Passé à côté l'an passé, rattrapons-nous sur le cas de Sophie Allison, aka Soccer Mommy, jeune femme née en Suisse il y a bientôt 23 ans, qui vit désormais aux États-Unis et dont le troisième album, sorti en mars dernier, aura eu son petit effet sur le Landerneau musical, tout au moins indépendant.
Rattrapage disais-je donc, et avec son dernier single en date, Lucy, sorti en septembre dernier. Une balade aux guitares ivres, pleine de démons et de questionnements. Belle découverte, avec un an de retard.
Dans la foulée de l'attaque par les japonais de la base-navale de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, le gouvernement américain, bien aidé par le sentiment anti-japonais qui explosa alors aux Etats-Unis, décida de créer des camps d'internement pour les ressortissants nippons ou les américains d'origine japonaise.
Ce fait assez peu connu de la deuxième guerre mondiale, et pour lequel les États-Unis mirent 46 ans à s'excuser, est la toile de fond de 'Omoiyari', quatrième album de Kaoru Ishibashi, artiste sino-américain qui officie depuis 2012 sous le nom de Kishi Bashi.
Un des disques les plus bien mis en musique de l'année et sans doute l'album « pop » de 2019. Car la plupart des chansons d''Omoiyari' sont emballées avec brillance, touché et délicatesse. Penny Rabbit and Summer Bear, qui ouvre l'ensemble, pose le décor avec brio : une magnifique mélodie, enrobée délicatement de cordes et d'une voix
belle, douce, jamais dans l'excès. Tout 'Omoiyari' sera de la même
veine.
Rappelant aussi bien Sufjan Stevens qu'Amandine (formidable groupe suédois dont les deux premiers disques continuent de subjuguer les oreilles de votre serviteur), lorgnant souvent vers une pop de chambre, presque néo-classique, et finissant même par une chanson entre country et traditionnel américain, Kishi Bashi navigue tout au long des 10 titres de 'Omoiyari' dans les eaux d'une pop-folk comme lettrée, où chaque instrument est à une place juste et apporte son écot à la réalisation de mélodies qui ne s’essoufflent jamais.
Avec pour toile de fond ces camps d'internement japonais (les oiseaux en bois peint de la pochette viennent de là-bas), Kishi Bashi déroule ses histoires, souvent d'amour, évoque Franklin Delano Roosevelt ou le Convict Leasing (système pénal du sud des États-Unis, sorte d'esclavage déguisé, qui voulait que chaque condamné soit mis à la disposition d'exploitations ou de plantations privées) ; et met cela en musique à grand renfort de banjo, violoncelle, piano (classique ou électrique),
orgue, flute, batterie (plus caressée que frappée), guitare et autre
basse, piquant parfois les cordes de son violon comme pour
mieux illuminer ses compositions.
Complété début 2020 par un documentaire (réalisé par Kishi Bashi lui-même) racontant le processus créatif qui a amené cet album, 'Omoiyari' (qu'on pourrait traduire par « empathie ») est un très beau disque, parfois flamboyant, souvent touchant et surtout empreint d'une douce mélancolie qui ne tombe jamais dans une tristesse surjouée et fabriquée. (Sortie : 31 mai 2019)
Plus : 'Omoiyari' de Kishi Bashi est à l'écoute sur sa page bandcamp 'Omoiyari' de Kishi Bashi est à l'achat sur leur page bandcamp 'Omoiyari' de Kishi Bashi est également en écoute sur Spotify et Deezer
Trois titres de ce magnifique 'Omoiyari' de Kishi Bashi en écoute. A Song For You pour commencer (également en écoute dans les playlists Spotify et Deezer, et dans la colonne de gauche de ce blog), single évident. Puis Summer of '42 et ses cordes qui vous prennent par le col dès les premières secondes. Enfin, Penny Rabbit and Summer Bear, la chanson qui ouvre l'album de manière merveilleuse :
Voilà les deux très beaux clips tirés de 'Omoiyari' de Kishi Bashi. D'abord celui Marigolds. Puis celui de Violin Tsunami :
Pour finir, un teaser pour le film de Kishi Bashi, qui raconte le processus créatif ayant mené à 'Omoiyari' :
C'est dans des moments comme celui-ci que j'en veux à ma mère de m'avoir forcé à prendre allemand deuxième langue et pas espagnol. Parce que cette chanson de Single (c'est original), duo composé de Teresa Iturrioz et Ibon Errazkin, mériterait sans doute qu'on s'attarde sur ses paroles (en tout cas si l'on en croit la très bancale traduction de Google).
Alors à défaut, on écoutera avec un plaisir non feint cette belle et simple mélopée, où le duo invite sur la face-B Javier Aramburu (du groupe Family) à venir faire le contre-point parlé de la belle voix traînante de Teresa Iturrioz.
En plus des playlists Spotify et Deezer (colonne de gauche de ce blog), Un Roce Al Paso de Single (avec la participation de Javier Aramburu) est également en écoute ci-dessous :
La version sans Javier Aramburu (et intitulée simple El Roce) est également en écoute via son clip :
Dans la longue liste des artistes que « j'aurais du écouter depuis des années tant cela semble fait pour moi mais que je ne connais pas - ou à peine », je voudrais Mount Eerie, aka Phil Elverum. Un artiste dont on me dit le plus grand de bien depuis longtemps, mais sur lequel je ne me suis jamais attardé ; et qui pourtant m'avait beaucoup plu à une époque, vu qu'il se trouve être l'homme derrière The Microphones, auteur en 2001 d'un des meilleurs disques de la décennie qui s'ouvrait alors, 'The Glow Pt. 2' (ou « l'album à l'éléphant »).
En 2008, Mount Eerie avait publié un premier album avec Julie Doiron (femme aimée dans ces pages) 'Lost Wisdom'. Onze ans plus tard, des malheurs expliquant a priori cela (le décès prématuré de son épouse, un mariage qui se termine mal), voilà la suite, sobrement intitulée 'Lost Wisdom Pt. 2'. Love Without Possession en est le premier extrait et est une belle balade folk sur l'amour et ce qu'il est vraiment (« "Love", a small word unable to hold while we stretch at its meaning ») dans laquelle arrive sans crier gare un accordéon, vite complété par la guitare électrique de Julie Doiron. Ceci promet d'être très beau.
Album : Lost Wisdom pt. 2 Année : 2019 Label : P.W. Elverum & Sun
En plus des playlists Spotify et Deezer (colonne de gauche de ce blog), Love Without Possession de Mount Eerie et Julie Doiron est également en écoute ci-dessous :
Le duo Mount Eerie / Julie Doiron a dévoilé il y a quelques jours un second extrait de 'Lost Wisdom pt. 2' : Belief pt. 2. Et ca parle autant d'amour que c'est beau :
Toute jeune trentenaire, Shida Shahabi est une pianiste suédoise d'origine iranienne mais que le premier extrait de son deuxième album ferait passer pour une allemande tant cette composition rappelle aussi bien Max Richter que Hauschka.
Car la pianiste fait dans le modern classical, avec quelques touches d'ambiant et de minimalisme. Bref, dans le beau. En tout cas, c'est ce qui ressort de Futō, premier extrait de son Ep à venir dans les semaines qui viennent, 'Shifts' ; et bien plus convaincant que son premier effort 'Homes' de 2018, joli mais qui n'atteignait pas la classe de ce titre.
Il faut entendre Shida Shahabi dérouler les presque 7 mns de Futō, avec un piano qui égrène ses notes et sa mélodie, avant que de façon délicate viennent s'y adjoindre des cordes qui rentrent et sortent, comme pour mieux insister sur leur incroyable force évocatrice. Somptueux morceau.