Il est donc temps de refermer cette année 2022. Et quoi de mieux pour cela que 1) une chanson de Noël et 2) une chanson où officie Sufjan Stevens ? Allons donc écouter We Should Be Together, nouveau single de Rosie Thomas, dont il avait été question dans ces pages en janvier dernier pour une reprise de All is Full of Love de Björk, avec déjà comme participant, ô surprise... Sufjan Stevens.
Il faut dire que les deux sont amis de longue date, lui, produisant certains de ses albums, elle, l'invitant plus souvent qu'à son tour à venir chanter ou jouer avec elle sur ses chansons. Rien de bien anormal donc de les voir à nouveau partager une mélodie et le micro, qui plus est pour une chanson de Noël, thème cher au coeur de l'américain.
Un We Should Be Together à la structure toute Sufjan-ienne (même si c'est Rosie Thomas qui l'a composé), à la mélancolie pleine de solitude mais dans laquelle résident quelques bulles d'espoir. Le genre de morceau idéal donc pour clore la seizième année de ce blog. Et lancer le bilan annuel avec ces top albums, singles et consorts, qui débarquera, si on m'en laisse le temps, lundi matin. D'ici là, passez un bon réveillon.
Jeudi 22 décembre, l'année touche à sa fin. Et avant de passer Noël au balcon et d'écouter une chanson de circonstances demain dans ces mêmes pages, finissons l'année sur ce blog avec une des très belles chansons du dernier album de Pete Astor. Un artiste anglais qui me fait de l’œil depuis quelques années et la découverte de 'Spilt Milk' en 2016 ; lui qui a plus de trente ans de carrière au compteur et de nombreux groupes à son actif.
La très belle chanson en question s'appelle English Weather et est parue initialement en 45-tours sur le propre label de Pete Astor Faux-Lux (les cent exemplaires sont bien évidemment épuisés) avant de finir au tout début de 'Time on Earth' (cette fois chez Tapete Records). Un long morceau de plus de sept minutes, mélancolique, langoureux et déprimé, qui rappelle beaucoup The Apartments de Peter Milton. Surtout, English Weather est la pièce maitresse de ce bel album sorti début octobre, compagnon idéal de soirées humides et venteuses automnales.
Album : English Weather 7" Année : 2022 Label : Faux-Lux / Tapete Records
Voilà sans doute un des albums que j'ai le plus écoutés en 2022 (si l'on en croit ma rétrospective Spotify, il s'agit même du deuxième derrière CMAT). Une œuvre que l'on doit à un trio allemand nommé Freundliche Kreisel et composé de Johannes Schebler, Katie Rich et Christian Schoppik. Trois noms qui, pour la scène expérimentale, ambiante ou d'avant-garde, ne sont pas des inconnus, le premier évoluant sous le nom de Baldruin et les deux suivants sous l'entité Brannten Schnüre.
Avec de tels pedigrees, on se doute bien que les trois larrons du jour ne se sont pas réunis pour composer un album de pop ou de post-punk. Et la confirmation est sans appel dès que les premières notes de Traumlied résonnent. Pour autant, il n'en reste pas moins d'une immédiateté assez incroyable. Très bien construit, évitant la redite et tenant son auditoire par des mélodies souvent cristallines que la voix de Karie Rich habille à merveille, voilà un album souvent minimaliste, plein de langueur et empreint d'expérimentations légères. Un disque somptueux, captivant, enchanteur ; et découvert, ce n'est pas anodin, au moment du décès de la grande Mira Calix, avec qui Freundliche Kreisel a une filiation certaine. Le hasard fait bien les choses pour réchauffer les cœurs tristes.
Album : Freundliche Kreisel Année : 2022 Label : Stroom
On appelle ça faire un pas de côté. Découvert via 'Agitprop Alterna' en 2020 qui sentait bon le shoegaze et les guitares fuzz, Peel Dream Magazine est revenu aux premières lueurs de l'automne avec 'Pad', un disque à mille lieues de son prédécesseur. Exit guitares noisy et bonjour délicatesse, pop légèrement ensoleillée, arrangements délicats et voix susurrée.
Oui, Joe Stevens, au sortir de la période COVID, a décidé d'aller découvrir de nouveaux horizons. Imaginant qu'il était viré par son groupe (alors qu'il est, contrairement à ce que je pensais, le seul maître à bord de Peel Dream Magazine), il va raconter ses déboires et ses malheurs, ses doutes et ses coups de moins bien tout au gré d'une sunshine pop rêveuse de fin d'été, quand le soleil tape moins fort, que les jours commencent à raccourcir et les soirées à rafraîchir.
Il y a dans les quinze chansons de 'Pad' un peu de Kings of Convenience pour la délicatesse de la voix, pas mal de pop des 60/70s (et une magnifique pochette qui rappelle cette époque là) et beaucoup de Beach Boys - notre homme est fan et cela s'entend sur bon nombre de mélodies et d'effets de voix. Un très bel album, qui ne conviendra sans doute pas à toutes les saisons, mais dont l'allure aux airs d'un Burt Bacharach minimaliste saura transporter en temps voulu.
Album : Pad Année : 2022 Label : Slumberland Records / Tough Love Records
Savez-vous qui sont Nyx et Nótt ? Toutes deux sont des déesses personnifiant la nuit, chacune dans leur mythologie propre, grecque pour la première, nordique pour la seconde. Aidan Moffat a décidé d'allier les deux dans sa nouvelle aventure solo avec Nyx Nótt, un nom qui lui sied à merveille - lancé en 2020 avec un premier album 'Aux pieds de la nuit' (oui, en français s'il vous plait), il y avait un côté obscur et nuiteux qui se dégageait de ses compositions.
'Themes From' ne déroge pas à la règle de ce projet totalement instrumental. Moins sombre que son prédécesseur, ce nouvel album de Nyx Nótt va chercher cette fois son inspiration dans la... télévision (la pochette rétro en diable donne une première indication). Et ce n'est pas une surprise quand on connaît le bonhomme : fut une époque où Aidan Moffat passait ses nuits à commenter sur
Twitter ce qu'il voyait en direct à la TV. Et c'était piquant, corrosif et très souvent drôle.
A la base, 'Themes From' aurait du être une suite de courts morceaux (Moffat parle de 90 secondes) singeant les génériques de télévision. Mais l'idée s'avérant vite « too gimmicky and silly », ce deuxième album de Nyx Nótt part finalement sur des morceaux plus amples, plus longs en bouche, qui samplent - ou s'inspirent, ce n'est pas très clair - des thèmes existants que les moins de vingt ans, etc. Résultat, un album de huit titres qui retranscrit l'idée qu'Aidan Moffat se fait des musiques d'ambiance ou des génériques de différents genres d'émissions ou de films de télévisions ; du porno (Porno, langoureux et jazzy chic), au thriller (Thriller, aux violons tendus où on entendrait presque un peu de Silver Mt Zion) en passant par les émissions d'aventure (Swashbuckler et sa rythmique martiale), d'enquêtes criminelles (Hardboiled et son ambiance mystérieuse) ou de documentaires (épatant Docudrama, morceau merveilleux dans sa construction et son exécution, aux violons délicieusement enivrants). Un ensemble de qualité, presque d'une autre époque, qu'Aidan Moffat qualifie drôlement mais justement de « walk through a neon Soho after a few cocktails ».
Difficile de ne pas voir dans ce 'Themes From' autre chose qu'un hommage appuyé à toutes ces compositions télévisuelles qui, sans que l'on s'en rende compte, habillent nos fin de journée, nos soirées, nos nuits, qui nous accompagnent tout au long de notre
vie et font quelque-part partie de nous (qui n'a pas régulièrement en tête un
générique de série, de jeu télévisé ou d'émissions de reportages ?). Mais au-delà de cela, loin d'Arab Strap (quoiqu'il y a quelques réminiscences ici de 'Monday at the Hug & Pint') ou de Gentle Sinners, le groupe qu'il a formé cette année James Graham, le chanteur de The Twilight Sad, 'Themes From' de Nyx Nótt s'avère surtout être un disque brillant, malin et sacrément bien composé. (Sortie : 2 décembre 2022)
Trois morceaux de 'Themes From' de Nyx Nótt en écoute aujourd'hui. Docudrama pour débuter, une des « chansons » de mon année assurément (en écoute également dans les playlists Spotify, Deezer, YouTube et dans la colonne de gauche du blog). Thriller pour continuer. Et Swashbuckler pour finir :