence à être utilisé un peu partout en télé et en radio. Et nul doute que la sortie de 'Good Things', son deuxième album, va voir cette effervescence plus que naissante croitre de façon exponentielle.

Car l'heure de l'album est finalement arrivée. Et après avoir alléché le chaland avec un I Need a Dollar tubesque, une reprise divine de Femme Fatale du Velvet Underground ou, pour le fun, une relecture lascive de Billie Jean, Aloe Blacc devait confirmer tous les espoirs placés en lui.

Et c'est avec une classe déconcertante que notre homme y arrive. 'Good Things' est un album de soul pure, dans la grande tradition du genre, chaude, sensuelle, dans laquelle il fait bon se vautrer, et comme on n'en a pas entendu depuis… oula, ouais, au moins!

Ici, Aloe Blacc réussi tout ce qu'il entreprend. Il a su s'entourer d'un groupe merveilleux, Expressions and El Michels Affair, qui est le premier responsable de la qualité de ce 'Good Things'. Tous les musiciens sont au service d'Aloe Blacc et d'une justesse dingue: la basse est ronde, le piano sait être aussi virevoltant que discret (Mama Hold My Hand), les chœurs ne sont pas de simples backing-voices anodines comme on en croise trop souvent et l'orgue apporte un soupçon supplémentaire de vintage à l'affaire.
A chacune des chansons, qu'elle soit soul, lorgne vers le funk (Hey Brother) ou le r'n'b (Miss Fortune), Expressions and El Michels Affair déroule à Aloe Blacc un tapis rouge sur lequel il n'a plus qu'à balancer sans difficulté ses textes de sa délicieuse voix.

Sa voix est justement la seconde force de ce 'Good Things'. Douce, posée et calme, ne recherchant jamais un hypothétique exploit vocal, elle m'apparait ici tout du long comme la synthèse entre celles de Shuggie Otis et Marvin Gaye. Elle n'a peut-être pas - encore - la classe des deux maîtres, mais Aloe Blacc prouve tout au long des 50mns de l'album qu'il possède un bien bel organe.

Enfin, 'Good Things' respire la classe tout simplement. Que ce soit sur le choix de l'artwork (aussi classe que les deux premiers singles), sur celui de la reprise - un des plus beaux titres de l'ex-bande à Lou Reed - ou par l'hommage au It's a Man's Man's Man's World de James Brown (sur If I), Aloe Blacc fait montre d'un goût très sûr.

'Good Things' est une réussite dans les très grandes largeurs pour un disque qui fera date en 2010, à n'en pas douter. Et à l'image de sa pochette, cet album illumine la rentrée. Avec quelle classe! (sortie: 27 septembre 2010)


Son:
Myspace (Une chanson de ce 'Good Things' en écoute)
Site officiel d'Aloe Blacc

Deux titres en écoute. Le très cuivré et engagé Politician et le sublime If I (peut-être la plus belle chanson de ce 'Good Things'), qui voit donc Aloe Blacc s'amuser à piquer quelques notes du It's a Man's Man's Man's World de James Brown. (malheureusement plus en écoute)

Aloe Blacc est également en tournée en France cet automne. A mon avis, c'est immanquable:
11 Oct: Marseille @ Cabaret Aléatoire
12 Oct: Lyon @ L'Épicerie Moderne
13 Oct: Bordeaux @ Barbey Rock School
14 Oct: Paris @ Trabendo
15 Oct: Tourcoing @ Grand Mix 

mardi 7 septembre 2010

Sufjan Stevens - All Delighted People Ep [Asthmatic Kitty]

Quand le compère Sufjan Stevens revient aux affaires, il ne fait pas semblant. Ne s'étant pas jeté dans la gueule du loup qui l'attendait au sortir du succès de 'Come On Feel The Illinoise' en 2005 , notre homme avait su se faire discret depuis quatre ans.
Et puis là, au sortir d'un été chaud comme un mois de mars, le sosie de Ted Mosby - de How I Met Your Mother - annonce un nouvel Ep, 'All Delighted People Ep'. Et cinq jours plus tard, un nouvel album, 'The Age of Adz'. Boum, ça, c'est fait: la relève de son chef d'œuvre de 2005 (dernier album chanté jusque là) est donc arrivée.

Vu qu'on ne sait finalement pas grand chose de ce dernier (à un I Walked près, en écoute ici), concentrons donc sur 'All Delighted People Ep', splendide sortie de retour.

Avec ce nouveau disque, Sufjan Stevens fait fort en se permettant de sortir un des Ep les plus longs de l'histoire de la musique avec près de 60mns (pour 8 chansons!).
Et forcément avec une telle longueur, une question se pose: pépère aurait-il fondu un plomb? Et son 'All Delighted People Ep' est-il une vaste fumisterie pleine de grandiloquence ridicule ou simplement un coup de génie?

Même en mettant mon admiration sans borne pour ce bonhomme de côté, je suis obligé de répondre «coup de génie». Et pourtant, il y a bien ici de l'emphase, mais rien de suranné, rien de sur-joué. Non. Sufjan Stevens compose des chansons inspirées et solides, n'hésitant à partir très haut, très fort, pour mieux revenir sur terre en deux accords que lui seul semble détenir.

All Delighted People (sorte de bijou folk à tiroir de près de 12 mns où Sufjan rend hommage au Sound of Silence de Simon & Garfunkel) ou sa version classic rock (plus courte et électrique), Djohariah (immense chanson de 17 mns à l'intro longue et incroyablement fascinante, toute en montée et en pression), Enchanting Ghost ou Arnikaou, toutes ces chansons sont de grandes compositions permettant à Sufjan Stevens de faire un retour en fanfare, en mélodies, en guitare, en cordes, en chœurs et en cuivres enivrants.

Récemment Matt Berninger, chanteur de The National, déclarait que son groupe avait participé à l'enregistrement du prochain disque de Sufjan Stevens. Et annonçait sans coup férir: «it's sounding incredible». Espérons qu'il parlait de 'The Age of Adz': on sait désormais que 'All Delighted People Ep' est un disque extraordinaire. (sortie: 20 août 2010)


'All Delighted People Ep' est disponible pour le moment en version numérique, pour 5$, en cliquant ici. Heureusement, Sufjan Stevens a anonncé que l'Ep verra le jour physiquement en double-LP (!) en décembre prochain.

Son:
Myspace
Site officiel chez Asthmatic Kitty

Deux chansons de 'All Delighted People Ep' en écoute aujourd'hui: l'intro et la conclusion de ce disque: All Delighted People (Original Version) et Djohariah. Elles ouvrent et ferment l'Ep, sont longues, mais méritent vraiment l'écoute. (malheureusement plus en écoute)

jeudi 2 septembre 2010

Arcade Fire - The Suburbs [Merge]

Savez-vous ce qu’est un grower ? Non? Vraiment pas? Mais c'est que vous êtes autant à la rue que moi alors! Car ne pas utiliser grower quand on parle de musique aujourd’hui, c’est comme ne pas citer le mot toque tous les 2 phrases pour évoquer le jeu du FC Barcelone: en gros, c’est être carrément hors du système.

Grower est un mot qui fait depuis quelques semaines – voire quelques mois – une incroyable percée sémantique pour devenir un mot incontournable quand on parle de musique.
Qu'est ce donc qu'un grower ? Un grower désigne un album (mais cela marche aussi pour un Ep) dont les premières écoutes s’avèrent décevantes mais qui se bonifie à chaque nouvelle mise en chaîne. Bref, un disque qui demande à son auditeur un peu de patience pour offrir pleinement sa substantifique moelle.

On aurait pu dire « qui demande du temps » ou « qui ne se laisse pas apprivoiser facilement ». Mais on utilise grower. C'est mieux, c'est plus court et ça a l’avantage d’être anglais. A faire se retourner Jacques Toubon dans son placard d’Hadopi.

Le nouvel album d'Arcade Fire, 'The Suburbs', est donc, si j'ai bien tout compris à la chose, un grower. En tout cas pour moi.
Nullement par dédain mais plus dans l’optique de me faire un avis très neutre sur le sujet, j’ai laissé passer l’orage de la sortie avant de passer à l’écoute. Une première écoute d’ailleurs assez peu marquante, pour ne pas dire décevante.

Mais vu que la bande à Butler a quand même égayé mon univers musical sur la décennie passée (et surtout en 2004), je ne me suis pas fait prier pour lui donner une nouvelle chance. Et dans des conditions optimales : la nuit, pas un bruit autour de moi, concentré sur mon sujet – en tout cas, autant qu'on peut l'être quand on écoute un disque.

Et j’ai trouvé que ce nouvel album d'Arcade Fire avait growé par rapport à la première fois, y découvrant quelques sacrées chansons. Et la fois suivante ce fut encore mieux, ‘The Suburbs’ growant de plus en plus dans mes oreilles, grâce à un début tonitruant (The Suburbs, Ready to Start, Modern Man ou Empty Room) et une fin décapante (Deep Blue, We Used to Wait, Sprawl II).

Soyons bien clair, ‘The Suburbs’ est loin de la magnificence de 'Funeral' (qui arrive encore à me surprendre après tant d’écoutes), ou même du très beau 'Neon Bible'.
C’est à mes yeux un album trop long, qui mériterait une coupe d’une quinzaine de minutes, qui contient quelques chansons ratées (l’insupportable Rococo) ou largement dispensables (Half Light I et II), qui aurait mérité un peu plus de folie (ah, Tunnels...) et qui aurait pu faire une part un peu plus belle à la voix de Regine Chassagne.

Mais Arcade Fire pond là quand même un concept album avec de solides compositions, des hymnes certains, et dépeint avec force et talent ce que c’est que de vivre dans une ville de banlieue, tout ce que cela comporte d'ennui et d'inactivité, le tout si près et si loin en même temps de la ville, la grande, la belle, la rêvée.

Surtout, Arcade Fire avec ‘The Suburbs’ sort là un disque qui growe. Sûrement pas indéfiniment mais suffisamment pour avoir envie de l’écouter régulièrement. En espérant que, dans quelques mois, il ne se mette pas à bêtement lower. (sortie : 2 août 2010)


Son :
Myspace (2 chansons de ‘The Suburbs’ en écoute)
Site officiel

A lire sur le sujet, les chroniques de ce nouvel Arcade Fire par Benjamin, Mmarsu, Cécile, Julien, Axeley ou Papa.

Depuis longtemps, Arcade Fire aime à s’acoquiner avec le web. D’où leur clip méga interactif pour We Used to Wait, nouveau single, qui vous propose d’entrer l’adresse de votre maison d’enfance, et de voir s’intégrer au clip officiel des images (de Google Street View) de votre ancien chez vous. Assez bien foutu au final, même si très lourd (il faut clairement l’ouvrir via Chrome). Ici.

Trois chansons en écoute, forcément dans un lecteur Grooveshark, histoire de ne pas s’attirer les foudres de Pascalou. Avec par ordre d’apparition, Empty Room, Deep Blue et We Used to Wait. Enjoy. (malheureusement plus en écoute)


Et pour finir, le clip (on va dire ça) de
Ready to Start :


jeudi 5 août 2010

Funeral Party - Golden Age of Knowhere [RCA]

Il y a quelques jours, alors que je recherchais un groupe qui m'en mette plein les oreilles histoire de bien me rincer les tympans, alors que je me disais que 2010 avait fait l'impasse sur le rock, voilà t-y pas que Disso, toujours de bon gout me propose d'essayer Funeral Party, dont elle avait parlé ici et au sujet desquels elle était plus que dithyrambique.

Et boum… dans ma face. Exactement ce que je recherchais. NYC Moves to The Sound of LA, le genre de chanson qui fait du bien par où elle passe. Disco-post-punko-rock, avec un mec qui hurle plus qu'il ne chante derrière le micro. Avec des guitares de partout pour dodeliner de la tête comme il faut. Bref, tout l'opposé de leur nom de scène.

Et l'album dans tout ca? Même tonneau! Il s'appelle 'Golden Age Of Knowhere' et a des hymnes tout le tour du ventre, de Finale à NYC Moves to The Sound of LA en passant par Giant Song ou Just Because.

Ce premier album des Funeral Party est une putain (oui putain) d'usine à tubes. Du !!! dans un coin, du ¡Forward Russia! dans l'autre, un brin de Hole (j'ose oui, sur NYC Moves to the sound of LA), du Bloc Party assurément, un côté qui rappelle The Music du début et même l'ombre discrète du label Fantastic Plastic (dont Funeral Party partage les initiales). Du rock porté par des mélodies et une pop résolument efficaces, avec des claviers bondissants de tous les côtés.

Alors oui, j'ai découvert cet album il y a seulement deux jours. Et depuis, je m'en suis saoulé jusqu'à plus soif. C'est un peu rapide pour écrire une bafouille sur un album qu'on a si peu écouté non?
Mais à dire vrai, je m'en fous. Complet. Savoir si ce disque des Funeral Party tiendra la distance et les écoutes, savoir si cette première impression ne cache un revers de la médaille bien ennuyeux, savoir si les Funeral Party révolutionnent quoique ce soit ou ne sont que de gentils petits soldats est, je l'avoue, la dernière de mes priorités. J'ai tellement sauté dans tous les sens depuis deux jours qu'il fallait que je repose mes pieds.

A few days ago, a Disso made my night… (Sortie: 30 aout 2010)


Son:
Myspace (Trois chansons de ce 'Golden Age Of Knowhere' en écoute)
Site officiel (
Finale est à télécharger gratuitement et légalement)

Trois chansons en écoute (dans un lecteur Grooveshark, c'est plus prudent): NYC Moves to the Sound of LA, Finale et Just Because. Pas loin d'être le meilleur de ce premier album des Funeral Party. Clic clic boum. (malheureusement plus en écoute).


Et le clip de NYC Moves to the Sound of LA :

 

jeudi 29 juillet 2010

Math and Physics Club - I Shouldn't Look As Good As I Do [Matinée]

J'ai toujours eu du mal avec les sciences. Toujours. Quand j'étais en cinquième, mes notes en biologie étaient si catastrophiques que j'avais été à deux doigts de retaper. Tout ça à cause de larves de libellule (sic!) dont je n'avais strictement rien à faire.
En troisième, rebelote, avec la physique cette fois, où équilibrer des équations m'enthousiasmait autant qu'écouter le dernier album des Coral - le calvaire continua en 2nde, je vous rassure.
Et puis en seconde sont arrivées les mathématiques et leurs suites imbitables, me valant une dernière place et un redoublement, comme plus d'un quart de la classe. Et puis j'ai fait ES.

Est-ce que les américains de Math and Physics Club auraient eu un Bac S s'ils avaient étudié en France? Si on reste dans le cliché visuel, à les voir avec leurs petites lunettes oui, largement. Ils me rappellent quelques potes, véritables rats de laboratoires, pour qui les pipettes de biologie n'étaient pas une simple arme de déconnade massive, et qui connaissaient la table de Mendeleïev sur le bout des ongles.
Sauf qu'à y regarder de plus, leur musique est trop légère, trop sautillante et trop joyeuse pour les imaginer s'arracher les cheveux sur un problème insoluble de mathématiques.

Les Math and Physics Club sont une des découvertes de mon été 2010. Étant passé complètement à côté de leur premier album, je me rattrape avec leur tout nouveau disque, 'I Shouldn't Look As Good As I Do', qui vient de sortir. Un disque court (même pas 30 mns) mais qui représente tout ce que Belle & Sebastian a perdu au fil de ses dernières livraisons: la simplicité, la force mélodique et la capacité d'écrire de vraies chansons.

Les Math and Physics Club font dans la pop légère, fraîche, estivale et subtilement sucrée. Des chansons comme We're so DIY!, Jimmy Had a Polaroïd ou Trying to Say I Love You sont des appels à la joie; et qui vous donneraient presque envie d'aller vous excuser devant votre ancienne et irascible professeur de biologie pour toutes les punitions parentales reçues. Et de se remettre à étudier ces foutues libellules. (sortie: 1er juin 2010 )

Son:
Myspace (Quatre titres de 'I Shouldn't Look As Good As I Do' en écoute)
Site officiel

Deux titres en écoute. Jimmy Had a Polaroïd, qui ouvre ce 'I Shouldn't Look As Good As I Do' belle chanson comme savaient les faire jadis Stuart et ses potes. Et We're so DIY!, qui lui ferme le ban, et dont le refrain à ce je ne sais quoi d'entêtant (malheureusement plus en écoute).

mardi 29 juin 2010

Max Richter - infra [130701]

Il est tard. Pas loin de minuit. Tout autour de vous est sombre. A peine reste t-il quelques braises qui brûlent dans un feu un peu plus loin.
Vous êtes là, assis dans un fauteuil. Dehors. Il y a un vent léger qui vient vous chatouiller le visage. Vous avez un verre de vin blanc bien frais dans la main gauche, une cigarette dans la droite. Et autour de vous, il n'y a que le silence.

Vous lancez alors 'infra' de Max Richter dans la chaine. Vous remplissez votre verre à nouveau, rallumez une nouvelle cigarette. Et vous partez pour un voyage des plus beaux et des plus oniriques, où chaque note de violoncelles vous emmène un peu plus haut, où chaque violon est épanouissant et où entre musique de chambre et grésillements radiophoniques tout n'est que mariage du beau.

Une fois de plus Max Richter envoie nos esprits dans un monde mélancolique, beau à pleurer - ce piano si parfait, ces cordes si légères - avec un touché et une maîtrise dingue. Et sa musique se conjugue dans une infinie justesse avec tout ce qui vous entoure: le ciel nuit, les étoiles, les feuilles qui frémissent.

Alors il faudrait vous dire qu''infra' est la bande son d'un ballet - qui a vu le jour voilà deux ans au Royal Opera House de Londres - créé par le chorégraphe Wayne McGregor et l'artiste Julian Opie, qui se sont entichés du travail de Max Richter; que 'infra' est la première bande originale" jamais sortie chez Fat Cat ou son label «symphonique» 130701; que 'infra' est peut-être l'album le plus touchant de Max Richter depuis 'The Blue Notebooks'; que je porte en très haute estime tout le travail de ce compositeur allemand.

Mais au final, quel intérêt? A dire vrai, aucun.

Car les 40 mns viennent de passer. Et 'infra' de se terminer. Max Richter a rangé ses cordes et sa radio perdue. Votre verre est vide, votre main droite aussi. Il fait toujours bon dehors. Vous êtes toujours confortablement assis dans votre fauteuil. Et pourtant, vos bras sont sujets à la chaire de poule et votre œil gauche est un peu humide. Et vous êtes bien. C'est beau un disque la nuit. (Sortie: 19 juillet 2010)

A noter que l'album est disponible sur le site de Fat Cat et à des prix peu élevés. Ici.


Son:
Myspace (sûrement quelques morceaux d''infra' en écoute mais le myspace de Max Richter connait des buggs actuellement)
Site officiel

Deux titres en écoute et qui se suivent dans l'album. Infra 5 où les cordent font la loi et Infra 6 où le piano prend le relai (malheureusement plus en écoute).

mardi 15 juin 2010

The Magic Theatre - London Town [Rotodisc]

Si j'avais découvert ce 'London Town' sans chercher à en savoir plus à son propos, je pense qu'il aurait déjà été chroniqué dans la partie Oldies de ce blog, entre le 'Unhalfbricking' des Fairport Convention, le 'Sunflower' des Beach Boys ou le fabuleux 'Any Way That You Want Me' d'Evie Sands. Car le premier album des Magic Theatre est ni plus ni moins de cet acabit là. Sans flagornerie ni exagération aucune.

Magic Theatre est le projet de Dan Popplewell et de Sophia Churney, tous deux leaders du groupe Ooberman, inconnu sous mon chapeau mais qui, si l'on en croit leur site Internet, est tout sauf un groupe ignoré chez nos voisins britanniques.

Un projet parallèle, qui mûrissait depuis 4 ans déjà, et qui a enfin vu le jour, physiquement parlant - 'London Town' a été partagé par Dan et Sophia à la fin de l'année dernière à tous les membres de la mailing list d'Ooberman.

Et quelle claque! Magic Theatre nous propose un retour des plus classes dans les années 60. Tout ici respire cette époque bénie de la pop music. La durée de 'London Town' déjà - 35 mns. Ses orchestrations recherchées et toujours très fines ensuite. Et puis cette façon de raconter des histoires aussi.

L'album de Magic Theatre c'est tout cela à la fois. 'London Town' raconte le voyage dans le temps d'un jeune homme de 1968 qui part trouver dans le Londres de 1888 l'amour de sa vie, qui s'impatiente dans une société victorienne qui l'ennuie.

En onze chapitres, 'London Town' raconte cette histoire d'amour en devenir sur fond de musique de chambre (Elegy), de compositions orientales que l'on dirait sorties d'un film à horizon lointain (St. Agnes Eve), d'optimisme fait de chansons pop enlevées (Steamroller), l'ombre de The Left Banke ici (Rowing Boat Love Song), celle des Beach Boys là (Summer Sun), des violons qui pleurent et un clavecin qui s'emballe.

Une superbe histoire, aussi bien joyeuse que d'une tristesse insondable, magnifiée par le Radio Orchestra de Slovaquie et le Philarmonic Chamber Choir d'Estonie - je vous laisse imaginer ainsi la beauté de ces cordes, la justesse des chœurs et les divines orchestrations - ainsi que par la voix de Sophia Churney, d'une beauté renversante.

'London Town' n'est pas un album sympathique. Magic Theatre n'est pas un groupe de plus. Non, c'est un groupe merveilleux auteur d'un album ambitieux et en tous points remarquables, que les écoutes ne cessent de bonifier.
Il serait effectivement sorti en 1968, il serait déjà devenu un classique du genre. Espérons que bien qu'il ne sorte qu'en 2010, il obtienne ce qualificatif là et par le plus grand nombre. Ce chef d'œuvre (c'en est un) le mérite amplement. (sortie: 7 juin 2010)

Vous pouvez acheter ce 'London Town' ici même. Et pour même pas £10 (12€).



Son:
Myspace (une chanson de 'London Town' en écoute)
Site officiel (vous pourrez y retrouver les 11 vidéos racontant, paroles à l'appui, cette histoire d'amour intemporelle)

Deux titres en écoute. Le choix a été objectivement très difficile à faire. Mais puisqu'il faut bien le faire, voilà donc Out There, deuxième chanson de ce 'London Town', présentant cette jeune fille anglaise de 1888, qui espère rencontrer l'amour de sa vie, et Elegy, qui clôt l'album de la plus parfaite des manières, avec des cordes à vous arracher le cœur (malheureusement plus en écoute).

Et puisqu'il faut bien faire, voilà deux autres chansons de ce 'London Town', cette fois en vidéo. St Agnes Eve et sa balade dans une contrée lointaine, et l'effrayant Return to The Magic Theatre :





jeudi 20 mai 2010

Jeremy Messersmith - The Reluctant Graveyard [unsigned]

Je ne sais pas si vous avez eu une playstation il y a une dizaine d'années de cela. Je ne sais pas si vous vous souvenez d'un jeu en particulier, MediEvil où l'histoire d'un chevalier squelette prêt à se venger de sa mort trop rapide sur un champ de bataille, et se baladant plus que de raisons dans des cimetières vides.

Hé bien la pochette de 'The Reluctant Graveyard', mêlée à l'univers de Tim Burton (L'Étrange Noël de Monsieur Jack, forcément), me rappelle l'ambiance de ce jeu là.

Ceci posé, rien de funeste, de basse qui fout des frissons ou de voix venues d'outre-tombe sur ce troisième et nouvel album de Jeremy Messersmith - artiste américain qui m'avait particulièrement touché il y a 2 ans avec son très joli 'The Silver City'-. En tout cas de prime abord.

Car ici, musicalement parlant, Jeremy Messersmith fait dans la pop de qualité et bien ouvragée, haussant le niveau pourtant déjà élevé de son album précédent.
Toujours très (très très!) influencé par les Beatles - certaines mélodies se rapprochent indéniablement de certaines compositions des Fab 4 (au hasard Eleanor Rigby sur John The Determinist)-, Jeremy Messersmith rappelle surtout Elliott Smith (vous me direz quoi de plus normal quand on sait que l'auteur de 'Roman Candle' puisait son inspiration du côté de Liverpool) dans la façon d'appréhender ses compositions.
Ajoutez à cela un peu de Beach Boys (Violet) par-ci, un peu de Sufjan Stevens (A Girl, A Boy And A Graveyard) par là voire du Venus époque 'Vertigone' (John The Determinist) et le compte est bon.

C'est en fouillant un peu que 'The Reluctant Graveyard' et sa pochette justifient leur titre. Aussi bien au niveau des titres (Toussaint Grey, First In Life And Death, Organ Donnor, Deathbed Salesman) que des paroles (Repo Man: «Fourteen years I was sober // I worked hard for my pay // Left my tithe at the altar // Closed my eyes when I prayed // But I'm the repo man and nobody weeps for me») des chansons de l'album, ici tout respire le desespoir et la tristesse, portés par la voix d'un Jeremy Messersmith toujours très fin dans son interprétation et n'en rajoutant jamais dans le pathos - quand il n'en prend pas justement le contre pied.

'The Reluctant Graveyard' n'est pas un album long (moins de 35 mns). Mais quel délice! Quel plaisir d'écouter les compositions de Jeremy Messersmith, ses arrangements, entre cordes, guitare électrique, piano et harmonica, toujours délicats!
Et au fur et à mesure que les écoutes passent, 'The Reluctant Graveyard' rentre dans cette catégorie de disques qui nous rendent tous schizophrène. Une catégorie où l'envie de partager son bonheur du moment au plus grand nombre se dispute avec l'envie de le garder pour soit. (Sortie: 4 mai 2010)


Son:
Myspace (2 chansons de 'The Reluctant Graveyard' en écoute)
Site officiel


On peut télécharger, pour le prix de son choix, ce 'The Reluctant Graveyard' sur le site officiel de Jeremy Messersmith. A vous de voir, mais l'investissement (le son est en qualité 320k, flac, etc) vaut largement le coup; et puis soutenir des artistes non-signés de cet acabit là, franchement, ça n'a pas de prix. Cliquez ici!
Vous pouvez aussi vous procurer 'The Reluctant Graveyard' (ainsi que les 2 précédents albums), toujours sur le site officiel de Jeremy Messersmith, pour 10$ (environ 8€) en cliquant ici.

Deux chansons en écoute, pour tenter de vous donner envie de vous saouler de la pop de
Jeremy Messersmith all day long. Knots, énergique et mené par un piano lumineux. Et surtout, John The Determinist, entre le Eleanor Rigby des Beatles et les compositions de belges de Venus, sommet de ce 'The Reluctant Graveyard' (malheureusement plus en écoute).

mardi 18 mai 2010

The Bamboos – 4 [Tru-Thoughts]

Ca y est! Tant bien que mal, on y arrive : les saintes glaces sont bientôt terminées, le temps hivernal a décidé de rendre les armes après une bien belle bataille. Sortons donc le soleil et la chaleur et remisons la pluie et les écharpes au placard. Et fêtons ca dignement avec ‘4’, le bien nommé quatrième album de The Bamboos, groupe australien naviguant dans les eaux tout sauf troubles du funk et de la soul.

Un groupe qui m’était totalement inconnu jusqu’à il y a quelques semaines mais qui revient très régulièrement dans mes oreilles depuis lors. Originaire de Melbourne, The Bamboos aligne, dans un déluge de cuivres, des titres aussi bien uniquement instrumentaux que chantés par la belle voix de Kylie (toutes les chanteuses australiennes s’appellent Kylie ou quoi ?) Auldist.

A l’écoute de ce ‘4’, on navigue ici entre le Otis Redding live reprenant les Stones et de la soul plus classique. Tirant son inspiration de décennies cultes pour le genre, The Bamboos en profite même pour rendre un hommage aux Beatles avec Up On The Hill et sa cithare aiguisée.
Mieux, avec Like Tears In Rain, The Bamboos composent une chanson qui n’aurait pas fait tâche sur les compilations 'Motown Dance Party', tant son rythme est une euphorique invitation à la danse (voir plus bas).

Un bémol toutefois : des chansons instrumentales souvent très longues et mal placées et qui peuvent, les jours où l’on sera un peu chafouin, plomber l’ambiance. Car le reste du temps, l’adhésion à la musique de The Bamboos est finalement assez irrémédiable.
Lors de la chronique de l’album chez Maarsu, Thierry de Jazz, Blues & Co se posait des questions quant à la longévité du disque. Qu’il se rassure : en des périodes comme celle là, celle-ci semble être infinie. (sortie: 22 mars 2010)

Son :
Myspace (pas moins de 7 chansons de ‘4’ en écoute)
Site officiel

Deux chansons tirée de ce ‘4’. Le funky King Cross et le très Motown Like Tears in Rain (malheureusement plus en écoute).


Et pour finir le premier clip de ce nouvel album des Bamboos, You Ain’t No Good:



mardi 11 mai 2010

Roky Erickson with Okkervil River - True Love Cast Out All Evil [ANTI-]

Quand on y réfléchit un peu, on se demande encore souvent comment certains artistes des années 60 sont encore là, aujourd'hui, ne serait-ce que vivants, tant ils ont avalé de drogues, tant ils ont ingurgité de substances hallucinogènes, tant ils sont passés à un cheveu du trépas et y ont échappé par on ne sait quel miracle. Tous les David Bowie, Iggy Pop, Bob Dylan, Keith Richards.

Roky Erickson est de ceux-là. Ancien chanteur et guitariste des 13th Floor Elevators, auteur de leur plus grand tube You're Gonna Miss Me, Roky Erickson aura traversé plusieurs décennies en feintant comme un roi pour s'en sortir et être encore là en 2010.

Car oui, 42 ans après la dissolution des 13th Floor Elevators, Roky Erickson est toujours vivant. Si vivant qu'il a enregistré un nouvel album ('True Love Cast Out all Evil', le premier en 15 ans) et qu'il s'est adjoint pour l'occasion les services d'Okkervil River pour former son backing-band.

Cet album de Roky Erickson est une jolie surprise. Peut-être pas énormément plus, mais certainement pas moins. Car si l'on retrouve, certes, quelques titres dispensables ici et là, au final ses compositions se tiennent et le tout, alternant chansons folk/country-folk et morceaux folk-rock ou carrément rock, emporte assez largement l'adhésion

Alors effectivement, pour aimer ce 'True Love Cast Out all Evil', il faut aimer Okkervil River. Que l'album soit signé sous le nom de Roky Erickson with Okkervil River n'est évidemment pas innocent.
Ainsi si l'on est réfractaire aux mélodies chaloupées, aux cuivres impromptus, ou à l'americana enlevée des américains, il vaudra mieux passer son tour tant la patte d'Okkervil River est omniprésente tout au long de l'album. Sinon, nul doute que l'on tombera sous le charme de 'True Love Cast Out all Evil'.

La voix est belle, même si elle a énormément perdu de sa vigueur, la mélancolie accrochée à chacune de ses cordes vocales et de ses compositions, compositions solides par ailleurs et plus que jamais bien mises en valeur par une production efficace mais jamais clinquante.

A l'écoute de ce 'True Love Cast Out all Evil' et à la vue de la pochette, je ne peux m'empêcher de penser à la collaboration Johnny Cash/Rick Rubin. Et je vois cet album comme une sorte de main tendue de Will Sheff et de ses Okkervil River vers une des icônes américaines du rock des années 60, persuadés qu'ils sont qu'il y a encore de chouettes mélodies et compositions à sortir du cerveau longtemps malade de Roky Erickson.
Il est évident que Roky Erickson n'aura jamais l'aura que possédait - et possède encore - Johnny Cash. Mais au final, la démarche des Okkervil River découle de la même idée, quelle soit consciente ou inconsciente. (sortie: 19 avril 2010)

Le Mmarsu et Christophe parle, en des termes très élogieux, de ce 'True Love Cast Out All Evil'.


Son:
Myspace (Aucune chanson de ce 'True Love Cast Out all Evil' en écoute)
Site officiel

On peut télécharger gratuitement (mais toujours contre une adresse e-mail) Goodbye Sweet Dreams, une des chansons de 'True Love Cast Out all Evil', en allant directement sur le site de l'album, ici.


Deux chansons en écoute. Goodbye Sweet Dreams, premier single et tube potentiel, et Be And Bring Me Home, balade bluesy-folk de haute volée (malheureusement plus en écoute) :

Et pour finir, un entretien sympa entre Roky Erickson et Will Sheff, tête de proue d'Okkervil River :